La haine du père

Posté par Gabriel Cloutier le 29 mars 2009

La haine du père dans Introx

La malédiction c’est le père. Le père est partout. Le père est l’incarnation de la bêtise ordinaire, triomphante, sûre d’elle. Une obscénité institutionnalisée. Tout transpire ici l’abjection du père. Tous transpirent cette monstruosité. Ils la portent sur eux et puent de joie de l’exhiber. La terre des hommes se meurt – si elle se meurt – de son infamie, de son incurie, de son incurie infamante, de son infamie incurable.. Car le père est libre de faire ce qu’il veut. Le père terrestre est tout-puissant là où le père céleste, qui existe tout en n’existant pas, n’est qu’amour, compréhension, acceptation, humour et douceur. Qui n’a déjà ressenti cette sainte horreur qu’inspire le père ? Sincèrement ? Qui n’a souffert de ce pouvoir injustifiable, intrinsèque, immanent et destructeur ?
Je n’ai connu aucun père qui ne pose problème à sa progéniture. Triste sexe qui ne s’exprime qu’en privé, qui profite du petit pouvoir qui lui a été injustement conféré, et torture, humilie, fouette, ordonne, prive, écrase sans pitié, avec le plein accord de sa victime et la poursuit au plus profond de son sommeil et de son intimité.
Dialectique du maître et de l’esclave ? Non. Dialectique du père et de l’enfant, oui, cent fois oui. Regardez-le ce père, votre père. Vous êtes lui. Votre regard est le sien. Vous êtes lui, ce père que vous avez eu, le seul, l’unique. Et par un subtil et grossier tranfert vous vous répugnez. Vous voulez lui ressembler mais vous détestez son image. Vous vous détestez. Sans le savoir. Ca pue dans vos bouquins, ça dégouline de vos tableaux mous, vous êtes devenu comme lui, aussi con que lui. Sur de vous comme il l’était parce que justement il ne l’était pas. Cet être abject dont vous avez mis, ou mettrez, des années à comprendre la petitesse et le néant. Ce père qui pour un spermatozoîde de trop vous a souillé, pénétré de son importance, jour après jour, année après année, patiemment, en toute impunité et avec votre accord tacite, votre confiance de nouveau-né perpétuellement trahi qui aime ça et qui en redemande…
Et vous le faites payer cher.

Deux millions d’enfants déclarent avoir été violés sur notre seul territoire. Deux millions d’enfants vivants et de tous âges le reconnaissent. Le tiers des victimes de la Shoah.

Le Père Noël n’existe pas, dîtes-vous en choeur ? Son inexistence est pourtant cent fois préférable à cette caricature, cette forteresse vide, bien vivante, bouffie, bouffante et baisante, vulgaire et obscène dans la bouffe comme dans l’amour, qui vous fait toujours croire en lui et passe son temps à vous tromper, le sourire en prime !

Et si encore il n’y avait que les violeurs ! Mais il y a les autres ! Les pires. Ceux qui ne passent pas à l’acte. Tous ces pères que je connais, ceux qui n’ont violé personne, mais brûlent et crèvent de ne l’avoir pas fait. Ceux qui lorgnent leur fille, mettent en balance la rondeur de ses hanches et la respectabilité qu’elle risque de leur couter… et qui choisissent finalement de bien dormir. Les autres, quoi. Regardez : celui-là ne comprend pas, 10 ans, 25 ans après son divorce, pourquoi ça lui est arrivé, à lui. Rien n’atteint sa conne de conscience. Il est blanc comme neige. Il s’appelle souvent « moi », car c’est sous ce juste vocable qu’il se signale cycliquement quand l’envie lui prend de téléphoner à sa petite fille de 6, 7, 8 ans et plus : « Allo, c’est moi ». Ok compris. « Ma petite, c’est ton papa au téléphoone… ». Oui c’est toi, le porc dans sa bauge qui ravale le porc au niveau du père qui ment et se ment, nie toute justice, toute beauté, toute possibilité, crache et pisse à votre vue, vous méprise ouvertement, fort de votre adhésion inconditionnelle à son droit du plus fort, à son imprescriptible droit de cuissage, à son infaillibilité spermatozoïdale.

Dans ces conditions, comment pourriez-vous aimer, être aimés ou tout simplement vous aimer vous-mêmes ? Vous voulez croire et croire encore qu’Il vous a aimé, ce malade ! Que ses attitudes étaient justes et bonnes, que c’était pour votre bien, qu’il ne l’a pas fait exprès, qu’il était malheureux, que le malheur rend maladroit, teigneux, envieux, haineux… et vous le copiez à présent, maladroitement, incapable de concevoir ce néant d’amour qu’il vous a transmis et qui vous détruirait s’il parvenait à votre claire conscience. Car il n’était jamais là, papa. Il avait ses raisons. Il a fait chier Nietzsche, Marx et quelques centaines d’autres, papa ! Et je vous comprends. Tous. Et je vous aime pour votre naïveté, pour votre refus d’admettre tout ça.

Dieu merci, je n’en ai pas eu. Dieu merci il n’a pas eu le temps de l’abjection. Il ne s’est pas sali, il ne m’a pas sali. Il n’a pas eu le temps. Il est resté intact comme un santon de la crêche. Il est là et sur le seuil de la maison nous nous comprenons sans rien dire.. Simplement. Et il m’aime comme je l’aime. Simplement. Il n’a pas à se protéger. Pour lui et moi c’est Noël tous les jours. Oui, j’ai cette chance. Son absence relative est une sur-présence absolue. Un torrent d’amour que je ressens à tous les instants de la vie. Et nous fumons ensemble dans la nuit sans rien dire. Nous pissons silencieusement dans l’herbe haute. Sa mort lui pèse, Seigneur, à ce pionnier-là. Un passage atroce. Mais il est tragiquement là et sa présence s’impose de toute la hauteur de son irréalité, au point de jonction de ma naissance et de sa mort.

Parlez-moi d’amour, s’il vous plait ! Parlez-moi de cet amour qu’il vous a donné. Eclairez-moi ! Il fait sombre ici. Soyez légers ! Ne craignez rien !
Y a t’il eu quelque chose ? Une petite lueur, une faiblesse dans l’armure qui puisse me convaincre que je me trompe ? Je ne demande que ça ! Un peu d’abandon. Bercez-vous, apitoyez-vous, aimez-vous un peu, quoi.
Et alors je serai heureux pour vous, qui avez été réellement aimés, et qui êtes à présent confus de reconnaisance et éperdus d’amour en retour !

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Jean-Pierre Mocky, cinéaste

Posté par Gabriel Cloutier le 30 janvier 2009

Jean-Pierre Mocky, cinéaste dans Auteurs jeanpierremocky

« Coupe ton nom en deux et tu voleras plus haut, au moins tu ne tomberas pas dans le ruisseau ». Suivant les conseils d’une voyante, le jeune Jean-Paul Mokiejewski est devenu Jean-Pierre Mocky ! La « Moky » est aussi le nom d’une machine à percer les tranchées pendant la guerre, inventée par son père !
La vie de ce cinéaste est truffée d’histoires abracadabrantes où l’on y croise les personnages les plus fantasques et la quasi-totalité des célébrités du show-business. Difficile de discerner le vrai du faux dans son parcours si romanesque, où l’on ne sait plus si ses films sont inspirés de sa vie, ou si c’est l’inverse.
4 novembre 2003, à l’occasion de la sortie de son 46ème film, nous rencontrons cet « ours malfamé » dans son antre du quai Voltaire: un très ancien appartement situé sous les combles, sorte de grotte labyrinthique en altitude. Il vient de signer Le furet, un joyeux hommage au polar français des années 50/60. De Orson Welles à Jean Abeillé, de Bourvil à Karl Zéro, avec sa gouaille légendaire, Jean-Pierre Mocky nous parle pêle-mêle de son amour des acteurs et des décors, de ses inspirations journalistiques, de ses énièmes embrouillaminis financiers, de ses projets aux « States », et dans une ultime embardée, il évoque ce film méconnu dont il est le plus fier…

Le furet est adapté d’un roman de Lou Cameron, pouvez-nous en dire plus sur la rencontre avec ce livre et le choix d’en faire un film ?
Lou Cameron s’intéresse beaucoup au film (rire), puisqu’il me téléphone deux fois par semaine pour savoir où ça en est. C’est un monsieur très âgé qui était contemporain aussi des Chuck Jones, des types qui faisaient les dessins animés de Tex Avery. Ce sont des vieux journalistes qui passaient leurs nuits dans les salles de rédaction à attendre les faits divers. Ils buvaient du whisky, puis ils écrivaient. Il y a eu aussi Frederic Brown. Plein de gens qui sont devenus les maîtres de la série noire et de la « pulp fiction » que Tarantino adore. « Quinto » (Petit nom donné à Quentin Tarantino, ndlr) et moi sommes des amateurs de la série noire, avec Polanski aussi. Ces vieux de la vieille sont encore les pionniers de la série noire. Lou Cameron est un pionnier. Moins connu que les autres…

Vous le connaissez depuis assez longtemps ?
Ah non ! Je l’ai découvert par hasard. Je ne savais pas quoi faire. J’en avais marre de toujours faire des trucs sur la corruption, les mises en examen, les curés, les militaires, les objecteurs de conscience, enfin toute la smala. Je me suis dis, je vais changer et faire autre chose. Et j’ai repris la veine de l’Ibis Rouge que j’avais tourné avec Michel Simon et Michel Serrault en 1975. C’était aussi tiré d’un roman de ce genre de type, Frédéric Brown, contemporain de Lou Cameron. Mais il n’a malheureusement pas tenu jusqu’à 90 ans, car il buvait tellement ! Il est mort à 60 ans. Donc, c’est un peu un retour à Paris, avec ses souterrains, ses métros, ses égouts, le côté « Mystères de Paris », qu’on a essayé de retracer dans l’affiche du film. C’est pas Les tontons flingueurs, c’est pas Tueurs de dames auxquels je le compare parfois, mais derrière, il y a quelque chose de très grave. Parce que le furet est peut-être l’assassin de certaines personnalités très en vue, dont on a jamais trouvé l’assassin. Ca a été une théorie de la police que des meurtres de personnalités étaient faits par des citoyens tout à fait normaux qui n’avaient rien à voir avec la mafia, ni avec la DST, ni avec les renseignements et tous les trucs comme ça. Ceux qui veulent éliminer des gens importants se méfient de ces organisations mafieuses ou policières. Ils se disent qu’un jour il y en a un qui va craquer et balancer le truc. Il va faire un hold-up, on va l’attraper, et pour avoir des années de rémission, il va raconter l’histoire. Le procès Allègre, l’affaire Bérégovoy, Boulain, Piat…on ne sait pas très bien comment ça s’est passé, mais on imagine très bien que c’est un furet qui les a descendus, un mec de la foule, n’importe qui. D’où l’idée sous-jacente du film. C’est un film de divertissement bien sûr, une comédie, avec des excès de comédie, mais au fond, quand à la fin du film il butte un ministre et qu’au téléphone on lui dit qu’il y a encore quelqu’un à butter, il fait : « Ah ! Toujours plus haut ! ». On se demande si ce n’est pas quelqu’un de beaucoup plus important qu’il va butter après le film (rire). C’est un petit peu ce qui m’a amusé dans le film et ce qui a amusé Villeret.

Vous étiez un peu fatigué de faire des films pamphlétaires, plus satiriques ?
Si vous voulez…le pamphlet, Capra l’a fait en Amérique avec des films comme Monsieur Smith au Sénat, Meet John Doe (L’homme de la rue, ndlr). Le pamphlet peut lasser ! Je vais en faire un de pamphlet. Mais faire un pamphlet tous les ans, le public peut se dire : « Ah, je l’ai vu le dernier pamphlet, maintenant j’en ai marre ! ». Dans toutes les carrières de cinéastes pamphlétaires, il y a toujours eu des plages. Mais tout en gardant un fond pamphlétaire. Le furet est un sous-marin du peuple, il en a marre, il veut arriver et, en même temps, il est une espèce de justicier…alors, on change un peu de registre. Le pamphlet est moins apparent que dans des films comme Vidange, Une nuit à l’assemblée nationale, ou Le miraculé. Là, le but c’est de faire plaisir aux acteurs. Je suis un défenseur de « l’acteur numéro », de « l’acteur clown », contre l’acteur de tous les jours, ce type qu’on n’identifie plus puisqu’il ressemble tellement au public que finalement, il est absorbé par le film. On ne le voit pas, comme si c’était un ectoplasme. Il passe, et on se dit : « Tiens, c’est l’employé du Bazar de l’Hôtel de Ville qui est là, il aime la coiffeuse…etc ». C’est joli pour certains, ils aiment bien ça, ils s’identifient, ils se disent : « Je suis l’employé et elle, c’est la coiffeuse, c’est mon histoire ». Donc, ils y vont. France Boutique (de Tonie Marshall, 2003, ndlr), des machins comme ça. Encore que ces films marchent moins bien que Le furet, car ils ont beaucoup plus de salles. Nous, hier, on a fait à peu près le plein, et eux ont baissé de 50% (rire).

Justement, pour la diffusion du Furet, vous avez près de 150 copies dans toute la France, alors que vos précédents films n’en avaient que quelques-unes. Comment s’explique cette soudaine multiplication ?
C’est la présence de Villeret et de Serrault. Seulement, là on rentre à nouveau dans un conflit. Je ne peux pas faire quelque chose sans qu’il ne se passe un conflit…même quand je ne fais rien, il y a un conflit. Ce qui s’est passé, suivant un exemple célèbre, vous qui êtes cinéphiles, Charlie Chaplin, Mary Pickford et Douglas Fairbanks Junior * avaient crées au moment de la dépression, une société qui s’appelait les Artistes Associés. C’étaient des grands artistes qui s’étaient mis ensemble pour fabriquer des produits qui leur plaisaient, contrairement aux produits qu’on leur proposait de faire, et qui ne leur plaisaient pas tellement. C’était moins valable pour Chaplin, mais pour les deux autres, c’était tout à fait valable. En 1930, cette société a été prise à partie par les autres sociétés, car elle était indépendante. C’était la première société indépendante, dirigée par des artistes qui ne se faisaient pas payer et qui, par là même, pouvaient produire leurs films avec facilité. Alors que les autres, les majors, étaient obligés de les payer très chers. Donc, les films coûtaient plus chers dans les majors que chez eux. Il y avait déjà eu une espèce de censure, de blocage des films produits par les Artistes Associés dans les premières années. Depuis toujours, je travaille avec des acteurs en participation: Bourvil, Catherine Deneuve, Fernandel, etc… mais c’était au sein d’une grande société. J’arrivais à faire des films parce que j’emmenais un acteur moins cher que d’habitude. Mais les producteurs, c’est à dire les usufruitiers du film étaient propriétaires du négatif, avec un « passeport » pour moi. Le « passeport » était d’amener Bourvil en participation au lieu de le payer très cher. C’est comme ça que j’arrivais à faire ces films-là. Le temps ayant passé, la structure économique du cinéma ayant changé, il n’y a plus de distributeurs qui donnent d’à-valoir. Il y a quelques producteurs, mais beaucoup moins qu’avant, et ils sont beaucoup moins compétents. Résultat : on en est arrivé, dans les années 1990/1995, à ne plus avoir de vrais producteurs. J’ai donc dû m’instaurer, moi, producteur, et mes acteurs aussi. C’est à dire que j’ai retrouvé le contexte de Charlie Chaplin de 1926 (rire). Je me suis retrouvé avec les « Mocky associés ».

Dans votre autobiographie M le Mocky, vous racontez qu’à l’époque, vous aviez envisagé de créer ce genre d’association avec Orson Welles et Jean-Pierre Melville…
On s’est retrouvés un jour dans un café avec Orson Welles, Jean-Pierre Melville, Luis Bunuel et Jacques Tati. On était à La coupole, et brusquement, on a voté ! On voulait créer ça parce qu’il se créait énormément de sociétés d’auteurs ou de producteurs indépendants. Au cours de ce déjeuner fameux – il y a une photo de ce dîner, il faudra que je la retrouve un jour, c’était un peu le dîner des Goncourt – Orson a dit : « Bon, on vote ! Qui veut être président ? ». Et personne ne voulait être président ! « .Qui veut être secrétaire ? ». Et personne ne voulait être secrétaire ! « Qui est le trésorier ? ». Et personne ne voulait être trésorier ! Finalement, ils m’ont désigné, mais moi-même je ne voulais pas faire ça…donc on s’est séparés à la fin, et il n’y avait pas de syndicat du tout ! Ils étaient trop indépendants pour se syndiquer. Donc, il n’y a pas eu de nouveau syndicat d’auteurs à risque, comme on l’était. On se définissait comme auteurs à risque, par rapport à d’autres auteurs classiques, comme Claude Chabrol, Edouard Molinaro etc, qui sont des metteurs en scène bourgeois. Ils étaient entourés de tout une série de bourgeois, donc ils n’avaient pas besoin de syndicat. Mais pour en revenir à cette histoire : aujourd’hui, je suis obligé de me produire, mais en prenant toutes les responsabilités d’un producteur, c’est-à-dire de compléter avec l’argent de mes anciens films qui servent à faire des nouveaux. Grâce au ciel, j’ai beaucoup de films qui passent à la télé, et avec le fruit de ces diffusions, j’alimente une caisse qui est relayée par le fait que les acteurs ne sont pas payés. Ce n’est plus un acteur qui vient travailler à des prix compétitifs mais c’est carrément tous les artistes qui viennent à l’œil. Le résultat ne s’est pas fait attendre par l’adjonction de Jacques Villeret. Il a été une sorte de détonateur pour le conflit qu’il y a. Parce que Villeret est un acteur très cher. Quand il travaille dans Le dîner de cons, il gagne une fortune. Quand il se présente chez Gaumont, il dit : « Bon voilà, moi je coûte tant ! ». Et on le paye. Alors, comme ils ont appris que Villeret n’était pas payé et produisait ce film avec moi, ils se sont dit: « Ah, bien ! Monsieur Villeret trouve que Mocky est mieux que nous et il ne lui demande pas d’argent, très bien !… ». Ils nous ont attendu à la sortie. Ils se sont demandés ce qu’on allait faire du film qu’on venait de réaliser. Lundi dernier, au moment où on devait sortir le film, monsieur Paulo Branco, qui est un indépendant – un peu braque, mais un brave gars, enfin, je le trouve complètement fou – a mis des affiches sur les colonnes Morris, des affiches éclairées dans le métro, un quart de page dans le Journal du dimanche. Et brusquement, le lundi matin, on nous dit qu’on n’a pas de salles aux Champs-Élysées mais au Pathé Ivry où personne ne va, là-bas au diable, où il n’y a même pas de métro. Le Gaumont Aquaboulevard, c’est à peu près la même chose. On a les Trois Luxembourg au lieu de l’Odéon, Les Parnassiens au lieu du Gaumont Parnasse. Finalement, on s’est retrouvés, lundi dernier, deux jours avant la sortie, avec rien du tout, avec des salles de merde pour la publicité qui avait été faite, et surtout pour l’interprétation qui est égale à Effroyables jardins (de Jean Becker, 2003, ndlr). On nous a coupé les couilles, tout simplement ! Tout ça, c’est une vengeance qui n’est pas officielle. Les types disent que le film n’est pas bon, donc ils ne donnent pas de salles. Voilà leur raisonnement. Le pauvre Villeret et moi et Serrault, on l’a dans le cul, gros comme une maison ! Le film n’est pas perdant. Parce que les frais du film « hors-nous », hors ces fameux Artistes Associés, sont remboursés par la télévision. Mais elle a payée très peu, on a aussi vendu le film en vidéo, et avec ça, on a pu amortir les frais du film proprement dit. Mais Paulo va certainement perdre de l’argent, car la publicité a été importante et les salles n’ont pas été remplies. Là, on a une médiation qui a été demandée, parce qu’on était par hasard dans une salle qui s’appelle MK2 Bibliothèque. Une petite salle. Toute petite. Parce qu’il ne faut pas oublier que dans les 7 salles qu’on a, on n’a que des salles de 96 places. Ce qui fait que samedi et dimanche, on a refusé du monde…qui ne reviendra jamais ! Et comme personne ne veut jamais se mettre au premier rang, il n’y a pas vraiment 96 places. En réalité il y en a 80. Les gens ne viennent pas au premier rang, c’est rare. Donc, on avait 80 places samedi soir, pour 150 personnes. On a perdu 70 personnes qui ne reviendront jamais. C’est un peu triste. Hier, on m’a annoncé qu’on nous retirait le Gaumont Aquaboulevard, (rire) et le truc là-bas où il n’y a personne (Le Pathé Ivry, ndlr) car il n’y avait vraiment personne ! Mais c’était pas à cause de nous. Par contre, les autres salles marchaient pas mal. C’était complet, parce que c’était des petites salles. Un médiateur a été nommé car MK2 Bibliothèque a 16 salles, et nous on arrivait dans la liste des recettes, à la sixième place. Donc, on aurait pas dû être viré mais on a été viré quand même…(il explose de rire). On était sixième sur seize. Au lieu de ne virer que les dix derniers, ils nous ont viré avec (rire).
Ca m’amuse, vous me voyez rigoler, je ne suis pas en train de pleurer. Je m’en fous. Je m’en fous parce que l’autre jour, je regardais Ciné…Ciné…Cinéma…Cinéclassics…et Jean-Pierre… Jean-Paul ?…Jean-Bernard ?… Jean-Jacques Bernard disait que Le Cheik blanc de Fellini – j’ai été l’assistant de Fellini pour La Strada – avait tenu trois jours. Après, je me suis tapé une liste que m’a filé Jean-Claude Romer, qui est un spécialiste. Alors : Jeux interdits retiré de l’affiche au bout d’une semaine, La règle du jeu, Drôle de drame, évidemment…La grande illusion, Casque d’or : échec total. On peut continuer. Là, je ne parle pas de Diva (de Jean-Jacques Beinex, ndlr) ou des choses comme ça. À la limite, ça m’amuse. Je serai très peu payé. Je toucherai le prix que va toucher mon assistant. C’est très bien car je ne suis pas un type d’argent, je m’en fous, mais je ne m’achèterai pas une Ferrari avec. Sûrement pas. D’ailleurs, même si j’avais gagné de l’argent, je ne me serais pas acheté une Ferrari, je l’aurais investi dans un autre film. Mais tout cela fait que je suis obligé de partir aux États-Unis puisque je ne peux plus travailler en France. Avec cet échec…enfin ça ne sera pas un échec véritable puisque par rapport aux salles que nous avons, c’est un succès. Mais par rapport à un autre Villeret/Serrault, c’est un échec. On va terminer à maximum 150.000 entrées dans toute la France, alors que n’importe quel Serrault fait 600.000 ou 700.000 entrées ! Peut-être que Villeret ne voudra plus refaire le truc, je ne sais pas ? Mais il est courageux, il va peut-être accepter, parce qu’on avait un truc en chantier, ça s’appelait Le bénévole, sur le bénévolat. Ca devait normalement être une énorme affaire à la suite de ce succès que nous escomptions faire. Bon, ce n’est pas la première fois de ma carrière que j’ai un film à qui on coupe les ailes, sinon les couilles. Il y a eu Une nuit à l’assemblée nationale à cause de la photo des 450 députés qui étaient en train d’avouer leur faute tout nus dans l’hémicycle. Ca m’a valu quatre ans de censure totale. Le miraculé, malgré son succès, m’a valu la haine du Front National, de plein de gens qui arrachaient les affiches, qui rayaient ma voiture. Donc, je connais bien ça. Mais là, c’est autre chose. Cette espèce de jalousie des monopoles. On aurait préféré que Gaumont produise le film. Ils auraient donné les salles et il n’y aurait pas eu de conflit. Je l’avais fait pour Agent trouble et Les saisons du plaisir. Ca a été produit par d’autres gens, il n’y a pas eu de problèmes, on avait des salles. Maintenant, si on veut faire Le bénévole, avec la même équipe…c’était notre projet de prendre Villeret, Serrault, d’y ajouter Dieudonné, Bacri…d’autres artistes. Mais on ne va pas pouvoir le faire. Donc, je vais aux États-Unis. En attendant, je viens de faire un film de transition que j’ai terminé il y a deux jours et qui s’appelle Touristes, Oh ! Yes. Il n’y a pas de vedettes, mais Walt Disney a acheté. Mystères et boule de gomme !? Il ne l’a pas acheté cher, mais il l’a acheté. L’autre événement Mocky de l’année, c’est que Pathé a pris toutes mes cassettes en DVD. Ce sont deux éléments positifs de mon année. Maintenant, je m’en vais. Je vais faire un film avec John Malkovitch qui est un copain. Ce n’est pas la même chose que Villeret, mais c’est un peu le même système. Je ne vais pas tourner exactement aux États-Unis mais à Londres. Quand je dis que je pars aux États-Unis, je pars comme Roman Polanski, en passant par Londres. Roman avait fait Répulsion et Cul de sac en Angleterre. Je suis le même chemin. Dans Touristes, Oh ! Yes, il n’y a pas une seule phrase. C’est un film muet, avec des onomatopées, sans dialogues. C’est l’originalité, c’est pour ça qu’il a été acheté par Walt Disney. Il peut être projeté dans n’importe quel pays dans la version d’origine. Il n’y a que 2,3 petits sous-titres de rien du tout. C’est international. J’espère faire un succès à la Tati. Parce que c’est un peu le même succès que Jacques. Un film muet, ça n’a pas été fait depuis 20 ans. Ca va peut-être marcher ? C’est très drôle. Les acteurs sont remarquables, ce sont des gens complètement inconnus.

C’est un film très visuel ?
Oui, c’est pour ça qu’on pense qu’il fera le tour du monde. On l’a déjà montré à des Japonais qui riaient comme des bossus : ils ont tout compris.

Sur quoi est basé votre burlesque ?
Vous vous rappelez Les vacances de Monsieur Hulot ? Bon, ce n’est pas Les vacances de Monsieur Hulot, parce que ça ne se passe pas sur une plage. Ça se passe à Paris, c’est l’histoire d’une famille hollandaise qui ne parle pas un mot de rien. Ils ne peuvent pas se faire comprendre, c’est pour ça qu’il n’y a pas de dialogues. Et en plus, l’interprète est sourd, et la femme du type est muette…enfin elle a une extinction de voix. Avec ces éléments là, on a fait un film qui est le cousin germain de Monsieur Hulot puisqu’il s’agit des vacances d’une famille qui, à la fin, se disloque. Ils sont 7 au départ. 4 vont rester à Paris et quitter leur famille. C’est un peu le côté nostalgique de ces gens qui, quand ils partent à l’étranger, attendent des aventures alors qu’il ne se passe jamais rien. Là, le côté pute du film, c’est de se dire qu’ils sont partis à 7, et qu’ils reviennent à 3. Il y a le grand-père qui était homosexuel, qui en avait marre de sa grosse dondon et qui va se taper un danseur. Après, il y a la grand-mère qui en avait marre de son mari homosexuel et qui est parti avec un vieux pizzaïolo. La fille qui correspondait avec un trompettiste à Paris, va rester avec lui. Et finalement, ils vont ramener une noire qu’ils ont trouvé et qui n’avait pas de domicile. Une clandestine. Et ils vont faire un ménage à trois à la fin. Le personnage principal est une sorte de Buster Keaton, il s’appelle Antoine Cholet. Il est très bien. Il est un peu ce qu’était Benoît Poelvoorde au début. Tout le monde est très bien. La noire est très belle, très naturelle.

Pour en revenir au Furet, on peut aussi voir le film comme une sorte d’autoportrait, c’est-à-dire qu’on pourrait imaginer que le personnage du furet liquide tous les mafieux du cinéma, des réalisateurs, des producteurs …
…Oui, si vous voulez…il y avait un scénario comme ça de Knobelspiess que Gérard Blain et moi avions fait sortir de prison. Il avait écrit un scénario : un type passe 5 ou 6 ans en prison à étudier toute l’actualité en lisant les journaux. Et à la fin, il avait une petite aiguille…c’est pour ça qu’à la fin du Furet, Villeret tue un ministre avec une sarbacane. Il avait inventé un personnage qui allait, par exemple, à la fête du 14 juillet à l’Elysée et qui piquait tranquillement au curare (rire) tous les mecs importants. Knobelspiess avait accumulé une telle haine, qu’il était prêt, en sortant, à faire une sorte de Jack l’éventreur de la politique. Au lieu d’éliminer des putes, il élimine des politiques qu’il estime être des salauds.

Le furet est un personnage qui n’arrête pas de dire qu’il aimerait bien qu’on reconnaisse son talent. Cette soif de reconnaissance vous ressemble beaucoup aussi …
Mon talent – si j’en ai – il faudrait qu’il soit reconnu par tout le monde. Pour le moment, il est reconnu par une catégorie de gens. C’est sectaire. Quand on dit que je suis libertaire, ce n’est pas faux, puisque je n’intéresse qu’une partie de la population. La preuve c’est que les gens ne se battent pas aux guichets. Le crémier ne vient pas voir mon film. C’est plutôt une catégorie de gens qui se placent dans tous les milieux d’ailleurs. C’est ce qui me distingue de gars comme André Téchiné, Éric Rohmer ou Claude Chabrol. Ils ont des clients attitrés, qui sont presque des sosies d’eux. D’ailleurs, quand on va dans une salle, on pourrait presque dire, sans regarder le film, juste en regardant les spectateurs : « Ah ! ça, c’est des Rohmeriens, ça c’est des Chabroliens… ». Le réalisateur crée la salle. Si vous venez à une de mes salles, vous allez voir la tête des gens qui sont dedans, ils sont tous différents.

Pour revenir au casting du Furet, outre Villeret et Serrault, pourquoi avoir choisi Michaël Lonsdale, Robin Renucci, et surtout Dick Rivers et Karl Zéro, deux personnalités qu’on n’a pas l’habitude de voir au cinéma ?
Lonsdale, j’ai fait 9 films avec lui. On a tourné notre premier film ensemble en 1961, Snobs. Un film assez violent à l’époque, et toujours un petit peu aujourd’hui. Lonsdale, c’est moi qui l’ai trouvé. Jean-Pierre Marielle, mon collègue de conservatoire, devait jouer le rôle et il avait été empêché. Lonsdale est un acteur prodigieux. Il n’a pas la place qu’il mérite. Bien qu’il ait tourné James Bond, il n’a pas réussi à avoir la carrière cinématographique qu’il aurait dû avoir. Il fait partie de cette race d’acteurs, avec des gens comme Roland Dubillard, Laurent Terzieff, qui se sont plutôt consacrés au théâtre. Il s’est consacré aussi à la liturgie, c’est un mystique. Il chante dans des églises, il participe à des congrès monastiques. C’est un personnage assez étonnant. C’est un grand ami, un frère. Si on peut appeler ça un frère, parce que le fait qu’il soit très ouvert sur Dieu, nos relations sont presque de moine à moine. C’est très curieux comme relation. Je ne suis pas du tout religieux donc ça me gêne quelque fois. C’est un type qui est incapable d’une colère, il a un côté très ouvert… Karl Zéro, c’est un type que j’ai admiré une fois. Un jour, j’assistais à la centième de son Nouveau journal (Le vrai journal sur Canal+, ndlr). Il y avait une réception. Il y avait sa mère. Il est formidable parce qu’il a les mêmes origines que les Marx Brothers. C’est un juif-alsacien. Et leurs mères respectives se ressemblent ! Ca a été la première chose. À la centième de son émission, il y avait Madelin, Jospin, Pasqua, Rocard, Charras, je ne vais pas tous les citer. C’est tout juste s’il n’y avait pas…De Villiers et puis machin…Chirac ! Je me suis dis que ce petit gars de Karl Zéro fait tellement peur, que tous ces gars viennent, même de partis différents, ils ont peur de refuser l’invitation. C’est hallucinant ! Moi, je ne pourrais pas réunir tout ça ici. Je ne suis pas assez puissant sur ce plan là. Lui, grâce à cet espèce de journal, il a pu faire ça ! C’était mon premier motif d’admiration. Deuxièmement, c’était réciproque. Il m’a dit un jour : »Écoute Mocky, j’aime tes films ! ». Il a fait un film qui n’était pas très bon (Le tronc, ndlr), il a voulu faire de la mise en scène. Il s’est arrêté et je lui ai dis : « Karl, un jour, si tu veux faire un film avec moi… ». Et il est venu en participation totale…Bon, les autres, il y a Dick Rivers, qui est un chanteur. J’ai déjà utilisé beaucoup de chanteurs. C’est moi qui ait révélé Aznavour au cinéma dans La tête contre les murs (de Georges Franju, ndlr) et Les dragueurs. Après ça été Nino Ferrer, Dutronc et Eddy Mitchell. J’ai beaucoup travaillé avec des chanteurs. Dick est de Nice et a une tête de gangster, donc j’ai pensé à lui. Robin Renucci, c’est le roi des acteurs de télévision avec Arditi. C’est un acteur rare. Il a fait beaucoup de rôles mais jamais un rôle de flic. Je lui ai demandé s’il voulait faire un flic un peu camé, avec une boucle moderne. C’est un peu le style de flic moderne. Autant le personnage de Serrault, c’est Pépé le Moko, à cause de la façon dont il joue. Autant Renucci, c’est moderne. Patricia Marzi qui est ma femme fait un médecin légiste. Tous deux en ont marre de ces professions pourries et ils vont finir par élever des cochons.

Dans vos films, les acteurs ont un jeu très particulier : exagéré, très guignol. Qu’est ce que vous recherchez exactement quand vous dirigez un acteur ?
Des acteurs sobres, il y en a. Mais les gens qui jouent sobre paraissent faux. À la limite, il est moins faux d’exagérer les choses que d’essayer d’être naturel. Parce que jamais personne n’est naturel au cinéma. On ne peut pas être naturel. Par contre, on peut jouer le naturel. Au théâtre, vous pouvez être naturel parce que vous êtes embarqué dans la pièce sans interruption. Au cinéma, l’acteur fait ça par morceaux, il faut qu’il s’y replonge à chaque fois. Ça donne (il s’emporte) : « Tiens, passe-moi une cigarette ! » ou des phrases banales comme ça. Et on se dira qu’il est super, mais si on observe bien ces acteurs, ils sont faux, il en font trop dans le naturel. Ils jouent le naturel. J’ai même vu des acteurs se gratter, pour faire vrai, parce qu’ils ont vus quelqu’un faire ça. On en arrive aux exagérations de James Dean ou de Marlon Brando se passant une bouteille de soda sur le front pour se désaltérer. Des trucs que personne ne fait mais qui donnent l’impression d’être naturel. Et puis, vous avez l’autre équipe : Louis Jouvet, Fernandel, pour citer des vieux…Coluche…Saturnin Fabre…

Vous parler de Saturnin Fabre. On a l’impression justement que vous lorgnez vers ces acteurs excentriques des années 30 et 40.
Oui, c’est ça qui me fait marrer. Si c’est pour reproduire un type qui dit : « Donne-moi des gauloises ! », ça me fait chier. Surtout quand le type a un physique tout à fait banal et qu’il n’a aucun charisme. Ça fait un blanc dans le film. D’ailleurs, on voit très bien dans L’affaire Dominici (de Pierre Boutron, ndlr) la différence qu’il y a entre Serrault et les autres acteurs. Ils ont l’air de sortir d’un patronage. Et encore, dans les patronages, on joue mieux que ça. Moi, je suis pour l’école du cirque. Le cinéma, c’est du cirque. Dans Le passager de la pluie (de René Clément, 1969, ndlr), Bronson a une noix qu’il broie tout le temps dans la main comme ça (il fait le geste). C’est sa couille, en fait. Dans Scarface (de Howard Hawks, 1932, ndlr), George Raft joue avec une pièce. Quand je prends un acteur, je lui met des fausses dents parce qu’il faut qu’il change ! L’autre jour, j’étais avec Alain Delon. Il m’a demandé quand est-ce qu’on allait tourner ensemble. Je lui ai répondu qu’on ne tournera ensemble que quand il se sera rasé la tête, quand il n’aura plus de cheveux. Il fait l’inspecteur Fabien machin (Fabien Montale, série TV, ndlr), après l’autre inspecteur, encore un autre inspecteur…et il a toujours la même tronche. Alors qu’un De Niro, lui, il grossit pour un film. Les Américains font ça depuis toujours. Ils ont des tics aussi. Tous les grands acteurs ont eu des tics : WC Fields, les Marx Brothers, Laurel et Hardy etc…C’est ça les acteurs ! Mes amis Pierre Arditi et André Dussolier sont formidables, mais pour le théâtre.

À entrer dans un jeu guignolesque et excessif, est-ce qu’il n’y a pas un risque à ce que les acteurs perdent leur part d’humanité et deviennent caricaturaux ?
Non, parce que dans Le furet, je ne vois pas un personnage plus humain que le furet. On le voit rire, on le voit en famille. C’est une personnalité excessive, mais c’est comme les clowns : ils en font plein, et par moments, il y a de l’émotion qui passe. Mais c’est quelque chose de très bref…

Mais ce risque, est-ce une chose à laquelle vous pensez quand vous dirigez vos comédiens ?
Oui, on y pense, mais prenons la scène de cirque du furet. À un moment, il regarde sa femme et dit : « Même quand je ne serai pas là, je serai toujours là ». Cette phrase est suffisante pour comprendre qu’il va aller baiser des blondes mais qu’il restera toujours avec sa famille. On ne va pas faire des scènes à la Pagnol où il lui dit (emphatique): « Je resterai avec toi ma chérie, ne t’en fais pas ! ». Un texte grandiloquent ou misérabiliste n’est pas nécessaire. L’humanité de ce personnage est bien là : on le voit tendre avec ses enfants, il leur donne de l’argent, etc…Il y a un autre moment où le furet regarde un mannequin automate dans une vitrine de magasin. Ces deux moments suffisent à humaniser le personnage. Quant au personnage de Serrault, également très excessif, il meurt d’une crise cardiaque en disant qu’il était un spahi (cavalier de l’armée française appartenant à un corps algérien, ndlr). Il faut aimer ça ! Le public est habitué à voir Navarro demander à sa fille si elle est a ses règles… c’est de la fausse humanité. Tous ces films comme Le coût de la vie (de Philippe Le Guay, ndlr), retracent une fausse humanité. L’humanité, c’est Zola. Faut voir ce que c’est que Zola !

Outre la direction d’acteur, ce qui caractérise particulièrement votre cinéma, ce sont ces seconds rôles étranges qui peuplent vos films : Dominique Zardi, Jean Abeillé… On a l’impression qu’il n’y a plus que chez vous qu’on voit des seconds rôles excentriques.
Aux États-Unis, ils utilisent encore de bons seconds rôles. Souvent des acteurs inconnus, italiens ou mexicains. Federico Fellini, dont j’ai été l’assistant, avait besoin d’une mangeuse de spaghettis qui soit grosse. On a cherché, on l’a trouvée dans un restaurant. La dame était vraiment en train de manger des spaghettis. On l’a attrapée et mise tel quel dans le film. En France, on a des bons et des mauvais seconds rôles. Moi, j’ai une équipe. Je l’enrichis de temps en temps quand, malheureusement certains disparaissent. C’est comme dans un jeu d’échec, vous remplacez le cavalier, vous remplacez la tour. Là, par exemple, j’ai un nouveau gros. Quand le filiforme meurt, quand le nain meurt, je le remplace. Mais on a de plus en plus de mal à les remplacer. On prend le cordonnier du coin ou l’éboueur, le secrétaire du maire. On prend des gens qui ont des tronches parce que le cinéma, c’est des tronches. D’ailleurs, à l’époque, ce n’était que ça. Et peu à peu, les seconds rôles sont devenus des premiers rôles. Par exemple, du temps de Michel Simon, Raimu, Harry Baur… Serrault et Villeret auraient été seconds rôles. Ils auraient servi la soupe. Mais ils sont montés en première ligne et ont abandonnés leur statut de second rôle. Il faut se souvenir du film Les diaboliques (de Henri Georges Clouzot, 1954, ndlr) où Serrault avait juste deux scènes. Maintenant, Serrault a toutes les scènes, et les gens qui viennent derrière n’ont plus la même personnalité qu’un Serrault, qui lui-même, en avait moins que Jules Berry. Vous comprenez, c’est par échelon. Aux États-Unis, c’était pareil. Lee Marvin était un second rôle, devenu premier rôle parce qu’il n’y avait plus de Gary Cooper, de Spencer Tracy et D’Humphrey Bogart. Il n’y a qu’au Japon qu’on ne s’en rend pas compte, ils ont tous la même tête. Eux doivent voir la progression, mais nous on ne la voit pas…

J’ai appris que vous vous baladiez souvent avec un appareil photo et que vous essayiez de contacter ensuite les « gueules » que vous aviez rencontré…
Ils ne veulent pas. Un jour, pour Le miraculé, j’avais besoin d’un type avec un grand nez. Un nez terrible. Et c’était difficile à trouver. J’étais dans une voiture et brusquement, à un feu rouge, on voit s’arrêter un type avec un nez qui touchait presque la vitre. Alors, je lui demande s’il veut faire du cinéma. Là, le type me montre son nez et puis il est parti car il a compris que je voulais l’utiliser. Quand un personnage est par trop extravagant, par trop extraordinaire, qu’il a une tête comme si on l’avait torturé, parallélépipédique ou trapézoïdale, le type refuse. Il ne veut pas. Il croit qu’on va se foutre de sa gueule. C’est terrible ! C’est difficile à recruter. Mais bon, il y en a qui acceptent.

Est-ce que vous vous servez aussi de ces photos pour trouver des idées de personnages ?
Je travaille beaucoup avec les journalistes. Sur 46 films, il y en a une bonne quinzaine qui sont issus de faits divers. Par exemple, Le miraculé, La grande lessive, L’étalon, Solo, j’ai pris ça dans l’actualité. Des articles de presse ou des trucs que j’ai entendu à la radio. Dans La grande lessive, Bourvil foutait en l’air toutes les antennes de télé parce que les enfants la regardaient trop. Il y avait aussi Jean Poiret, en directeur d’une télévision fictive qui s’appelait l’ORBF. Il utilisait un système de clé pour que les enfants ne regardent pas la télé. Dans ce film de 1968, j’avais trouvé cette astuce qui s’applique aujourd’hui. Aux États-Unis, ils font ça avec une puce. Toute cette histoire avait été prise dans un fait divers. La nuit, dans un petit village, un instituteur passait avec un copain et enlevait toutes les antennes…L’étalon, c’est parti d’une conversation que Bourvil et moi avions entendu dans un café. Solo, c’était cette bande de jeunes qui étaient des précurseurs de la Brigade Rouge. C’étaient des jeunes, réunis dans un café, chez Dupont, boulevard Saint-Michel. Au lendemain du 10 mai 68, quand la révolution s’était arrêté, ils s’étaient dit qu’il fallait continuer. Et je les ai entendus, moi, et c’est de là qu’est né le film. L’Albatros, c’est un des mes assistants qui, allant chercher des cigarettes, a disparu. Il avait été pris dans une manifestation, torturé par les flics. Il s’était battu et avait pratiquement tué un flic en se défendant. On parle toujours des types qui reçoivent des coups de matraque, mais il y en a qui se défendent. Donc, il était en état de légitime défense, mais comme c’était un flic, il a eu les pires emmerdements : il a passé trois ans en prison. Il s’est évadé parce qu’il avait 5 enfants et une femme. C’est devenu l’histoire de l’Albatros.

Est-ce que les personnages sont très écrits dans vos scénarios ou est-ce que vous les cherchez avec l’acteur ?
Quand on a eu les acteurs que j’ai eu, de Bourvil à Fernandel en passant par Michel Simon, Philippe Noiret, Alberto Sordi, des gens comme ça, on ne peut pas leur apprendre leur métier. On ne peut pas faire le Bresson, on ne peut pas leur donner des indications comme si c’étaient des cons, des novices. La seule chose qu’on peut faire, c’est de choisir au début du film un costume pour l’acteur. C’est ce que j’ai fait avec Serrault pour Le furet. On s’est mis d’accord sur une chéchia pour casser son image de grand-père à moustache qu’il balade depuis 3 ou 4 films, Une hirondelle ne fait pas le printemps, Le papillon, etc…On lui a mis sa chéchia, on lui a teint les cheveux, un petit peu seulement, parce qu’il tournait l’Affaire Dominici après. Quand il enlève sa chéchia à l’église, on voit qu’il n’est pas complètement teint. Et puis, il a cette façon « violoneuse » de parler. Ce n’est pas le Saturnin Fabre et son « Tiens ta bougie droite » (dans Marie-Martine, d’Albert Valentin, 1942, ndlr), ce n’est pas Louis Jouvet solitaire dans un parc (il imite Jouvet) : « Deux ombres sont tout à l’heure passées… ». Mais c’est un peu ça quand même dans la mesure où il y a des nuances terribles dans la voix. Dans Le furet, Serrault compose un espèce de vieux spahi cauteleux. Il reprend des personnages du répertoire. Il y a des personnages de ce genre dans les classiques. Ce n’est pas Tartuffe, mais il prend dans la galerie des grands personnages de théâtre. La seule chose qu’il faut faire, c’est de l’empêcher d’en faire trop. C’est ce que j’ai déjà essayé de faire avec Fernandel, parce qu’il faisait toujours ça (il fait une grimace, imitant Fernandel). Je n’ai jamais travaillé avec De Funès, mais si j’avais travaillé avec Fufu, j’aurais essayé de lui donner un rôle dramatique…bon, ça ne s’est pas fait. Pour Le furet, j’avais dit à Villeret : « Tu es Peter Lorre dans M le Maudit et pour le côté hargneux, tu es James Cagney dans L’enfer est à lui » (de Raoul Walsh, ndlr). Donc, il a pris ces deux cassettes. Quand à la fin de L’enfer est à lui, James Cagney, debout sur des réservoirs, crie : « Maman ! toujours plus haut ! », c’est tiré plus ou moins de ça. Pour M le maudit, Peter Lorre ne riait pas vraiment, mais il avait un petit sourire avec les petites filles…il allait dans la nuit comme ça…

Et puis le dos courbé aussi…
Oui, voilà, il s’est inspiré de ça. Mais contrairement à M le maudit, il nargue la police sans arrêt. Pour les autres…Lonsdale, je lui ai fait prendre une voix à la Marlon Brando dans Le parrain. Une fois qu’on a dit ça, il faut surveiller le gars. C’est comme quand on surveille un pot-au-feu qui cuit, si vous voulez. Il faut arrêter le pot-au-feu s’il est en train de brûler (rire).

Et vous-même en tant qu’acteur, vous jouez encore régulièrement dans vos films, mais une de vos dernières apparitions, c’était dans Grandeur et décadence d’un petit commerce de cinéma de Jean-Luc Godard. Ça vous intéresserait encore de jouer chez un autre cinéaste ?
Ça, c’est encore la différence entre le marché français et le marché anglo-saxon. Quand un réalisateur comme moi, qui a une certaine facture, une certaine personnalité par rapport aux autres, joue dans le film d’un autre, l’autre a peur qu’on dise que c’est le gars qui a fait le film ! C’est arrivé plusieurs fois…Quand Chabrol a tourné son film à Paris avec Orson Welles, je ne me rappelle plus du titre…(La décade prodigieuse, ndlr). Ça n’a pas raté. Quand le film est sorti, un critique d’un très grand journal, je crois que c’était L’observateur, a écrit que la scène du dîner, c’est la scène de La Splendeur des Amberson, donc que Orson Welles aurait participé à la mise en scène…

Peut-être que Chabrol s’amusait là à faire un clin d’œil au cinéma de Welles…
Peut-être…Néanmoins, Chabrol a de l’esprit, tandis que d’autres réalisateurs n’en ont pas. Donc, le fait de prendre Mocky, Godard s’en foutait, parce que Godard et moi, on est tellement amis. Il n’y a pas d’inimitié possible. Il a pris le risque. On est frères d’armes tous les deux. On se connaît tellement bien. Mais supposez que j’aille chez Klapisch, chez Ozon…ces gens-là ont leur truc, et engager un type comme moi, même s’ils en avaient l’idée, ils vont se dire que ma présence sera comme un canard noir parmi les canards blancs. Les gens vont se dire : « Mais qu’est-ce qu’il vient foutre là ? ». J’ai eu dernièrement deux propositions : je devais faire Saint-Jean pour Martin Scorsese dans La dernière tentation du Christ. Je n’ai pas pu, pour des raisons totalement indépendantes de ma volonté. Je tournais moi-même un film et je ne pouvais pas l’arrêter. Oliver Stone, aussi. Ça, ce sont des amis. Mais après, j’ai eu une demande en Australie d’un réalisateur qui voulait que je joue le père de Nicole Kidman. En France, j’ai des tas de propositions, mais pour des courts métrages. Des jeunes viennent me voir. Ils ne craignent pas, semble-t-il, qu’on dise que c’est moi qui ait fait le film ! Voilà pourquoi c’est difficile en France d’être amis avec des réalisateurs. C’est peut-être plus facile aux États-Unis. Encore qu’Oliver Stone n’est pas ami avec tout le monde. En France, il y a des chapelles. L’autre jour, j’ai appris avec stupéfaction, que l’un de mes plus grands admirateurs était Jean-Marie Poiré ! Par contre, hier, Jacques Rozier m’a appelé, il adore Le furet, il m’a téléphoné pendant une heure. C’est un peu bizarre qu’un type comme Rozier aime ce que je fais. Godard aussi, puis Éric. Il aime bien mes films, Éric Rohmer. J’ai des supporters parmi certains réalisateurs, mais ce n’est pas pour ça qu’ils m’engagent.

Vous avez joué chez Godard, mais lui avez-vous aussi proposé de jouer dans l’un de vos films ?
Absolument ! Mais l’affaire a mal tournée malheureusement. Très mal tournée. Avec Jean-Luc, on avait eu l’idée de lui faire jouer le rôle de Michel Simon dans La chienne (de Jean Renoir, ndlr). On aurait pris Juliette Binoche pour faire la chienne. Et puis le troisième, c’était…pas Brad Pitt, mais…Benoît Magimel pour faire le rôle du maquereau. L’affaire a mal tournée. Il y a eu des histoires avec Binoche. Les financiers du film ne croyaient pas à Godard acteur. Et Juliette Binoche avait envie de faire passer une audition à Godard pour le rôle. Elle avait envie de tourner, mais elle se demandait ce qu’il allait donner. Godard a évidemment refusé. Il a dit : « Mais qu’est-ce que c’est cette conne, comment elle peut me demander à moi, metteur en scène, de faire des essais ? ». Enfin, bref ! En plus, Binoche ne m’aime pas beaucoup. J’ai des acteurs comme ça…On dit souvent que tous les acteurs m’aiment. Ce n’est pas tout à fait vrai. Il y a des acteurs qui me détestent. Il y a des allergiques. Le principal est Gérard Lanvin. Pourquoi il ne m’aime pas ? On ne sait pas…Il ne veut pas le dire…

Il ne veut peut-être pas se couper les cheveux !
Non, mais là, c’était pour Vidange. Il devait jouer avec Huppert. Isabelle est aussi une cliente que je n’ai pas eue dans mes films. J’ai eu Azéma, Birkin, Deneuve, machin, truc, mais elle je ne l’ai pas eu. Sophie Marceau aussi ne veut pas. Lanvin et Marceau, je ne peux pas les réunir. Remarquez, je ne regrette pas ! Ce n’est pas ma tasse de thé non plus. Peut-être qu’ils sentent qu’ils n’ont pas assez de personnalité pour les films que je fais !?

On a aussi l’impression que le point de départ de vos films est l’envie de tourner dans un certain décor. Le décor est aussi un élément clef de votre cinéma…
Oui, parce que j’aime Paris. Certaines villes de province aussi. Surtout l’Alsace et la Lorraine. Je suis d’origine de l’Est. J’aime tous les paysages lourds, où il y a du brouillard, de la pluie, des immeubles en béton ou en gothique. D’ailleurs, je passe plus de temps à chercher les décors que les acteurs. Je n’aime pas le blanc, par exemple. Quand j’ai fait une clinique pour Litan, c’était une clinique ancienne. C’était angoissant. Parce que les trucs blancs !… Ce que je reproche aux comédies d’aujourd’hui, c’est d’être tournées dans des décors de publicité pour les frigidaires. Les acteurs sont dans des appartements contemporains blancs…deux meubles Habitat…ça n’a pas de classe ! C’est un soucis que je partage avec Max Ophüls que j’ai très bien connu. Lui ne pouvait pas travailler si le décor était trop plat. Donc, il créait des grilles, il faisait des rideaux…ce qu’on appelle des avant-plans qui étaient augmentés par une lumière. J’ai eu aussi de très grands opérateurs. J’ai eu l’opérateur de M le Maudit et Métropolis. Ils m’ont enseignés la profondeur de champ. Il n’y a plus ça aujourd’hui. C’était l’expressionnisme allemand. On éclaire le premier et le troisième plan, pas le second. Aujourd’hui, c’est le règne du truc parapluie, genre publicité. On met une lumière sur le plafond avec un parapluie, et hop, c’est fini ! C’est hideux, enfin pas vraiment, mais il n’y a pas d’ombre, ni rien. Dans Le furet, quand les gens voient cette lumière, ils sont décontenancés, car ils n’ont pas l’habitude de cela. Les spectateurs sont étonnés par le délire des acteurs, qui n’est pas celui des autres films, et par les décors qui sont photographiés d’une certaine manière. Quand on monte dans une voiture dans le cinéma de Sautet, on a l’impression de voir la sécurité routière.

En voyant Le furet, j’ai essayé de m’imaginer le film en bande dessinée…J’ai l’impression qu’il y a des passerelles entre votre cinéma et la BD. Est-ce un genre qui vous a influencé ?
Oui, d’ailleurs j’ai connu beaucoup de gens de la BD. J’étais très amis avec Reiser, Cabu, Topor. Roland Topor avec qui j’ai travaillé d’ailleurs (il se retourne et montre du doigt l’affiche placardée sur le mur de son salon de L’Ibis rouge dessinée par Topor). On était de l’Est tous les deux. À un moment, on dînait tous les soirs ensemble avec Polanski dans un resto où il y avait tous les réfugiés du rideau de fer. Les gens de la BD adorent mes films. Même les gars des effets spéciaux, Jean-Pierre Jeunet … Ils sont très proches de moi. Jeunet avait dit un jour que je l’avais influencé. Maintenant, il ne le dit plus. Il le disait à l’époque.

Dans M le Mocky, votre autobiographie, vous dîtes que sur les quelques 40 films que vous avez réalisés, je cite : « Aucun n’a été à la hauteur de ce que j’avais conçu, aucun n’a été réalisé comme je l’avais imaginé dans le coït initial. J’aime le coït, pas l’enfant ». Pourquoi reniez-vous vos films ?
Prenons deux cas fameux. Titanic de James Cameron et Lola Montès de Max Ophüls. Ce sont des films considérés par leurs réalisateurs comme parfaits. Je n’ai pas eu la chance de ces gens-là, Ophüls, Wilder adorait Certains l’aiment chaud. J’ai bien connu Wilder l’autrichien. Ils ont eu de la chance, car d’une manière ou d’une autre, ils sont allés aux États-Unis. Ils n’ont ruiné personne, pas comme Von Stroheim. Bref, ils considèrent que leurs films sont bons. Moi, je n’ai jamais eu la possibilité de faire ce que je voulais. L’ensemble des 47 films que j’ai réalisés ne coûte qu’un peu plus cher que le seul film Laissez-passer de mon ami Tavernier.

Pour vous, c’est l’argent qui fait la qualité d’un film ?
Oui, parce que ça vous pose un tas de problèmes. La figuration déjà. Quand vous avez un café vide alors qu’il doit être plein, c’est un défaut. La voiture n’est pas celle qu’on voulait. Il n’y a pas trois voitures de flics, il n’y en a qu’une…ce n’est pas du caviar dans les assiettes, mais de la merde, etc…On voulait tourner chez Maxim’s, on a fini par tourner dans la brasserie du coin, car Maxim’s demande 100.000 balles ! Tout ça, ça s’additionne. D’où le fait qu’on me dise que je bâcle mes films. C’est bâclé par moments, par manque de moyens. Je ne peux pas me balader en disant que ce que j’ai fait est génial. Le peintre peut modifier certaines choses. Un ciel trop gris, il retouche.

Mais ne croyez-vous pas que c’est à cause de ça qu’on aime votre cinéma ?
Ça devient une qualité, mais pour les autres, pas pour moi. Moi, je vois ce que j’aurais pu faire. Là, j’ai 3 ou 4 films importants qui nécessitent des budgets colossaux, mais je ne pourrai jamais les faire. Le film avec Orson Welles, Anthony Quinn, Henry Fonda, et Marlon Brando ne s’est jamais fait. J’avais aussi Fleur de rubis avec Belmondo, Adjani, Noiret, Serrault…Sami F…euh…Sean Penn, qui ne s’est jamais fait. J’ai deux bouquins de Von Stroheim, Paprika et Poto-Poto, qui ne se sont jamais faits. Je garde la nostalgie de faire des œuvres plus ambitieuses que celles que j’ai faites. Il faudrait que je rencontre un milliardaire, que je gagne à la loterie. Que je rencontre un de ces vieux milliardaires usé, fatigué…J’ai failli avoir ça avec Bouygues ! Dans les dernières années de sa vie, il était amoureux de mes films. Un jour, il m’a convoqué dans son bureau. Pour ce fameux film dont je viens de parler avec Belmondo et Adjani. Il a payé une double page dans le Film Français et m’a dit : « Mocky, tu auras ton grand film ! Je mets 20 milliards ! ». Un jour à la radio, j’entends que Bouygues est mort à Saint-Malo. Ça s’est terminé comme ça. Evidemment, les enfants n’en avaient rien à foutre. Ça aurait été ma chance. Bouygues était un type bien, il s’était fait tout seul. Les gens qui sentent approcher la mort, se rapprochent de gens qu’ils ont pu aimer…ça s’est passé pour beaucoup d’artistes, mais pour moi, malheureusement, ce truc-là n’arrive pas. Bunuel a été remorqué par Silbermann. Autrement, il n’y aurait pas de Bunuel. Il s’était arrêté de travailler. C’est monsieur Serge S ilbermann qui vient de mourir qui l’a requinqué, qui l’a ressuscité. Malheureusement Welles n’a jamais été ressuscité, il était tellement particulier !

Si vous deviez sauver un film parmi ceux que vous avez réalisés, quel serait votre Lola Montès ?
Mon Lola Montés c’est…Litan…

Pas Solo ?
Pas Solo. Solo est un bon film. Litan est un film fantastique, qui a eu le Grand Prix à Avoriaz. Le fantastique est un genre que j’aurais aimé faire. C’est un film fantastique dans la tradition de l’Est, de la Lituanie. C’est comme ça qu’on voit les films fantastiques là-bas. Mais ils n’en font pas. Les russes considèrent presque le fantastique comme un pêché. Les gouvernements totalitaires ne voulaient pas qu’on parle des morts. Les russes n’ont jamais eu de films fantastiques. Ils ont eu des films de guerre…

Il y a eu Tarkovski !
Solaris, oui, mais c’était de la science-fiction, un peu pesante…Litan, c’est le film que j’ai aimé parce que il y avait des décors, il y avait l’idée de la mort, des feu follets dans les cimetières. C’était quelque chose qui me faisait rêver quand j’étais petit, et c’est le seul film qui reflète bien mon enfance. Dans l’Est, on faisait peur aux enfants avec des masques. C’était pas loin d’Halloween. Les paysans se déchaînaient. Il n’y avait pas de citrouilles mais des sorciers avec des masques horribles. Les enfants avaient peur de ça. Quand ils n’étaient pas gentils, on leur disait qu’ils allaient revenir. Et puis, c’est un film flamboyant, un peu gothique. Dans le fantastique, on peut se livrer à un tas de facéties. Je me rappelle que j’ai failli me battre avec John Boorman parce qu’il n’aimait pas le film. Boorman avait hué pendant la distribution des prix quand Jeanne Moreau avait annoncé que j’avais gagné. Lautner, qui est un brave gars, était dans le jury aussi, il a attrapé Boorman et lui a dit : « Espèce de salaud, c’est un confrère ! » . Boorman était assis à côté de Brian De Palma, et ils se sont foutus de mon film au moment où j’ai eu le prix. Et c’est là où je me suis rendu compte que le film était intéressant dans la mesure où il n’était pas dans le style de leurs films. Parce que eux travaillaient dans quelque chose de classique et Litan n’était pas classique parce qu’il venait de l’Est. C’était le choc entre l’Est et l’Ouest sur le fantastique. Ils ont regardé mon film avec une haine comme s’ils regrettaient de ne pas faire ça. Ils ne pouvaient pas sacrifier à des lois du genre que je n’ai pas respectées. Ils se sont dit que j’avais réussi à visualiser quelque chose de mon enfance que eux, ne pourraient pas faire parce que ça risquerait de ne pas marcher financièrement. Ils ont peut-être beaucoup plus de possibilités mais ils les canalisent pour pouvoir être dans le show-business. ils se contrôlent terriblement. Donc, ils ne peuvent pas avoir la même inspiration que moi, parce que moi, je m’en fous, je peux faire ce que je veux !

Propos recueillis par Julien Pichené et Laurent Devanne.
Entretien réalisé pour l’émission de cinéma Désaxés et diffusée sur Radio Libertaire le 9 Novembre 2003.

* Là Mocky s’est planté. Il s’agit de Douglas Fairbanks et pas de son fils.

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Le détour, le creux et l’évidence (par Virginie)

Posté par Gabriel Cloutier le 29 janvier 2009

ENS-Ulm avril 2006
Le détour, le creux et l’évidence chez C. Rosset

La pensée rossétienne semble n’avoir pas de positivité. C’est d’autant plus problématique que, par définition, tout texte est empreint de sa propre particularité. Mais de fait, il est frappant de voir à quel point C. Rosset s’attache, au lieu, ou plutôt avant, de parler en son nom, à la critique de ses prédécesseurs et collègues. Comme si lui-même ne faisait qu’emprunter à d’autres la matière et l’occasion pour exercer une pensée polémique, pas toujours de bonne foi, envers des auteurs qu’elle semble parfois « expédier ». Ces ouvrages, en particulier Le réel et son double et L’objet singulier, montrent un foisonnement de références où se mêlent les époques, les traditions et les sujets. La saisie intuitive de la logique de cette œuvre est alors pour le moins malaisée, sans parler de la possibilité de la commenter sans lui porter tort. C’est la raison pour laquelle il convient de revenir au simple niveau de la compréhension, et de tenter tout d’abord de dégager quelques traits saillants de la pensée rossétienne, en espérant pouvoir faire droit par là à une philosophie particulièrement originale et efficace par son pouvoir déconcertant.
L’une des caractéristiques semble-t-il principales de la pensée de C. Rosset est sa désarmante simplicité, face à une tradition philosophique qui procède plutôt selon un schéma expansif. Cette dernière se confronte aux problèmes en y appliquant ou en créant pour eux une structure rationnelle et un dispositif conceptuel. Là où elle entrevoit un obstacle à la pensée, elle répond par la refonte et l’élargissement des ses propres outils, créant par là positivement de la matière, des objets philosophiques. Si l’on devait définir en gros la position rossétienne face à la tradition métaphysique, on pourrait dire que celle-ci est conçue comme un effort pour conceptualiser l’être en englobant le réel sensible, qui par son aspect imprévisible et protéiforme est toujours en partie inintelligible et donc marqué par un défaut d’être. La métaphysique rassure, en ceci qu’elle est une pensée créative et efficace, comblant le vide gênant de l’aporie intellectuelle face au réel.
C’est face à cette tradition que C. Rosset donne le sentiment de parler pour ne rien dire. Car sa pensée n’entend pas dépasser cette aporie première du réel dans sa singularité, ce qui tend à la faire apparaître comme exclusivement négatrice, déconstruisant toute tentative de justifier le réel, sans fournir d’alternative en échange. Mais avant d’imputer à son auteur une telle mauvaise foi, de dénoncer un philosophe certes éminemment critique, il nous faut essayer de comprendre cette critique comme une méthode bien particulière. Car ce que Rosset dit effectivement du réel, et ce n’est pas une moindre difficulté que de saisir cette effectivité, fait fond justement sur une critique radicale de tout ce qui ressemble de près ou de loin à une position métaphysique. Cette radicalité critique fonde alors un détour par une négativité qui se révèle, dans la pauvreté même de ce qu’elle produit à son compte, extraordinairement féconde. Mais ce résultat n’est pas porté par les mots, il est bien plutôt révélé en creux sous ce que le discours dénonce. La construction intellectuelle rossétienne est fondamentalement une déconstruction, nécessaire au jaillissement du réel. Tout ce qui se dit de lui concerne ce qu’il n’est pas et par la suite, débouche sur ce qui se situe déjà en aval de lui : l’allégresse, autrement dit non pas le réel lui-même mais le réel tel qu’il agit sur nous, ses conséquences éthiques.
Deux exigences s’imposent alors : tout d’abord définir cette méthode du détour et souligner l’importance du gain théorique qu’elle permet, au-delà d’un simple rapport polémique au reste de la pensée philosophique. Mais dès lors il faudra essayer aussi de saisir comment cette pensée s’articule à celle de ses prédécesseurs et autres interlocuteurs. Comment placer C. Rosset au sein d’une tradition, notamment métaphysique ? Sa propre pensée semble représenter l’autre total de la métaphysique, mais comment s’explique alors le fait que le rapport critique à d’autres œuvres ne soit pas seulement un préalable à l’établissement de ses propres positions, mais au contraire soit un motif récurrent dans nombre d’ouvrages ? Si l’on garde à l’esprit l’importance de la part critique de l’œuvre de Rosset, et qu’on la considère comme un point structurant, sa pensée peut apparaître aussi comme une sorte de discours sur l’être à rebours, conservant un point de contact permanent avec la tradition ainsi que des thèmes et des questions usuelles que l’on ne peut évacuer, comme le rôle de l’intellect et du langage, le problème méthodologique de la création et l’utilisation du concept, , et des positions comme le scepticisme ou le matérialisme. La question est alors celle de la portée du double : est-il envisagé seulement de façon critique ou bien également selon un versant positif ? Dans tous les cas, quelle est la fécondité du double et son statut dans la philosophie de C. Rosset ?

La pensée rossétienne est critique ne serait-ce que, tout d’abord, par la place que celle-ci tient dans l’économie de ses ouvrages. Le réel et son double par exemple est entièrement bâti sur une triple critique de ce que Rosset nomme l’illusion, en l’espèce oraculaire, métaphysique et psychologique. Il y présente et développe les différents types de duplication repris ensuite dans Le réel, traité de l’idiotie. L’auteur analyse tout d’abord l’illusion oraculaire, qui correspond dans le deuxième ouvrage à la fonction pratique de mise à l’écart d’un évènement possible mais non souhaité, processus voué à l’échec. Car cette illusion a pour effet de scinder le réel dans son effectivité en deux pôles, celui qui est annoncé et celui que l’on voudrait lui substituer, faisant croire qu’il est possible d’échanger deux possibilités chargées en puissance du même quotient d’être. Or c’est une thèse constante de Rosset que d’affirmer le caractère toujours fictif du double. Loin d’y voir, comme le fait l’illusion métaphysique, l’évènement le plus riche ontologiquement et donnant son sens au réel fluctuant (c’est là la deuxième forme d’illusion analysée, aux conséquences épistémiques), lui souligne constamment son aspect par définition illusoire, mais qui a, malheureusement pour nous ou pas, comme nous le verrons, ses racines dans le fonctionnement même de la psychologie humaine où elle opère un dédoublement fantasmatique entre le sujet et ce qui l’entoure (troisième forme de l’illusion dégagée dans le premier ouvrage et confirmée dans le second) . La duplication, qui est une réalité de fait, tend aussi toujours à se constituer comme déni de droit de la spécificité et de la singularité du réel. C’est là l’horizon principal de la philosophie de Rosset, qui exerce son activité critique contre ce penchant inévitable et cette perversion du double.
A ce stade, on est encore tenté de ne voir là qu’une position strictement polémique, voire pamphlétaire. Dans une attitude proche de celle de Molière moquant les précieuses de salon, exemple qui est d’ailleurs utilisé par Rosset, celui-ci dénoncerait ceux de ses collègues philosophes qui, traditionnellement, porteraient l’art du chichi jusque dans des sphères intellectuelles se coupant toujours plus de la réalité, même pour la systématiser. Certes quelques-uns des exemples livrés par l’auteur sont déconcertants dans leur rapidité à stigmatiser telle ou telle pensée. Mais ce serait être cette fois-ci injuste envers Rosset que d’en faire un penseur animé d’une telle volonté revancharde. Il faut ici considérer son style éminemment critique selon un angle quelque peu différent. On peut proposer, pour essayer d’en rendre raison, de prendre en compte davantage l’abondance des procédés critiques. En effet, cela permet tout d’abord au passage de fournir une explication, qui vaut ce qu’elle vaut, non pas d’une éventuelle lacune dans la rigueur du traitement des références, mais d’une inévitable variabilité dans l’attention portée aux différents interlocuteurs, selon leur importance dans le propos ; mais surtout de pointer vers une possible utilisation méthodique de la critique. On l’a déjà vu, le développement des mauvais doubles dans Le réel et son double et Le traité de l’idiotie obéit à une logique interne similaire dans les deux ouvrages, qui justifie à la fois la structure dupliquée de notre rapport au réel et la critique de ce rapport.
Mais c’est surtout dans L’objet singulier que cette méthode apparaît saisissable. En effet le détour critique y est utilisé de trois manières différentes et complémentaires. Comme dans les deux ouvrages précédents, Rosset opère un « Retour sur la question du double ». La critique se retrouve donc en premier lieu dans l’examen positif d’une notion considérée comme potentiellement négative (mais pas seulement). Le deuxième chapitre tire les conséquences du premier, cette fois en argumentant sur les conséquences pernicieuses du double et en révélant leur faiblesse conceptuelle : quand le double s’autonomise par rapport au sentiment du réel d’autant plus indescriptible qu’il est plus intense, il outrepasse ses droits. Ainsi du cas de la peur, qu’on analyse communément comme une « crainte à l’égard d’un objet irréel » donnant lieu à « un doute […] quant aux objets réels eux-mêmes ». Le propos de Rosset est alors de montrer que cette analyse n’est pas totalement juste, en ce que la duplication qui en est la base tend à porter sur un au-delà du réel, c’est à dire que la manifestation de la terreur au sein du réel trouverait sa source en-dehors de celui-ci. Mais comme le remarque l’auteur, en tant « qu’il est pure étrangeté, […] aucun objet réel n’est susceptible de devenir terrifiant par son entremise. ». Ce même schéma est repris pour démontrer les abus du double dans le cas du désir, de l’objet cinématographique, et musical. Mais la portée critique ne s’en tient pas là, elle supporte une troisième étape. Sur la présentation du concept négatif et son examen argumentatif, se greffe en effet un « remplissage » de la notion d’après une analyse du double respectant la primauté et la singularité du réel. Ainsi, dans le cas de l’objet terrifiant, la peur ne provient pas de la vision confuse d’un irréel mettant en péril la réalité, mais bien d’une duplication dans l’irréalité face à un réel qui terrorise par sa singularité implacable : « La première crainte n’est qu’une anticipation de la seconde, qu’elle s’efforce de différer et de conjurer en éprouvant sur le mode fantomal une terreur qu’elle préfère ne pas éprouver sur le mode réel. Une terreur pour rire, qui dispense à terme d’avoir peur pour de bon. » (p. 40). Le double joue bien ici son rôle c’est-à-dire pointer en négatif vers le réel, mais sans altérer pour autant le réel en tant qu’indicible qui en est la vraie source. Cette série d’exemples structurant l’ensemble de l’ouvrage peut alors être un signe de la portée systématiquement critique de l’œuvre de Rosset : celle-ci n’est pas simplement polémique mais utilise le détour critique comme une stratégie, ce qui tient à la particularité de ce qui est représenté, le réel, qui est radicalement inidentifiable.
Ce trait particulier de la philosophie rossétienne est à mettre en rapport avec l’utilisation qui y est faite du concept philosophique : celui-ci opère avant tout en négatif, au sein du moment critique, afin de faire surgir, en creux, une réalité elle-même indicible. Du coup, les concepts proprement rossétiens ne sont que rares (les plus importants étant le réel et la tautologie) et en apparence pauvres (témoin sa conception du réel). Mais dans la majorité des cas, le concept entre dans ce rapport critique à la philosophie des prédécesseurs, en tant qu’il en est le résultat, le double produit pour expliquer le réel et qui, échouant face à l’ineffabilité de celui-ci, en vient à se poser comme « plus réel que le réel ».Tel est le cas par exemple de l’Idée platonicienne telle qu’elle est présentée dans Le réel et son double. Pensée métaphysique du double, elle se présente comme candidate possible à une explication en règle du réel, d’autant plus qu’elle semble d’abord elle aussi occuper une position critique concernant la duplication : les choses sensibles ne peuvent pas plus se dupliquer elles-mêmes, que répéter l’Idée qui leur tient lieu de fondement. Mais Rosset en tire en réalité la conclusion que cette pensée du double aboutit à l’inverse de son point de départ. Voulant rendre compte du réel, elle ne fait qu’enrichir le ciel des idées philosophiques d’une fiction de plus, qui fait paradoxalement concurrence au réel (p. 57). Le double n’aurait donc forcément qu’une utilité négative, car c’est justement quand, dans sa confrontation au réel, il prend le pas sur lui qu’il s’en éloigne le plus et le trahit. Autrement dit, penser revient certes toujours à dédoubler, mais cela ne prend sa valeur que si cette attitude est elle-même intrinsèquement critique, la réalité ne pouvant être justifiée qu’au moyen d’un détour sur ce qu’elle n’est pas, détour inévitable puisque tout effort pour penser le singulier revient à en produire un double. Le double doit soupçonner non son rapport à la réalité, ce qui rend possible de faire tomber la faute du côté des choses, mais sa propre méthode. On voit donc que la critique rossétienne n’est ni ad hoc, ni même simplement systématique, mais structurelle : elle débouche sur l’utilisation du double en tant qu’il est conscient de ce qu’il n’est pas. Son terrain privilégié est cependant celui de pensées ayant accompli une partie du chemin, soit comme Platon en montrant le divorce entre le réel et son double, soit comme Hegel (p.67 ss.) en intuitionnant que c’est par un retour vers la sphère du réel que le double réussit . Mais là encore la méthode n’est pas correcte : Hegel présuppose lui aussi une certaine « extra-réalité » existant comme telle et dont il tente de remplir les choses, de force, comme si le réel attendait de l’idée qu’elle retourne vers lui, mais en lui apportant un surplus d’être. Là encore la négation est insuffisante en tant qu’elle porte simplement sur un moment du détour. Le critère de réussite est finalement simple : si la pensée débouche sur un réel « encore plus réel », auquel s’ajoute une quelconque dimension, il est dénaturé. C’est pourquoi la philosophie rossétienne est si sèche et si sibylline lorsqu’elle parle en son propre nom. Elle ne cesse de « tailler dans le vif », ramenant à l’énoncé « le réel est le réel ».
La question se pose donc de la fécondité de ce détour négatif. Il semble bien qu’il ne révèle en creux rien d’autre qu’une réalité incommensurable et indicible. On déboucherait alors sur une position radicalement matérialiste, en ce que seule la réalité concrète et sensible est affirmée, ou plutôt même sur un scepticisme, puisque ceci rendrait impossible toute saisie du réel en tant que tel. La philosophie rossétienne n’aurait alors qu’une valeur provisoire, elle enjoindrait au bout du compte à se taire, niant toute légitimité autre que déconstructrice à un intellect qui sombrerait ensuite définitivement dans sa propre négation. Là encore, ce serait faire du travail de Rosset un nihilisme acharné et outrancier. Or lui-même critique cette attitude, dans les « Remarques sur le pouvoir » (Le philosophe et ses sortilèges) : dans le cadre d’une critique d’une conception entièrement dénonciatrice du pouvoir, il écrit « Car rien de positif ne ressort du négatif en tant que tel : quand on aura achevé de dresser la liste des choses mauvaises, on n’aura pas encore commencé à dire un seul mot en faveur des choses bonnes. ». Y a-t-il alors chez Rosset une perspective positive sur le réel ? Car il est vrai que la définition en creux de l’idiotie du réel court le risque de se vider entièrement face à la trop grande « simplicité » de ce qu’elle énonce. Reste donc, pour sauver la fécondité du détour, à réfléchir sur le pourquoi de cette indicibilité du réel et sur les conditions de la duplication. Il faudra alors en passer par l’examen du bon double et une attention au langage même qui le véhicule. La question devient alors celle de la marge de manœuvre permise par le double pour opérer un retour sur le réel. Autrement dit, quelle est la faille, dans la règle tautologique qui régit la réalité, où le langage, le bon double, peut s’engager pour dire effectivement cette réalité ? Quelle positivité se dégage des concepts de réel et de tautologie ?

Si l’on donne voix à l’objection de nihilisme adressée à la philosophie rossétienne, celle-ci apparaît comme une anti-métaphysique radicale. Prenant une position strictement inverse, il s’agirait de brandir une conception matérialiste du réel pour s’opposer aux fictions intellectuelles de la métaphysique. Mais, outre que cela ne fait pas droit à la place prépondérante dans son oeuvre des diverses ontologies traditionnelles, même si Rosset les examine toujours d’un œil critique, cela entre en contradiction avec la description que l’auteur donne du matérialisme (L’objet singulier, chapitre « Amertume et modernité ») : étant lui-même en compétition avec une explication métaphysique du réel, le matérialisme en reprend le principal défaut, à savoir qu’en disant qu’il n’y a que le réel, il insiste sur le « que », posant la réalité dans une situation d’incomplétude irrémédiable. Autrement dit, le matérialisme comme philosophie du réel refuse paradoxalement ce que Rosset nomme la « paternité » de ce réel. Toute autre est l’affirmation rossétienne que du réel, on ne peut rien dire. Qu’en est-il alors du deuxième écueil, celui du scepticisme ? On peut déjà soupçonner que ce n’est pas la position de Rosset, dans la mesure où le scepticisme est lui aussi une philosophie du manque, dans son acception la plus radicale : non seulement on ne peut rien connaître de l’au-delà, mais rien non plus du réel lui-même. La difficulté est donc de faire la part chez Rosset à une vraie pensée, dans laquelle l’intellect joue bien un rôle, tout en articulant cela à la négativité structurelle du rapport au réel. C’est-à-dire qu’il y a bien là une « position d’intelligence » face à la singularité du réel, mais elle est profondément déterminée par cette méthode du détour et du creux qui accède ainsi au rang de méthode épistémique. La négativité, traversant toutes les couches de la réalité, tant le rapport au réel comme tel que considéré comme objet de connaissance, assure ainsi la cohérence de toute l’œuvre de Rosset, dans laquelle peut se dégager une positivité propre. C’est dire que, de part en part, son travail revient sur le double, le mauvais qui est dénoncé, et le bon qui, par le détour lui aussi, accède au réel. Le premier indice de cette positivité est donc cette répétition incessante du geste du détour, qui fait finalement surgir le réel grâce à l’usage du bon double.
Comment la duplication du réel fait droit à celui-ci, au lieu de se contenter de montrer qu’il n’est rien de ce qu’on dit de lui ? La réponse se trouve dans l’utilisation par Rosset de la notion de tautologie, deuxième concept primordial et en même temps d’un laconisme vertigineux. La tautologie au sens rossétien est l’expression la plus complète de la loi du réel : « A est A ». C’est ainsi qu’elle s’énonce comme un état de choses, mais identifiable par le langage. Le problème est alors le suivant : comment cet énoncé peut-il avoir un sens ? En effet le rapport d’identité qu’il suggère est si étroit, si serré, que la proposition semble, au moment où elle s’énonce, se vider de tout contenu. Comme cela était à craindre, le double ne résiste pas à la force tautologique du réel qui l’asservit et anéantit sa puissance d’expression. Le double est en quelque sorte « phagocyté » par le réel identique à lui-même. Au sein de cette tautologie permanente, il n’y a pas de place pour un langage expressif, qui se résume alors à répéter : ceci est ceci, la table est la table, etc… Rosset semble commencer par éviter de se confronter à cette aporie, présentée dans Le démon de la tautologie, p.40 ss. Au lieu d’étudier le fonctionnement linguistique de la tautologie elle-même, il la remplace par des formes moins directes, la métaphore et la synecdoque. En cela son analyse est très traditionnelle, et fait fond sur la conception littéraire de la métaphore comme procédé de style qui, mot à mot, « porte ailleurs » le discours et nomme une chose par une autre. La métaphore cadre ainsi tout à fait avec l’analyse rossétienne en ce qu’elle constitue un détour depuis son objet, qui le fait apparaître en creux grâce à un léger changement de perspective, un saut de côté laissant libre la place pour l’objet singulier. Mais la métaphore ne peut être considérée comme le modèle par excellence de la production du double. Car elle aussi tend à se présenter comme un enrichissement du réel, une production de réalité au titre de valeur ajoutée. Autrement dit, on court toujours le risque avec la métaphore de la voir s’autonomiser et se poser finalement en concurrente au réel qu’elle est censée servir et dont elle émane. C’est pourquoi Rosset s’affirme pour une utilisation tautologique de la métaphore, cette fois-ci en accord avec la loi du réel. Elle n’est ainsi pas une production de réel mais un « effet de réel », une sorte de perspective sur lui, qui ne recrée pas plus qu’elle ne complète la réalité, mais le redécouvre sans cesse à partir de lui-même comme singularité par des moyens toujours remis à neuf (p. 43).
Dans cette conception du langage comme détour, la répétition joue un très grand rôle. C’est semble-t-il par un geste réitéré d’expression métaphorique du réel que l’on est susceptible de dévoiler chaque fois un petit coin de la réalité, par un détour langagier laissant surgir un aspect du singulier. Dans cette perspective, il serait intéressant de comparer la conception rossétienne du discours et la tradition phénoménologique et herméneutique telle qu’elle est initiée par Husserl dans les Recherches logiques. Mais on se heurte alors à un problème d’interprétation majeur. Car si les pages 40 à 52 du Démon de la tautologie constituent un passage suffisamment explicite pour dégager une conception rossétienne du langage, à l’inverse de beaucoup d’autres passages, aucune référence n’y est faite à une quelconque inspiration dans une autre pensée. L’absence de toute référence est problématique en ce qu’elle laisse penser qu’il s’agit bien là d’un apport théorique positif, mais fonctionnant de façon autonome. Il n’est donc pas évident que soit autorisé le moindre rapprochement avec un autre auteur. Néanmoins celui-ci peut sembler éclairant. Dans les Recherches logiques I et II, Husserl présente la signification comme une reformulation perpétuelle, au sein du langage, d’un objet chargé d’une certaine idéalité (qui n’est pas une transcendance, mais qui lui confère autonomie et vérité en soi). Tout acte de langage se présente donc comme une interprétation visant un objet dans son idéalité à travers une « donation de sens ». Les expression concrètes ne doublent pas la chose, et celle-ci perd toujours de son idéalité lorsqu’elle est formulée, mais n’étant pas transcendante elle ne peut être définie en-dehors de son énonciation par un jugement, même purement théorique. L’idéalité est indépendante de ses expressions mais elle ne peut se manifester que par elles, elle tient à la forme de la subjectivité en général. Les différences sont grandes avec Rosset pour qui le réel est plutôt en deçà de toute subjectivité, et dont la puissance d’expression est immédiate, mais chez lui aussi ce réel manifeste sa singularité pour une conscience, quitte à se révéler cru et indigeste. Chez Rosset, c’est cette singularité du réel qui peut valoir comme la présupposition d’une interprétation que le langage tend sans cesse à élucider par reformulations successives et changements d’angle. Mais de même que chez Husserl, l’expression n’atteint jamais totalement la chose, qui par essence est trop hétérogène (c’est-à-dire ici singulière) à ce qui est dit d’elle. Le langage a donc partie liée avec la structure tautologique du monde, à laquelle il est la voie d’accès, mais étant lui-même partie du réel, il reste dans un rapport de soumission à cette tautologie du réel.
De fait, la force et l’originalité de la pensée rossétienne est de trouver son fondement dans la tautologie comme « modèle de toute vérité ». Certes le discours philosophique ne peut pas être de la forme tautologique « A est A », ce qui serait le degré zéro du détour, le langage se trouvant alors vidé de sa substance. Mais la tautologie détermine le régime le plus direct de détour, en tant que tout énoncé doit tendre vers la forme « A n’est autre que A ». A partir de ce postulat-modèle, le détour est fondé comme un léger écart, ramenant vers la simple re-énonciation de la chose, mais s’autorisant d’une distance minimale, nécessaire pour dire « A n’est autre que A ». L’expression « démon de la tautologie » intervient comme un concept où se mêlent le geste répétitif, le détour et la singularité principielle du réel. Le critère de réussite de ce « détour tautologique » est alors l’évidence, l’immédiateté infra-linguistique sous la couleur de laquelle le réel se montre, et fonde une utilité critique de la tautologie pour dénoncer toute pensée contournant l’évidence insupportable au moyen d’un faux double. Le réel mis au jour par le détour critique cesse ainsi d’apparaître toujours comme le point aveugle du langage, puisque celui-ci, quand il est de forme tautologique, l’exprime certes indirectement mais néanmoins au plus près. Le détour reste donc toujours un détour. Il ne saisit jamais directement le réel. Mais la duplication est ici ramenée au cœur du rapport à la réalité.
C’est ainsi que se comprend alors le statut de la métaphysique : celle-ci apparaît alors comme une tentative ratée de saisie du réel, mais aussi comme véritable adversaire, puisqu’elle fonctionne sur le faux double et la pseudo-tautologie. Ce n’est pas seulement un contrepoint ponctuel : la pensée rossétienne se présentant comme une philosophie perpétuellement critique, répétant inlassablement celle-ci, elle entraîne inévitablement son adversaire avec elle. Le travail de Rosset est bien l’autre radical de la métaphysique, mais il ne peut pas non plus s’en passer. N’évacuant jamais son autre, elle représente moins une anti-métaphysique qu’une ontologie négative. Ce terme a de plus l’avantage d’être utilisé par Rosset dans L’objet singulier, chapitre 1, p.28-29 : « La pensée du double, à en mener l’analyse jusqu’à son terme, aboutit ainsi à la pensée d’une ontologie en laquelle se résume finalement la recherche philosophique que nous avons entreprise. Ontologie du réel dont la particularité est de ne prendre appui ni sur la pensée de son « être » ni sur celle de son « unité », mais sur la considération de sa seule singularité. Appui qui peut certes apparaître comme à jamais douteux, puisque la considération sur laquelle se fonde semblable ontologie est obscure en son principe : considération d’un réel qui, en tant que singulier, ne saurait jamais être vu ni décrit. Il n’y a rien à répondre à cette objection, et on doit au contraire en confirmer sans cesse le bien-fondé. L’ontologie du réel est une « ontologie négative », comparable aux systèmes que l’histoire de la philosophie a reconnus comme « théologies négatives », tels que ceux de Denys l’Aréopagite, de Maître Eckhart et Nicolas de Cues, dont elle ne diffère en somme que par cette circonstance qu’elle applique au réel les attributs que les théologiens négatifs ont coutume d’attribuer à Dieu. ». Ceci en rupture évidente avec l’ontologie dite classique qui introduit des degrés hiérarchisés de réel, et par conséquent une différence de quotient de réalité au sein du réel lui-même.

La philosophie rossétienne est donc bien une pensée du détour critique, à tous les niveaux. Loin de se contenter d’un rapport polémique à la tradition, l’examen constant des thèses extérieures est l’occasion et la matière au surgissement d’une pensée complexe du réel comme ce qui reste toujours inaccessible à l’analyse. Ce réel indicible vaut certes comme un critère d’appréciation efficace à l’encontre des théories ontologiques ou métaphysiques, qui tendent le plus souvent à insérer le réel dans un système plus vaste, sans le ressaisir dans sa spécificité, mais surtout, ce qui est plus grave, à lui ôter toute valeur justement parce qu’il est le plus immédiat. Cependant, si Rosset parvient souvent à « élaguer » les conceptions du réel pour en revenir à son noyau le plus pur, le danger réside en ce que, arrivé à ce stade, le langage de la philosophie semble n’avoir plus lieu. Il se pourrait que le travail de Rosset consiste en une sorte de « surplomb » méthodologique passant par le détour négatif, pour montrer en creux tout ce que le réel n’est pas. Face à la philosophie en expansion, il s’agirait là d’une pensée contenant sa propre limite, en forme d’entonnoir, prenant idéalement fin lorsque toutes les illusions du double sont anéanties, et débouchant sur un mutisme complet , un rapport immédiat au réel. Certes l’horizon de Rosset reste l’allégresse, cette pensée sans arrière pensée tout entière insérée dans le réel qui n’a pas de double, quoi qu’il advienne. Mais il semble bien par ailleurs que l’auteur s’attache également, par le détour évidemment, à « remplir » les représentations avec l’épaisseur du réel qu’elles masquent ordinairement. Et c’est bien le double lui-même, véhiculé par le langage, qui permet cela. Le double peut donc, en obéissant à la même règle tautologique que le réel, s’en faire l’instrument et le lieu d’apparition. En ce cas, l’écriture et la pensée ont bien un vrai rôle à jouer, qui constitue un préalable logique pour une philosophie dont se dégage surtout une réflexion éthique.

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Les excentriques du cinéma français

Posté par Gabriel Cloutier le 28 janvier 2009

Les excentriques du cinéma français sont légion et au fil des ans leurs noms s’estompent et finissent par disparaitre des mémoires. Il devient inutile pour la plupart de chercher leur présence sur Facebook qui compte pourtant un nombre exorbitant de groupes d’amateurs et de fans inconditionnels… Pour n’en citer qu’un, le Groupe des Fans de Pierre Fresnay (qui n’est pourtant pas représentatif de cette mouvance…) ne compte que 11 membres, pour l’instant. Pierre Fesnay, un immense acteur. C’est dire.
Mon cinéma de maman est celui de Farrebique et de Goupil Mains Rouges, celui du petit écran bombé à coins arrondis des dimanche en noir et blanc, celui de la douceur feutrée des salles de province, du Palace, du Provence, du Club, du Familial qui véhiculaient l’insouciance pop de la culture pop des années 60. On y découvrait Francis Blanche, Darry Cowl, Roger Pierre, Jean-Marc Thibault, Jean Marais escaladait, Eddie Constantine cognait dur et Angélique I, II, II, IV et V faisaient un tabac presqu’incompréhensible. Les péplums trompettaient en Eastmancolor et Mocky réussissait le tour de force d’amuser un public à majorité catholique avec des oeuvrettes aussi iconoclastes qu’  » Un drôle de paroissien » ou, pire, que « L’étalon » (où on peut voir Marcel Péres devenir homosexuel !). On était impatient de faire la queue une heure pour « La Grande Vadrouille » et on retournait voir plusieurs fois le même film. Ce dernier, pour ne citer que lui, a totalisé le chiffre record (récemment battu) de 17 millions d’entrées sur notre seul territoire. Les « excentriques » qui y figurent ont pour nom : Pierre Bertin (comédien français, chanteur d’opérette, ami de Satie…), Mary Marquet (à la vie tumultueuse…), Paul Préboist (sans commentaire), Henri Genès (comédien, chanteur, humoriste.., Jacques Bodoin (humoriste, comédien, imitateur, ancien élève du Lycée de Tournon qui m’a un jour traité de « Punk »…), Paul Mercey… et j’édulcore, car l’évocation de chacun de ces seconds couteaux appelle à la révérence…

 

Tous, comédiens, acteurs, fantaisistes, musiciens, issus méli-mélo de l’Ecole Buissonnière, du Music-hall, de la Comédie Française, de la Rue, de l’Opérette Marseillaise ou des trai-teaux de province n’en demeurent pas moins ces petits dieux lares qu’on aime garder sur soi, porter en chemin, qui étonnent, émeuvent et réjouissent encore aujourd’hui et dont on peut découvrir et redécouvrir la fraîcheur dramatique grâce à Internet et au ciné-homing.

 

L’excellent ouvrage de Raymond Chirat et Olivier Barrot, « Les excentriques du cinéma français » recense les figures les plus représentatives des cuvées cinématographiques françaises de 1929 à 1958 et les amoureux du cinéma pop y trouveront leur content :
Pauline Carton, Julien Carette, Noël Roquevert, Jeanne Fusier-Gir, Raymond Bussière, Jean Tissier, Saturnin Fabre, Robert Le Vigan, Pierre Larquey, Yves Deniaud, Raymond Souplex, Jean Daurand… et une foultitude d’illustrissimes inconnus.

 

Il y a beaucoup à faire pour entretenir leurs mémoires, c’est entendu. Et dans un accès de pessimisme on peut facilement conclure à l’inutilité d’un tel projet. Quelqu’un de passage se reconnaîtra peut-être qui a justement parlé un jour de la « noble inutilité de nos existences… ». C’est donc tout naturellement à lui que ce fan-club est dédié.

 

Nos vies sont jonchées de cadavres et d’absences…

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Two Towers

Posté par Gabriel Cloutier le 28 janvier 2009

« There’s some good in this world, Mr. Frodo. And it’s worth fighting for. »

Frodo: I can’t do this, Sam.

Sam: I know. It’s all wrong. By rights we shouldn’t even be here. But we are. It’s like in the great stories, Mr. Frodo. The ones that really mattered. Full of darkness and danger they were. And sometimes you didn’t want to know the end. Because how could the end be happy? How could the world go back to the way it was when so much bad had happened? But in the end, it’s only a passing thing, this shadow. Even darkness must pass. A new day will come. And when the sun shines it will shine out the clearer. Those were the stories that stayed with you. That meant something, even if you were too small to understand why. But I think, Mr. Frodo, I do understand. I know now. Folk in those stories had lots of chances of turning back only they didn’t. They kept going because they were holding on to something.

Frodo: What are we holding on to, Sam?

Sam: There’s some good in this world, Mr. Frodo. And it’s worth fighting for.

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Rendre le réel à l’insignifiance ? Les grands remèdes.

Posté par Gabriel Cloutier le 27 janvier 2009

Un peu de n’importe quoi.

…car le réel est insignifiant et appelle sinon le silence du moins la jubilation.
Le double : idéologie, discours qui se veut structurant, et le jeu, le rôle, l’importance que l’on se donne…
Critique : http://www.fabula.org/lht/1/Trudel.html
Fan : http://clementrosset.blogspot.com/
Clément Rosset

Philosophie du rien, coup d’épée dans l’eau ?
Le premier maçon venu atomise toute l’oeuvre de Clément Rosset.

Un grand détour qui ramène à la case départ.
Le réel n’a pas de sens, vivre donne du sens à ce qui n’en a pas. Question : comment vivre, persuadé que rien n’a de sens ? Le dépit amoureux s’apparente-il à une prise de conscience du réel insignifiant ? A quelles occasions est-on forcé de constater l’absence de sens, l’indignifiance du réel. Quel est ce réel dans lequel on trempote ? Ombilic des limbes. Ressemblance avec le bouddhisme ou je-ne-sais-plus quelle théorie sur Dieu l’inconnaissable… Neti.
Dès lors qu’il est inconcevable, a t’il seulement droit de cité ? Et puis qu’en a t’on à faire ?
L’imagination n’est-elle pas la clé ? Aberration et monstruosité de la conscience.
La mort comme antidote ou comme fusion avec le réel ? Anéantissement du double ?
C’est le néant du rien qui génère les pensées roses… Peut-on parler de mensonge, un mot qui brille par son absence… de sens ?
Pas sur que Freud ne se soit planté (chez René Pommier)

Une historiette

La fin tragique de Raymond Lulle.
(Raymond Lulle arrive à Tunis à l’âge de 82 ans. Lors de cette mission, qui sera sa dernière, il tente d’amener les docteurs de l’islam à reconnaître la religion chrétienne)
« Quoi que vous fassiez pour échapper au réel, que vous recherchiez le divertissement ou que vous construisiez un système métaphysique, il finit toujours par prendre sa revanche. La mésaventure qui est arrivée à Raymond Lulle, un des principaux penseurs du Moyen Age, est à cet égard instructive. Cet homme, né à Majorque au XIIIème siècle, a consacré sa jeunesse aux plaisirs, notamment aux femmes, c’est-à-dire qu’il s’est montré d’abord très sage. Puis il est monté sur une de ces petites montagnes de Majorque où il a connu une illumination. Au sommet de sa nouvelle vocation mystique, Lulle a eu la révélation d’un grand art, un « ars magna » : il s’est imaginé qu’il était capable de construire une démonstration rationnelle assez rigoureuse pour convertir tous les hommes au catholicisme. Il a demandé qu’on le conduise en Afrique du Nord. Une fois sur la côte – Lulle parlait couramment l’arabe – il a pris la parole pour tenter de convertir les musulmans avec sa méthode imparable, ses syllogismes parfaits. L’effet n’a pas manqué : à peine a-t-il ouvert la bouche que les indigènes ont ramassé des pierres. Ils l’ont lapidé. Même s’il faut déplorer la mort de cet admirable érudit, on ne peut s’empêcher de voir dans cet événement une savoureuse revanche du réel. Car la réalité passe par la sensation. Et quand vous recevez une pierre, ce n’est pas une idée de pierre qui s’écrase sur la figure ! »

Un peu con, non ? Moitié gamin, moitié potache.

//www.axelibre.org/livres/clement_rosset-fantasmagories.php

http://slothorp.blogspirit.com/archive/2007/11/16/hier-et-demain.html

http://blog.cavesa.ch/index.php/2008/03/11/124942-de-la-conversion-des-musulmans-au-coup-de-poing-du-reel-la-philosophie-de-clement-rosset

http://clementrosset.blogspot.com/2006/02/la-force-majeure-un-nouveau-nietzsche_20.html

On lit :  » Il n’est pourtant pas inutile de se demander si Clément Rosset adapte Nietzsche à ses propres intuitions… »

Oh le gros mot ! Il n’y a pas d’intuition possible de l’existence de l’absence de sens !

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On s’en fout d’une force…

Posté par Gabriel Cloutier le 12 octobre 2007

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Che Guevara par-ci, Che Guevara par-là. Ca fait trente ans qu’on nous empoudre avec ce meurtrier héroïque.
Il serait peut-être temps d’arrêter les frais. Car pourquoi, sous couvert d’idéalisme et d’émancipation des poples, eriger une statue à de sinistres peronnages qu’on ne souhaiterait pas pour voisins de paliers à nos plus fidèles ennemis ?
Ca resterait un mystère, s’il n’y avait que lui,… un épiphénomène, une erreur qu’on pourrait regretter, plaidant le bourrage de crane et la jeunesse bourgeoise malheureuse. Mais non. Il y en a d’autres qui se bousculent au hideux Panthéon de nos mémoires. Des héros de toutes sortes, petits et grands, proches et lointains, tous plus meurtriers les uns que les autres, adulés, admirés, encensés, canonisés par tous les bénis-non-non de la terre de France. Les mains couvertes de sang. Une galaxie de mystères.
Qu’y faire ? Si vous avez une idée je suis preneur car en attendant je n’ai pas encore réussi à trouver plus de grace à Staline qu’à Hitler.

Du sang sur l’étoile par Axel Gyldén.
Paru dans LEXPRESS.fr du 27/09/2007
Avec sa gueule d’ange et son béret à étoile, l’Argentin Ernesto «Che» Guevara incarne à lui seul la pureté originelle de la révolution cubaine. Son effigie de héros populaire a acquis, depuis une quarantaine d’années, l’aura d’une icône. Quelque 20 millions de personnes, à travers le monde, posséderaient un tee-shirt à l’image du «rebelle éternel», assassiné le 9 octobre 1967 dans un village de Bolivie (lire le témoignage de Felix Rodriguez). La mythologie aurait-elle faussé notre perception de la réalité? Ceux qui l’ont connu aux premières heures de sa fulgurante carrière portent, en tout cas, un autre regard sur le «guérillero romantique». Anciens compagnons d’armes ou victimes, ils brossent le portrait d’un être froid. Brutal. Autoritaire. Et aux mains tachées du sang de nombreux innocents.
Luciano Medina, d’abord. A 81 ans, robuste, volubile et enjoué, il reste ce guajiro (paysan) qu’il fut au temps de la révolution quand il était le facteur personnel de Fidel Castro. Dans la sierra Maestra, en 1957 et 1958, c’est lui qui acheminait les messages du comandante en jefe à travers les lignes ennemies aux autres comandantes: Raúl Castro, Camilo Cienfuegos ou encore Ernesto «Che» Guevara. «C’est simple, je les ai tous connus», lance l’ex-coursier, dont la voix rocailleuse retentit dans le deux-pièces exigu de Miami (Floride) qu’il occupe depuis les années 1970. «Guevara? Il traitait mal les gens. Très mal», insiste Medina. Les deux hommes se sont fréquentés, deux mois durant, en avril-mai 1958, dans le campement de La Otilia, près de Las Minas de Bueycito. «Un jour que je lisais Sélection du Reader’s Digest, peinard dans mon hamac, le Che, furieux, m’arrache la revue des mains et s’écrie: « Pas de journaux impérialistes ici!  » Mais surtout, il tuait comme on avale un verre d’eau. Avec lui, c’était vite vu, vite réglé. Un matin, vers 9 heures, nous déboulons au Rancho Claro, une petite exploitation de café appartenant à un certain Juan Perez. Aussitôt, le Che accuse le fermier d’être un mouchard à la solde de la dictature de Batista. En réalité, le seul tort de ce pauvre homme était de dire haut et fort qu’il n’adhérait pas à la révolution.» Une heure plus tard, le malheureux caféiculteur est passé par les armes devant sa femme et ses trois enfants de 1, 3 et 4 ans. «Les voisins étaient traumatisés, indignés. Et nous, la troupe, nous étions écoeurés. Avec trois autres compañeros, nous avons ensuite quitté le Che pour rejoindre un autre campement.» A l’image de Juan Perez, 15 «traîtres», «mouchards», ou supposés tels, devaient pareillement être liquidés sur ordre de Guevara, entre 1957 et 1958. Et ce n’était qu’un début.
Aujourd’hui retraité en Floride, mais autrefois capitaine au sein de la fameuse colonne n° 8, celle de Che Guevara, Eduardo Perez, 71 ans, conserve, lui aussi, un souvenir pour le moins mitigé de son supérieur hiérarchique. Selon cet ex-comptable devenu révolutionnaire, le guérillero argentin se montrait hermétique à l’esprit de camaraderie qui régnait à tous les échelons de l’armée rebelle. Il en veut pour preuve ce récit édifiant: en novembre 1958, le Che envoie 30 de ses hommes, dont Eduardo Perez, en première ligne. Leur mission: tendre une embuscade à l’armée du dictateur Batista, dont une colonne, partie de Fomento, se dirige alors vers le massif de l’Escambray, où se trouve le Che. «Après une minutieuse préparation, nous lançons l’assaut vers 14 heures. Mais, deux heures plus tard, notre position n’est plus tenable en raison de la puissance de feu adverse. Du coup, nous décidons de nous replier d’un kilomètre. Mais, quand le Che a pris connaissance de notre recul, il nous a coupé les vivres!» Une journée passe, sans rien à se mettre sous la dent. Puis deux, puis trois…
Finalement, après soixante-douze heures de diète forcée, le détachement est à nouveau ravitaillé grâce au commandant Camilo Cienfuegos, qui, venu du nord, passait dans le secteur avec ses hommes pour livrer une cargaison d’armes à Guevara. «Ayant appris notre sort, Camilo nous a fait livrer d’autres rations. Plus tard, il a, paraît-il, sermonné le Che: « Que nos hommes soient tués par ceux de Batista, d’accord; mais qu’ils meurent de faim, non! « »

Au fond, même si les portraits géants du Che jalonnent leur île, ce sont sans doute les Cubains qui sont les moins sensibles au «charme» de l’icône planétaire de la révolution. Tel est l’avis d’Agustin Alles Sobreron, toujours fringant malgré ses 81 ans et qui rédige, ces jours-ci, ses Mémoires de guerre. En mars 1958, ce journaliste, accompagné d’un photographe, fut le premier reporter cubain à rencontrer, pendant de longs mois, successivement, Che Guevara et Fidel Castro dans la sierra Maestra. Un scoop publié sous la forme d’un article-fleuve dans la prestigieuse revue cubaine Bohemia (aujourd’hui disparue), où le Che s’offusque qu’on lui prête des sympathies communistes: «Je suis un militaire, rien de plus!»
A la Cabaña, il exécute les basses oeuvres du régime

«En arrivant dans le campement du Che, raconte l’ancien reporter, j’ai été frappé par sa remarquable organisation. Le bivouac possédait son propre four à pain, un petit hôpital et un émetteur de la clandestine Radio Rebelde. Tout était beaucoup mieux tenu que chez Fidel… Mais j’ai, aussi, vite remarqué que le Che ne comprenait rien à la mentalité des Cubains. Ils sont blagueurs, conviviaux et, soyons francs, un peu bordéliques; lui était réservé, intériorisé, rigide. Pas vraiment antipathique mais imbu de lui-même et un peu arrogant. En un mot, c’était l’Argentin typique!»

Quoi qu’il en soit, le 1er janvier 1959, jour du triomphe de la révolution cubaine, Che Guevara est célébré en héros. C’est lui qui, par la prise stratégique de la ville de Santa Clara, située dans le centre du pays, a fait sauter le dernier verrou et ouvert la voie de la victoire vers La Havane (dans l’ouest du pays). Dans la capitale, c’est la liesse. Et pour «el Che», une nouvelle vie commence. Fidel Castro le nomme commandant de la Cabaña, prison qui domine le port de la capitale. Derrière les hauts murs de cette ancienne forteresse coloniale, le guérillero argentin va écrire, au cours de l’année 1959, les pages les plus ténébreuses de la révolution cubaine – et de sa propre histoire.

Minimisée par de nombreux biographes de Che Guevara, cette période restera pourtant gravée à jamais dans la mémoire collective des Cubains. Tandis que Castro chauffe à blanc la population par ses discours enflammés, Guevara prend en charge les basses oeuvres. Selon Armando Lago, vice-président de l’institut de recherches Cuba Archive, 164 personnes sont envoyées au paredon (peloton d’exécution) de la Cabaña entre le 3 janvier et le 26 novembre, date à laquelle Guevara quitte la carrière pénitentiaire (1). Cette célérité fait de lui le plus grand meurtrier de l’histoire de la révolution cubaine (216 meurtres au total), devancé seulement par Raúl Castro, responsable, directement ou non, de 551 exécutions. Quant à Fidel, sans doute plus calculateur et soucieux de la postérité, il n’a jamais commis l’imprudence de se tacher les mains de sang.
En ce début d’année 1959, à la Cabaña, où s’entassent 900 détenus, on fusille tous les jours, généralement le soir. Pour partie, les condamnés à la peine capitale sont des membres de la dictature déchue, coupables de crimes avérés. Mais dans le couloir de la mort se trouvent aussi de simples opposants politiques et nombre d’innocents. C’est le cas de l’agent de police Rafael Garcia, 26 ans, de la Section radio-motorisée de La Havane. Accusé, à tort, d’avoir participé à l’assassinat d’un membre du Mouvement du 26 juillet, le parti de Castro, ce simple flic est condamné à mort, le 13 mars, à l’issue d’un simulacre de procès vite expédié. Son exécution est programmée pour le 18. Mais sa famille remue ciel et terre, réunit les preuves de son innocence et produit des témoignages à décharge. Le tribunal, en appel, n’en tient aucun compte. Sergio Garcia, frère du condamné, obtient un rendez-vous avec Che Guevara. «Je lui ai dit: « Regardez le dossier, il y a erreur, vous verrez par vous-même. » Alors Guevara m’a regardé et, l’air narquois, il a lâché: « Votre frère est peut-être innocent, mais il portait l’uniforme bleu. Alors il doit mourir. » Puis il m’a congédié.» Quarante-huit ans plus tard, dans son appartement du quartier de Little Havana, à Miami, Sergio Garcia tient à lire, à voix haute, la dernière lettre que son frère adressa à sa jeune épouse. La voix est blanche, ses mains tremblantes, ses yeux soudain humides: «Mon amour adoré, ceci est la dernière lettre de ma vie. Nos quatre mois de mariage furent les plus beaux du monde. Je suis fier de ma famille. Je vous aime à la folie. La seule chose qui me peine est que je meurs innocent. Je dois te laisser, mon amour, car je crois qu’ils viennent me chercher. Rendez-vous dans l’autre vie où nous nous retrouverons, ma chérie. Rafael.»
«La révolution exigeait qu’il tue, il tuait»

Témoin clef de cette période, le père Javier Arzuaga, aumônier de la prison de la Cabaña, aura mis près de cinq décennies à rompre le silence. Dans Cuba 1959: La Galera de la Muerte (Cuba 1959. Le couloir de la Mort), publié l’année dernière à Porto Rico, celui qui recueillait les confessions des condamnés et les accompagnait dans leurs derniers instants affirme que des dizaines d’entre eux étaient innocents. «Le Che n’a jamais cherché à dissimuler sa cruauté, souligne-t-il. Bien au contraire. Plus on sollicitait sa compassion, plus il se montrait cruel. Il était complètement dévoué à son utopie. La révolution exigeait qu’il tue, il tuait; elle demandait qu’il mente, il mentait.» A la Cabaña, lorsque les familles rendent visite à leurs proches, Guevara, comble du sadisme, va jusqu’à exiger qu’on les fasse passer devant le mur d’exécution, maculé de sang frais…

«Je crois qu’en définitive cela lui plaisait de tuer des gens», estime Huber Matos, qui, en qualité de commandante de la revolucion fut l’alter ego du guérillero argentin, avant d’être condamné à vingt ans de cachot, à la fin de 1959, pour avoir dénoncé la dérive autoritaire du mouvement (2). «Au début, dans la sierra Maestra, nous avons noué une amitié qui reposait sur des affinités intellectuelles. Comme lui, j’avais une formation universitaire. Mais, quand j’ai su ce qu’il faisait à la Cabaña, j’ai pris mes distances. Tout le monde savait ce qui se passait là-bas…»

« Che » Guevara
Le grand-père rouge de l’utopie par Raphaël Sorin
L’Express du 15/05/1997

Figure emblématique de toutes les révolutions, «Che» Guevara est mort en Bolivie il y a près de trente ans. Deux livres le font revivre

n octobre, on célébrera le trentième anniversaire de la mort d’Ernesto Guevara, dit le «Che». Le fameux portrait du «guérillero héroïque», pris à La Havane en 1960 par Korda, figurera sur des millions de posters et de tee-shirts. Béret étoilé, cheveux au vent, l’air tourmenté, l’effigie du «commandant» réveillera peut-être de nouvelles ardeurs révolutionnaires. A leur façon, deux hommes ont devancé l’événement: le soldat péruvien qui acheva d’une balle en pleine tête Nestor Cerpa, chef des preneurs d’otages de Lima; et Laurent-Désiré Kabila, le rebelle congolais, futur maître du Zaïre, un furtif compagnon du Che lors de son équipée africaine.

Derrière la légende, il y eut aussi un personnage réel, mari et père, aventurier ou vagabond, un combattant intrépide que les biographes s’épuisèrent à suivre. Ils ont scruté ses photographies, écouté les témoins, lu ses ouvrages, glosé sur le moindre de ses discours. Sa vie, découpée en «stations» comme celle du Christ, les conduisit partout en Amérique latine, en Asie, de Paris à Dar es-Salaam, jusqu’au rendez-vous ultime, en Bolivie. Des textes jusque-là inédits – Le Journal de voyage (Austral) et L’année où nous n’étions nulle part (Métailié), récemment publiés – ont dû encourager les deux derniers, le romancier mexicain Paco Ignacio Taibo II, lyrique, engagé, et le journaliste Pierre Kalfon, désireux de faire mieux connaître ce «grand-père rouge de l’utopie».

C’est d’abord un petit Argentin, né en 1928. Sa famille descend de l’oligarchie bovine, avec, au XVIIIe siècle, un ancêtre vice-roi de la Nouvelle-Espagne et un autre émigrant irlandais. Ses parents, bohèmes, anticonformistes, appartiennent à la «gauche maté». Opposants au péronisme, ils militent avec les adversaires de l’hitlérisme. Ils seront fiers de la «carrière» de leur fils. A 2 ans, Ernesto subit sa première crise d’asthme, un mal dont il souffrira toute sa vie. Il dompte son corps et sa volonté, joue au football et au rugby. Fou de lectures, il dévore Jules Verne, Alexandre Dumas et, surtout, Jack London. Etudiant en médecine à Buenos Aires, il accomplit sur un vélomoteur bricolé un long voyage de 4 000 kilomètres vers les provinces du nord de l’Argentine. Il y découvre la misère. L’année suivante, à moto, en compagnie d’un ami, il se lance dans un périple plus ambitieux, admire le Machu Picchu, aborde l’Amazone, débarque à Caracas. Au cours de ce périple digne des errances de Kerouac et de Ginsberg, il rencontre un inconnu qui lui prédit une fin violente, «le poing tendu et la mâchoire serrée». Un second voyage le conduit à La Paz, au bord de la révolution, et au Mexique. Beau garçon, sceptique, il va mûrir politiquement, en admirant les exploits de Pancho Villa et de Zapata. Un jour de juillet 1955, il fait la connaissance de Fidel Castro. Entre eux, c’est le coup de foudre.

Après l’échec de l’insurrection de 1956, les barbudos créent le foco (foyer) d’une guérilla prolongée. Combattant et médecin, le Che est nommé commandant par Fidel. La prise de Santa Clara, en décembre 1958, sonne le glas du régime. Les révolutionnaires entrent enfin dans La Havane. Le Che est responsable de l’épuration. Quelques centaines de criminels sont exécutés. Après la victoire, que faire de celui qui passe pour être l’ «éminence rouge» de Castro?

Tandis que se prépare la réforme agraire, il devient l’ambassadeur itinérant du nouveau pouvoir. Sa silhouette martiale paraît familière et son mythe grandit. Il fonde une agence de presse, Prensa Latina, qui recrute des écrivains comme Carlos Fuentes ou Gabriel Garcia Marquez. Elle sera la voix du «tiers-monde», composé des peuples qui cherchent à échapper à l’hégémonie des deux blocs. Ensuite, il est bombardé président de la Banque nationale, sans quitter sa tenue de guérillero, treillis vert olive, chemise ouverte, bottes de parachutiste mal lacées.

En août 1960, les Cubains nationalisent les domaines sucriers, dont l’United Fruit, les raffineries d’Esso et de Texaco. Malgré ses réserves à l’égard de la vieille garde communiste, le Che accepte l’apparition d’un nouvel ordre, structuré par les comités de défense de la révolution qui surveillent les faits et gestes des citoyens. Une tournée de deux mois dans cinq pays socialistes confirme son évolution; Cuba peut devenir une «vitrine» du socialisme en Amérique latine. L’échec du débarquement de la baie des Cochons enflamme l’île. Nommé ministre de l’Industrie, le Che a désormais une lourde responsabilité face à l’Histoire.

La répression s’installe, frappant d’abord les «trois p» (pédérastes, prostitués, proxénètes), puis les intellectuels, comme Virgilio Piñera. Un vieil ami argentin du Che, Masetti, tente une guérilla suicidaire au pays natal. La lecture de Fanon, un séjour à Alger, des divergences avec Fidel, tout cela pousse le rebelle insatisfait à tourner ses regards vers le continent africain. En avril 1965, grimé, muni de faux papiers, il passe par la Tanzanie pour rejoindre, avec quelques volontaires cubains, les maquis de l’ancien Congo belge. L’équipée, digne de Tintin, est un désastre. Mis devant le fait accompli, les hommes de Mulele et de Kabila refusent l’aide qui leur est proposée. Le Che rentre à La Havane après un séjour à Prague. Il prophétise l’ «heure des brasiers» et prépare un dernier coup, en Bolivie.

Le terrain choisi, le Chaco, au paysage aride, lui est hostile. Le PC local ne soutient pas l’initiative du commandant «Ramon». Les Indiens, dépendant de l’armée, dénoncent la guérilla. «Tania», une Argentino-Allemande, pourrait être un agent des Soviétiques. Régis Debray, venu en Bolivie comme «journaliste», est arrêté. Le piège se referme. Blessé, le Che est finalement exécuté. Mort, photographié, il ressemble au Christ de Mantegna. Castro, qui raconte que le visage de son ami ne cesse de hanter ses rêves, lui dresse un mausolée de paroles. Leurs désaccords politiques? Effacés. Le vrai Ernesto Guevara, antipathique à certains, rieur parfois, dur pour lui-même, impitoyable? Oublié. On nous propose le Saint-Just des temps modernes, un saint laïque qui enflamme toujours les cœurs et soulève les peuples en lutte.

Che. Ernesto Guevara, une légende du siècle, par Pierre Kalfon. Seuil, 624 p., 148 F.
Ernesto Guevara, connu aussi comme le Che, par Paco Ignacio Taibo II. Trad. par Florence Bourgade, Béatrice de Chavagnac, Corinne Gobin, Delphine Peras et René Solis. Métailié/Payot, 796 p., 195 F.

A savoir
Pierre Kalfon, journaliste, écrivain, diplomate, qui parcourt l’Amérique latine depuis trente ans, a été correspondant du Monde au Chili, expulsé par le général Pinochet; attaché à la direction générale de l’Unesco; attaché culturel à l’ambassade de France à Rome, à Montevideo et, pour finir, à Santiago, au Chili.
Paco Ignacio Taibo II, romancier et historien, est né en 1949 à Gijon (Espagne) et vit à Mexico. Il est surtout connu en France pour ses romans noirs. Les éditions Rivages viennent de publier Pas de fin heureuse.

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Rire détend

Posté par Gabriel Cloutier le 12 avril 2008

Signe des temps
Pour ceux qui aiment rire, il y a un site qui mérite le détour.
Il s’agit de Syti.net créé par Sylvain Timsit.
Sy pour Sylvain et ti pour Timsit. Syti.
Malin.
Pas net, par contre.
Tous les secrets bien gardés, les énigmes non-résolues y sont copieusement étalés pour notre édification.
On y trouve le complot généralisé mené par les Illuminati depuis 25 milliards d’années dont le but est de s’emparer patiemment du pouvoir et de nous asservir comme des bestiaux.
On y comprend donc tout.
J’en connais certains qui prennent toutes ces niaiseries pour argent comptant.
Notons que c’est gratuit… De là à s’y enrichir…

Pour aller plus loin dans le niais savoir :
http://911nwo.info/
http://www.reopen911.info/
http://www.prisonplanet.com/
http://conspiration.cc/
http://www.omnihilus.com
http://arxomega.perso.cegetel.net
http://www.evolutionquebec.com/
http://www.onnouscachetout.com
http://www.jordanmaxwell.com/
http://www.nouvelordremondial.cc/

Pour les longues soirées d’hiver :
http://revelations4.blogs.fr

Et pour les anglophones, sous vos applaudissements, le maitre incontesté du genre :
http://www.davidicke.com/

Have fun !

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Mai 68

Posté par Gabriel Cloutier le 13 avril 2008

On commémore Mai 68.
Georges Séguy a beau dire et mentir comme un arracheur de dents (avec quoi va t’on tenir le couteau ?) quand il tire la couverture à lui, désarmant de mauvaise foi, Mai 68 c’était avant tout l’ouverture : hommes et femmes se mettaient à parler n’importe où, n’importe comment, se saluaient sans se connaître, se racontaient sans faux-fuyant, fumaient de tout, se piquaient de philosophie, passaient des soirées interminables à discuter, s’embrasser, s’aimer et s’excommunier promptement les uns les autres…
Mai 68 c’était la vraie politique. Totalement improductive mais purement joyeuse, au sens où l’Ange l’entend dans ses Dialogues.

Bien qu’adolescent et provincial à l’époque, j’ai senti cette variation psycho-socio-atmosphérique dans le paysage de mon enfance. Le voile s’entrouvrait et on existait enfin.
L’an O1.
L’Esprit, Le Logos, le Verbe dans toute sa splendeur, ainsi que l’a dit Maurice Clavel, a soufflé sur les eaux et souffle encore sur ma conscience.
Rien moins qu’un esprit de vérité.

Or, chaque jour nous amène son lot de nouvelles fausses vérités qui au nom de la liberté d’expression viennent obscurcir un peu plus les consciences de ceux qui découvrent eux aussi le monde chacun dans leur coin, chacun dans sa tribu. Et chacun y va de son avis, chacun délivre sa part de vérité.Les radios posent la question du jour auxquels les auditeurs sont appelés à répondre. Untel téléphone de son portable sur le périf aux heures de pointe, un autre en profite pour nous resservir une vision rebattue du monde désenchanté post-communiste, Roger, boutiquier nous sert son point de vue de boutiquier, Henri, retraité, celui d’un retraité,… mais ce qu’on appelle vérité perd son sens et s’enlise dans une liberté d’expression qui s’apparente plus au coup de gueule qu’à une réflexion constructive. Et quand une voix s’élève, du genre de celle de M. Redeker, elle se voit remettre à sa place par la vox populi indignée de voir remettre en question son absence de questionnement.
http://www.lemonde.fr/opinions/article/2008/03/29/marion-cotillard-et-les-complots-par-robert-redeker_1028772_3232.html
http://www.lemonde.fr/web/article/reactions/0,1-0@2-3232,36-1028772,0.html

Les sites conspirantionnistes du genre Syti.net, qui sont un des symptômes de la mondialisation de la conscience, témoignent, semble-t’il, d’un tatonnement, d’une perte de repères à l’échelle mondiale (lire Véronique Campion-Vincent : La Société Parano. Editions Payot) et doivent être considérés dans cette perspective. Ils se développent suivant des règles connues sur lesquelles il n’est pas forcément utile de revenir.

Bien de chez nous
Après l’avoir lu, j’adhère presque totalement au rapport Attali, « presque » car Attali n’est pas prophète et qu’il faut raison garder.

Il n’en demeure pas moins que les chauffeurs de taxi sont descendus dans la rue pour défendre les efforts qu’ils ont fait pour obtenir à prix fort leurs droits au travail. Et ça coince. Car dans ces conditions, tout aussi choqués seront ceux qui après des années d’efforts personnels s’offusqueront de voir un droit, qui n’en n’était pas un auparavant, rendu accessible immédiatement à tous et sans effort, par décision d’état. C’est pourtant le cas de toute mesure sociale ! De là à dire que toute mesure sociale est un encouragement à la fainéantise, il y a peu. D’où le blocage.
Le droit du particulier à défendre son pré-carré confine à l’égoïsme le plus consensuel et devient dès lors une force purement conservatrice dont la gauche s’enparera dans son désir d’accession au pouvoir.
On verra ainsi notre gauche soutenir activement une revendication purement droitière et égoïste au sens où elle ne va en aucun cas dans le sens de l’intérêt général.
Allez faire comprendre ça aux nouveaux arrivants et aux vieux autochtones nostalgiques !

Il y a de ça dans le malheureux exemple contre-productif du plombier polonais. J’ai eu beau tonitruer lors du référendum que je n’avais strictement rien contre les hordes dévastatrices de plombiers qu’on nous annonçait, arguant de façon simpliste qu’on devra bien partager un jour ou l’autre avec eux, et avec le monde entier du reste !, et pourquoi pas tout de suite ? Rien n’y a fait. Les plus altruistes d’ordinaire n’ont pas su faire ce petit effort de partage…

Et la gauche socialiste française est loin d’être étrangère à cet état de choses. La Parti communiste non plus qui n’a pas su défendre ce que lui même avait apporté au Traité européen.
Car qui pouvait réellement et avec force nous expliquer le pourquoi du comment de la marche des choses, si ce n’est ce PS auquel je n’adhère pourtant pas à ce jour mais dont je mesure bien l’importance et au sein duquel je compte bon nombre d’amis on-ne-peut-plus respectables ?
Surement pas le bon sens (souvent effectif de nos jours, désolé de le dire) d’une partie de la droite, trop décrédibilisée dans notre France post-révolutionnaire qui croit encore au Grand Soir du fond de ses pantoufles ou derrière son clavier..
Surement pas les autres tendances trop occupées, elles aussi, à jouer la carte de la stratégie à court terme, ou celle de l’affirmation d’une ou deux idées parcellaires (Bové, « don’t eat it » par exemple dont personne ne s’étonne qu’il n’ait aucune vision globale si ce n’est celle d‘Ellul que personne ne connait !!)…
ou à jouer aux cartes tout court.

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Rock against Freud

Posté par Gabriel Cloutier le 14 avril 2008

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A signaler aussi la parution récente de la dernière charge polémique et documentée de M. René Pommier.
« Sigmund est fou et Freud a tout faux »
Remarques sur la théorie freudienne du rêve. Editions de Fallois 2008

Que la pomme qu’il laisse tomber sur nos crânes endormis nous tire un peu de nos sommeils dogmatiques !

Un extrait de « Sigmund est fou et Freud a tout faux ».

Examinons maintenant un autre rêve que j’ai évoqué tout à l’heure, le «rêve du marché» que voici : «Une jeune femme intelligente et fine, réservée, du type de l’ “eau qui dort”, raconte : “J’ai rêvé que j’arrivais trop tard au marché et que je ne trouvais plus rien chez le boucher et chez la marchande de légumes.” Voilà assurément un rêve innocent; mais un rêve ne se présente pas de cette manière; je demande un récit détaillé. Le voici : Elle allait au marché avec sa cuisinière qui portait le panier. Le boucher lui a dit, après qu’elle lui eût demandé quelque chose : “on ne peut plus en avoir”, et il a voulu lui donner autre chose en disant : “c’est bon aussi.” Elle a refusé et est allée chez la marchande de légumes. Celle-ci a voulu lui vendre des légumes d’une espèce singulière, attachés en petits paquets, mais de couleur noire. Elle a dit : “Je ne sais pas ce que c’est, je ne prends pas ça”». Et voici le point de départ de l’analyse de Freud : «Il est aisé de rattacher ce rêve aux événements de la journée. Elle était réellement allée au marché trop tard et n’avait plus rien trouvé. On est tenté de dire : la boucherie était déjà fermée. Mais n’y a-t-il pas là – ou plutôt dans l’expression inverse – une manière très vulgaire d’indiquer une négligence dans l’habillement d’un homme. La rêveuse n’a d’ailleurs pas employé ces mots, elle les a peut-être évités.»

Lire la suite sur le site de Juan Asensio

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La Mort

Posté par Gabriel Cloutier le 13 juin 2008

Il est difficile de s’exprimer sur un tel sujet et l’intimité nous interdit d’avoir un échange objectif sur ce thème pourtant universel auquel le bon sens le plus élémentaire ainsi que l’honnêteté suggèrent qu’aucune réponse valable ne peut être ni n’a été apportée à ce jour, tant par les croyances que par les incroyances.
La tête dans la lunette de la guillotine, je persiste à penser que la possibilité d’un au-delà est effective, tant la conception de sa propre mort et de la cessation de la pensée consciente est radicalement impossible !
Car la conscience de la mort est un phénomène humain. C’est un prodige de la nature que d’avoir doté un être de cette épouvantable faculté « prophétique » dont on peut constater tous les jours que les animaux y échappent, sauf à l’heure où la mort arrive. La conscience de la durée et de la cessation de la durée.
Certains disent ou pensent qu’il s’agit là justement d’une conquête de l’homme, et que la liberté est à ce prix.

Certains se prétendent esprits forts.
Je veux bien que leurs esprits soient plus forts que le mien ! Mais je n’ai encore pas constaté que la force de leurs esprits leur permettaient d’avoir quoi que ce soit de plus que cette prétendue force elle-même ! A croire qu’il s’agit d’un trésor dont ils seraient détenteurs exclusifs (ainsi que quelques autres…) et auquel, pour cause de faiblesse, je n’aurais pas accès.
Mais de quel trésor s’agit-il sinon d’une certitude qui se nourrit ponctuellement d’elle-même ?
Etre fort, sans autre raison particulière que l’occasion qui est donnée là de se considérer comme tel et l’affirmer ? La force de ne pas céder à la tentation d’imaginer un au-delà dont l’inexistence serait fort décevante ?
Ou encore celle, plus noble, d’assumer seul la douleur de la perte des êtres qui nous ont été chers ?
A moins qu’il ne s’agisse d’une perte de confiance dans les cosmogonies pourtant couramment admises il y a deux siècles et qui chez nous se nommaient christianisme ?
Une grande difficulté à croire en toutes les bondieuseries naïves dont on nous a gavés depuis notre enfance ?
N’y a t-il pas également une sorte de conformisme à se prétendre athée, fort de l’esprit ou de la gueule ?
Comme il y a rassurance auto-hypnotique à se croire immortel ?

Bon. Admettons.
Droit dans ses bottes le capitaine coule avec le navire. Ca ne manque pas de panache.
Un des raisonnement que l’on entend ordinairement concerne l’évolution.
Le monde a évolué et l’homme s’est élevé, par hasard au début (scrutant la savane pour y guetter l’ennemi… mais ça n’est pas certain…) et volontairement ensuite, au-dessus de ses anciennes croyances.
Un autre argument prétend que la croyance est inversement proportionnelle au niveau de vie.
La religion (associée à tort avec la possibilité d’un au-delà) est l’opium du peuple. Etc.
L’opium.. c’est déjà pas si mal et gratos en plus !
Quant au niveau de vie, rien ne vient confirmer qu’en s’améliorant il fasse diminuer le nombre des croyants.

Ces raisonnements ne tiennent que dans un rapport de force à faible portée. Ils ne tiennent d’ailleurs pas plus que les raisonnements qui leur sont opposés.
Et il n’est pas dans mon intention de remettre le couvert et ouvrir un débat stérile où chacun puisse y aller de son intîme conviction.

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Quelques lectures…

Posté par Gabriel Cloutier le 15 avril 2008

La solution intérieure
par Thierry Janssen

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Les liens qui unissent nos émotions, nos croyances et nos corps sont encore mystérieux. Pourtant, une nouvelle génération de médecins, intégrant Orient et Occident, ouvre une voie qui les comprend de façon enthousiasmante.
Ça bouge décidément beaucoup chez les toubibs ! Trois ans après la publication du fameux Guérir de David Servan-Schreiber, son ami, le médecin belge Thierry Janssen, spécialisé en chirurgie du système urinaire mais aussi en psychothérapie corporelle, publie un ouvrage de fond sur la révolution qui bouillonne dans les nouvelles approches médicales. Et c’est renversant. À vrai dire, si elles aboutissent aux mêmes conclusions, les démarches éditoriales de Servan-Schreiber et de Janssen sont différentes. Autant le premier s’appuyait exclusivement sur des méthodes (sept en l’occurrence) dûment reconnues et vérifiées par les universités et les revues officielles (de l’acupuncture à l’EMDR), laissant le lecteur en tirer ses propres conclusions, autant le second utilise ses exemples cliniques – aussi frappants que dans Guérir, notamment sur les notions de placebo et de nocebo -, pour brosser une véritable fresque de ce pourrait être une nouvelle médecine. Intégrant les dernières découvertes de la psycho-neuro-immunologie et les incroyables constatations des pratiques psycho-corporelles depuis un siècle (en particulier cette façon qu’a notre corps de se souvenir de TOUT ce que nous avons vécu), La Solution intérieure fait le tour des médecines alternatives, mais ne s’arrête pas en si bon chemin. Tenant compte de la psychogénéalogie (et de la part pathologique de ce que nous héritons de nos ancêtres), elle va très empiriquement à la rencontre des autres grandes médecines de la culture mondiale : chinoise, indienne et même chamanique. Bref, c’est une somme grandiose que nous propose Thierry Janssen – avec finesse, humour et humilité.
Patrice van Eersel

Le monde s’est-il créé tout seul ?
Trinh Xuan Thuan, Ilya Prigogine, Albert Jacquard, Joël de Rosnay, Jean-Marie Pelt, Henri Atlan.
Sous la direction de Patrice van Eersel

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La science permet-elle aujourd’hui d’expliquer l’origine du monde sans faire appel à un facteur extérieur et transcendant ? Ce livre d’entretien, mené par Patrice van Eersel, est organisé autour de cette question comme une joute. Le premier à entrer en lice est l’astrophysicien Trinh Xuan Thuan, qui développe une théorie révolutionnaire, le « Principe anthropique fort » dont il est le champion. Selon cette théorie, il y avait, à l’origine de l’univers, une probabilité statistiquement nulle (une chance sur un milliard de milliards de milliards de milliards de milliards) pour que, du Big Bang, sortent des atomes, puis des nuages d’hydrogène, puis des étoiles, puis des planètes, puis ce que nous appelons la vie, puis la conscience humaine. Nous ne sommes donc pas les fruits du hasard, nous étions potentiellement en germe dès l’origine du monde. Bouddhiste, Trinh Xuan Thuan ne croit pas exactement en un dieu créateur : pour lui, la vie et la conscience font partie de la nature même du réel.

Interviennent alors cinq autres savant illustres qui, chacun son tour, nous disent ce qu’ils pensent de cette thèse et nous confient leur vision du monde :

- le chimiste et thermodynamicien Ilya Prigogine, prix Nobel mondialement célèbre pour ses « structures dissipatives » (base de la théorie du chaos), n’est pas d’accord avec Trinh Xuan Thuan, parce qu’il conçoit autrement le temps et l’évolution : pour lui, tout phénomène de création est fondamentalement imprévisible et irréversible, du big bang à l’homme, ce qui nous donne une immense liberté et une terrible responsabilité (notre entretien avec lui fut l’un des derniers de sa vie) ;
- le biologiste Albert Jacquard n’est pas d’accord non plus parce que, selon lui, notre propre origine échappe par essence à toute représentation et ne peut être appréhendée que par l’humour du paradoxe : reprenant quasiment des termes bergsoniens, c’est à dire la notion de durée subjective, il signale que plus on vieillit plus le temps passe vite et qu’inversement, pour le nouveau-né, le temps tangente l’infini ;
- le cybernéticien et biologiste Joël de Rosnay est plus partagé, comprenant que les prémisses philosophiques du Principe anthropique fort puissent séduire, mais leur préférant l’autonomie d’une nouvelle discipline, l’« auto-organisation » – ce qui compte avant tout pour lui, c’est que l’humanité est en train de créer un monde en soi, auto-organisé et en évolution accélérée, que le web préfigure ;
- le botaniste Jean-Marie Pelt partage le point de vue de Trinh Xuan Thuan… mais à la condition expresse que l’on englobe la démarche scientifique dans un ensemble plus vaste, où « l’inspiration créatrice » des chercheurs rejoint celle des mystiques : la science en soi, forcément réductionniste, ne peut pas, seule, répondre à la question de l’origine, par essence métaphysique ;
- enfin, le médecin et biologiste Henri Atlan critique le dit principe avec véhémence, au nom d’une vision spinozienne, où l’absolue liberté de l’homme exige d’autant plus de courage et de discernement, que le monde est totalement déterminé.
Toutes les grandes thèses sur l’origine du cosmos sont présentées dans ce livre. De laquelle – ou de quel mélange d’entre elles – vous sentirez-vous le plus proche ?

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Helie Denoix de Saint Marc

Posté par Gabriel Cloutier le 15 avril 2008

« Je ne suis pas certain qu’il y ait un Dieu, mais je sais au moins que le Mal existe. Je l’ai vu en face. Passé le portail à Buchenwald, ma mémoire me blesse comme des éclats de verre. Il m’est physiquement impossible de parler en détail de cette période. L’humiliation n’est soluble dans rien. Chacun porte sa part d’ombre, chacun sait où s’est arrêté le courage et où parfois a commencé la lâcheté. Il n’existe pas de Grand Homme qui n’ait été un jour un pauvre homme. »

Helie Denoix de Saint Marc

http://www.heliedesaintmarc.com/

QUE DIRE A UN JEUNE DE 20 ANS

Quand on a connu tout et le contraire de tout,
quand on a beaucoup vécu et qu’on est au soir de sa vie,
on est tenté de ne rien lui dire,
sachant qu’à chaque génération suffit sa peine,
sachant aussi que la recherche, le doute, les remises en cause
font partie de la noblesse de l’existence.

Pourtant, je ne veux pas me dérober,
et à ce jeune interlocuteur, je répondrai ceci,
en me souvenant de ce qu’écrivait un auteur contemporain :

«Il ne faut pas s’installer dans sa vérité
et vouloir l’asséner comme une certitude,
mais savoir l’offrir en tremblant comme un mystère».

A mon jeune interlocuteur,
je dirai donc que nous vivons une période difficile
où les bases de ce qu’on appelait la Morale
et qu’on appelle aujourd’hui l’Ethique,
sont remises constamment en cause,
en particulier dans les domaines du don de la vie,
de la manipulation de la vie,
de l’interruption de la vie.

Dans ces domaines,
de terribles questions nous attendent dans les décennies à venir.
Oui, nous vivons une période difficile
où l’individualisme systématique,
le profit à n’importe quel prix,
le matérialisme,
l’emportent sur les forces de l’esprit.

Oui, nous vivons une période difficile
où il est toujours question de droit et jamais de devoir
et où la responsabilité qui est l’once de tout destin,
tend à être occultée.

Mais je dirai à mon jeune interlocuteur que malgré tout cela,
il faut croire à la grandeur de l’aventure humaine.
Il faut savoir,
jusqu’au dernier jour,
jusqu’à la dernière heure,
rouler son propre rocher.
La vie est un combat
le métier d’homme est un rude métier.
Ceux qui vivent sont ceux qui se battent.

Il faut savoir
que rien n’est sûr,
que rien n’est facile,
que rien n’est donné,
que rien n’est gratuit.

Tout se conquiert, tout se mérite.
Si rien n’est sacrifié, rien n’est obtenu.

Je dirai à mon jeune interlocuteur
que pour ma très modeste part,
je crois que la vie est un don de Dieu
et qu’il faut savoir découvrir au-delà de ce qui apparaît
comme l’absurdité du monde,
une signification à notre existence.

Je lui dirai
qu’il faut savoir trouver à travers les difficultés et les épreuves,
cette générosité,
cette noblesse,
cette miraculeuse et mystérieuse beauté éparse à travers le monde,
qu’il faut savoir découvrir ces étoiles,
qui nous guident où nous sommes plongés
au plus profond de la nuit
et le tremblement sacré des choses invisibles.

Je lui dirai
que tout homme est une exception,
qu’il a sa propre dignité
et qu’il faut savoir respecter cette dignité.

Je lui dirai
qu’envers et contre tous
il faut croire à son pays et en son avenir.

Enfin, je lui dirai
que de toutes les vertus,
la plus importante, parce qu’elle est la motrice de toutes les autres
et qu’elle est nécessaire à l’exercice des autres,
de toutes les vertus,
la plus importante me paraît être le courage, les courages,
et surtout celui dont on ne parle pas
et qui consiste à être fidèle à ses rêves de jeunesse.

Et pratiquer ce courage, ces courages,
c’est peut-être cela «L’Honneur de Vivre»

Hélie de Saint Marc

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On s’incline

Posté par Gabriel Cloutier le 16 avril 2008

http://raphaeljulde.blogspot.com/2007/12/exercice-de-fatuit.html

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AUTOBIOGRAPHIE D’UN GÉNIE

La naissance de Raphaël Juldé illumine le monde le 29 janvier 1977 à 1 h 20 du matin, à Laval, petite ville de province qui ne mérite pas la gloire que lui apportera cet artiste aux talents multiples et à l’âme généreuse comme un bonnet D. Dès sa naissance, son esprit est loin des choses terrestres, à tel point qu’il n’éprouve pas le besoin d’apprendre à marcher avant l’âge de vingt mois. Il l’a déjà compris, l’humanité est une erreur que la station verticale ne suffit pas à réparer. De cette enveloppe charnelle indigne de lui, Raphaël Juldé choisira bien vite de ne rien faire. Hermétique aux plaisirs de l’enfance, aux joutes sportives et aux passions innocentes, il évitera soigneusement tous les rituels d’initiation de l’existence (cette fange). Amoureux de l’Amour, il se tiendra à l’écart de la Chair et de tout ce qui pourrait l’éloigner de son Œuvre. Usant des générations de crayons feutre sur des kyrielles de feuilles d’informatique, il réinvente la Bande Dessinée dès son plus jeune âge, avant de se désintéresser de ce sous-genre à onze ans, se sentant porté vers une plus haute destinée, celle de la Grande Littérature. Il se lance dans la Poésie comme un yuppie affolé du haut du World Trade Center un certain 11 septembre. Quand la culture sent le cramé, il n’est plus temps de tergiverser : il faut se jeter dans le vide, pour le remplir !

À la même époque, des chirurgiens sadiques tentent de l’émasculer afin d’anéantir à jamais sa verve sanguinaire (bien que juvénile), mais il parviendra à retrouver son Phallus triomphant entre les pages jaunies d’un livre pour adultes insidieusement glissé sous un camion de pompier dans le coffre à jouets du salon. Parallèlement à cela, il entame une grande carrière au théâtre, interprétant des rôles aussi inoubliables que le laveur de carreaux du Songe de Strindberg (ou était-ce un égoutier ?), ainsi qu’un passant, dans je ne sais plus quoi. C’est à cette occasion qu’il forge sa théorie du Passant, c’est-à-dire de l’Homme comme simple spectateur de la vie, afin d’en être le Témoin privilégié, celui qui, au dernier jour, se fera le Chantre de cette humanité grouillante, pressée de vivre, courant aveuglément à sa perte. Cette théorie flamboyante, qui le condamne à l’ascèse et à l’isolement, peu d’hommes avant lui s’y sont aventuré, et tous ont échoué. Mais Raphaël Juldé n’est pas peu d’hommes.

Délaissant la Comédie comme il délaissa le Huitième Art, il crée avec un camarade de lycée un modeste groupe de musique, Trompe la Mort. Modeste d’apparence seulement, car les deux adolescents, armés d’une guitare folk, d’un micro et d’un simple magnétophone à cassette en guise d’ampli, révolutionnent bientôt l’univers de la scène rock hexagonale. Pour s’en convaincre, il suffit de voir avec quelle constance les médias internationaux ont ignoré ce groupe. À cette occasion, Raphaël Juldé réinvente le fanzine en créant Sinistre farce, organe officiel de Trompe la Mort. Irrémédiablement corné par les cuivres de la Renommée, il abandonne bientôt sa carrière musicale pour enfin se lancer dans la Grande Littérature. C’est alors qu’il décide de réinventer du même coup le Journal Intime et l’Internet en publiant au jour le jour son Journal Intime sur Internet. Malgré la gloire instantanée que cette Œuvre colossale lui apporte, le génie garde la tête froide, et continue à apporter son secours désintéressé à de modestes revues qui n’auraient sans doute pu vivre bien longtemps si son Nom glorieux n’avait orné leurs pages insipides. Ce sera d’abord Bigorno, revue de dilettantes en à peu près tout (et Raphaël Juldé déposera à cette occasion le brevet du Dilettantisme-en-à-peu-près-tout) qui donnera naissance au blog Palindrome, dont la durée de vie ne sera que d’une année, mais dont on parle encore parfois à la veillée, des tremblements émus dans la voix. Il collaborera également au Journal de la Culture, rebaptisé la Presse littéraire, torchon dont il finira par claquer la porte (car dans ce monde incohérent, les torchons ont des portes), indigné d’apprendre que son directeur de publication, Joseph V***, s’apprêtait à le rétribuer gracieusement pour ses articles. Artiste profondément désintéressé, et artiste du désintérêt profond, Raphaël Juldé lancera une réplique cinglante : « Mon art n’est pas à vendre, Môssieur ! Je ne suis pas une putain ! »

Son premier roman, Quelques personnages inutiles, est unanimement refusé par les maisons d’éditions germanopratines, toujours aux mains de vieux barbons frileux que la Vérité rebute. Raphaël Juldé ne s’avoue pas vaincu et se lance dans la rédaction d’un autre brûlot, dont le titre demeure encore secret. Pour subsister, il est contraint de faire quelques concessions à sa théorie du Passant, et de trouver un travail. C’est d’abord auprès d’enfants de primaire qu’il exerce ses talents de pédagogue, leur apprenant la lecture et le respect, les tenant à l’écart de la misère et de la délinquance. À ce propos, il attend toujours sa médaille, pour la refuser. Puis, c’est un lycée d’enseignement professionnel qui lui ouvrira ses portes. Désormais surveillant auprès d’adolescents difficiles ou pas, Raphaël Juldé illumine de ses mots d’esprit et de sa capacité à se mettre au niveau du vulgaire le quotidien morose des assistants d’éducation au teint pâle. Son génie désormais reconnu partout lui apporte sans cesse de nouvelles demandes plus fantaisistes les unes que les autres. La ville de Laval, toujours soucieuse de son rayonnement culturel, lui a récemment demandé de rédiger l’histoire des groupes de rock qui s’y sont formés. Le projet lui a immédiatement paru suffisamment improbable pour qu’il daigne s’y pencher et, grâce à cet ouvrage, renvoyer enfin Joyce et Laurence Sterne à la maternelle !

À trente ans, Raphaël Juldé n’a fait encore que poser les fondations de son Œuvre future, et déjà, le vieux monde tremble sur ses bases…

Et un texte copié-collé de Raphaël Julde

La révolte de Bébé Cadum

Me faites pas marrer avec les années 80. C’est là que tout a commencé pour tous les p’tits gars de ma génération ; pour les autres, c’est là que tout s’est terminé. Les eighties, c’est la fin du début de la fin. On dissimule sa tristesse sous des lunettes noires et on part afficher son cynisme souriant dans les nuits blanches des samedis branchés. On n’est plus cool, on est punk. On n’est plus tendre, on est goth. L’élan vital s’est dispersé dans nos langes : on démarrait avec l’idée de bouffer tout cru ce bon gros bifteck de vie saignante, mais c’était de la viande froide grignotée du bout des lèvres sur le coin de notre table d’enfants de divorcés.

Me faites pas marrer avec les années 80. Côté rigolade, guibolles et fantaisie, grosse poilade olé olé, nous les pauvres Français morts de rire, on avait quoi ? Corinne Charby ? Karen Cheryl ? Devant nos télés, on espérait tous secrètement que le Golgoth explose la gueule à Goldorak – qu’il se passe enfin quelque chose. Que Candy se fasse violer par le petit prince des collines et qu’elle finisse rue Blondel, morte d’une passe entre deux overdoses… Parce que les guerres n’étaient plus à la mode, les adultes nous croyaient gentils ! On tremblait pour Tchernobyl, on s’imaginait déjà avec de jolies combinaisons anti-radiations, acné et appareils dentaires camouflés par les masques à gaz : on aurait peut-être enfin réussi à emballer la petite Hélène à la boum de Nico, qui sait ? Mais dans les années 80, les nuages s’arrêtaient aux frontières. Tu parles d’une Europe ! Même le communisme ne faisait plus peur : ses murs s’effondraient, à Berlin comme ailleurs.

Me faites pas marrer avec les années 80. On n’était pas gentils, on était des monstres. Il y avait même des jours où on ne se lavait pas derrière les oreilles. Tout nous était donné, papa et maman acquiesçaient calmement à toutes nos élucubrations. À vous dégoûter d’être un vaurien ! On continuait bêtement à être de gauche, persuadés que c’était encore vachement scandaleux, qu’on se ferait taper sur les doigts, alors que même notre prof de français avait sa carte de la LCR… Ce qu’on a pu en perdre, des calories, dans nos tentatives désespérées pour décevoir notre entourage… On cassait des vitrines et on volait des sacs à main sous les sourires attendris d’une société de bonnes d’enfants. « C’est des gamins, ça leur passera… » On réclamait simplement notre droit légitime à être battus, comme nos parents !

Me faites pas marrer avec les années 80. On n’était pas mignons, on était de la graine de bagne. Mais les bagnes étaient fermés, la guillotine avait été rangée, bonne pour le musée, et on faisait des pointes de vitesse en 103 SP dans les rues vides de la fin des utopies. Le moyen d’échapper à cette guimauve ? La musique, peut-être. On écoutait des trucs au son bien crade pour couvrir les disques d’Adamo ou de Sardou de nos parents. Ils soupiraient, les yeux en l’air, et baissaient leur musique pour ne pas nous déranger pendant qu’on écoutait à fond nos bizarreries dark metal. C’était ça, la révolte de Bébé Cadum ! On vomissait notre gloubi-boulga en écoutant les Tétines noires, on se faisait pousser des traumatismes imaginaires, des cicatrices et des hématomes – on voulait nous aussi notre part de malheur. Le blues de l’enfant choyé. C’était ça, l’abcès à crever : on nous avait trop aimés. Anorexiques comme nos espoirs, on se repassait en boucle le premier album de Suicide, dernier pogo avant les révisions du bac. Alors me faites pas marrer. On n’était pas gentils.

Mais on en prenait dangereusement le chemin…

Pffouuu…!!!!

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Qu’y a-t-il de plus noble, chez l’être humain, que son inutilité ?

Posté par Gabriel Cloutier le 17 avril 2008

Piquée à Raphaël Julde, catte phrase lachée entre parenthèses, constitue à elle seule, comme ça, bêtement, une réponse ontologique à tout questionnement de l’humain sur lui-même.
Une phrase qui résume à peu près tout ce qui nous intéresse, des débuts jusqu’à maintenant.
De la métaphysique à l’usage des jeunes et des vieilles générations… de quoi méditer pour le restant de ses jours, ou bien pendant 10 minutes intenses, cruciales qui vont engager tout ce qu’il reste à vivre.

La blogosphère et les chicaneries intellectuelles vont en souffrir (ah qu’elle m’énerve Sarah Vajda… aussi délicate, inaccessible, meurtrie, désenchantée, prosaïque ou enjouée qu’elle soit. Et qu’il m’énerve le microcosme intellectuel blogosphérique, tous ces gens, Dieu merci peu nombreux !, dont je me demande ce qu’ils font de leurs jours, s’ils font leurs courses eux-mêmes, ce que papa et maman leur ont laissé (je sais c’est bas), s’ils appellent leur grand-père Papik, Papu, Papou, Grand-Pa, ou bien Papy ou Pépé, qui paraissent ressentir dans leurs membres le moindre frémissement geo-politique de ce monde meta-pitoyable, post-chrétinoïde, et voué de toutes façons à sa perte dans les cendres d’un mercredi noir qu’ils appellent de leurs voeux, qui procrastinent à loisir, universalisent à plein-temps, angedechuisent et gicquelisent le moindre de leurs affects, devant un public imaginairement invité à demeurer dans sa pathétique médiocrité républicaine… mais où il lui est demandé de faire encore un petit effort pour applaudir et s’émouvoir à la demande…).
Oui, cette phrase va probablement changer tout ce qu’elle met en perspective.

Un chemin. Un vademecum.
D’accord, je suis vieux. Je ne suis pas et ne serai jamais célèbre ou connu…. Mais Dieu qu’il est difficile de se résigner à l’idée du poisson que l’on est ! Au début c’est comme si on décidait sciemment de mettre son cerveau au clou et de se résoudre à le voir se dessécher… comme morue au saloir, sans mettre en scène vaillamment devant les foules lectrices, son néant -le pathétique morceau de néant qui est le nôtre-, les cheveux au vent mauvais, fier comme un poissonnier… et Dieu qu’il est dur de dire adieu à la gloire anthume !
Heureusement pour les anonymanoïdes que nous sommes il reste quelques petites consolations qui feront se tordre ou se moquer, je l’espère (que ça serve à quelque chose quand-même !), les grandes personnes de la blogosphère.
Il y a par exemple La Prière chantée par Brassens (auteur pop de 4 sous) et le petit garçon qui meurt…
et il y a des milliers de trucs comme ça. Pas originaux pour un ou quatre sous, donc. Des trucs de spectateurs appliqués, de foules sentimentales.

C’est la revanche du pople sur les médias : le monument aux grandes douleurs et aux petites morts inconnues devant lesquelles aucune gerbe ne sera jamais déposée, mais qu’aucun journaliste ni aucun littérateur ne viendra profaner de la sienne, de gerbe. Pas plus Goethe que Dantec ou les autres.
Allez, je retourne lire les remerciements à la Vierge à Notre-Dame de Fourvière !

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Les beaux jours

Posté par Gabriel Cloutier le 21 avril 2008

Les beaux jours de la division droite-gauche
Entretien avec Marcel Gauchet
« Où va la droite ? », Revue des deux mondes , avril 2008

Michel Crépu
Je vous propose de partir de quelques impressions de lecture.
Vous appréhendez la notion de rupture en décrivant un basculement, une révolution, et en
même temps on a l’impression que vous êtes fasciné par l’enchaînement. On dirait que
ce n’est pas la rupture comme telle qui vous intéresse, mais ce qui, en elle,
contredit la notion même de rupture. C’était déjà cela qui frappait à la lecture du
Désenchantement du monde1 et dans le processus que vous décriviez de la « religion de
la sortie de la religion ». Votre philosophie de l’histoire n’est-elle pas une
philosophie de l’engendrement, du paradoxe des enchaînements successifs ?

Marcel Gauchet
Votre impression est très juste : ce que j’essaie de saisir, ce sont des
transformations. Il y a effectivement du changement dans l’Histoire mais quelle est
au juste sa nature ? Il y a moins de changement sur le fond que ce que notre amour du
nouveau et notre culte de la rupture – qui sont des marques de fabrique du discours
de la modernité – nous portent à le croire. Il y a, bien entendu, une nouveauté
majeure dans l’histoire moderne, une réorganisation complète des communautés humaines
aux antipodes de ce que leur organisation a été depuis qu’on les connaît. Il est
permis de parler, de ce point de vue, d’une rupture de l’histoire moderne avec la
totalité du passé humain. Pour autant, s’agit-il d’un inédit radical, d’une création
ex nihilo jamais vue, comme, là encore, la pente très forte de l’esprit moderne, son
prométhéisme naïf nous pousse à le croire ? Je ne le pense pas. La révolution moderne
(je crois qu’on peut parler ainsi, il n’y en a qu’une au fond qui passe par toutes
sortes de « sous-révolutions » de tous ordres) instaure un mode d’être inédit des
communautés humaines. Néanmoins, cette nouveauté ne nous coupe pas du passé de
l’humanité. Les structures profondes du monde humain-social demeurent les mêmes
derrière leur métamorphose. Nous avons affaire à une transformation qui nous garde en
continuité fondamentale avec l’humanité religieuse, pour faire court. Nous pouvons
très bien continuer à comprendre celle-ci dans sa manière de fonctionner socialement,
psychiquement, culturellement, intellectuellement. L’Histoire invente des choses
jamais vues mais l’humanité reste une. Mon souci est d’échapper à l’illusion de la
rupture et de l’autocréation, qui est le péché constitutif de l’esprit moderne. Cette
illusion de nouveauté implique aujourd’hui des conséquences catastrophiques, en
donnant à considérer que le passé ne nous concerne plus. La barbarie par excellence
qui nous menace, c’est précisément la réduction du passé à une interminable barbarie
dont nous serions enfin sortis pour trouver une forme normale d’existence. Ainsi, se
persuade-t-on, aurions-nous surmonté notre sombre préhistoire, cette période
effroyable où les hommes battaient leurs femmes, croyaient dans des dieux et
ignoraient les vacances. J’écris contre ce fantasme de rupture et en vue d’intégrer,
au contraire, le sens du passé dans la conscience du présent.

(1. Marcel Gauchet, Le désenchantement du monde. Une histoire politique de la religion,
Gallimard, 1985, republié en « Folio » en 2005).


Michel Crépu
Au fond, vous rompez avec une doxa moderne sans vous retrouver dans
une posture d’anti-moderne ?

Marcel Gauchet
En effet, j’assume pleinement l’existence du monde moderne, sans me croire obligé pour autant d’épouser ses
illusions sur lui-même. J’écris une histoire de la modernité du point de vue de
l’unité de l’aventure humaine, qui fait que si loin que nous nous établissions de nos
ancêtres, nous restons dans le cercle d’une même humanité, nous travaillons avec les
mêmes problèmes, avec les mêmes éléments de base relatifs à ce qui nous constitue.
Pendant longtemps, nous avons vécu sur l’idée d’une nature humaine demeurant égale à
ellemême à travers le temps, les variations, par ailleurs bien enregistrées, étant
secondaires au regard de cette permanence fondamentale. Depuis le début du XIXe
siècle, la conscience historique a miné petit à petit cette représentation de la
nature humaine, en nous faisant découvrir la diversité des cultures et des
civilisations, l’historicité essentielle des manières d’être de l’humanité. Nous
sommes entraînés par l’approfondissement de cette conscience historique à laquelle il
nous est impossible de nous soustraire. Mais maintenant, après l’illusion de la
permanence contre laquelle nous avons lutté depuis deux siècles, le front s’est
renversé : il s’agit de mesurer l’illusion de la rupture dans laquelle nous sommes en
train de tomber et dont les effets culturels sont terrifiants. Tout mon effort
philosophique consiste à concilier le point de vue de l’Histoire et le point de vue
de l’identité humaine. Nouveauté historique et plasticité humaine il y a, ô combien,
puisque l’expérience moderne inverse trait pour trait le mode d’être des sociétés qui
l’ont précédée. Il n’y en a pas moins une unité de l’histoire humaine. Le point
demande d’autant plus à être souligné que nous sommes dans un moment très singulier
de la conscience historique où le sentiment de l’Histoire tend à disparaître au
profit d’un présent perpétuel, sans plus de renvoi vers un passé ou un futur. On ne
peut même plus parler de « fin de l’histoire », car en bonne doctrine hégélienne
celle-ci impliquait la récapitulation et la conscience du chemin parcouru. Plus rien
de tel : nous sommes passés dans une sorte de présent post-historique. D’où l’urgente
nécessité de réinscrire ce présent dans le parcours qui l’explique.

Michel Crépu
Vous faites de Nietzsche le penseur prémonitoire de ce moment où nous sommes.
On dirait, à vous lire, que nous revivons sur un mode cool ce dont Nietzsche a été le
témoin à la fin du XIXe siècle, mais cette fois comme si l’Apocalypse avait déjà eu
lieu, bien longtemps après que la mort de Dieu ait été proclamée : êtes-vous d’accord
avec cette hypothèse ? D’autre part, pensez-vous que nous sommes encore dans la
continuité du processus de la « religion de la sortie de la religion » ou bien est-ce
que nous sommes entrés dans une autre période, un autre processus qui n’aurait plus
de lien avec la religion de départ ?

Marcel Gauchet
Entendons-nous bien sur ce dernier point : religion de la « sortie de la religion » ne veut pas dire pour moi
« fin de la religion ». Cela veut dire « fin de l’organisation religieuse des
communautés humaines », y compris dans les empreintes très fortes qu’elles ont
laissées sur ces communautés humaines bien après qu’une doctrine religieuse ait cessé
de présider à leur manière de fonctionner… De ce point de vue, je crois, en effet,
que nous atteignons un terme. Mais un terme qui implique plus vraisemblablement une
réinvention de la religion au-delà de ce rôle social qu’elle a tenu depuis qu’elle existe que la disparition de la croyance religieuse.
Non seulement la conviction religieuse demeure et les traditions spirituelles
persistent mais le plus probable est que l’idée religieuse va se renouveler en
fonction du délestage de la structure d’encadrement social qu’elle fournissait. C’est
vrai spécialement du christianisme, en première ligne dans ce processus au sein de
l’espace européen. La mort du christianisme sociologique est patente, mais il est
visible en même temps qu’une réinvention de la foi chrétienne se cherche de manière
encore confuse.

Les trois courants du libéralisme

Michel Crépu
On s’étonne tout de même que vous mettiez dans le même sac à la fois l’émergence d’une pensée libérale
(au sens du XIXe siècle) finalement très humaniste, très « Revue des Deux Mondes » et
la montée en puissance des grandes croyances au peuple, au progrès…

Marcel Gauchet
Oui, c’est vrai. Disons d’abord que j’ai voulu donner une image un peu débanalisée du
libéralisme du XIXe siècle, en le prenant dans toute son extension. Or je ne suis pas
sûr que ce caractère prudent et raisonnable que vous évoquez en rende justement
compte. Il y a une puissante foi libérale dont il est important de retrouver l’âme.
Ensuite de quoi, j’ai été contraint par les limites de mon propos, qui était
d’introduire à l’histoire du XXe siècle. J’ai dû me concentrer sur le principal, et
le principal unifie souvent des choses qui se présentent en surface comme très
disparates… En fait, une histoire intellectuelle complète du libéralisme au cours de
la seconde moitié du XIXe siècle, le libéralisme bourgeois triomphant dont la Revue
des Deux Mondes est un des monuments, devrait y distinguer trois courants. D’abord,
un libéralisme d’inspiration économique, plutôt anglais que français d’ailleurs, (le
« manchesterianisme »), où ce qui compte est l’activité économique en tant qu’elle
est productrice de libertés grâce à l’accroissement des richesses. La thèse est
simple : la liberté politique dépend de la liberté du travail et des échanges, qui
donne aux individus les moyens de leur indépendance. Ensuite, Il y a un libéralisme
que j’appellerais « synthétique » et qui s’organise autour de la notion de progrès.
Celle-ci lie toutes les libertés sous le signe de la raison et de la science. C’est
le courant principal du libéralisme de la seconde moitié du XIX e siècle : celui des
conquêtes de l’esprit humain sur la nature, de l’amélioration générale des moeurs qui
en résulte, du gouvernement par discussion qui couronne l’édifice, etc.

Mathieu Laine
Quels auteurs mettez-vous derrière ce « libéralisme de progrès » ?

Marcel Gauchet
L’homme exemplaire de ce courant est évidemment un Anglais, Herbert Spencer, qui
passe à l’époque pour le plus grand philosophe ! Il est complètement oublié
aujourd’hui, mais c’est un auteur très significatif. Il mériterait d’être revisité,
comme beaucoup d’autres auteurs de la Revue des Deux Mondes d’ailleurs ! Et puis il y
a un troisième libéralisme qui est celui qu’on connaît en France : le libéralisme
républicain. Un libéralisme méfiant par rapport à la liberté économique, qui entend
faire prédominer la liberté politique et qui attend la solution des problèmes sociaux
du suffrage universel. De Gambetta à Clemenceau, c’est l’axe de la politique
française de la IIIe République. Il s’agit bien d’un libéralisme dans la mesure où
ceux qui s’y retrouvent sont à la fois profondément attachés à la liberté politique,
au gouvernement représentatif et à la liberté économique. Simplement, ils veulent
coiffer celle-ci par la liberté politique.
Pour me résumer, je dirais que s’il existe effectivement des courants du libéralisme
qui méritent d’être distingués, il me semble également que la diversité de ces
courants révèle un libéralisme plus profond, plus englobant : celui-là même que j’ai
privilégié parce qu’il fait l’unité de toutes ces familles. Un libéralisme qui tient
fondamentalement à la découverte de l’Histoire et de la société. C’est cela la
nouveauté triomphale du XIX e siècle. Avant, explique par exemple Spencer, nous
avions affaire à des « sociétés militaires », où le commandement était l’axe
organisateur de la vie collective. La grande nouveauté du temps, pour Spencer
toujours, c’est le passage aux « sociétés industrielles », c’est-à-dire le passage à
un monde où le rapport entre pouvoir et société s’inverse, puisque c’est la société
qui prend le dessus au nom de son travail et qui dicte sa loi au pouvoir politique au
travers du mécanisme de la représentation. Les libéraux du XIXe siècle sont des gens
qui tirent radicalement les conséquences de ce renversement du rapport entre pouvoir
et société, qui émancipe la société et les individus dans la société. C’est à ce
libéralisme fondamental que se rattachent les notions fétiches du XIX e siècle, ces
notions que l’on tend aujourd’hui à ridiculiser, la science, le peuple, le progrès…
Sous cette bannière se rassemblent des gens qui sont par ailleurs très différents,
qui ont de grands désaccords entre eux sur la politique effective à mener, mais qui
communient dans une même confiance envers ce qu’ils regardent comme l’accomplissement
de l’Histoire. Ils ont le sentiment d’avoir trouvé la formule définitive selon
laquelle l’humanité va désormais vivre dans une amélioration permanente de sa
condition, grâce à la science, grâce à la liberté, grâce à l’instruction, en évitant
les secousses, les ruptures, les catastrophes qui appartenaient à une époque de
l’arbitraire politique heureusement révolue.

Mathieu Laine
Vous expliquez, dans la Crise du libéralisme, qu’à l’approche du XXe siècle s’est produit « une déroute
généralisée de l’individualisme libéral ». Et vous ajoutez que « le libéralisme est
débordé sur son propre terrain par un développement de l’individualisme qui prend à
contre-pied la vision qu’il s’en était formée ». Mais n’ignorez-vous pas ainsi des
auteurs majeurs comme Laboulaye, Follin ou Yves Guyot (la Démocratie individualiste),
ces libéraux français de l’époque qui défendent vigoureusement l’individualisme,
l’enracinent dans le libéralisme et le calent sur le droit naturel moderne ? Plus
largement, j’ai le sentiment que vous écartez tout un pan de la pensée, qui est fondé
sur un axiome fondamental : le droit inaliénable de chacun d’entre nous à être et
demeurer maître et possesseur de notre personne, des biens que nous produisons et des
biens légitimement acquis. Locke a été, c’est très connu mais on semble l’avoir
oublié, un des premiers à l’exposer avec systématisme : « Tout homme possède une
propriété sur sa propre personne. À cela, personne n’a aucun droit que lui-même. Le
travail de son corps et l’ouvrage de ses mains, nous pouvons dire qu’ils lui
appartiennent en propre. » En fixant ainsi la limite naturelle de l’action humaine,
qui peut dès lors se déployer librement mais sans jamais attenter au corps et aux
biens d’autrui sauf à avoir obtenu, au préalable, son consentement, cette règle est
au fondement même d’une organisation pacifique et respectueuse des relations
humaines. Véritable clé de voûte de la société libre et ouverte, célébrée par Karl
Popper, ce principe fondamental, déduit logiquement du postulat incontestable que
l’homme est un être social qui agit et formule des choix, est fondé sur une
conception rationnelle et réaliste de la nature humaine et s’inscrit parfaitement
dans la volonté de faire en sorte que la nature profonde de l’homme puisse être
respectée. De là, on peut déduire une éthique, une organisation de la société,
centrée sur l’individu au sens noble du terme, profondément humaniste et
authentiquement libérale, et que beaucoup de gens qui caricaturent cette pensée ont,
hélas, oubliée. Il conviendrait, d’ailleurs, de restaurer ce beau mot, «
individualisme », qui semble être l’horreur égoïste alors qu’il est la consécration
des droits humains. Dans la même veine, il est des auteurs qui
ont plaidé merveilleusement pour la compréhension et l’émergence d’un ordre spontané,
culturel ou auto-organisé. Je pense à Suarès et, plus largement, aux scolastiques
espagnols de la fin du XVIe siècle, à Kant, à Bastiat, pour citer, parmi tant
d’autres, un auteur du XIXe siècle, aux économistes de l’école autrichienne, au XXe
siècle, qui sont d’ailleurs bien plus que des économistes au sens où on l’entend
aujourd’hui, et qui ont tous découvert ou redécouvert que la liberté individuelle
permettait, dans certaines conditions, l’émergence d’un ordre social bien plus
efficient que l’ordre naturel ou l’ordre artificiel qui semblaient jusque-là devoir
régner sans partage sur la réflexion consacrée à l’optimisation de l’organisation
sociale. Or, quand on vous lit, on a le sentiment que vous vous félicitez du reflux
de l’individualisme libéral par l’effet d’un processus de « socialisation de
l’individu ». Mais n’est-ce pas finalement nier que l’individualisme ne veut pas dire
vie en vase clos, mais la préservation des droits fondamentaux de l’homme ? C’est le
pivot d’un système pas seulement économique mais aussi moral, autour duquel se
déploient des échanges volontaires. Et quand vous vantez « l’homme socialisé », j’ai
peur que vous croyiez trop au collectif, dont on a vu les terribles limites. Le
reflux de l’individualisme libéral de la fin du XIXe siècle n’est-il pas plutôt dû à
la montée du solidarisme, du socialisme et des promesses intenables de l’étatisme ?
Plus largement, quand vous parlez de « crise du libéralisme » au XIXe siècle, et que
beaucoup de gens considèrent que nous vivons, aujourd’hui, le triomphe libéral, estce
qu’en réalité ce ne serait tout simplement pas l’inverse : ne traversons-nous pas,
aujourd’hui, une crise profonde du libéralisme au sens où cette pensée, cette éthique
de vie qui a vécu de belles heures au XIXe siècle, n’est plus du tout comprise. Car
elle est sans cesse caricaturée et se retrouve rejetée, dans le même sac que les
idéologies meurtrières du XXe siècle, alors même qu’elle n’est, contrairement aux
autres, pas une idéologie qui ambitionne – quelle horreur ! – de changer l’homme,
mais bien au contraire, et c’est là toute sa puissance, de le respecter. Comment
situez-vous votre pensée par rapport à tout cela ?

Marcel Gauchet
Nous ne parlons pas du même point de vue. Vous parlez d’une manière normative :
ce que le libéralisme devrait être, ce qu’il aurait dû être. Je me contente de parler du libéralisme
tel qu’il a été historiquement. Je n’ai rien contre la philosophie que vous exposez, qui
est une philosophie morale. Simplement, elle ne me paraît pas correspondre à
l’histoire effective. Ce que vous décrivez comme libéralisme typique du XIXe siècle,
c’est en réalité la philosophie de la Révolution, celle des droits de l’homme. Je
crois que c’est par un abus de mots que nous avons confondu ce « libéralisme »-là
avec ce qui va s’appeler le libéralisme au XIXe siècle et qui obéit à d’autres
prémisses… Le libéralisme du XIXe siècle n’a pas son départ dans les droits de
l’homme qui, aux yeux des contemporains, ont été condamnés par l’échec terrible de la
Révolution. Le vrai point de départ du libéralisme du XIXe siècle, c’est la
découverte de l’Histoire et la philosophie du gouvernement représentatif qui en
découle, philosophie qui donne le primat à la société et aux membres de la société.
Pour les libéraux du XIXe, les droits de l’homme sont abstraits : ils ne disent pas
comment faire fonctionner pour de bon la collectivité. Alors que l’Histoire, c’est-àdire
la production de l’avenir, donne une philosophie pragmatique de l’individu et du
fonctionnement collectif qui évite les impasses du type gouvernement révolutionnaire,
et qui donne corps, via le gouvernement représentatif, à la liberté réelle des
individus et des collectivités. Dans son inspiration primordiale, le libéralisme du
XIXe siècle est une pensée soucieuse d’épouser le mouvement réel des sociétés, à
l’opposé des constructions du droit naturel classique. C’est depuis que nous avons
assisté à une renaissance de la philosophie de l’individu de droit et du
contractualisme. Ne confondons pas les époques.

Mathieu Laine
Pardon de revenir à des préoccupations plus actuelles, mais notre
dossier est intitulé « Où va la droite ? » et j’aimerais vous interroger sur la
droite de Nicolas Sarkozy. Vous avez beaucoup écrit sur les questions de droite et de
gauche et l’on se souvient notamment de votre entrée particulièrement riche sur cette
question dans les Lieux de mémoire. À mon sens, Nicolas Sarkozy a gagné l’élection
présidentielle parce qu’il était le candidat des idées. Il était celui qui ne cessait
de proposer quand les autres se cantonnaient de réagir à ses audaces – plus ou moins
heureuses – programmatiques. Mais même s’il y avait beaucoup d’idées, il n’y avait
pas de ligne, pas de cohérence, pas de choix net entre, par exemple, des ambitions
interventionnistes d’une part, et des velléités libératrices, d’autre part. Il
refusait même explicitement de se laisser « enfermer » dans un camp intellectuel,
cette attitude n’étant manifestement pas que tactique. Maintenant qu’il est au
pouvoir, cette absence de vision se révèle au grand jour et explique, sans doute, sa
paralysie dans l’action. Car si de nombreux chantiers ont été ouverts, nous ne
connaissons en rien la rupture promise. Cela ne condamne pas le quinquennat de
Nicolas Sarkozy, mais cela le contraint, s’il veut marquer son temps, à choisir une
ligne, une perspective de société, et à s’y tenir. Car les idées, en politique,
doivent être, pour parvenir à enclencher un mouvement réel, inscrites et ordonnées
dans un grand dessein, et cette façon de faire de la Politique avec un grand P semble
avoir été terrassée, à droite, mais aussi à gauche, par le pragmatisme, le
relativisme des idées et la tyrannie des experts. Comment vous situez-vous par
rapport à cette analyse ?

Marcel Gauchet
Sur le constat, vous avez évidemment raison. Sommes-nous pour autant dans une période de « vide idéologique » ?
Je ne dirais pas exactement cela. L’idéologie est toujours là et bien là, mais sous une
nouvelle forme. Ce qui nous attriste collectivement, c’est le sentiment d’une absence
de direction d’ensemble pour l’avenir. C’est cela, très précisément, qui s’est effacé
de la politique. Or la politique vivait de cette relation à l’avenir depuis qu’elle
existe dans son sens moderne de débat public. Nous ne vivons plus à l’heure des «
grands récits » et de la foi révolutionnaire dans l’avenir radieux, ni même de la
confiance dans le progrès, c’est entendu. Pour autant, nous ne vivons pas sans
idéologie. Notre idéologie est discrète, voilà tout. Elle se résume dans une foi dans
les régulations automatiques. Nos ancêtres de l’âge totalitaire étaient obsédés par
la volonté de maîtriser le fonctionnement de leur société. Nous sommes aux antipodes
de cette hantise. Notre foi à nous, c’est que les choses marchent très bien toutes
seules. Le mot qui condense ce nouvel esprit de l’époque est « gouvernance ».
Un peu de gouvernement, mais le moins possible. Pour le reste, le plus possible
d’ajustements spontanés dans le système le plus décentralisé possible. C’est à la
puissance de ce schéma de pensée qu’il faut attribuer la désintellectualisation
frappante de nos sociétés. À quoi bon chercher à comprendre et à maîtriser des
processus dont l’équilibre doit se trouver de lui-même ? L’Union européenne est
l’incarnation planétaire de cette façon « post-politique » de faire de la politique…
Un livre, paru récemment, s’intitule très significativement la Politique sans
pouvoir2. On ne peut mieux résumer l’utopie post-politique dans laquelle vivent
aujourd’hui les Européens. Je dis bien les Européens car on voit bien que ce n’est
pas du tout, par exemple, la philosophie des Américains. Les Américains continuent de
croire que le gouvernement a un rôle à jouer, spécialement vis-à-vis du rayonnement
des États-Unis dans le monde. Mais pour les Européens, pareille ambition est
dépassée. Nous sommes de ce point de vue, sans le savoir, à l’avant-garde de
l’Histoire ! Bernard Castagnède, la Politique sans pouvoir, PUF, 2007.

Le cas Sarkozy est très intéressant. C’est un homme dont la grande intelligence
fonctionne à l’instinct, sans grandes théories. Son intelligence est d’avoir compris
que, dans un pays comme la France, il faut un compromis entre la gouvernance et un
certain rôle des idées, de l’Histoire, de l’autorité de l’État, de la mobilisation
d’une grande mémoire. Sarkozy, c’est l’union de la technocratie version Union
européenne avec le besoin d’idéal. C’est la composante que lui a apportée Henri
Guaino. Grâce à lui, Sarkozy a trouvé une synthèse originale qui s’est révélée
électoralement déterminante. Rien d’étonnant à cela si l’on songe que la France est
le pays où l’évidement de la politique est le plus mal vécu, pour des raisons qui
viennent de loin.

Mathieu Laine
On voit très bien cela à la lecture d’un petit livre récent, la Société de défiance 3, qui montre à quel point la société française a été abîmée par la défaite de juin 1940, et comment les blocages sur le plan économique renvoient finalement à
une blessure qui n’est pas guérie.

Marcel Gauchet
Ce livre touche en effet à quelque chose de très juste qui déborde
largement le plan économique. La France est un pays qui a un problème d’identité
historique – je ne dis pas d’identité « nationale » mais « historique ». Je pense que
c’est d’avoir compris cela qui a fait gagner Sarkozy.

“Être à la hauteur de son passé”

Mathieu Laine
Oui, cela a été très efficace tant qu’il était en campagne. Mais on
peut être très bon dans une campagne électorale et totalement perdu quand on se
retrouve aux manettes dès lors que l’on ne sait pas où aller. Encore une fois,
Nicolas Sarkozy n’a pas de ligne, pas d’épine dorsale idéologique, et n’a donc pas de
réflexe, de guide dans l’action quotidienne. Il lui faut d’urgence en trouver une et
en faire la raison d’être de son pouvoir.

Marcel Gauchet
Vous soulevez là le problème spécifique de la droite. Le problème
nouveau de la droite en France, c’est que c’est la gauche qui définissait l’avenir
dans ce pays. La droite était le parti du passé. Or la gauche étant défaillante dans
sa fonction traditionnelle, la droite se trouve dans l’obligation de faire ce travail
à sa place si elle veut être crédible. La campagne s’est plutôt jouée sur le
renouement avec le passé, comme condition de l’avenir. Sarkozy a retrouvé de ce point
de vue le fil conducteur du gaullisme. Ce que de Gaulle promettait aux Français,
c’était d’être à la hauteur de leur passé. Simplement, de Gaulle avait pour lui, en plus de ses titres
historiques, de se situer dans le moment de la haute croissance. Être à la hauteur de
son passé, pour la France, dans ce contexte, cela voulait dire réussir enfin sa
modernisation industrielle. Une idée qui allait très bien à la gauche, qui
s’inscrivait même dans son programme profond. Nous n’en sommes plus là. Sarkozy a pu
réussir à dépasser la dépression collective pendant la campagne présidentielle en
promettant à son tour d’assurer cette continuité avec l’acquis des siècles.
Maintenant qu’il est en charge du pouvoir, il ne parvient pas en revanche à donner un
contenu à l’avenir français, parce que sur ce terrain, il n’y a rien à voler ou à
emprunter à la gauche. De Gaulle pouvait faire d’une certaine manière la politique de
la gauche à droite. Sarkozy, lui, n’a pas plus de propositions à faire que ses
adversaires. Ce vide est sans précédent.

Mathieu Laine
Vous dites que Sarkozy n’est pas de Gaulle. Mais ne pensez-vous pas tout de même que, de même que la gauche est obsédée par Mai 68, la droite est emprisonnée par le poids de de Gaulle et n’ose pas un certain nombre de ruptures parce que cela reviendrait à commettre un « crime de lèse-Général » ? Pouvez-vous
développer sur la comparaison entre Sarkozy et de Gaulle ?

Marcel Gauchet
En bon politique, Sarkozy a compris les besoins de la situation.
Simplement, il n’a pas les moyens de mettre en oeuvre ce qui en est resté au stade de
la bonne intuition de campagne électorale. Il a saisi le défi, mais il n’a pas les
moyens de le relever. La « rupture », sans dire pour aller où, cela ne peut pas
marcher.

Mathieu Laine
Est-ce que, finalement, le vrai problème ne se situe pas
dans un rejet total des idées cohérentes, dans le refus, sauf en campagne électorale, parce
que cela fait chic et que cela permet d’allonger la liste des comités de soutien, de
faire appel aux intellectuels pour qu’ils nourrissent, comme cela a toujours été le
cas dans le passé, l’action politique, qu’ils lui fournissent les munitions
conceptuelles pour construire une route sur laquelle tout un peuple se retrouve
invité à marcher ? Est-ce que le politique n’a pas, tout simplement, viré
l’intellectuel au profit des sondeurs et des découvreurs de slogans ? Est-ce que ce
n’est pas cela que nous sommes, collectivement, en train de payer ?

Marcel Gauchet
Ce qui est intéressant c’est de savoir si un autre dirigeant
politique aurait été dans la même situation de vide intellectuel et de vide de vision
ou si on est dans une situation où les intellectuels pourraient lui donner une
vision. Je vois deux questions différentes dans ce que vous dites. D’une part la
question de l’inéluctabilité de cette situation : je n’y crois pas. Je ne crois pas à
la fatalité historique. Le travail de reconstruction d’un discours collectif
mobilisateur qui est à faire se fera tôt ou tard, sauf à supposer qu’une secrète
mutation génétique nous a privés des moyens de nos prédécesseurs. D’autre part, la
seconde question se décompose elle-même en deux autres. Premièrement nous sommes
précisément dans un moment où tout pousse les hommes politiques à croire que cela ne
sert pas à grand-chose de se poser ce genre de questions, sauf en période électorale
où il s’agit de faire de beaux discours. L’expertocratie et le pragmatisme leur
tiennent lieu de tout. Il n’est que de voir la manière dont Guaino est maintenant
rejeté par ce milieu : « Il a fait son tour de manège, revenons aux choses sérieuses
! » Pour qu’il se passe quelque chose, il faut que les hommes politiques en
ressentent la nécessité. Sarkozy a donné le sentiment qu’il avait compris cela, mais
jusqu’à quel point ? Deuxièmement l’autre problème est celui des intellectuels. Comme
vous le savez, cette noble corporation n’est pas, en France, pour des raisons
historiques, dans une situation de forme exceptionnelle. Elle se résume aujourd’hui à
quelques braillards séniles qui se sont emparés du créneau de la radicalité
dénonciatrice, hautement rentable dans un univers médiatique. Cette radicalité tient
une place dans le débat public, on ne peut pas l’ignorer mais on ne peut évidemment
pas s’en satisfaire. De ce côté-là, l’offre est quasiment inexistante. Le rôle
suppose, il est vrai, d’avoir le courage de commencer par prêcher dans le désert…
Néanmoins, en dépit de cette conjoncture contraire, la chose se fera, tant c’est ce
dont la France a spécifiquement besoin. Les Anglais peuvent très bien s’accommoder du
pragmatisme libéral, ils ont pour cela une longue tradition dans cette matière et en
même temps une identité collective beaucoup plus forte que la nôtre dans sa
continuité. Les Français ne peuvent pas se reposer sur de tels atouts. Ils ont besoin
d’une projection de leur identité historique dans le futur. En même temps les difficultés pour produire
celle-ci sont considérables.

Mathieu Laine
Tout ce que nous venons d’évoquer ne réduit-il pas à néant la fameuse distinction gauche-droite ?

Marcel Gauchet
Le changement actuel du rapport entre gauche et droite est à remettre en perspective par rapport au contexte de guerre froide civile qui a été le régime politique français après 1945, pour ne pas remonter plus haut. Dans un tel
système d’antagonismes, les notions de droite et de gauche acquièrent spontanément
une incandescence qu’elles ne possèdent plus. Entre-temps, la France est venue au
pluralisme politique et le pluralisme relativise les oppositions. Le principe
d’alternance interdit de considérer la lutte politique comme celle du diable et du
bon Dieu ; il ramène les adversaires aux proportions de partis de gouvernement. Cela
dit, je continue de penser qu’en dépit de cette relativisation, la division
droitegauche a de beaux jours devant elle. Elle garde son sens opératoire à cause
d’une série de facteurs structurels propres à l’histoire de France. À commencer par
le poids des extrêmes, même si leur rôle n’est plus ce qu’il a été. L’extrême gauche
fonctionne comme un surmoi pour la gauche socialiste, et le vote d’extrême droite est
le grand problème électoral de la droite, dont il n’est pas sûr qu’il soit derrière
nous. Cet extrémisme structurel contribue au durcissement des clivages. Par ailleurs,
la raison première qui a présidé à l’implantation du partage demeure. Pourquoi y a-til
eu une droite et une gauche ? Parce que le camp conservateur et le camp
progressiste ont toujours été traversés en France par des failles très profondes
exigeant une unification abstraite. D’où le besoin de fédérer ces familles disparates
au moyen d’un affrontement symbolique simplificateur. Prenez nos partis. L’UMP est
tout sauf un bloc homogène, c’est une réunion de courants dans une machine politique
construite pour les besoins de la cause. Le Parti socialiste se divise à chaque
occasion. Il est manifeste qu’il y a plusieurs gauches dans la gauche. Cette
dispersion rend indispensable de recourir à des signifiants forts qui en même temps
ne doivent pas trop en dire.

Mathieu Laine
Mais si je vous demandais d’accoler deux ou trois adjectifs pour qualifier la gauche d’une part et la droite d’autre part, que diriez-vous ? Car aujourd’hui, on est un peu perdu, en raison de ce phénomène de croisement, de cet
effet ciseau que vous avez été, à ma connaissance, le premier à révéler, entre une
droite qui était conservatrice mais qui s’est engagée sur le terrain du progrès et
une gauche qui était progressiste et qui, cherchant par exemple, à préserver les
acquis sociaux, s’est retrouvée dans le camp des conservateurs. Est-ce que ces deux
notions seraient devenues des enveloppes vides, inqualifiables, des corps dépourvus
d’ADN condamnant toute entreprise de catégorisation à l’échec ?

Marcel Gauchet
Mais c’est justement l’indéfinition du contenu qui fait la force de
l’opposition droite-gauche ! Elle permet d’exprimer une contradiction marquée dont la
teneur reste mystérieuse. Elle autorise chacun des camps à se définir par contraste :
la gauche, c’est ce qui s’oppose à la droite, et la droite, c’est ce qui rejette la
gauche. Le clivage droite-gauche vous permet de savoir qui vous êtes tout en vous
dispensant de vous définir. Commode ! C’est pourquoi je tends à penser qu’un système
aussi bien huilé et enraciné n’est pas près de disparaître.

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Et pour toi, Dieu, c’est quoi ?

Posté par Gabriel Cloutier le 21 avril 2008

Les chroniques de Nouvelles-Clés

Ah ! M. Van Eersel, ce que vous écrivez est toujours frappé au coin du bon sens !
Hélas, comme d’habitude je ne peux m’empêcher de fouiner dans les réponses des uns et des autres et exercer ce satané esprit critique qui me rappelle bien humblement ce que j’aime chez Abélard dans ses joutes verbales avec Bernard de Clairvaux…

Tout d’abord la question : « … c’est quoi ? »
Ainsi que vous le dites c’est « Oui ! ». Or « Oui » c’est une réponse vivante, humaine, anthropomorphique.
« Oui », l’acceptation qui sort du gosier humain ! C’est le « Verbe », la parole humaine qui nous identifie à Dieu, ou le contraire.
Or « quoi », se réfère à une chose. Et une chose ne parle pas ! Dieu n’est pas un objet qu’on déplace, observe, dissèque à loisir, si on s’en tient toutefois à ce que peut imaginer le premier athée venu, fut-il Gagarine, qui a une idée parfois plus haute de Dieu que nous, qui l’avons « pratiqué »…
Et en écrivant cela je songe à la brique exhaustive transpirée par le Dr Jourdan dans un remarquable effort de synthèse sur l’état des recherches sur les NDE. Deadline. Le Dr. Jourdan ne peut s’empêcher tout au long de son ouvrage de vilipender (Onfray version light) la naïveté de la foi catholique et chrétienne d’une manière générale, dont il a probablement été victime comme nombre d’entre nous. Cela ne l’empêche pas, au terme de 500 pages de compte-rendus, de reconstruire une certaine forme de métaphysique s’appuyant sur l’hypothèse de le pluridimensionnalité de l’espace temps et ouvrir ainsi la voie à une neo-spiritualité scientifiquement authentifiée. Passant, pour faire court, d’une « foi » aveugle, enfantine, naïve, à un ensemble de certitudes « adultes » qui, au final diront exactement la même chose et, mieux,ne feront que confirmer l’intuition de ce « quelque chose » (ce fameux « quoi ») qui surplombe l’humain et le définit dans son originalité, son sens, etc…
Et c’est bien de cela qu’il s’agit !

Je souscris pourtant entièrement à l’attitude du Dr. Jourdan, inutile de le dire, car, comme beaucoup, je ne peux prendre toutes ces vérités révélées (Bible, Evangiles, Coran et autres Livres-Tésors…) pour argent comptant. L’acte de croire en effet peut s’appliquer à n’importe quoi et conduire on le sait aux pires erreurs, aux pires excès, aux suicides collectifs par exemple ou à un fanatisme ordinaire et télévisuel quotidien, dans la mesure où ces croyances s’appuient sur une demande, répondent à un manque (probablement consubstantiel à notre humanité) et finalement reposent sur une désaffection-inadéquation des cosmogonies désuettes dans lesquelles j’englobe d’ailleurs, tant qu’à faire, TOUTES les cosmogonies inventées à ce jour dont le but était entre autres de donner une vision cohérente du monde et permettre ainsi de rendre toute vie supportable et permettre l’organisation des sociétés à l’aide de mythes fondateurs approximatifs.

Mais ainsi que je le disais plus haut il n’est pas exclu que par ricochet nous n’inventions prochainement, comme le Dr. Jourdan le fait, une cosmogonie « rationnelle » qui viendrait confirmer finalement l’intelligence du Christianisme pour ne citer que lui et remettre au goût du jour cette notion quasiment poëtique, au sens éthymologique, de « Nouvelle Alliance ». Car cette notion de « Nouvelle Alliance », que nous la rejetions ou non, n’est toujours pas épuisée et tient le monde en haleine depuis deux mille ans ! Ce foutu « amour du prochain » qui en une phrase vient définir cette « Alliance » est toujours d’actualité. On peut appeler cela Fraternité, Egalité, Justice ou Liberté etc, cela n’y change rien.
Je pense souvent à cet aborigène à qui la question, (souvenez-vous ;) )) : « De qui sommes-nous le rêve ? » a été posée et qui, étonné, a répondu :  » Mais de Jésus-Christ !!! ».
Et de fait, n’en déplaise à quasiment tout le monde, ni mystique, ni activiste, je ne peux m’empêcher, en bon athée sceptique, de voir transpirer le « Sermon sur la montagne » à tous les coins de toutes les rues du monde, sous tous les élans de justice !
De discerner l’image du crucifié dans le plus petit d’entre les siens…
Et m’extasier sur la portée inépuisable d’une parole prononcée il y a vingt siècles !
D’accord, ça ne fait pas de Jésus-Christ le fils de Dieu. D’accord ça ne constitue pas une preuve, surtout pour un athée.
Mais c’est tout-de-même un prodige du « Verbe » ! Et ce prodige me touche encore ! Cette allégorie divine me fait courber la tête et m’étourdit encore !

Qu’on appelle cela Dieu, le Verbe, le Oui, le Dieu Personnel, Caché, Impersonnel, Transcendant ou immanent, le Soi, le Souffle, l’Esprit Saint, l’Atman, le Purusha n’a pas plus d’importance que d’appeler non-voyant un aveugle. J’ai d’ailleurs un copain -aveugle- que ça a toujours bien amusé…
Alors bon. Dieu c’est quoi ? Dieu ça n’est pas. Neti, neti… Que dire d’autre ? Mais en aucun cas avec la meilleure bonne mauvaise foi du monde (et je pèse mes mots), avec l’humour le plus distancié, je ne peux mettre Dieu aux voix ni le faire entrer dans des statistiques.
Eh ! Imaginez qu’il existe !!!!

La chronique

Marc de Smedt – Patrice Van Eersel
Et pour toi, Dieu, c’est quoi ?

Marc de Smedt
Gordes, le 28/11/2006

Mon cher cousin des villes,
Depuis quelques mois, sur le site nouvellescles.com nous faisons un sondage mensuel riche d’enseignements. Celui de novembre – auxquels avaient déjà participé au moment où j’écris ces lignes, à la fin de ce même mois, plus de mille sept cent personnes – posait une question qui concernait un des thèmes traités dans notre N°51 d’automne : Et pour vous, Dieu c’est quoi ? Les résultats sont intéressants.
Les trois premières réponses sont, dans l’ordre : La force créatrice, avec 22,7 % ; L’amour avec 22,4 % ; Une réalité différente pour chacun avec 16,8%. Et les trois dernières donnent : Le Père universel avec 3,5 % ; La Personne suprême avec 2,2 % et La Mère universelle avec 0,7 %. Je trouve que ces résultats, sur un nombre de personnes conséquent représentant un échantillon assez fourni pour qu’on puisse le supposer représentatif, surtout avec des résultats aussi contrastés, prouvent combien la notion de Dieu a évolué sur trente ans : l’ancienne notion de Dieu en tant que personne s’est métamorphosée en concept énergétique créatif plus impalpable et inconnaissable, un concept d’ailleurs plus proche des théories orientales, taoïstes et bouddhistes en particulier. Par contre le fameux « Dieu est amour » cher aux chrétiens depuis l’origine de cette religion, reste aussi un concept vivant, qui ne contredit pas le précédent. Enfin, le fait que nombre d’internautes disent en substance que Dieu est une entité propre à chacun, montre une lucidité certaine : ce questionnement suprême fait évidemment partie du domaine privé. Nous voyons donc se dessiner, avec ce sondage du mois dernier, les contours d’une spiritualité plus immatérielle et nettement plus laïque, ce qui n’empêche en rien l’appartenance, ou non, à une religion quelconque. Si cette tendance se confirmait, cela voudrait-il dire que nous pourrions aller, dans les temps à venir, vers le développement d’une tolérance spirituelle plus grande ? Je le souhaite, évidemment. Qu’en penses-tu, mon cher cousin, à qui je souhaite de passer un bon Noël (sujet du sondage de ce mois de décembre), un beau solstice et une excellente fin d’année…

Patrice Van Eersel
Mon cher cousin des champs,
Ah, comme il serait plaisant de découvrir que nos contemporains ont définitivement dépassé l’âge religieux – qui a certes joué son rôle et produit ses beautés, mais qui a aussi fait, surtout depuis six ou sept siècles, tant de mal hideux à l’humanité et à la plupart des espèces vivantes ! Je suis donc d’accord avec toi, les chiffres de notre sondage sont le signe minuscule d’un phénomène énorme : nous changeons d’âge. Le dogme théologique se meurt inéluctablement, les poussées intégristes, furieuses résistances à l’idée que chaque âme contient librement le Tout, n’y peuvent rien, même en tentant d’organiser par suicide enragé l’assassinat collectif de tout ce qui prétend évoluer.
Il ne s’agit pas pour autant de se laisser happer par le culte du néant…
Un jour, au Festival des musiques sacrées de Fès, un ami marocain, Mimoun, me disait vaguement fâché : “ Tous ces chants lancés vers le Ciel – Allah par ci, Allah par là ! – mais pour demander quoi ? Par pitié, demandons au moins quelque chose de concret : je vous suggère de demander la paix, la paix, la paix ! ” Comme dans la blague où un homme supplie Dieu à longueur de temps de le faire gagner aux courses et où, soudain, tonne une voix courroucée : “ Je veux bien te faire gagner, mais en ce cas, joue ! ” Jouer ? Risquer de vivre ? Risquer d’aimer ? La balle est dans notre camp.
“ Où sont vos actes ? ” demande la voix de l’inspiration créatrice à Hanna, Joseph, Lili et Gitta, alors aux portes des camps de la mort, à Budapest, en 1943-44. Jusqu’à leur dernière goutte de vie, ces quatre artistes danseront dans la direction de l’Innommable, entraînant avec eux le plus improbable des corps-à-corps – que, plus tard, certains appelleront les « dialogues avec l’ange ».
Comme une foule de gens, je ne suis plus « croyant », au sens religieux, depuis l’âge de douze ou treize ans, mais j’ai vécu, entre vingt-cinq et trente ans, plusieurs expériences fortes, qui m’ont montré de fantastiques « coulisses », traversant l’espace et le temps, qui ont radicalement changé ma vie – en me rapprochant des autres et du monde. Je sais que les moments les plus forts de ma vie ont été inexplicablement protégés. J’ai vu de mes yeux et ressenti dans tout mon corps les bienfaits de la Grâce œuvrer dans certains moments, ou lieux, ou êtres – et en moi, de façon absolument inattendue. J’étais sec et quelque chose est venu me désaltérer que je n’attendais pas – venu par la nature, par l’amour, par la science, et aussi, très mystérieusement, par la mort, métamorphosée, à mesure que je l’ai approchée sur le terrain et non plus dans mes fantasmes, en révélatrice de vie et d’enthousiasme infiniment paradoxal.
Oui, j’étais sec et sceptique. Désespéré et si naïvement athée. Beaucoup d’athées, me semble-t-il, le sont naïvement. Comme Youri Gagarine, finalement, qui cria dans le micro qu’il n’avait « vu personne là-haut ». En quoi ne crois-tu pas ? ai-je envie de demander à mes nombreux amis restés coupés de la joie suprême – et souvent, j’ai l’impression qu’ils répondent en fait : “ Au Père Noël ! ” Tiens, justement, c’est de saison…
Pour ma part, j’ai cessé d’appeler Cela « Dieu ». J’aime le pronom qu’utilisent les Hongrois pour en parler : “Ö” (prononcé « eu »), qui n’est ni masculin, ni féminin, ni neutre, mais tout cela à la fois et encore autre chose. Un jour, j’ai eu la vision de la mort de Dieu. De la mort du mot « Dieu ». Ces quatre lettres ont littéralement fondu sous mes yeux et se sont mises à couler, comme du plomb, de la lave – ou du chocolat -, en direction du plancher. Et en coulant, j’ai vu ce flux progressivement se reformer dans le mot « Oui ». Cela m’a jeté dans un ébahissement, un ahurissement, un ravissement total. Pour la première fois depuis ma prime adolescence, un mot désignant ce que l’on peut appeler le divin me convenait. D’abord parce que « Oui » traverse et dépasse les sexes, alors que « Dieu » s’affiche si crûment masculin. En français, oui est un nom masculin (on dit « un oui franc et massif »), mais il sonne tellement féminin : prononce-le, tu es bien d’accord, non ?
D’autre part, Oui désigne non une entité, mais une direction, un mouvement, une évolution, une action. Oui vibre de conscience et de présence, sans porter la moindre figure anthropique.
Oui à quoi, au fait ? Oui au maximum. Au maximum des maximums (la mariée n’est jamais trop belle, mon cousin, ne crois-tu pas ?), en sachant que ce que j’entends par là, depuis mon propre périscope, n’est encore rien. Et en sachant aussi que ce chemin-là passe un “ Non ! ” constant – tout comme la petite hélice de l’hélicoptère est indispensable, dans son refus de laisser l’engin s’emporter dans le tourbillon central. J’ai tourné un peu avec des derviches : leur ravissement les anéantirait si leur bassin, relié à leurs yeux et à leurs pieds, ne les retenait parmi nous par une légère mais constante résistance…
Heureusement, les temps de naïveté scientiste me semblent s’éloigner de nous, peu à peu. Les visions matérialistes réductionnistes – et leur lourde désespérance stérile – ont fait long feu, dirait-on, du fait d’un certain nombre de phénomènes anthropologiques irréductibles – comme la redécouverte obligée et régulière de l’art de naître, ou d’aimer, ou de mourir. Du fait, hélas également, de la destruction générale de la biosphère, dont notre arrogance de techno-scientifiques est largement responsable. Et aussi du fait de connexions inouïes, au rang desquelles je compte le mouvement “ jou-bou ” (jewish buddhist), où les Orientaux rappellent aux Occidentaux que, même au plus intime de notre intimité, l’Essentiel demeure inconnaissable et que le Tétragramme ne se prononce réellement pas, parce qu’il ne peut tout simplement pas se concevoir. Car nulle science ne peut épuiser le réel – ce qu’ont affirmé tous les vrais grands savants visionnaires. Il y a quelques semaines, interrogeant Pierre Rabhi sur le Pacte écologique de Nicolas Hulot, je relevais que ce dernier avait écrit : « La modernité a profané la sphère du sacré, en outrepassant les limites imparties à l’humanité. » Rabhi m’a répondu : « C’est un langage nouveau, que Nicolas adopte de plus en plus – certains disent que c’est depuis qu’il me fréquente (rire). Si l’humanité doit évoluer, cela se fera dans le sacré. La vie est un don extraordinaire qui mérite d’être profondément respecté. Nous sommes faits pour admirer bien plus que pour consommer. »
Depuis quelques mois, tu l’as certainement remarqué, tout le monde, dans le politico-médiatique, mais aussi dans la communication des grandes entreprises, dans les institutions, etc. s’agenouille, ou prétend s’agenouiller devant notre Mère Nature blessée, insultée, saccagée (même si Télérama s’interroge à juste titre sur le « silence des intellectuels » français face à l’écologie, silence qui en dit long sur la vacuité d’une bonne part de leurs travaux !). Jouons donc le jeu, taisons nos critiques, faisons semblant d’y croire et admirons cette immense foule de rois, de décideurs et de puissants multinationaux soudain à genoux parmi les bergers écolos et les agriculteurs bio, à égalité devant la Réalité si durement fragilisée et qui pourtant nous dépasse tous et porte dans ses bras le nouveau-né humain éternellement recommencé… Vision d’une crèche mondiale de l’an de grâce 2006.
Je vous dédie cette vision de Noël, à toi et aux tiens.
Ton cousin des villes.

© Patrice van Eersel / Marc de Smedt

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Celui qui sait ne parle pas.

Posté par Gabriel Cloutier le 21 avril 2008

Episode 2 et Fin
Celui qui sait ne parle pas.
Démerde-toi avec ça, tiens.

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Le Sermon sur la Montagne et autres nouvelles

Posté par Gabriel Cloutier le 14 novembre 2008

Pour rappel et au cas où ça intéresserait quelqu’un, voici quelques textes fondateurs du Christianisme et, pourquoi le taire ?, du monde dans lequel nous vivons. Ca tient toujours.

Les Béatitudes
Heureux les pauvres en esprit, car le royaume des cieux est à eux!
Heureux les affligés, car ils seront consolés!
Heureux les débonnaires, car ils hériteront la terre!
Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés!
Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde!
Heureux ceux qui ont le coeur pur, car ils verront Dieu!
Heureux ceux qui procurent la paix, car ils seront appelés fils de Dieu!
Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, car le royaume des cieux est à eux! Heureux serez-vous, lorsqu’on vous outragera, qu’on vous persécutera et qu’on dira faussement de vous toute sorte de mal, à cause de moi.

Réjouissez-vous et soyez dans l’allégresse, parce que votre récompense sera grande dans les cieux; car c’est ainsi qu’on a persécuté les prophètes qui ont été avant vous. Vous êtes le sel de la terre. Mais si le sel perd sa saveur, avec quoi la lui rendra-t-on? Il ne sert plus qu’à être jeté dehors, et foulé aux pieds par les hommes. Vous êtes la lumière du monde. Une ville située sur une montagne ne peut être cachée; et on n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau, mais on la met sur le chandelier, et elle éclaire tous ceux qui sont dans la maison.
Que votre lumière luise ainsi devant les hommes, afin qu’ils voient vos bonnes oeuvres, et qu’ils glorifient votre Père qui est dans les cieux.

Sur l’amour pour les ennemis
Mais je vous dis, à vous qui m’écoutez : Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent, bénissez ceux qui vous maudissent, priez pour ceux qui vous calomnient.
A qui te frappe sur une joue, présente encore l’autre. A qui te prends ton manteau, ne refuse pas non plus ta tunique.
A quiconque te demande, donne, et à qui te prend ton bien ne le réclame pas.
Et comme vous voulez que les hommes agissent envers vous, agissez de même envers eux.
Si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle reconnaissance vous en a-t-on ? Car les pécheurs aussi aiment ceux qui les aiment.
Et si vous faites du bien à ceux qui vous en font, quelle reconnaissance vous en a-t-on ? Les pécheurs eux-mêmes en font autant.
Et si vous prêtez à ceux dont vous espérez qu’ils vous rendent, quelle reconnaissance vous en a-t-on ? Même des pécheurs prêtent aux pécheurs pour qu’on leur rende l’équivalent.
Mais aimez vos ennemis, faites du bien et prêtez sans rien espérer en retour. Alors votre récompense sera grande, et vous serez les fils du Très-Haut, car il est bon, lui, pour les ingrats et les méchants.

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Hisse-et-ho

Posté par Gabriel Cloutier le 21 avril 2008

Ainsi parlait Alain Michel

Carguez les huniers ! Claquepotez les carcaillots! Humissez la grand-voile! Achoppez les tarboulans !
Souquons dans le poussoir! Enhardissez les pistalots et fumez les cales ! Humez les anchoîades ! Baguenaudez-pas dans les quilles ! Abarrez vous à la crache de babord ! Rendez moimonrhum et vrombissez dans la misaine ! Varapouillez les estinguales et crapatez les mormossets de tribord !

Hisse-et-ho dans C'est pas moi qui le dis bouillon

Fatigue.

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Celui qui parle ne sait pas

Posté par Gabriel Cloutier le 22 avril 2008

Episode premier
Celui qui parle ne sait pas.

On l’aime bien pourtant le Grand Bleu…

Pierre Mayol écrivain
« Lorsqu’on commence à parler du Tao, ce n’est déjà plus le Tao. »

Euh….

Jacques Mayol plongeur en apnée, « l’homme-dauphin »
« A partir du moment où on essaye d’analyser ou d’expliquer une chose,
on perd l’essence même de la chose.
Et la vie elle-même est au-delà de toute définition,
il suffit simplement de l’éprouver et de la vivre. »

Soupir…
Or donc, à moins d’être un dauphin ou n’importe quel protozoaire on a toute chance de rien comprendre à l’essence de la chose… Ce qui me console c’est que si je ne dis pas ce que je comprends, personne ne comprendra ce que je sais et que me taire sur ce que je ne dois pas dire laissera les autres ignorer mon savoir sur l’essence. Foutage de paix assuré et anonymat garanti.
Bref, le Tao c’est un peu le culte du Moa.

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Un petit rouge qui se soucie fort peu de l’essence…

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Les Danseurs de Corde

Posté par Gabriel Cloutier le 23 avril 2008

C’est tôt.
Au programme, les causes de la défaite (ils ont gagné parce qu’on a perdu), la défection de la nageuse, les exactions des hooligans, le coup de boule de dernière minute, l’Épée de Damoclès de la relégation en deuxième divison, les fourches caudines de la honte*. Le ton est soucieux, préoccupé, hésitant, compassé, enthousiaste, volontaire, va-t’en-guerre, triomphant. Le propos est débité dans un sabir incertain, trébuchant, eructé, craché comme crachat, crachotté comme crachin, inaudible, saturé, à peine franglais. Sans le moindre sous-titre possible.
Commentaires anxiogènes du commentateur agité.
Le centième de seconde pathétique, le tir aux buts décisif, l’inutilité de la performance microscopique cent fois pulvérisée, mille fois atomisée. Micron après micron, nanoseconde après nanoseconde. La transcendance du pied qui transforme, car rien ne se crée sans qu’on l’espère. L’adrénaline à deux balles. L’apprentissage de la lutte contre X comme réalisation de soi. L’embrigadement sudatoire comme mode libératif. Sport macht frei. Choie et Ponne Humeur.

Tous les matins que Dieu ne fait pas pour ça, l’ennui bavard s’installe dans le poste, sur son gros derrière mou. On s’ennuie.

A ce langage comment ne pas préférer celui du Cirque et des Arts de la Rue ?
Les acrobates, les prestidigitateurs, les équilibristes, les trapézistes, les jongleurs, les sauteurs au tapis, les funambules, les contorsionnistes, les dompteurs, les clowns, les joueurs de verre, les mécaniciens vivants,, les bestiaires merveilleux, les pianos à poules, le Petit Cirque de Laurent Bigot… enfin, tout ce qu’on trouve dans Le Goliath…

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Ethymologie
Qu’est-ce que le sport ?
Le terme de « Sport » a pour racine le mot de vieux français desport qui signifie « divertissement, plaisir physique ou de l’esprit ». En traversant la Manche, desport se mue en sport et évacue de son champ la notion générale de loisirs et d’esprit pour se concentrer sur les seules activités physiques.

* Trouvé sur un site :
Mais l’IRB et les pays professionnels ne veulent pas d’intégration (ni de l’Argentine, ni d’aucun autre pays) tant que le pays candidat n’aura pas franchi le Rubicon/fourches caudiennes du professionnalisme. C’est là qu’à mon avis réside le véritable problème. Car des pays non-professionnels ont fait des prestations tout à fait honorables en CDM et se classent pas trop mal au général de l’IRB. Ca fait tâche, mais on met en avant le problème des calendries désynchronisés car moins politique et moins conflictuel. Car, voyons la réalité bien en face: il y aura toujours des pays « pro » de 1è catégorie et puis des « pro » de 2è, 3è, 4è etc. (soit parce que la taille des Fédés respectives n’est pas aussi bonne, soit par manque de sponsors solides, etc.)

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Non ! Jean-François Bizot n’est pas mort !

Posté par Gabriel Cloutier le 24 avril 2008

Patrice Van Eersel et Léon Mercadet : Non ! Jean-François Bizot n’est pas mort !

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2020 les Scénarios du futur

Posté par Gabriel Cloutier le 24 avril 2008

Comprendre le monde qui vient
Après un succès de près d’une année en librairie, le livre de prospective « 2020 : Les scénarios du Futur, comprendre le monde qui vient » de Joël de Rosnay est re-édité par les éditions Fayard. Le livre est en librairie depuis le 5 mars 2008.

Disponible également en téléchargement

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Crédit photo : © FOLEY John/ Opale

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Transpiracy

Posté par Gabriel Cloutier le 24 avril 2008

5 ans après les attentats du 11 septembre, Mémoire Vive a souhaité marquer symboliquement cet anniversaire en réalisant un entretien d’un sociologue des sciences, Pierre Lagrange, sur le thème le 11 septembre et l’Internet.

Pierre Lagrange explique…

C’est clair, documenté, intelligent. Quasiment définitif.
Mais rien à faire ! Deux ans plus tard ça n’a pas bougé d’un centimètre et les élucubrations conspirationnistes continuent.
Il est surement temps de révéler que c’est bien moi (je suis le cousin par alliance de David Rockefeller) qui ai, en sa compagnie, scié les pieds des deux tours jumelles avec de l’acide de batterie.
Quant à la façon dont on s’y est pris, je fais confiance à http://www.nouvelordremondial.cc/ pour réconstituer les faits.
Vivement qu’on colle une puce dans le bras des conspirationnistes, qu’ils nous foutent la paix !

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Initiation et monde moderne

Posté par Gabriel Cloutier le 26 avril 2008

Initiation et monde moderne
Par Mircea Eliade

L’histoire des religions comprend généralement par initiation un ensemble de rites et d’enseignements oraux au moyen desquels on obtient une modification radicale du statut religieux et social du sujet à initier. Philosophiquement parlant, l’initiation équivaut à une mutation ontologique du régime existentiel. A la fin de ses épreuves, le néophyte jouit de toute autre existence qu’avant l’initiation, il est devenu un autre. Je vous rappelle qu’on distingue trois grandes catégories ou types d’initiation.

Lire la suite

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Mircea Eliade (9 mars 1907 à Bucarest – 22 avril 1986 à Chicago) est un historien des religions, mythologue, philosophe et romancier roumain. Il parlait et écrivait couramment huit langues (roumain, français, allemand, italien, anglais, hébreu, persan et sanskrit), mais la majeure partie de ses travaux universitaires a été écrite d’abord en roumain, puis en français et en anglais.
Mircea Eliade est considéré l’un des fondateurs de l’histoire moderne des religions. Savant studieux des mythes, Eliade élabora une vision comparée des religions, en trouvant des relations de proximité entre différentes cultures et moments historiques. Au centre de l’expérience religieuse de l’homme, Eliade situe la notion du « Sacré ».
Sa formation comme historien et philosophe, l’a amené à étudier les mythes, les rêves, les visions, le mysticisme et l’extase. En Inde, Eliade étudia le yoga et lut, directement en sanscrit, des textes classiques de l’hindouisme qui n’avaient pas été traduits dans des langues occidentales.
Auteur prolifique, il cherche à trouver une synthèse dans les thèmes qu’il aborde (excepté dans sonHistoire des religions, qui reste purement analytique). De ses documents est souvent souligné le concept de « Hiérophanie » , par lequel Eliade définit la manifestation du transcendant dans un objet ou dans un phénomène de notre cosmos habituel.
Vers la fin du vingtième siècle, quelques textes d’Eliade nourrissent la vision gnoséologique de mouvements religieux, apparus avec la contre-culture des années soixante
.

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Il vaut mieux être Ricet Barrier…

Posté par Gabriel Cloutier le 30 avril 2008

Il vaut mieux être Ricet Barrier que pauvre et célibataire.
Une citation de Ricet Barrier lui-même.

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Inutile de refaire en moins bien ce que d’autres ont dèjà très bien fait.
La parole est donc à Ghislain Debailleul.

Ricet Barrier

Quel plaisir !
Mieux ce s’rait pire
!

Les jeunes années
Maurice Barrier, le vrai nom de Ricet Barrier, est né le 25 août 1932 à Romilly-sur-Seine dans l’Aube. Romilly-sur-Seine est situé en  » Champagne pouilleuse « , comme le dit Ricet, pas la région du nectar et de ses précieuses bulles mais cette région industrieuse où le papa, Maurice André Auguste Barrier, est responsable de la mise au point de machines à fabriquer des bas et des chaussettes dans les usines Dupré. Quand la guerre survient c’est l’exode qui jette sur les routes de France des milliers de personnes. Finalement, la famille s’installe à Paris en 1941. Le jeune Maurice fréquentera un nombre appréciable d’écoles pour décrocher finalement son bac en 1952. Il devient masseur-kinésithérapeute et professeur d’éducation physique à la ville de Paris.

Grâce à Félix
Quelques années plus tôt il avait eu le coup de foudre pour la chanson en entendant Félix Leclerc à la radio et en l’ayant vu sur la scène des Trois Baudets. Dès lors il joue un peu de guitare en écrivant ses premières chansons. Dès 1955, il rencontre Bernard Lelou, représentant de commerce, qui écrit des chansons et avec qui il collaborera jusqu’à la mort de celui-ci en 1995. C’est également à cette époque que le jeune Ricet fréquente le Petit Conservatoire de Mireille dont il sera un des premiers élèves. En 1956 et en 1957 il passe dans de nombreux cabarets parisiens comme le Cheval d’Or, l’Ecluse, l’Echelle de Jacob et surtout Les Trois Baudets. Il fait également la connaissance de Marie Dubas et de Raymond Devos.

Premier disque et interprètes
En septembre 1958, il sort son premier 25 cm 33 tours chez Philips avec 10 chansons dont certaines sont encore à son répertoire aujourd’hui comme  » La servante du château  » ou  » La java des Gaulois « . Ce premier opus sera couronné par un Grand Prix de l’Académie du Disque. A cette époque, certaines de ses chansons sont interprétées par Marcel Amont, Philippe Clay, Denise Benoît, Lucette Reillat ou Monique Tarbès. Mais s’il ne fallait citer qu’un seul interprète, il faudrait en fait en retenir quatre ! En effet, Les Frères Jacques ont enregistré plus d’une vingtaine de titres de notre auteur compositeur et leur dernier disque enregistré est riche de 11 titres tirés d’une  » Mythologie  » à la sauce Barrier-Lelou. Il faut également citer parmi les curiosités  » Relax  » joué par Maxime Le Forestier capté sur scène en 1974 ou encore  » Stanislas  » chanté en 82 par Jacques Bertin.

Ricet et les enfants
Entre 1963 et 1974, Ricet Barrier enregistre et chante pour les enfants. En effet, il prête sa voix à Monsieur Ziboux dans le dessin animé  » Les aventures du petit ours Collargol « , il chante également la version française du générique de la série télévisée  » Barbapapa « . Mais il est avant tout la voix du petit canard dans  » Les aventures de Saturnin « , la série imaginée et réalisée par Jean Tourane diffusée en 78 épisodes de 14 minutes entre 1964 en 1970 par l’ORTF.

Les spermatozoïdes
En 1966, il quitte la firme de disques Philips pour Barclay et Jean-Claude Vannier devient son orchestrateur jusqu’en 1975. Il réenregistre une partie de son répertoire et, en pleine effervescence de 1968, remporte un vif succès avec sa chanson  » Les Vacanciers  » abondamment diffusée sur les ondes à l’époque. En 1975 il quitte Barclay et enregistre ses disques en Suisse avec la firme M Records. Un premier disque est enregistré en public avec une des chansons les plus originales de l’artiste  » Les spermatozoïdes  » connue également dans l’interprétation des Frères Jacques sous le titre  » 300 millions « .

La mythologie
En décembre 1977 un nouvel album est dans les bacs des disquaires avec des chansons comme  » La manigance  » ou  » Y’a plus d’sous  » défendues par Valentin Clastrier dit  » Valentin le Vielleux  » et Jacques Cézanne. Fin 1978, M Records propose un album de 10 titres tous liés à la mythologie (Bacchus-bourée, Pénélope, Diane, Les Heures, Les Amazones, Thalie, Echo et Narcisse, La boîte à Pandore, Hermaphro et Psyché). Il va sans dire qu’il s’agit d’une religion à la sauce Barrier-Lelou comme ils le diront eux-mêmes :  » La mythologie est une religion réaliste qui permet à l’homme de s’identifier avec chacun de ses Dieux et de ses héros. Les Dieux mythologiques n’étant pas toujours – tant s’en faut – des petits saints, pas étonnant que nous nous sentions plus proches de leurs faiblesses que des sommets quasi inaccessibles de la Sainte Trinité, pour ne citer qu’Elle … « .

Les Frères Jacques
En 1982,  » Les athlètes de la chanson  » se retirent de la scène, ils auront défendu pas moins de 21 chansons du tandem Barrier-Lelou. D’ailleurs leur dernier enregistrement est entièrement articulé autour de la fameuse  » Mythologie  » déjà citée. En 1989, pour ses trente années de carrière, la ville de Montauban décide de faire  » La Fête à Ricet  » en compagnie d’artistes comme Yvan Dautin, Maurice Baquet, les Frères Jacques ou Christian Marin (le Laverdure des Chevaliers du Ciel).

Adorable sous les plumes de son chapeau,
Elle frissonnait dans un manteau d’Oslo …
En soupirant elle murmura d’une voix lasse
N’insistez pas Stanislas …

Captés en public
L’année 1995 est consacrée à une tournée dans les pays francophones jusqu’au Québec où est édité un nouveau CD  » Ricet Barrier à la Maison de la Chanson  » qui se veut le reflet des récitals donnés au Théâtre du Petit-Champlain à Montréal. Les 12 et 13 janvier 1996, Ricet Barrier participe à l’hommage aux Frères Jacques donné au Casino de Paris dont de larges extraits vidéo ont été publiés sur un DVD en 2004. En 1998, il sort un double album  » Tel quel  » fidèle reflet de deux soirées données les 16 et 17 décembre 1994 au Petit-Champlain au Québec. En 1999 est publié  » La Mythologie  » qui compile des enregistrements de spectacles captés en public et articulés autour de portraits chantés de quelques célèbres figures de l’Antiquité, le tout traité avec verve et humour par Ricet et ses complices Annie Colette, Gérard Clastrier et Jacques Cézanne. En juillet 2001, il reprendra ce spectacle au Festival  » Chansons de parole  » de Barjac.

Le petit dernier

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Le 1er avril 2006 (non ce n’est pas un poisson) sort un nouveau disque compact au titre réjouissant et prometteur  » Furieusement Heureux « . Enregistré en 2004 et 2005, il débute avec un texte certes un peu faiblard  » Aux Chiottes  » mais soutenu par une fanfare et des chœurs dans une véritable ambiance de stade de football. La deuxième chanson est d’une toute autre tenue,  » La ponctuation  » est une petite perle dans une ambiance assez jazzy avec sa basse et sa guitare sur fond de machine à écrire. Le piano et le violon introduisent un petit instant de nostalgie  » Les lauriers roses  » pendant lequel l’artiste évoque d’une voix éteinte quelques souvenirs.  » Les pissenlits  » est un véritable bijou déjà entendu dans une version en public sur le double album  » Tel quel  » mais ici le banjo est soutenu par une formation style New Orleans. Pour  » Gaillardises  » c’est un Voltaire assez leste qui est mis en musique.  » La belle bouchère « , déjà enregistrée en 1969, aligne d’une voix nasillarde (style voix captée au téléphone) une série d’amusantes métaphores carnées sur un rythme de tango à l’accordéon et à la contrebasse. Retour au style galant  » Que nenni Tristan  » sur quelques notes de clavecin et de guitare avec le soutien de choristes grivois bien éloignés de la sage formation d’un certain film à succès. Sur un tapis de pizzicati des cordes vient le désopilant récit du  » Coucher hivernal des Barriers  » également paru dans sa version en public sur le double  » Tel quel « . Arrivent ensuite une fanfare et des tambours pour rythmer  » La marche des souliers vernis  » qui avait déjà été enregistrée en 1964. Une petite fantaisie animalière  » Le petit cochon  » nous rappelle si besoin est que Ricet Barrier fût la voix du petit canard Saturnin.  » Odile « , reprise d’une chanson de 1966, est chantée sur une musique aux accents folkloriques grâce au nyckelharpa, un instrument qui remonte au Moyen-Âge à cordes frottées que l’on fait sonner à l’aide d’un clavier. Le disque se termine en fanfare jazz avec  » Vie de cochon, vie de vedette « . S’il ne fallait faire qu’un seul reproche à l’ami Ricet, c’est la brièveté de son opus. Mais trente minutes de plaisir sont toujours bonnes à prendre. Et comme le dit Ricet lui-même :
 » Mieux ce s’rait pire ! « .

Liens :
http://www.ricetbarrier.com/
Myspace
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Bouffée d’optimisme !

Posté par Gabriel Cloutier le 2 mai 2008

Qu’est-ce que la blogosphère ?
Conversation à bâton rompu avec Natacha et Sacha Quester-Séméon Faria.
Propos recueillis par Patrice Van Eersel

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Natacha et Sacha Quester-Séméon Faria. – DR.

On les présente comme l’une des équipes les plus avant-gardistes dans la création et l’utilisation du « web citoyen », en France, depuis dix ans au moins…
Leur travail se situe en continuité avec une pratique culturelle plus ancienne, celle des Humains Associés, dont ils sont véritablement les enfants. Démarche à la fois gratuite, solidaire et ludique, qui sont des valeurs fortes sur la toile… Je me souviendrai toujours de l’étonnement et de la perplexité des passants parisiens, quand ils tombaient sur ces immenses affiches en 4 par 3, où l’on voyait une grande image (foule, cœur ardent, fleur…) et ces mots : « L’homme est unique, ne le gâchons pas ! » – ou bien « Et si on se parlait d’amour ? » – ou encore « Aux âmes citoyens ! » En ce temps-là, Natacha et Sacha étaient encore des enfants. C’était dans les années 80 et les frenchies, qui avaient adopté l’étrange attitude « socialo-bizness » de l’ère Mitterrand, se demandaient quel produit et quelle pub maline se cachaient là-derrière. Mais il n’y avait ni produit, ni pub. Juste une apostrophe, ou plus gentiment une invitation, à chacun de ceux qui passaient par là. Une invitation à quoi ? Peut-être à s’arrêter une seconde dans sa course folle et à respirer tranquillement quelques secondes, en faisant ce que la Tradition appelle « faire un rappel de soi ».
Plus tard, devenus grands, les enfants de l’absolue gratuité prirent grand plaisir à s’embarquer sur la toile. Mieux, à construire toutes sortes d’embarcations pour y faire voyager un maximum de monde. Ainsi fit-on appel à eux, aux quatre coins du net (de la Cité des Sciences, CNRS, France télévision), pour produire des sites, des blogs, des réseaux sociaux et du contenu surtout, ce qui est devenu leur job (Web 2.0). Mais toujours dans le fun et la légèreté compassionnelle… Pour en savoir plus sur leur origine et leurs CV, allez plutôt sur leurs propres sites et blogs !
Au fait, qu’est-ce que la « blogosphère » ? Une conversation à bâton rompu avec Natacha et Sacha nous en a appris un peu plus…

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Le site de Natacha et Sacha Quester-Séméon Faria.
A visiter d’urgence !
www.memoire-vive.org

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14 défis technologiques clés au XXIe siècle

Posté par Gabriel Cloutier le 2 mai 2008

Sur Romandie.com

USA: 14 défis technologiques clés au XXIe siècle pour l’humanité
BOSTON (Etats-Unis) – L’Académie nationale américaine d’ingéniérie estime que l’humanité doit surmonter quatorze défis technologiques au XXIe siècle pour améliorer tous les aspects de son existence, selon un document présenté vendredi.

« Nous avons retenu des défis dont nous pensons qu’ils peuvent être raisonnablement surmontés au début de ce siècle par la créativité ainsi que par une mobilisation des talents et ressources », a déclaré William Perry, président du comité de 18 experts créé en 2006 par l’Académie et ancien secrétaire à la Défense de Bill Clinton.
« Certains de ces défis peuvent être et doivent être maîtrisés dès que possible », a-t-il poursuivi, lors d’une conférence de presse en marge de la conférence annuelle de l’Association américaine pour la promotion de la science (AAAS).
Sans classer ces défis par ordre de priorité, il a cité l’énergie solaire abordable et la maîtrise de la fusion nucléaire, deux objectifs qui pourraient être respectivement atteints dans moins de cinq ans et une décennie, selon lui.
« La quête pour la fusion a fait atteindre les limites de l’ingéniosité de l’ingéniérie mais des avancées prometteuses laissent penser que l’objectif de produire de l’énergie à partir de la fusion pourrait être atteint » d’ici dix ans, a-t-il souligné.
Mais même avec ces succès, il est improbable que les énergies fossiles seront remplacées à un horizon proche, a ajouté M. Perry.

Les autres défis retenus par le comité sont: la mise au point de technologies de séquestration du dioxyde de carbone (CO2), le contrôle du cycle d’azote dans l’atmosphère, l’accès à l’eau potable, l’amélioration des infrastructures urbaines, l’avancement de l’informatisation de la santé, la mise au point de médicaments plus efficaces, l’amélioration des capacités mentales grâce à la neurosciences, le contrôle du terrorisme nucléaire, la sécurité du cyberespace, le développement de la réalité virtuelle, la promotion de la formation personnalisée et la mise au point d’outils pour la découverte scientifique.
« Relever ces défis avec succès changera totalement le monde », a estimé Charles Vest, le président de l’Académie nationale américaine d’Ingéniérie (NAE).
Les choix de ces défis à relever s’inscrivent dans des thèmes jugés essentiels pour que l’humanité soit florissante comme « la santé » ou « la joie de vivre », expliquent les auteurs du rapport qui incluent Larry Page, co-fondateur et président de Google et Graig Venter, le pionnier des biotechnologies.

Le défi principal à surmonter est celui d’assurer que l’humanité aura un avenir.
« La Terre est une planète dont les ressources sont limitées et la population qui s’accroît les consomme à un rythme qui n’est pas tenable », soulignent ces experts.
Il faut donc développer de nouvelles sources d’énergie tout en évitant ou même en inversant la dégradation de l’environnement, ajoutent-ils.
Ce rapport est consultable sur le site de l’Académie (www.engineeringchallenges.org). Le public est invité à voter pour déterminer quel est le défi qui est, selon eux, le plus important.

(©AFP / 16 février 2008 02h38)

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La cigarette du Condamné

Posté par Gabriel Cloutier le 2 mai 2008

Des méfaits de l’antitabagisme
Le compte à rebours a commencé.
Chacun sait qu’à présent il est quasiment interdit de fumer dans les films et ailleurs.

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Il y a beau temps que Lucky Luke ne fume plus.
Les films étant considérés comme des publicités gratuites pour le tabac et ses fabricants,
Frédéric Taddéi conseille vivement de se procurer Casablanca, « le film où l’on fume le plus de toute l’histoire du cinéma » avant qu’il ne soit retiré de la circulation.

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Utopies à suivre…

Posté par Gabriel Cloutier le 2 mai 2008

Détours et contours des utopies ?
L’utopie d’un média fait par le peuple est devenue réalisable
Par Patrice van Eersel

Un média fait par le peuple, dans le peuple et pour le peuple ?
Une vieille utopie, qui a multiplié les plantages… avant de devenir soudain accessible. Voici quelques notes sur ce thème désormais universel, prises dans le carnet de route de Patrice van Eersel.

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Vache sacrée…

Posté par Gabriel Cloutier le 4 mai 2008

Si l’écologie ressemble parfois à …

Vache sacrée... dans C'est pas moi qui le dis bove1

c’est surtout ça :

INSIGHTS INTO THE DYNAMIC GENOME OF Sphingobium francense sp+ :
A COMBINED APPROACH OF GENOME SEQUENCING AND MUTANT CHARACTERIZATION

Sibel Berger, Cécile Thion, Maude M. David, Dominique Schneider and Timothy M. Vogel

A dynamic genome is a great advantage to bacteria by adapting quickly to various ecological niches and diverse environmental selective pressure such as the presence of xenobiotic compounds. To explore the different adaptive mechanisms, we studied Sphingobium francense, a bacterium capable of degrading lindane, which is a chlorinated xenobiotic compound historically used in agricultural. Indeed, previous studies demonstrated the association of some genetic mobile elements with lin genes implicated in lindane catabolic pathways. In order to clarify identification and location of genetic mobile elements in Sphingobium genome and their potential role in lin genes instability, we used a combined approach of sequence analysis after pyrosequencing Sphingobium francense sp+ genome and by the characterization of mutants no longer able to degrade lindane. The pyrosequencing data have been assembled into 435 contigs with total sequence size of approximately 4.3 Mb. BLAST sequence analyses uncovered the presence of different transposases and insertion sequences throughout the genome suggesting the potentiel plasticity of this genome. Moreover, lin genes and mobile genetic elements were investigated for their presence, location and stability in the lindane-degrading strain by comparing them with those from several mutants, which do not degrade lindane, using PCR amplification, Southern hybridization, PFGE analyses and microarrays. We also show that the wild-type strain sp+ produces around four percent non-degrading colonies, which are able to revert at about one percent back to lindane-degrading colonies. All the data obtained show the extraordinary plasticity of the Sphingobium genome that is revealed in part by the presence of multiple genetic mobile elements and their role in the loss and gain of lindane degradation capability.

Traduction made by Google, ceci expliquant cela…

APERÇUS dans la dynamique génome de Sphingobium francense sp +:
Une approche combinée de séquençage du génome et la caractérisation de mutants

Sibel Berger, Cécile Thion, Maude M. David, Dominique Schneider et Timothy M. Vogel

Une dynamique du génome est un grand avantage pour les bactéries de s’adapter rapidement à différentes niches écologiques et la diversité de l’environnement pression de sélection tels que la présence de composés xénobiotiques. Pour explorer les différents mécanismes d’adaptation, nous avons étudié Sphingobium francense, une bactérie capable de dégrader le lindane, qui est un xénobiotiques composés chlorés historiquement utilisés dans les exploitations agricoles. En effet, les précédentes études ont montré l’association de certains éléments génétiques mobiles avec lin gènes impliqués dans les voies cataboliques lindane. Afin de clarifier l’identification et la localisation des éléments génétiques mobiles dans Sphingobium génome et leur rôle potentiel dans les gènes lin instabilité, nous avons utilisé une approche combinée de l’analyse de séquences après pyrosequencing Sphingobium francense SP + génome et par la caractérisation de mutants ne sont plus capables de dégrader le lindane. Le pyrosequencing données ont été assemblés en 435 contigs séquence avec la taille de 4,3 Mo environ. BLAST séquence analyses découvert la présence de différents transposases et l’insertion de séquences dans l’ensemble du génome suggérant le potentiel plasticité de ce génome. En outre, lin gènes et des éléments génétiques mobiles ont été étudiés pour leur présence, la localisation et la stabilité dans le lindane-souche dégradants en les comparant à celles de plusieurs mutants, qui ne se dégradent pas le lindane, l’amplification par PCR, hybridation du Sud, ECP analyses et puces. Nous montrons aussi que le type sauvage souche SP + produit environ quatre pour cent de non-dégradants colonies, qui sont en mesure de revenir à environ un pour cent de retour au lindane-colonies dégradants. Toutes les données obtenues montrent l’extraordinaire plasticité du génome Sphingobium qui est révélé en partie par la présence de plusieurs éléments génétiques mobiles et leur rôle dans la perte et le gain de capacité de dégradation du lindane.

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Georges Simenon

Posté par Gabriel Cloutier le 4 mai 2008

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Georges Simenon
par Bernard de Fallois

J’ai perdu un ami. Le chagrin ne rend pas éloquent. Je ne dirai pas ici pourquoi j’aimais Simenon, je dirai pourquoi je l’admirais.

L’immense petit Belge qui vient de mourir au bord du lac Léman nous laisse deux cents romans, qui sont des « espèces de chefs-d’œuvre », et dont, en tout cas, chacun rendrait jaloux les meilleurs romanciers. Voici le mystère Simenon. Pourquoi, si tous ces romans se ressemblent, ne se lasse-t-on pas d’en lire de nouveaux ? Pourquoi est-on si heureux qu’il y ait toujours un Simenon à découvrir ? Quel est le virus ?

Quand il l’isole pour la première fois, Simenon a vingt-sept ans. Il en parait dix de moins. Son visage est sans relief, mi-Tintin, mi-Rouletabille, il a un aplomb terrible qui ne se voit pas. De loin, malgré une tendance à l’embonpoint, il paraît plutôt fluet, timide, jovial et malicieux. Si on regarde ses mâchoires de plus près, on voit qu’elles pourraient broyer un quartier de bœuf et quand les yeux, qu’il a très pâles, se posent sur vous, on dirait deux rayons laser. A Paris, où il habite depuis six ans, il est connu sous le nom de Sim, qui est son nom de plume. Les usagers de trains de banlieue, lorsqu’ils achètent au kiosque de la gare un roman d’amour ou d’aventure, connaissent aussi Miquette, Aramis, Jean du Perry, Luc Dorsan, Germain d’Antibes, etc., en tout une vingtaine d’auteurs. Mais à la fin du mois, quand les éditeurs envoient leur chèque à ces vingt créateurs, toutes les enveloppes portent la même adresse: Georges Simenon, 21, place des Vosges, Paris.

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Les bienfaits du Tabac

Posté par Gabriel Cloutier le 4 mai 2008

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Les Bienfaits du Tabac
Pr. Robert MOLIMARD

Le tabac pose un grave problème à ceux qui se préoccupent de la santé publique, mais le résoudre nécessite une réelle approche scientifique. En conséquence, il est impératif de ne négliger aucune donnée. Le manichéisme des militantismes fournit volontiers des solutions séduisantes mais simplistes, dont les effets parfois pervers peuvent être pires que le mal. Pour qui considère fumer comme mal absolu, il serait urgent de débaptiser la rue Jean NICOT à PARIS pour effacer tout souvenir de ce malfaiteur de l’humanité. Ce serait oublier que le tabac a été introduit comme une plante médicinale dont on attendait de grandes vertus, et que Jean NICOT n’est pas plus responsable de l’usage qui en a été fait que BECQUEREL et Marie CURIE ne le sont d’Hiroshima et Tchernobyl.

Le tabac est certainement le plus grand tueur de notre temps, pourvoyeur de cancers, d’accidents cardio-vasculaires et d’insuffisances respiratoires. Mais occulter les bénéfices qu’il peut apporter est se priver, si l’on veut aider nos consultants à s’arrêter de fumer, des moyens de comprendre pourquoi il leur est parfois si difficile de le faire. Si l’on cherche à saisir ce qui les attache au tabac et compatit à la perspective déchirante que représente pour eux le sevrage, on s’affranchit d’une image de castrateur et l’on est à même d’établir une relation de confiance qui peut grandement faciliter l’arrêt. Cette recherche peut même conduire à décider qu’il serait nuisible d’arrêter. Par ailleurs, sur un plan plus général, serait-il même éthique de ne pas étudier ce qui peut rester du caractère médicinal de cette plante, voire conduire à d’éventuelles utilisations nouvelles.

Qu’étaient donc ces « migraines » de Catherine de Médicis, indication première de la plante ayant justifié son entrée en Europe. D’éventuelles enquêtes sur la prévalence de la migraine chez les fumeurs ne nous avanceraient guère. Les phénomènes de tolérance peuvent en effet masquer entièrement les éventuels effets bénéfiques de la vasoconstriction nicotinique chez des sujets naïfs. De plus, NICOT avait fourni à la reine de la « poudre de tabac », vraisemblablement poudre à priser. Une irritation locale éventuellement associée à un effet vasoconstricteur pouvaient peut-être soulager des maux de tête relevant de quelque congestion sinusienne.

Lorsque apparaît actuellement un nouveau médicament vraiment actif, il ne se passe guère de temps qu’il ne soit essayé, officiellement ou officieusement, dans de nombreuses indications sans lien avec l’originelle. Comment ne pas comprendre qu’en ces temps, où l’arsenal thérapeutique se résumait à la purge et la saignée, l’apparition d’une plante exotique de quelque vertu ait donné lieu à des essais évidemment non-contrôlés, où toute évolution favorable d’une affection était naturellement mise au crédit du nouveau traitement. A l’opposé, le tabac devenait pour ses détracteurs responsable de tout désordre de santé survenant chez un des ses utilisateurs même si, l’analyse multivariée n’étant pas née, la cause réelle était une variable confondante. Ainsi l’association avec l’alcool rend-elle peut-être compte du paradoxe qui faisait attribuer au tabac des effets délétères sur les fonctions psychiques, alors que les connaissances actuelles lui trouveraient plutôt une action favorable sur la mémorisation et la vigilance.

Un des effets les plus pervers de la grande diffusion du tabac est que sa banalisation a fait échapper la plante à l’étude scientifique moderne. Seuls sont assez bien connus certains effets de la nicotine, parce qu’elle s’est révélée un véritable bistouri pharmacologique pour l’étude du système nerveux, et que son usage dans l’aide au sevrage de tabac a conduit l’industrie pharmaceutique à financer de nombreuses études à son sujet. Encore s’agit-il beaucoup d’études animales, et ne connaît-on chez l’homme que très peu de ses effets chez les non-fumeurs. En attribuant à la nicotine la vertu addictive responsable de la dépendance au tabac, les prises de position académiques officielles, dont le bien-fondé mériterait discussion, risquent de freiner considérablement pour des raisons éthiques ce type de recherches.

Les effets du tabac lui-même ne sont guère connus qu’à travers les études épidémiologiques, centrées essentiellement sur la démonstration de ses méfaits, qui n’ont plus guère besoin d’être prouvés. Ce n’est qu’à l’occasion de larges études prenant en compte de très nombreux facteurs que certains effets favorables ont pu être mis en lumière. Ainsi, en ce qui concerne le fonctionnement intellectuel, les fumeurs sont d’accord pour dire qu’ils travaillent mieux lorsqu’ils fument. Mais ce pourrait être aussi qu’ils travaillent plus mal lorsqu’ils sont privés de tabac. Les résultats des travaux à ce sujet sont plutôt discordants. Certes la nicotine, chez le sujet normal, produit une certaine activation psychique et accélère l’exécution des tâches sans augmenter le nombre d’erreurs.[1] Mais il est douteux que ces effets aigus soient durables. Sur des tests de mémorisation et d’efficacité psychomotrice, un travail de mon laboratoire ne nous a pas montré la moindre différence de performances entre non-fumeurs, fumeurs et sujets en cours de sevrage entre une et six semaines après l’arrêt du tabac [2]. On peut donc en conclure que, si des effets favorables existent, ils sont de toute façon mineurs, ne justifient pas qu’on se mette à fumer pour avoir un meilleur rendement, et n’expliquent pas la dépendance par la recherche d’une meilleure efficacité intellectuelle.

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Dican Ski ‘s New Yorkers

Posté par Gabriel Cloutier le 5 mai 2008

Dican ski

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Plasticien français issu de la Figuration Libre des années 80
French plastician from the « Figuration Libre » of the 80′s art movement

A PROPOS DE MON TRAVAIL : Je suis arrivé au bout de 25 années d’activités plastiques au mixage de la peinture , de la photo et du collage . Généralement , je commence par confectionner un collage que je transfère en transparence sur un fond préalablement peint à l’acry- lique et ensuite graphité aux crayons et aux pastels . Les traits noirs , jetés ”à la va-vite”, dynamiques , viennent ici casser la rigidité de l’image et donnent à l’ensemble une dimension abstraite, c’est aussi une manière de laisser ma trace , mon geste , mon vivant , une symbolique du mouvement , une dynamique . Ces traces sont lachées entre la peinture et l’image , complétement furtivement et aveuglément , ce qui donne un côté “aventureux” à l’ensemble .. vibrants comme l’émotion de l’oeil que j’essaie de toujours faire passer … Une fois l’image transférée , elle est dégradée et fixée au fer qui lui donne sa patine …

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Que la Grande Clique m’éclate !

Posté par Gabriel Cloutier le 6 mai 2008

Que la Grande Clique m'éclate ! dans Introx ok1
1972. Lycée de Tournon.

Gérard Morel chanteur à bretelles.
Quoi-quoi-quoi ?
Nous emparouillerait-il et nous endosquerait-il contre terre ; nous raguerait-il et nous roupèterait-il jusqu’à notre drâle ?
On hésite, s’espudrine, se défaisse, on se torse…
Ira-t’il jusqu’à fouiller le Grand Secret de la marmite de nos ventres ?
Que la Grande Clique m’éclate, non. Parce que question ventre il a déjà le sien.
C’est du spectacle et le voilà lui dévenouillé, exposé à rape à ri et ripe à ra, dépradouillé et rassasié. Seul au milieu de tout un tas de gens. Comme toujours.

Il aurait pu s’appeler Roger Mélard -malaxeur de guitare- et fort de trente ans de barrières, nous aurait bercé au rythme des trains à petites, moyennes et grandes vitesses ; il aurait pu nous parler des voyages que les autres font et nous les livrer sous un faux nom… mais non.
Il parle des siens.
Et tant qu’à être soi-même autant s’appeler comme ses parents.

Mais Gérard Morel est un cachotier.
Tenez c’est simple : téléphonez lui. Il a l’air maigre au bout du fil…
Sur Myspace

La Clique en répétition.

Avec son beau-frère…
… dont il est capital de signaler le site Tracto’Dak

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Résumé

Posté par Gabriel Cloutier le 7 mai 2008

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Photo Claude Reisser

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Spoon

Posté par Gabriel Cloutier le 8 mai 2008

 

Quelques liens vers quelques performances guitaristiques aussi marrantes qu’inutiles.
Les spécialistes apprécieront.

La guitare à la cueillère pourrait à la rigueur constituer une grande avancée stylistique pour cet instrument…

Or il se trouve qu’à ma connaissance cet exercice ne s’applique qu’à un seul air, trouvé un jour par le Spoon Man ci-dessous. Tous ses admirateurs y vont de leurs tentatives pour égaler le Maître.

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Le Spoon Man
http://www.youtube.com/watch?v=78VdQuhTdZw

Pratiquant
http://www.youtube.com/watch?v=9tfabf8kXdo&feature=related

Sectaire
http://www.youtube.com/watch?v=GFCezwaFZSw&feature=related

Développeurs
http://www.youtube.com/watch?v=zLdiiJ-1TMw
http://www.youtube.com/watch?v=lbWNl2X4T3Q&feature=related
http://www.youtube.com/watch?v=9SBIxkclaRM&feature=related

Admirateurs
http://www.youtube.com/watch?v=uD8CMs3zhBw&feature=related
http://www.youtube.com/watch?v=IRaysUXk9qI&NR=1

Génie !
http://www.youtube.com/watch?v=-ElutiKJGGs&feature=related

Hiconolarantoclaste ! Ouaf-ouaf-ouaf-ouaf-ouaf !
http://www.youtube.com/watch?v=DtSPzBIcEvk

 

Dans le genre, il y a aussi la guitare à quatre mains. Ca vaut le détour.
http://www.youtube.com/watch?v=yNmNBkvhW88

 

 

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Bonnet de Zidane

Posté par Gabriel Cloutier le 13 mai 2008

Pour la quatrième année consécutive, l’ancien capitaine des Bleus occupe la tête du Top 50 des personnalités préférées des français.

Il aura fallu un an pour que Materazzi révèle ce qu’il a vraiment dit à Zinédine Zidane le soir de la finale de la coupe du monde de football 2006 en Allemagne, opposant la France à l’Italie. De nombreux experts avaient tenté de percer ce secret, notamment en lisant sur les lèvres du défenseur italien. On avait cru comprendre qu’il s’agissait d’une insulte envers la sœur de Zinédine Zidane. Officiellement pour mettre fin aux soupçons de propos racistes de la part de Materazzi, ce dernier a préféré révéler la teneur exact de ses propos.

Revenons donc sur ce fameux soir de finale, au moment où Zidane lui dit :  » Tu veux mon maillot « . Materazzi a donc répondu :  » Je préfère ta putain de sœur « . Voici donc la phrase qui a déclenché le plus célèbre coup de boule de l’histoire de la télé et de celle de la balle au pied.

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Yeti.net

Posté par Gabriel Cloutier le 14 mai 2008

Sylvain s’esspique sur son site, ses soursses, sa filosofie de prisu et les raisons pour lesquelles ses bourreaux lui fissent la paix.
Ce que je ne savais pas c’est qu’il s’inspire d’une prophéssie probablement créée a posteriori, c’est-à-dire après les faits qu’elle annonce. Démarche intéressante dont la subtilité n’échappera à personne.
Autre point : ST s’inspire également du Réseau Voltaire…
C’est un peu comme si Minute constituait sa source la plus fiable…

Au secours ! Rendez-nous le Matin des Magiciens !!!

gribouillat.gif

A propos du site
Ce site a pour but de stimuler les neurones sur des sujets variés mais néanmoins convergents, à partir de 3 grands domaines: la science, la spiritualité, et la société, pour tenter de répondre à 3 grandes questions: d’où venons-nous, qui sommes nous, et où allons-nous…

L’auteur
Sylvain Timsit, citoyen de la planète Terre et concepteur multimédia (web, logiciels et TV).
Autre réalisation sur le web: L’Arbre des Possibles, un site pour explorer les futurs possibles.

Questions les plus souvent posées…

Quelles sont vos sources?
Les articles sont basés sur des recoupements d’informations effectués à partir de plusieurs sources, dont la plupart sont facilement disponibles. Il faut par ailleurs distinguer dans les articles ce qui est une information, et ce qui relève plutôt de l’analyse, des déductions et des anticipations que l’on peut faire à partir de ces informations.

Les sources d’informations sont les livres, les documentaires TV, les dépêches d’agence (AFP, AP, Reuters), la presse (en particulier Courrier International et Le Monde Diplomatique), les magazines scientifiques et leurs sites web (Science et Vie, Science et Avenir, Nature, Science), ainsi que le web (notamment le Réseau Voltaire – voir la page des liens).

Le problème n’est pas que nous manquons d’infos. Il y a même une surabondance d’informations. Mais les informations essentielles passent inaperçues, noyées au milieu des informations insignifiantes. D’autre part, les gens ne relient pas entre elles les informations dont ils disposent, et les médias ne les aident pas à faire ces liaisons qui aideraient à comprendre le « puzzle global » (ce que nos dirigeants veulent éviter).

Il y a enfin l’amnésie générale. Une info chasse l’autre, et quelques semaines plus tard tout est oublié…

Comment l’existence de ce site peut être tolérée par les « Maîtres du Monde »?
Pourquoi n’ont-ils pas fait fermer le site?

Le principe de la censure moderne n’est pas le contrôle absolu (comme la censure absolue des dictatures « à l’ancienne ») mais le contrôle relatif, qui nécessite beaucoup moins d’énergie et qui garde une apparence de démocratie.

Ainsi, le but n’est pas d’empêcher la diffusion des informations « subversives », mais plutôt de faire en sorte que ces informations ne soient pas diffusées par des grands médias à des heures de grande écoute. Par contre, cela ne pose pas trop de problèmes si c’est diffusé par Arte à 23h30, ou dans un magazine intello, ou sur un site web. Cela sert de soupape de sécurité et cela permet au système de conserver une apparence de pluralité…

L’important pour les « Maîtres du Monde » est aussi que les informations réellement importantes soient noyées dans un flot d’informations insignifiantes en provenance chaque jour de milliers de médias différents.

En résumé, le principe de la dictature, c’est « ferme ta gueule! ».
Et le principe de la « démocratie », c’est « cause toujours! ».

Comment pouvez-vous avoir des connaissances dans des domaines aussi différents?
L’explication, c’est des recherches et du temps… Au départ je m’intéressais à la science, qui m’a amené à la métaphysique et la spiritualité. La science comme la spiritualité permettent de prendre conscience de notre interdépendance avec l’environnement. Ce qui amène à essayer de comprendre les causes de la destruction de la nature, et donc le fonctionnement du pouvoir économique. Ce qui conduit à étudier les méthodes et les stratégies de ceux qui dirigent cette économie et qui contrôlent le pouvoir politique (les « maîtres du monde »).

J’essaye aussi d’être le plus ouvert possible aux informations dans de multiples domaines pour avoir une vision d’ensemble (science, histoire, société, économie, écologie, spiritualité et philosophie).

Le documents sur les « armes silencieuses » et la Prophétie de St Jean de Jérusalem
L’intérêt essentiel de ces documents ne réside pas dans leur origine mais dans leur capacité à nous faire réfléchir sur les directions prises par le monde actuellement.

Ainsi, même dans le cas où le texte de la prophétie aurait été écrit à notre époque, cela reste une vision globale d’une intelligence et d’une lucidité dont peu de personnes sont capables aujourd’hui. De plus, le texte est aussi très beau sur le plan littéraire…

Il faut donc surtout lire cette prophétie en tant que « matière à penser », davantage que comme une preuve des phénomènes de prescience ou de « voyance ».

De même, l’intérêt du document sur les « armes silencieuses » n’est pas dans son origine, mais dans le fait que chacun peut constater à quel point les stratégies et les méthodes qu’il énonce correspondent totalement à celles appliquées dans la société et l’économie depuis 50 ans.

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A bouchers, bouchers et demi

Posté par Gabriel Cloutier le 14 mai 2008

L’idée de la LCR c’est qu’il faut soutenir l’Islam -ou plutôt l’islamisme- puisqu’il est objectivement (?) anti-impérialiste. Mais l’est-il vraiment ? Et qu’entendent-ils par là ? C’est la question du jour.
A noter que la LCR improvise, tant qu’à faire, une théologie à deux balles qui réjouira les exégètes…

Une réflexion profondément stratégi-comique trouvée sur un site LCR.

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Islam, islamisme et la gauche

La mauvaise foi et l’hypocrisie (surtout à droite) se bat avec l’ignorance et la confusion (surtout à gauche) dans la question ‘controversée’ de comment comprendre l’islam politique au niveau international. Les médias nous expliquent qu’il existe des ‘islamistes modérés’ comme le gouvernement Turc, (qui soutient le bombardement des pays pauvres et la libéralisation des services publics de l’Europe) et puis des ‘radicaux’ détestables, qui comprendrait pas seulement les Ben Laden et autres tenants de la terreur aveugle, voire antisémite comme en Turquie récemment, mais aussi les organisations musulmanes alliées avec des forces nationalistes pour opposer une résistance armée à l’occupation néocolonialiste de l’Irak, ou les kamikazes palestiniens. Il est rare qu’une question politique soit aussi empreinte de confusion.

Nous avons décidé de produire un dossier sur la question de l’Islam et la politique, non pas parce que nous comptons parmi nos rédacteurs des experts reconnus sur le sujet, mais parce qu’il nous semblait que cette question apportait une confusion lourde et lourde de conséquences parmi les militants de gauche, y compris parmi ceux qui se réclament du marxisme révolutionnaire. Voir des militants d’extrême gauche au premier rang de ceux qui ont décidé l’exclusion de deux jeunes musulmanes de l’école à Aubervilliers a bouleversé bien de repères.

Il nous semble que le danger principal dans la situation française actuel est bel et bien l’islamophobie, qui peut, quelles que soient les intentions de ses tenants à gauche, ouvrir un boulevard pour le développement du racisme anti-arabe. L’article dans ce dossier sur le foulard montre que ces ‘affaires’ loin de concerner la seule école, concerne la tolérance des préjugés anti-musulmans dans la société dans son ensemble. Tout le poids du passé colonial de la France, et l’ignorance au sujet des cultures dominées alimente ce processus.

La supposée menace intégriste dans la presse de droite
Les ‘affaires du foulard’ ont été accompagnées d’un étalement au grand jour d’un grand nombre de préjugés sur l’Islam et la politique. L’islamisme est vu comme une force irrésistible et réactionnaire qui justifie tous les efforts pour contrer son influence dans le monde. Du coup d’Etat de 1992 en Algérie, qui a empêché un parti islamiste de gagner les élections, au bombardement des populations d’Afghanistan, justifié, nous dit-on, par le traitement extrêmement cruel des femmes par les Taliban.

Les revues populaires d’actualité font des amalgames leurs fond de commerce. Dans la revue américaine Newsweek nous pouvons lire Samuel Huntington (auteur du « Choc des civilisations »[i]) « La politique contemporaine mondiale c’est l’ère des guerres musulmanes. Les Musulmans se battent entre eux, et contre les non-musulmans, beaucoup plus souvent que ne le font les gens des autres civilisations. …Cinq des sept Etats sur la liste des Etats qui soutiennent le terrorisme sont des Etats musulmans, ainsi que la majorité des groupes terroristes. » Il explique que la menace vient de « l’islamo-fascisme » soutenu par « entre 10 et 15 pour cent du monde musulman »…ce qui ferait 200 millions d’ « islamo-fascistes » !

Les journaux français ne sont pas en reste. France-Soir publie le dessin d’un musulman quicherche dans le Coran avec une légende qui explique qu’il ne trouve pas le mot « démocratie » dans ce livre. Et dans LePoint on lit
« Il y a dans le Coran de nombreuses exhortations à la guerre dite sainte. Il ne s’agit pas d’un combat spirituel, il est bel et bien question d’opérations militaires sanglantes avec égorgements, massacres, butins. Tous actes dont les informations télévisées nous attestent la fréquence actuelle. Sourate 9, verset 9 : ‘Combattez ceux qui ne croient pas en Dieu.’

Ceux qui estiment possible d’affirmer que l’islam est une religion de paix pourraient peut-être expliquer en quoi les quelques versets du Coran mentionnés ici, et tant d’autres qui répètent les mêmes choses, sont pacifiques et conformes à ce qu’en Occident on entend par droits de l’homme. Un arbre se juge à ses fruits. N’y a-t-il pas quelque chose d’irrationnel à penser que l’islam est une religion comme une autre et qu’il faut l’accueillir à côté des autres par fidélité aux principes de la liberté de conscience ? »[ii]

Et de gauche
Si les publications de gauche soulignent souvent le besoin de ne pas amalgamer « musulman » et « intégriste » elles ont néanmoins tendance à ne parler de l’islam que du point de vue de l’intégrisme le plus réactionnaire. On ne s’intéresse aux peuples musulmans que quand il y a un attentat ! Toute résurgence d’une identité musulmane est vue comme une menace. Que davantage d’hommes et femmes fassent le ramadan, que les mosquées soient un peu plus fréquentées, et la presse parle tout de suite de « la montée de l’intégrisme ».

Dans L’Humanité dimanche, on cite un « conseiller technique en prévention de la délinquance » [ !] qui dit « Le communautarisme, c’est l’ultra-libéralisme, le fascisme. Je ne veux pas que des Ayatollahs, qui instrumentalisent la femme pourfaire de la politique, m’imposent leurs règles. »

Dans Marianne, Maurice Szafran attribue les attentatscontre les civils israéliens à l’œuvre de « l’internationale des fascistes islamistes. », tandis que Jean-François Kahn fustige le « fascisme Vert » qu’il associe au « refus d’enlever le foulard pour établir une photo d’identité .»Martine Gozlan affirme « L’islamisme est un cycle infernal. Quoi qu’on lui oppose, il ne cesse de se reproduire. » Dans le Nouvel Observateur, on cite un des fondateurs de SOS-Racisme, Arié Bensehmoun qui dit : « On est entré en politique contre Le Pen. Mais aujourd’hui, c’est l’islamisme qui est une menace. »[iii]

Plus rarement, mais régulièrement, au sein de l’extrême gauche on peut entendre des commentaires proprement islamophobes.

La tradition assimilationniste de l’Etat français constitue une bonne partie de l’explication de cette diabolisation (voir l’article de Murray Smith dans ce numéro). Mais le fait que l’islam est la religion des anciennes colonies françaises et des populations immigrées opprimées y est évidemment central.

L’islam serait en soi porteur de valeurs inconciliables avec la civilisation moderne, et « l’intégrisme musulman » ou « l’islamisme » constituerait une menace mystérieuse et puissante déterminée et capable de ramener la société à la barbarie médiévale, en particulier en ce qui concerne les droits des femmes et la liberté de parole, en oeuvrant par des méthodes terroristes des plus choquantes. Les crimes récents en Turquie sont utilisés pour continuer cette caricature de l’islam politique.

Et pourtant
Pourtant les massacres de dizaines de milliers de personnes sous les bombes, l’écrasement de pays entiers sous la famine et la dette ne sont pas le fait d’extrémismes religieux, mais de pays démocratiques bien pensants. Quand les médias parlent de « musulmans modérés » ou « islamistes modérés »ils se réfèrent le plus souvent à des mouvements ou des régimes qui acceptent le droit de l’occident de bombarder des pays pauvres à sa guise, et d’écraser la moitié de la population mondiale par le remboursement d’une dette sans fin, à travers le FMI et la Banque Mondiale. Il ne faut pas se tromper de l’identité de l’ennemi principal, l’impérialisme, qui a d’ailleurs – quand ça l’arrangeait soutenu cyniquement les régimes et les mouvements islamistes les plus réactionnaires (Arabie Saoudite, les Talibans).

En même temps, quoi qu’on pense des tactiques utilisées, c’estl’islam politique entre autres qui cristallise et inspire la résistance à l’occupation israélienne de la Palestine et l’occupation américaine de l’Irak. Comme l’écrit Wendy Kristianasen, les organisations islamistes « ont joué un rôle de premier plan dans l’organisation … des manifestations de solidarité avec les Palestiniens – manifestations qui ont fait réfléchir les régimes arabes sur leur complicité avec un Occident avalisant la politique de M. Ariel Sharon. » [iv] Ce faisant, l’islam politique a pu gagner un certain soutien parmi les jeunes en France, fatigués par l’hypocrisie du « pays des droits de l’homme ». (Voir l’article de Nicolas Mamarbachi dans ce numéro).

Confusions de base
Il est primordial de faire la différence, pas seulement entre « musulman » et « intégriste » mais entre les différents projets de « renouveau de l’islam » qui ont gagné en popularité depuis trente ans. Venant des pays dominés, ayant une base sociale variée, ces projets, même si les lignes ne sont pas clairement dessinés entre eux, sont de nature différente. Pour certains mouvements piétistes, le renouveau de l’islam doit passer surtout par un respect plus rigoureux des rituels religieux. (dont le port du foulard, que Thomas Mitch analyse en détail dans ce numéro). Pour d’autres groupes, c’est le renversement des Etats colonialistes ou post-colonialistes et leur remplacement par des Etats islamiques qui permettrait de régler les problèmes matériels et spirituels des populations.

Dans l’ambiance d’une islamophobie assez généralisée, il n’est pas surprenant de voir qu’on cite l’Iran et l’Afghanistan en exemple bien plus que d’autres pays à majorité musulmane. On suppose que l’Iran est typique d’un pays musulman. Mais ces deux pays ont en commun avant tout leur lourd passé d’oppression coloniale (sous l’URSS pour l’un et sous le Chah d’Iran pour l’autre), leur proximité des puits de pétrole qui a garanti l’intervention soutenu de l’impérialisme, et le soutien que les islamistes ont reçu des impérialistes à certains moments clé de leur histoire. Il est évident que l’extrémisme religieux, quand il détient le contrôle d’un appareil d’Etat ne peut que donner lieu aux répressions les plus terribles. Ce n’est pas pour autant qu’il s’agit de pays musulmans typiques vers lesquels tendraient les autres pays musulmans à moins de bénéficier de la civilisation des ‘lumières’ de l’Occident. Notons en passant que le pays musulman le plus grand (160 millions d’habitants), l’Indonésie, comportait jusqu’en 1997 un pourcentage de femmes au parlement plus élevé que celui de la France.

On ne peut pas expliquer l’islamisme par l’islam
L’islam politique dans le monde n’a rien de monolithique.La force des grandes religions qui ont survécu pendant plusieurs siècles est justement la flexibilité de leur idéologie. Dans chaque religion, des éléments ultra réactionnaires co-existent avec des versions plus ou moins progressistes de l’idéologie religieuse – c’est-à-dire l’adaptation de l’idéologie religieuse au vécu des croyants des classes opprimées.

C’est ainsi que la religion chrétienne a inspiré à la fois l’Abbé Pierre, les « prêtres-ouvriers » en France et la théologie de la libération en Amérique du Sud et de l’autre côté les groupes fascisants qui ont assassiné depuis quelques années aux Etats-Unis de nombreux médecins qui pratiquaient des IVG[v] ou les supporters de la dictature de Pinochet au Chili après 1973.

Les religions hindoues ont inspiré à la fois l’anticolonialisme militant de Gandhi, et les groupes extrémistes qui ont organisé en 2002 le massacre d’au moins 2000 musulmans à Gujrat en Inde[vi] en et qui s’allient ouvertement aujourd’hui avec des partis fascistes dans certains pays[vii]

C’est pour cela que nous ne devons pas être surpris de voir les talibans se réclamer de l’islam, et d’autres musulmans proposer un féminisme islamique[viii], ou des versions très à gauche de l’islam, comme en Iran dans les années 1970[ix] ou en Afrique du Sud aujourd’hui. Claude Meunier, dans ce numéro de la revue traite en détail l’attitude de la tradition marxiste sur cette question.

Un extrême c’est les lois islamiques horrifiantes contre les femmes en Arabie Saoudite ou en Iran ; l’autre extrême se voit dans les paroles de la féministe musulmane malaisienne, Zainah Anwar, qui écrit

« Dans le monde islamique que je connais, je vois à la fois des tendances progressistes et des tendances rétrogrades. Il y a des femmes qui ont fait plus d’études que les hommes, et des hommes qui ont fait plus d’études que les femmes. Des maris qui entretiennent leur femme, et des femmes qui entretiennent leur mari. … [mais aussi] je vois des femmes qui ne peuvent pas accepter que leur mari ait pris une deuxième épouse, celles qui refusent de croireque Dieu a donné au mari le droit de battre sa femme …
Mais les Mollahs me parlent d’un monde islamique différent. Ils déclarent que tous les hommes sont supérieurs à toutes les femmes… Ils disent que je ne peux pas remettre ces règles en question parce qu’elles sont édictées par Dieu.
En tant que femme pensante et croyante, je ne peux pas accepter ces déclarations faites au nom de ma foi et de mon Dieu. Les mollahs utilisent en fait Dieu et la religion pour justifier le patriarcat… il n’est pas question que je rejette la religion pour pouvoir vivre ma vie en féministe. » [x]

L’interview dans ce numéro de Samira Makhlouf montre que le lien entre islam et politique peut être à l’opposé même de « l’islamo-fascisme » dont on nous parle.
La cohérence intellectuelle de ces propositions ne nous concerne pas ici. Ce qui est crucial de comprendre c’est que la religion est un phénomène entièrement social. Elle n’est pas une force historique en elle-même. Elle le devienne dans la mesure où elle peut exprimer les besoins de groupes sociaux spécifiques. Puisque les intérêts des différentes classes ou fractions de classe divergent, différentes versions de chaque religion y répondent. Dans ce sens l’Islam est une religion comme les autres.

Les tactiques de l’Islam politique
Dans un autre domaine on voit également des extrêmes. A un extrême les proches de Ben Laden, et les attentats antisémites en Turquie. A l’autre les propositions de Tarek Ramadan en France ou des dirigeantes musulmanes du mouvement antiguerre anglais.

Le Monde Diplomatique note que le « néofondamentalisme islamique »
peut se développer dans des contextes sociaux et politiques très variés. Une organisation comme le Jama’at al-Tabligh (connu en France sous le nom de Foi et Pratique) est parfaitement apolitique et légaliste. Mais des imams, dans de petites mosquées de quartier en Europe, vont insister pour que les filles se voilent et n’aillent pas en cours de gymnastique, et inciteront les musulmans à ne pas serrer la main aux femmes ou à ne pas répondre aux cartes de voeux de Nouvel An. A Londres, des prédicateurs comme Abou Hamza et Omar Bakri déversent anathèmes et appels au djihad.

Le Hizb ul-Tahrir (Parti de la Libération), basé à Londres et qui recrute chez des jeunes musulmans de seconde génération, est très radical dans son discours (appel à proclamer immédiatement la renaissance du califat (4) pour tous les musulmans, condamnation radicale de toute participation à la vie sociale et politique des pays d’accueil), mais se garde bien de parler de djihad et ne recourt jamais à l’action violente.

Le wahhabisme saoudien fondé par Abdel Wahhab (1703-1791) pousse très loin le scripturalisme et le refus de tout compromis avec tout ce qui n’est pas le strict islam (au point d’avoir détruit la tombe du Prophète lui-même afin qu’elle ne fasse pas l’objet d’un culte) : il s’est construit contre les autres écoles de l’islam et non contre l’Occident, avec qui il s’est allié sous l’impulsion de la famille des Saoud. Mais il reste obsédé par toute influence culturelle ou religieuse occidentale, d’où des tensions du fait de la présence de troupes américaines. La télévision saoudienne destinée aux musulmans vivant en Occident dénonce toute forme d’intégration, mais soutient la politique pro-américaine de la famille royale.

L’islam comme toute religion est un phénomène social.
C’est pour cela que ceux, y compris à l’extrême gauche, qui se base sur leur lecture du Coran pour analyser les mouvements de l’islam politique font absolument fausse route (« Lis donc le Coran ! » m’a interpellé plus d’un camarade énervé). Comme l’écrit Luiza Toscane, l’approche « qui explique l’islamisme par l’islam, suggérant sa répression comme remède … est incapable d’expliquer pourquoi l’islam n’a pas produit l’islamisme pendant quatorze siècles. »[xi]

L’Islam politique n’est aucunement basé sur une lecture littérale du Coran. Et le Coran n’a pas le monopole d’injonctions violentes (voir notre encadré fait de citations de la Bible). Les citations de la Bible ne peuvent pas expliquer les mouvements chrétiens aujourd’hui, celles du Coran ne peuvent pas expliquer l’islam politique.

Quelle attitude envers les islamistes
Il y a quelques conclusions qu’il faudrait tirer. En tant que révolutionnaires, nous sommes évidemment entièrement opposés à l’idéologie et aux tactiques des différents mouvements islamistes (y compris bien sûr la tactique du terrorisme individuel). Nous ne pouvons les considérer comme des alliés. Mais nous voyons dans la brutalitédu capitalisme et des puissances impérialistes l’ennemi principal. Puisque les mouvements islamistes ont surgi comme une réponse à cette domination impérialiste, nous pouvons nous trouver dans les mêmes luttes aux côtés de certains de ces mouvements, sans faire des concessions politiques. Dans ces luttes, il peut être possible de convaincre de jeunes islamistes que les idées révolutionnaires répondent infiniment mieux à leur besoin de lutter contre l’impérialisme.
C’est pour cela que c’est une erreur grave, et malheureusement courante en France d’exclure par principe toute organisation musulmane de la lutte contre l’impérialisme. Le succès massif du mouvement antiguerre en Angleterre tient évidemment du rôle de Tony Blair dans les massacres, mais aussi de la capacité de l’extrême gauche anglaise de construire un front uni large ou des centaines de milliers de musulmans ont pu participer[xii]
Il est bien sûr de notre devoir aussi d’expliquer que, même si l’islamisme surgit en opposition à l’impérialisme, l’histoire de ce mouvement montre qu’il ne peut pas apporter la libération des peuples opprimés. L’islamisme ne peut pas proposer une solution au système capitaliste à cause des intérêts de classe qu’il représente. Même si en Palestine, le Hamas compte un soutien solide, il a plus peur d’un soulèvement de masse que de l’autorité palestinienne corrompue. Si ses critiques de l’OLP sont souvent dures, il ne possède pas une stratégie alternative pour la libération de la Palestine.
Les islamistes qui n’ont pas de base de masse, commeBen Laden, ont encore moins à proposer. La popularité de Ben Laden parmi certaines populations reflètent avant toutla faillite d’alternatives non-religieuses.
Il ne faudrait pas en conclure pourtant que l’islam politique est condamné à disparaître rapidement, comme semble soutenir Gilles Kepel, chercheur et intellectuel de premier plan sur l’islam politique Il faut valoir que, depuis le retrait des troupes soviétiques de l’Afghanistan, la plupart des mouvements politiques islamistesconnaissent une fragmentation, des défaites sérieuses Selon Kepel, les attentats du 11 septembre représentait la faiblesse de l’islam politique et pas sa force C’est sans doute vrai, mais de là à un déclin terminal de l’islam politique, nous en sommes loin.
En réalité, l’intervention militaire occidentale en Afghanistan et en Irak , la capitulation politique de l’autorité palestinienne, et l’absence d’alternatives politiques à gauche vont assurer un nouveau recrutement aux mouvements islamistes malgré leurs défaites passées.
Seule l’émergence d’une vraie alternative à gauche peut réduire durablement l’influence de l’islam politique dans es pays où il jouit d’une base populaire importante. Comme l’écrit le militant palestinien, Toufic Haddad
« Je m’attends à voir la croissance d’un mouvement qui rompt à la fois avec les régimes arabes corrompus, et avec l’impasse stratégique de Al Quaida, même s’il faudra des années pour développer et clarifier un tel courant. Malheureusement, la faiblesse des forces de gauche dans le monde arabe est criante, et c’est ce qui a empêché l’émergence d’un courantqui comprend la structure de l’oppression et de l’exploitation et sait construire une alternative politique.»

John Mullen (LCR Montreuil)

A lire aussi
L’excellente article de Alain Gresh sur l’islamophobie dans Le Monde Diplomatique. On peut le lire sur le web au http://www.monde-diplomatique.fr/2001/11/GRESH/15801

Encadré : La Bible l’a dit.

Celui qui blasphémera le nom de l’Éternel sera puni de mort : toute l’assemblée le lapidera. Qu’il soit étranger ou indigène, il mourra, pour avoir blasphémé le nom de Dieu.
Lévitique 24:16

Lévitique 25:44-46
44.C’est des nations qui vous entourent que tu prendras ton esclave et ta servante qui t’appartiendront, c’est d’elles que vous achèterez l’esclave et la servante.
45.Vous pourrez aussi en acheter des enfants des étrangers qui demeureront chez toi, et de leurs familles qu’ils engendreront dans votre pays ; et ils seront votre propriété.
Les Nombres 31:14-18
14.Et Moïse s’irrita contre les commandants de l’armée, les chefs de milliers et les chefs de centaines, qui revenaient de l’expédition.
15.Il leur dit : Avez-vous laissé la vie à toutes les femmes ?
16.Voici, ce sont elles qui, sur la parole de Balaam, ont entraîné les enfants d’Israël à l’infidélité envers l’Éternel, dans l’affaire de Peor ; et alors éclata la plaie dans l’assemblée de l’Éternel.
17.Maintenant, tuez tout mâle parmi les petits enfants, et tuez toute femme qui a connu un homme en couchant avec lui ;
18.mais laissez en vie pour vous toutes les filles qui n’ont point connu la couche d’un homme.
Deutéronome 21:18-21
18.Si un homme a un fils indocile et rebelle, n’écoutant ni la voix de son père, ni la voix de sa mère, et ne leur obéissant pas même après qu’ils l’ont châtié,
19.le père et la mère le prendront, et le mèneront vers les anciens de sa ville et à la porte du lieu qu’il habite.
20.Ils diront aux anciens de sa ville : Voici notre fils qui est indocile et rebelle, qui n’écoute pas notre voix, et qui se livre à des excès et à l’ivrognerie.
21.Et tous les hommes de sa ville le lapideront, et il mourra. Tu ôteras ainsi le mal du milieu de toi, afin que tout Israël entende et craigne.

Deutéronome 22:5
Une femme ne portera point un habillement d’homme, et un homme ne mettra point des vêtements de femme ; car quiconque fait ces choses est en abomination à l’Éternel, ton Dieu.

Deutéronome 22:13-21
13.Si un homme, qui a pris une femme et est allé vers elle, éprouve ensuite de l’aversion pour sa personne,
14.s’il lui impute des choses criminelles et porte atteinte à sa réputation, en disant : J’ai pris cette femme, je me suis approché d’elle, et je ne l’ai pas trouvée vierge, –
15.alors le père et la mère de la jeune femme prendront les signes de sa virginité et les produiront devant les anciens de la ville, à la porte.
16.Le père de la jeune femme dira aux anciens : J’ai donné ma fille pour femme à cet homme, et il l’a prise en aversion;
17.il lui impute des choses criminelles, en disant : Je n’ai pas trouvé ta fille vierge. Or voici les signes de virginité de ma fille. Et ils déploieront son vêtement devant les anciens de la ville.
18.Les anciens de la ville saisiront alors cet homme et le châtieront ;
19.et, parce qu’il a porté atteinte à la réputation d’une vierge d’Israël, ils le condamneront à une amende de cent sicles d’argent, qu’ils donneront au père de la jeune femme. Elle restera sa femme, et il ne pourra pas la renvoyer, tant qu’il vivra.
20.Mais si le fait est vrai, si la jeune femme ne s’est point trouvée vierge,
21.on fera sortir la jeune femme à l’entrée de la maison de son père; elle sera lapidée par les gens de la ville, et elle mourra, parce qu’elle a commis une infamie en Israël, en se prostituant dans la maison de son père. Tu ôteras ainsi le mal du milieu de toi.

[i] Le Choc des civilisations, Odile Jacob, Paris, 1997.
[ii] Le Point 05.10.2001
[iii] Le Nouvel Observateur 4 avril 2002
[iv] Le Monde Diplomatique septembre 2002
[v] The Guardian 30 mars 2001
[vi] Voir site web de Amnesty International www.amnestyinternational.be/doc/article.php3?id_article=586
[vii] The Observer 23.12.2001
[viii] Voir par exemple le texte en anglais de la revue « New Internationalist » http://www.newint.org/issue345/legacy.htm et le texte au http://www.prospect.org/webfeatures/2000/12/lambert-m-12-08.html
[ix]En Iran, certains dirigeants guérilla cherchait à intégrer le marxisme et l’islam. Voir le livre dePhil Marshall, Revolution and Counter-Revolution in Iran (Londres Bookmarks, 1988),65–67
[x] Courrier International 6 au 12 novembre 2003.
[xi] « Rouge » du 18 octobre 2001
[xii] L’article de Salma Yaqoob en anglais « Islam and the Left », dans International Socialism N° 100, Automne 2003 montre en détail comment il a été possible d’organiser en nombre les musulmans anglais contre la guerre en Irak. On peut le commander au http://www.swp.org.uk/ISJ/ISJ.HTM

On reprend ses esprits

Maintenant quelques chiffres

URSS
Répression des insurrections paysannes entre 1918 et 1922 : quelques centaines de milliers de morts
Famine de 1921 – 22 occasionnée par les politiques de recquisition : 5 millions de morts
Famine de 1932 – 33 provoquée par les prélèvements : 6 millions de morts
Exécutions prononcées par des organes judiciaires (Tchékà, Guépéou, NKVD) entre 1922 et 1953 pour « crimes contre révolutionnaires » : 800 000 environ
Morts en déportation : Au moins 1 à 2 millions
Morts en camps (1934 – 1953) : au moins un million
Morts en « colonies », ou en « transit » : chiffre inconnu
Déportés spéciaux (colons de travail) 7 millions entre 1930 et 1953
Détenus au goulag Entre 1 et 3 millions selon les années
Au total, au moins 15 millions de morts
Soljenitsine,établit quant à lui un bilan de 80 millions de victimes et il est à craindre qu’il soit plus proche de la vérité que nos anciens communistes du livre noir.

Chine
Réforme agraire (46 – 52) : 2 à 5 millions de morts
Répressions urbaines (50 – 57) : > 1 million
Famines du grand bond en avant (59 – 62) : de 20 à 43 millions de morts
Révolution culturelle (66 – 76) : 400 000 à 1 million
Tibétains assassinés ou morts de faim :
600 000 à 1,2 millions
Autres exécutions :
qq centaines de milliers ?
Total des exécutions :
4,5 à 9 millions
Total des victimes :
44,5 à 72 millions

A titre de comparaison :
Pinochet. Mort.
Bilan récent : 150 000 personnes ayant été arrêtées depuis 1973, 10 000
opposants condamnés après le putsch, 50 000 exilés (premiers retours
autorisés en 1984), 2 279 morts irréfutables depuis 1973 (640 non-prouvées),
établis par la Commission Vérité et Réconciliation (dont des détenus
politiques, des victimes d’agents d’Etat, victimes de la violence policière
et même des particuliers).
Mort

Castro (et son frangin qui rigole encore moins). Encore vivants.
(à remarquer au passage que si le PDLR actuel venait à se retrouver malade, je doute
que son frère soit autorisé à prendre la place…)
Depuis le renversement de BATISTA, 17 000 Cubains au moins ont été exécutés,
300 000 ont été arrêtés-torturés et 2 millions d’entre eux ont voté avec
leurs pieds et ont choisi l’exil, notamment aux Etats-Unis, soit un
cinquième de la population (l’équivalent de 12 millions de Français), et
encore sans parler de tous ceux qui ont péri noyé en tentant de fuir. Toute
information autre que celle donnée officiellement par le régime est bannie,
y compris sur Internet, totalement sous la coupe de l’Etat. Partout, dans
chaque quartier existe un surveillant (commissaire politique) chargé de
dénoncer les faits et gestes des autres habitants. Il suffisait de voir la
joie des Cubains de l’étranger après l’annonce de l’opération pour
comprendre ce que représentait la dictature marxiste de CASTRO.

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S’orienter

Posté par Gabriel Cloutier le 14 mai 2008

Quelques pistes qui permettent d’y voir plus clair.
La révolution verte
Norman Borlaug
Crise alimentaire mondiale de 2007-2008

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Le Libéralisme vu par les libéraux

Posté par Gabriel Cloutier le 14 mai 2008

 

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Quelques liens pour comprendre objectivement le libéralisme : histoire, succès, erreurs.
Le libéralisme
Institut Hayek
Institut Molinari
Index de la Liberté Economique

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Savane et attracteur harmonique

Posté par Gabriel Cloutier le 15 mai 2008

par Alina Reyes

Nous sommes en pleine guerre de religions. La guerre de la religion athéiste contre toutes les spiritualités. Ou pour le dire autrement, du nihilisme contre la foi, l’adhésion à la ruche de sens de la vie. D’une vision de l’homme comme « passion inutile » (Sartre) ou « amibe malchanceuse » (Jean Rostand), misérable amas de matière instrumentalisable, affamable et tuable en série et en masse, tel qu’il le fut par des porcs nommés Hitler, Staline, Mao ou Pol Pot, en leur siècle si fier de s’être débarrassé de Dieu – de cette vision qui perdure et s’acharne, terrifiée à l’idée de se retourner sur soi, de cette vision qui enferme l’homme à double tour dans l’enclos du bétail humain, contre toutes celles qui lui ouvrent la porte étroite vers les chemins de l’Être.

Hier nous avons parlé pendant des heures, Anne Dambricourt et moi. Et ce n’est pas fini. Après le déjeuner, elle m’a emmenée dans son bureau. Je devrais dire, en son royaume. Une grande vieille pièce dans les hauteurs du très poétique Institut de Paléontologie Humaine, où travailla aussi Teilhard de Chardin, son maître. Et que dirige Henry de Lumley, qui la soutient – et que j’ai connu avant d’écrire Lilith. J’allais le voir à son bureau du Jardin des Plantes, puis lors de conférences où il m’invitait, et même à Tautavel, sur les fouilles de la Caune de l’Arago, où il découvrit des erectus de 450 000 ans, qui ne connaissaient pas encore le feu.

Dans son royaume donc, nous avons continué à parler, manipulant de vrais crânes de sapiens, de pré-sapiens, de grands singes et de tout petits singes, tandis qu’elle me faisait observer l’évolution des boîtes crâniennes et des mandibules, l’enroulement qui aboutit, d’une face plate et horizontale, à notre tête ronde et notre visage vertical. Cela non par une progression continue, mais par bonds dans le temps, selon une logique interne de développement au niveau de l’embryon. Ses découvertes (lire ici et ici), qui relativisent la théorie darwinienne, provoquent la fureur de la communauté scientiste – une grande partie des scientifiques mais aussi presque toute la presse, unis comme une seule masse de bêtise et d’aveuglement dans leur panique unique-pensance. S’accrochant à leurs branches et poussant des cris tels des singes effarouchés dès que se trouve remise en question la ridicule théorie du chimpanzé devenu homme par nécessité de se redresser pour voir au-dessus des herbes de la savane.

Cette scientifique de haut niveau, visionnaire, a été l’objet de cabales, d’attaques mensongères, de calomnies (insinuant qu’elle était financée par les créationnistes américains alors qu’elle démontre avec force et logique son opposition au créationnisme), et doit continuer à se battre chaque jour contre les obstacles incessants qui sont opposés à la diffusion de son travail et de son enseignement, contre la censure, contre la volonté qui fut émise par des instances officielles de ne lui permettre de continuer ses recherches que sous la surveillance d’un tuteur. Telle est la démocratie athéiste dans laquelle nous vivons, cadenassés.

Car l’hypothèse de ce qu’Anne appelle un « attracteur harmonique » dans l’évolution, remettant en cause l’idée que nous ne serions que le résultat d’une somme de hasards, est tout simplement inacceptable pour le vieil homme moderne, convaincu de sa parfaite inutilité et tenant absolument à ce que ses enfants, ou ceux des autres, ne puissent pas se connaître plus doués de sens et de beauté qu’il ne le fut et le reste.

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Une nouvelle théorie scientifique de l’évolution de la lignée humaine

Posté par Gabriel Cloutier le 16 mai 2008

AgoraVox

Si la voie explorée par Anne Dambricourt Malassé, pour expliquer l’évolution des espèces, semble séduire le grand public, elle suscite en revanche la méfiance de scientifiques, réfractaires à une théorie qui remet en cause l’hypothèse néo-darwinienne de l’origine de la bipédie permanente, et de son évolution, qui a donné notre mode de locomotion.

Pour la paléoanthropologue, le processus d’hominisation se situe d’abord « à l’intérieur, dans l’histoire de notre génome » et n’est pas induit -comme dans l’hypothèse de l’adaptation à la savane- par le climat.
L’objet du litige est un os situé à la base du crâne, en arrière des fosses nasales : l’os sphénoïde.

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Un petit os, dont, hier encore, le commun des mortels non scientifique ignorait vraisemblablement jusqu’à l’existence… Explications d’Anne Dambricourt Malassé.

Véronique Anger : Votre hypothèse de l’évolution humaine attribue un rôle fondamental au phénomène de flexion de l’os sphénoïde dans l’évolution humaine avec, par voie de conséquence, un rôle moins important attribué au milieu et au hasard. Pouvez-vous expliquer -avec des mots simples- ce que cela signifie ?

Anne Dambricourt Malassé : Il ne s’agit pas d’hypothèses, mais de découvertes (qui remontent à ma thèse de 1987) publiées à l’Académie des sciences en 1988 et, à nouveau, dans la revue de l’Académie des sciences Paléovol (2006) après publication dans des revues spécialisées.
Je n’ai pas travaillé sur le sphénoïde, et il ne peut pas être étudié seul, il implique tous les os autour de lui, y compris la colonne cervicale, et surtout les membranes qui descendent jusqu’au sacrum. Je travaille depuis plus de vingt ans sur la sphère basi-cranio-faciale, la mandibule, puis la base. (Tous les os de la base du crâne sont considérés). Je suis remontée alors au sphénoïde en découvrant son rôle central. Ceci est connu des ostéopathes et kinésithérapeutes.
Je suis remontée à l’origine de ses changements de forme. Il est plat chez tous les embryons de mammifères. Chez nous également, mais il tourne sur lui-même au terme de la période embryonnaire (sept semaines après la fécondation chez l’homme). Cela s’explique par des contraintes locales dues à l’enroulement du tube neural sus-jacent (le futur cerveau).
Ce mouvement de rotation du sphénoïde(1) s’observe chez les premiers primates, il y a environ cinquante cinq millions d’années. Il est de faible amplitude. Le processus embryonnaire est mémorisé dans l’ADN évidemment, il est transmis par la mémoire génétique du développement. Par ailleurs, l’évolution est irréversible (loi dite de Dollo(2)). Dans ce cas particulier, l’évolution ne peut se traduire que par une augmentation de la rotation du couple  » tube neural sphénoïde « . L’évolution, dans ce cas de figure, est nécessairement celle de l’information génétique correspondant à l’amplitude de rotation. L’os ne peut donc en aucun cas demeurer plat (ce qui donnerait alors des monstres avortés).
En revanche, si l’amplitude ne change pas, il n’y a pas d’évolution. Ce sont des espèces qui dérivent les unes des autres avec cette même embryogenèse. C’est d’ailleurs ce que l’on constate : les espèces actuelles de prosimiens (comme les lémurs de Madagascar) ont la même amplitude que les espèces fossiles. Après vingt millions d’années -au cours de cette période, aucun changement d’amplitude, aucune corrélation n’ont été observés- apparaissent des espèces possédant une base plus raccourcie, plus fléchie. Ce sont les singes (les macaques, par exemple). Puisque l’évolution existe irréversiblement, cette information va encore évoluer. Il arrive nécessairement un seuil où le phénomène de rotation correspond à un tel raccourcissement de la base -c’est-à-dire à un tel degré de rotation ou de gain de verticalité (qui se distribue de la face au sacrum)- que celle-ci est visible après la naissance et impose au corps de l’enfant, une locomotion au sol, autour d’un axe du corps  » verticalisé « . Ainsi apparaissent les premiers hominidés ou bipèdes permanents (de l’enfant à l’adulte).
On pensait que la cause de cette locomotion était post-natale et, encore récemment, on croyait qu’elle était due au développement fœtal du cerveau. Il faut chercher une cause plus précoce encore, un processus qui participe du développement des organes et du squelette comme de la complexité croissante du cerveau, elle est embryonnaire.
Le milieu n’est donc pas à l’origine de cette dynamique interne propre aux tissus embryonnaires, ni à la répétition de cette évolution. L’embryon du chimpanzé ne passe évidemment pas par un stade de prosimien puis de singe. On constate une réorganisation interne selon des contraintes, ou logiques, internes. Tous ces termes sont couramment utilisés en biologie intégrative, discipline familière des systèmes dynamiques intégrés auto-organisés.
Pour résumer, depuis le début de ma recherche (1987-1988) il a toujours été question d’unité céphalo-caudale (tête bassin) de l’embryon et des gènes précoces du développement. J’ai pu observer que cette dynamique de rotation évoluait toujours dans le même sens, et j’en ai conclu à l’existence d’un processus de mémorisation des mutations et de réactualisation. Ces mutations sont donc engrammées(3) ou intégrées (et non pas programmées). Le milieu est important bien sûr, mais il n’est pas à l’origine de la complexité croissante du système nerveux central, ni de nos capacités de réflexion consciente. Encore moins, à l’origine de la réitération d’un mécanisme embryonnaire qui intègre les effets passés.
L’origine du déclenchement de cette évolution interne est à mon sens le hasard, le second principe de la thermodynamique(4), c’est-à-dire le désordre spontané qui menace tout état d’équilibre. Face à l’entropie, les systèmes ont des mécanismes de réparation, acquis par « apprentissage  » (autopoïèse). Ceux qui ont cette mémoire évoluent et se reproduisent. Les autres disparaissent. La mémorisation et l’origine de l’information sont encore inconnues.
Les branches les plus avancées en chimie ont intégré la mécanique quantique, qui permet de prendre en considération des potentialités d’informations non actualisées (dites  » virtuelles « ) et canalisent les potentialités futures à chaque actualisation.
Ces découvertes ont des implications médicales importantes en orthopédie dento-maxillo-faciale. D’ailleurs, j’ai essayé de financer ma recherche -qui a un coût élevé (des téléradiographies dans les trois plans)- en sensibilisant la communauté à ces questions de santé publique. C’est l’origine de la publication d’un article de neuf pages, en 1996, dans une revue de grande vulgarisation (La Recherche) et à l’origine du documentaire de Thomas Johnson, diffusé le 29 octobre dernier, sur Arte : » Homo sapiens : une nouvelle histoire »(5).

VA : Il est toujours difficile pour le néophyte de s’y retrouver dans une bataille d’experts ! Êtes-vous en mesure aujourd’hui de démontrer scientifiquement la réalité de votre théorie ? Avez-vous progressé dans vos recherches ?

ADM : La question de l’interprétation a toujours été scientifique. Comme je vous le disais, elle est publiée dans Les actes de l’Académie des sciences. Il s’agit de trois découvertes majeures :
- La relation entre la face et le sphénoïde (encore niée en 1990)
- L’origine embryonnaire de sa rotation
- Enfin, le caractère reproductible de son évolution.
Il appartient donc aux contradicteurs de démontrer que ce constat est inexact en reprenant l’intégralité des fossiles et, ensuite, en démontrant comment le climat contrôle le développement de l’embryon.
Jusqu’à présent, ce n’est pas ce que conclut la génétique du développement. Par ailleurs, très peu de chercheurs se sont penchés sur le sujet, car il est particulièrement onéreux, complexe et peu valorisant pour quelqu’un désireux de publier vite et facilement. De plus, il inquiète, car il touche à des mécanismes d’organisation interne logiques.
La paléontologie est encore trop éloignée de la science de la complexité, des systèmes dynamiques déterministes, de leur modélisation. Dans ce contexte, toute logique interne est impensable, faute de quoi elle connote immédiatement le vitalisme, la recherche d’un plan divin, d’un programme intelligent, etc.
Quant à la sélection naturelle, elle est évidente quand on traite d’embryogenèse. Plus de cinquante pour cent des fécondations avortent spontanément chez la femme. Les malformations que j’ai étudiées aident également à comprendre la logique de construction naturelle du crâne, alors que l’embryogenèse ne s’est pas développée.

VA : Si votre théorie semble séduire une partie du grand public, en revanche, elle suscite la controverse -voire une certaine agressivité- de la part de certains de vos confrères réfractaires à une explication contredisant l’hypothèse néo-darwinienne de l’adaptation au milieu…

ADM :On cherche des présupposés religieux (nécessairement coupables) dans ma théorie, sans même s’être documenté sur ma position à cet égard. Pourtant, j’ai écrit et décrit depuis longtemps quel avait été mon ressentiment à l’égard de ma propre religion, le catholicisme. J’étais agnostique en 1987. Je ne risquais donc pas de chercher un quelconque plan divin… Que j’aie pu découvrir une logique interne, un processus, cela n’a en aucune manière touché ma conscience à propos de l’évidence d’un plan divin ou d’un Créateur. D’ailleurs, cela ne m’intéressait pas.
En 1988, au moment où je me suis exprimée sur ma conception de la révélation du sens de sa vie propre -à savoir qu’elle se vit de personne à personne- j’ai vécu un drame personnel. Je suis devenue plus hostile encore à ma religion. J’étais toujours profondément athée, ce qui me permet de prendre du recul vis-à-vis de ces procès d’intention sans fondement.
Pour autant, être athée ne signifie pas renoncer à ce fil conducteur qui est le mien : le sens de ma vie se trouve dans l’altérité, et non dans l’objectivité. Il se révèle dans les expériences personnelles, et d’Être à Être. Je pense que la source de conflit naît souvent d’une incapacité d’écoute et de compréhension, associée à un ego surdimensionné.
Découvrir me passionne. Découvrir que je m’inscris dans une logique interne ou un processus de complexité croissante n’a rien changé à mon athéisme, la réalité d’une transcendance dans ma vie personnelle n’a de sens que dans l’instant présent. A contrario des courants émergents aux États-Unis, je ne cherche pas à éliminer le mystère des origines, je ne connais pas l’origine du changement de la mémoire génétique entre un grand singe et un australopithèque. Il faut intégrer la mécanique quantique, cela ne fait plus de doute pour les spécialistes de cette science. Et c’est au cœur de cette même science que le mystère demeure authentiquement en tant que mystère. Bernard d’Espagnat le décrit très bien : le réel qui nous contient est voilé à notre regard à partir d’un certain niveau d’approche. Je veux dire par là que nous ne saurons jamais ce qui s’est passé il y a cinq millions d’années, et qu’il est impossible d’évacuer le mystère. Ce n’est pas la preuve que Dieu existe, non. C’est le constat qu’on ne peut exclure le mystère de nos origines et, si le mystère se vit dans l’instant présent, c’est une ouverture d’esprit qui ne peut plus être nommée  » d’âge infantile de l’humanité ».
Entendons bien que dans notre singularité à tendre vers la nécessité d’une signification de notre être, il demeure dans les origines de cette aptitude, un mystère. C’est une conscience réfléchie qui est concernée, elle émerge d’une logique interne qui se traduit par la verticalisation de l’axe embryonnaire, un processus qui se démarque de toutes les autres lignées mammaliennes, et dont l’équilibre locomoteur demande le développement des capacités de réflexions. Il est impossible de dire la nécessité d’une verticalisation en termes d’adaptation écologique, c’est une évolution qui se déroule avec ses contraintes internes, et la nécessité d’en tenir compte aussi.

VA : A propos de dessein intelligent(6), une partie de la communauté scientifique vous reproche de faire le jeu des néo-créationnistes qui auraient -selon elle- trouvé dans votre hypothèse de puissants arguments en leur faveur. Dans une interview au journal Le Monde(7) (daté 29/10/05) vous avez déclaré : « Il n’y a jamais eu de relation entre la religion et les trois découvertes scientifiques en présence que je développe depuis 1987. » et « Je ne suis pas croyante à cause de cette découverte ou avant cette découverte. C’est historiquement profondément faux puisque j’étais distante de toute religion. Je considère qu’il demeure un mystère pour la conscience face à ses origines. ».

ADM : La plupart des propos publiés dans Le Monde puis, ces jours-ci, dans Le nouvel observateur, reflètent bien la méconnaissance des articles scientifiques. Si je ne fais pas le jeu de l’athéisme, je ne peux que faire le jeu du créationnisme… Ce mode de raisonnement est classique.
En réalité, pour des motifs idéologiques déjà montrés, mon livre La légende maudite du vingtième siècle, mon article publié en 1996 et, à présent, le documentaire d’Arte, sont devenus la cible d’une campagne de discrédit, sans argument objectif, et faisant intervenir toujours les mêmes détracteurs. Le sous-titre « L’erreur darwinienne » ainsi que la couverture ont choqué. Ce sont des contraintes éditoriales classiques, que je ne contrôle pas. En 2006, on est encore face à du  » prêt à penser « , chacun dans son rôle et son style, avec toujours les mêmes médias jouant le rôle de caisse de résonance (Science et Vie, Pour la Science…).

VA : À propos de l’évolution humaine, Pierre Teilhard de Chardin(8) pensait que « L’humanité se rassemble pour rejoindre Dieu, en cet hypothétique point oméga qui représenterait de facto, et sans tristesse aucune, la fin des temps. ». Pensez-vous, comme cet homme que vous admirez, que l’Homme est déterminé et que sa finalité est de rejoindre Dieu ?

ADM : Vous n’êtes pas sans savoir que Teilhard était reconnu de son vivant par la communauté internationale comme l’un des grands théoriciens de l’évolution des mammifères, et qu’il aurait dû enseigner au Collège de France si son Ordre ne le lui avait déconseillé, au grand dam de la communauté scientifique. C’est, entre autres, pour remédier à ce vide aux effets conséquents pour ma génération (et pour les générations futures, si rien ne change) que le Muséum a accueilli la base de son enseignement.
Cela ne m’intéresse pas d’utiliser la théorie de l’évolution pour tenter de prouver la mort de Dieu ou sa naissance… Mon questionnement est devenu plus philosophique et, plus encore, éthique. Je ne suis pas déiste, a contrario de Darwin (on oublie de le rappeler), et encore moins à la recherche d’une gnose. Je veux comprendre, apprendre, et vivre à travers la découverte, ce qui reste inconnu de ma propre nature. La capacité gratuite de la découverte est déjà pour moi quelque chose d’extraordinaire à vivre : un immense sentiment de liberté.
Au fil du temps, la dialectique scientifique de Teilhard m’a paru sensée et remarquablement structurée. Ainsi, en 1989 (alors que j’étais véritablement athée) j’ai accepté à 29 ans la fonction de secrétaire générale de la Fondation Pierre Teilhard de Chardin qui est hébergée au Muséum et, par là-même, sous la tutelle de l’État. Elle respecte la laïcité. Cette proposition émane du Professeur Jean Piveteau (décédé depuis) alors seul spécialiste en paléontologie humaine à siéger à l’Académie des sciences et président d’honneur de la Fondation. L’actuel Président est Henry de Lumley, dernier professeur à avoir été le directeur du Muséum.
La vocation de la fondation n’est pas de développer une anthropologie, voire une anthropogenèse judéo-chrétienne. Sa vocation est de bien faire comprendre la pensée de Teilhard et, par conséquent, de sérier les niveaux de sa réflexion. Concernant la christologie de Teilhard, je suis bien incompétente pour vous répondre. La christologie relève des spécialistes de la Compagnie de Jésus(9) tels que le Père Gustave Martelet sj. Et, s’il faut analyser sa pensée de ce point de vue, c’est aux pères jésuites compétents, comme le Père François Euvé, de vous renseigner.
Personnellement, c’est seulement au titre de docteur du Muséum en paléontologie humaine que je peux analyser Teilhard  » paléontologue théoricien de l’évolution « , qui est aussi l’auteur d’une science que nous pratiquons depuis, en paléontologie, la Géobiologie, qui conduit à explorer le terrain et à réfléchir sur des distances continentales et intercontinentales. Personnellement, je me rends en Asie centrale et en Inde depuis 1996.

VA : Si l’avenir vous donne raison, votre hypothèse sera vraisemblablement reconnue comme l’une des plus importantes découvertes de l’histoire de la paléontologie. N’étant pas moi-même une scientifique, je ne suis évidemment pas en mesure de porter un jugement éclairé quant à la justesse de votre théorie. Je me bornerai donc à constater qu’au XXIe siècle, la plupart des esprits -y compris l’élite intellectuelle- ne sont pas plus enclins à admettre une nouvelle vision de l’évolution qu’ils n’étaient, à l’époque de Darwin, disposés à admettre que l’homme descendait du singe… cette théorie étant alors considérée comme totalement fantaisiste et scandaleuse.
Il est amusant d’observer, à près d’un siècle et demi d’intervalle, comment la « religion » (de la science ou de Dieu) persiste à passionner tout débat lié à une interprétation nouvelle de l’évolution humaine…

ADM : Je suis bien de votre avis ! Cela dit, je pense que, petit à petit, les découvertes en présence seront mieux et plus largement diffusées.
Le ton s’est aggravé par rapport à 1996 et 1997. Les détracteurs me prêtent des sympathies avec des thèses pourtant incompatibles avec mes articles scientifiques. Il n’est écrit nulle part dans mes publications que l’apparition de notre anatomie est programmée depuis soixante millions d’années. En outre, je n’ai jamais adhéré à  » l’intelligent design  » fort débattu aux États-Unis actuellement. C’est incompatible avec mon engagement à la Fondation Teilhard de Chardin. Aussi observe-t-on des inventions et des déformations des faits historiques. Ce fut le cas à propos du documentaire diffusé par Arte. La chaîne a été honnête ; elle n’a rien caché. De plus, ce film n’a jamais été soutenu par l’association UIP, qui n’a jamais été la courroie de transmission du Discovery Institute (Intelligent design). Il s’agit là d’une calomnie lisible dans la Lettre ouverte de Thomas Johnson, le réalisateur, accessible sur Hominidés.com due à un groupe de scientifiques du Muséum, survenue après projection de ce documentaire au sein du Grand Etablissement(10) avec la co-production Discovery Network Communication (Discovery Channel).
Enfin, il n’a jamais existé de pétition de soutien à l’Intelligent design ; et je n’ai jamais signé de pétition de cette nature.
La réalité historique est celle-ci : il y a quelques années, un journaliste américain affirmait que la sélection naturelle et le hasard des mutations génétiques étaient les seuls processus évolutifs naturels. Je fais partie de 400 chercheurs qui ont accepté à l’époque, de dire que cette affirmation était inexacte.
Cela représente quatre fois plus de signatures que celles recueillies pour la pétition appelant à la vigilance, publiée dans Le nouvel observateur. J’aurais aussi bien pu la signer et j’y lis des noms qui auraient aussi bien pu se joindre aux 400 signatures. L’UIP devient le danger ; je deviens le fer de lance de cette psychose… C’est un montage.

VA : Pourquoi ne parvenons-nous pas à étudier cette piste comme une théorie scientifique recevable ?

ADM : Il est impossible de démontrer que les trois découvertes n’existent pas. Elles sont publiées et reconnues. Apparemment, le courant de l’Intelligent design les aurait reprises à son compte. Un des ténors de ce courant, William Dembski, considère que mes découvertes permettent d’étayer cette interprétation. Je lui ai fait savoir que telles n’étaient pas mes conclusions. Je lui ai également demandé de ne plus faire apparaître mon nom.
Il est évident que cette découverte dérange l’athéisme militant et que je ne peux pas empêcher non plus des scientifiques de chercher une interprétation. C’est le risque de la science. Nonobstant, je ne vais pas taire ces découvertes, qui ont des implications éthiques et médicales, au motif qu’elles contrarient l’athéisme ou qu’elles peuvent être interprétées dans un sens déiste, théiste, gnostique ou transcendantal. Aux scientifiques de se montrer honnêtes. À moi d’affirmer mon autonomie et de sérier les différents niveaux de la polémique.
A la différence des États-Unis, en France, il est de plus en plus difficile de débattre. En 1996, alors que j’étais informée de la mise en route de la première cabale et que Le nouvel observateur sortait déjà un article sans fondement pour affirmer un présupposé judéo-chrétien dans ma recherche, un éditeur français m’a demandé si j’acceptais de préfacer Le darwinisme en question, le livre de l’avocat américain Phillip E. Johnson, traitant de la récupération idéologique de la théorie de Darwin, le néo-darwinisme, pour servir la cause de l’athéisme en quête d’arguments scientifiques. En lisant le manuscrit, j’ai retrouvé la même  » philosophie de combat  » (Guillaume Lecointre, voir  » Darwin contre la Science « , numéro hors série du Nouvel observateur) que celle que je vivais en France. J’ai donc préfacé le livre, en mettant le lecteur en garde contre la dimension binaire et exclusive du débat, que ce soit aux États-Unis ou en France. Je rappelais toutefois qu’avec Teilhard de Chardin, l’alternative était offerte de laisser chacun continuer sa propre réflexion par-delà les théories scientifiques construites sur l’étude des faits et des phénomènes.

VA : N’était-ce pas un peu tenter le diable, si je peux me permettre l’expression… d’accoler votre nom à l’ouvrage d’un auteur réputé pour ses idées soutenant le créationnisme ?

ADM : Vous avez certainement raison, hors contexte, c’est incompréhensible. Il faut laisser le temps faire son travail, on ne connaissait pas les conditions historiques de ce choix. Il est nécessaire de les faire entendre maintenant. C’est une façon d’éveiller les consciences, au contraire, sur une diabolisation de tout ce qui ne va pas dans le sens des attentes néo-darwiniennes,de faire prendre conscience de la réalité de cette  » philosophie de combat « , car elle ne cache pas qu’elle vise la foi judéo-chrétienne.
L’approche de Phillip Johnson est une analyse critique, non pas de l’aspect scientifique, puisque ce n’est pas son domaine, mais de l’aspect idéologique du néo-darwinisme, à travers la façon dont les faits sont présentés ou tenus de côté, voire à travers des lacunes. Il en conclut que le néo-darwinisme n’est pas convainquant, et que pour un croyant (ce qui est le cas de trois ou quatre milliards de monothéistes) l’existence d’un Créateur pour expliquer l’ordre du monde reste acceptable.
Naturellement, il ne prétend pas que le monde s’est créé en sept jours… Le vrai débat ne se situe pas là. Il consiste à savoir si, oui ou non, la théorie de l’évolution détruit les fondements de la foi judéo-chrétienne fondée au moins sur l’attente. Lui répond que non, car le néo-darwinisme n’est pas crédible. Personnellement, je réponds également non, mais sur des considérations autres, lesquelles, précisément, ne sont pas assez connues aux États-Unis. Je pense en particulier, donc, à la synthèse scientifique de Teilhard et à la place qu’il accorde à la gratuité de l’amour, à la liberté de donner sa confiance à l’amour comme transcendance du sens : se savoir né, parce qu’aimé. ( » Tu es, Seigneur, notre Père, notre Rédempteur : tel est ton nom depuis toujours… Ah ! si tu déchirais les cieux, si tu descendais..  » Isaïe 63, 16b, 19a. In  » Teilhard aujourd’hui « . N° 16 – décembre 2005).

VA : Mais comment expliquez-vous un tel « blocage psychologique », en particulier de la part de vos pairs ? Je pense à Yves Coppens ou au paléontologue argentin Fernando Ramirez-Rozzi, qui émettent les plus grandes réserves. « Pour une raison mystérieuse, (Mme Dambricourt) a voulu faire de cet os la pièce centrale de toute l’anatomie humaine. Or, on sait depuis longtemps que définir l’homme à partir d’un seul caractère est absurde. » a déclaré Ramirez-Rozzi au journal Le Monde (29/10/05) qui cite d’ailleurs au nombre des « ennemis » de votre théorie le paléontologue Jean-Jacques Jaeger ou l’anthropologue André Langaney. Toujours dans Le Monde, Pascal Picq semble reconnaître pour sa part qu’il est intéressant d’avoir soulevé la question de la flexion de l’os sphénoïde chez les hominidés, tout en précisant qu’il n’est pas d’accord avec votre interprétation.

ADM : Pascal Picq est devenu bien plus prudent après avoir affirmé qu’il n’existait pas de découvertes et que ma recherche était obsolète. Je constate que les explications destinées à lui faire comprendre que je ne cherchais pas à démontrer un programme dans l’évolution ont fini par porter leurs fruits.
Yves Coppens est bien plus proche de ces idées de mutations intégrées et actualisées qu’il n’y paraît dans le documentaire. Il reconnaît, au demeurant, la complexité croissante, et il est bien le seul à avoir eu le courage de rappeler que Teilhard était un des grands penseurs de la théorie de l’évolution. Yves Coppens lui a d’ailleurs rendu un long hommage lors de son cours de clôture au Collège de France, en juin 2005.
La différence entre nous, c’est que lui est convaincu que, sans la savane, la bipédie ne serait pas apparue. Je pense, pour ma part, que sans la forêt les grands singes auraient disparu, et cette potentialité évolutive avec eux. Conséquence, il n’y aurait pas eu d’hominidés, d’êtres en bipédie permanente suite à une nouvelle évolution du développement de l’embryon et, par conséquent, à une nouvelle rotation du sphénoïde. C’est la forêt qui a sauvé la bipédie permanente d’origine embryonnaire et phylogénétique. Il s’agit donc d’une sélection naturelle positive.
Quant à Fernando Ramirez, il s’agit d’un de nos anciens étudiants. C’est un admirateur de Richard Dawkins. Je me souviens qu’il parlait de son livre L’horloger aveugle avec enthousiasme. Ramirez étudie des dents fossiles. De toute évidence, il se place déjà dans une certitude : « L’évolution est régie par les lois du hasard et des nécessités alimentaires ».
De telles certitudes constituent un présupposé, en sorte que tout ce qui vient heurter ses intimes convictions devient, par essence, « du délire » pour le citer à mon propos. Un esprit scientifique devrait faire preuve d’humilité et savoir se laisser surprendre par l’inattendu.

VA : Science et religion seront-ils indéfiniment frères ennemis ?

ADM : Je suis chercheur avant tout, c’est-à-dire, libre de réfléchir aux implications et à la signification de ce que j’ai découvert, et à ce que cela signifie dans ma vie, enrichie de tout ce qui n’est pas scientifique ou objectif, comme l’expérience de la relation d’être à être. La découverte d’une logique interne me donne toute liberté de m’interroger, hors du cadre de la science, du point de vue philosophique et éthique, sur la finalité de ce processus.
Chacun a son idée sur le sens de sa vie. On ne veut pas se sentir réduit à une  » logique interne  » si elle devait concerner l’intégralité de nos capacités. Nous avons besoin de liberté, d’inconnu, d’espace pour la créativité. Ce qu’il faut comprendre dans notre histoire interne, c’est précisément cette différence entre le niveau macro-évolutif qui n’est pas touché par l’entropie (la dégradation) et le niveau singulier, qui est mortel, qui souffre dans son corps et son esprit. C’est cela qui est important.
Le néo-darwinisme affirme -désormais à l’encontre des faits- que c’est ainsi que notre histoire s’est construite. Or, cela est inexact. Cette découverte (enfin entendue du grand public) le prouve. Elle est encore loin d’être comprise.
Concernant la foi, elle ne peut pas être l’otage de la vision néo-darwinienne à travers des critiques contre l’Intelligent design, puisque ce mouvement ne fait pas appel à la foi en la révélation des origines de l’amour.
Et elle ne le sera pas non plus de mes observations puisque, comme je vous l’expliquais et -à la différence de l’Intelligent design- le mystère des origines demeure déjà avec le changement de mémoire génétique de deux embryogenèses. Plus nous descendrons dans les profondeurs de la mémoire génétique, plus nous retrouverons le « Réel voilé », tel que l’explique si bien le Professeur Bernard d’Espagnat.

(1) « Le sphénoïde n’évolue pas en lui-même bien sûr. Ses changements sont une conséquence de l’évolution de l’information qui code son développement dès la fécondation. C’est donc l’information génétique qui évolue et on constate dans le cas de notre lignée qu’elle évolue sur plusieurs millions d’années entre deux transformations anatomiques. Je ne suis pas en mesure de dire comment cela est possible, puisque c’est en dehors du champ des compétences des paléontologues. Quant aux biologistes, ils étudient des périodes de temps trop courtes pour constater ce type de processus. Il faut donc poser la question à des spécialistes en chimie quantique et commencer à traduire les changements de forme par des équations, pour écrire une théorie au sens mathématique. Les faits en eux-mêmes montrent qu’il existe dès la formation du patrimoine héréditaire des processus de mise en mémoire de l’information, de sorte que tout changement anatomique ne vient pas exclusivement de l’environnement. Cela peut provenir aussi d’une mémoire contenue dans le patrimoine héréditaire. Ce sont les bases d’un consensus objectif qui se dessinent, sans référence religieuse précisément. ». Source : « Les arguments d’Anne Dambricourt-Malassé » (propos d’ADM recueillis dans Le Monde.fr du 29.10.05)
(2) Loi, en biologie, dite loi de Dollo, qui pose l’irréversibilité de l’adaptation à base générale de Dollo. plus d’infos sur :
http://archquo.nouvelobs.com/…
(3) C’est-à-dire : stockage de l’information
(4) Voir : http://www.sciences.univ-nantes.fr/physique/perso/blanquet/synophys/42tropi/42tropi.htm
(5) L’émission « Homo sapiens, une nouvelle histoire de l’Homme » diffusée le 30 octobre 2005 sur Arte a suscité la polémique chez les scientifiques (avec les interventions de Philippe Tobias, Didier Marchand, Jean Chaline… Pour ceux qui s’intéressent aux lois de fractalisation de la complexité, lire l’excellent livre de Jean Chaline (en collaboration avec Christian Nottale et Pierre Grou) Les arbres de l’évolution)
(6) « intelligent design » ou « dessein intelligent ». Le dessein intelligent tente de réconcilier science et religion. Voir aussi : http://www.designinference.com/
(7) « Un film soupçonné de néo-créationnisme fait débat » (Le Monde.fr du 29/10/05)
(8) Jésuite, chercheur, théologien et philosophe, Pierre Teilhard de Chardin (1881-1955) est connu pour ne pas voir d’opposition entre la foi catholique et la science
(9) Qu’on nomme aussi « Jésuites »
(10) Les « grands établissements » sont des établissements publics à caractère scientifique, culturel et professionnel régis par les dispositions du livre VII du code de l’éducation site en ligne : http://www.wikipedia.org/wiki/Grand_établissement

Pour en savoir plus sur la théorie scientifique d’Anne Dambricourt Malassé :
Sur le site de l’Académie des Sciences – Rubrique Conférences
Voir p : 24. Partie « Les premiers hominidés » : « Evolution du chondrocrâne et de la face des grands anthropoïdes miocènes jusqu’à l’Homo sapiens. Continuités et discontinuités »
Voir aussi p : 14. Partie « La question de la diversité des hominidés » : « Développement embryonnaire et évolution »
« Un texte fondamental de la pensée d’Anne Dambricourt Malassé. Paysages mentaux des racines évolutives humaines »

Muséum d’Histoire naturelle
Le site Hominidés.com les évolutions de l’Homme
Et pour ceux qui s’intéressent à Teilhard de Chardin, nous vous invitons à lire sa Messe sur le monde rédigée en 1923 alors que le père jésuite se trouve au milieu du désert.

*Anne Dambricourt Malassé est paléoanthropologue, chargée de recherche au CNRS et docteur en paléontologie humaine du Muséum national d’histoire naturelle. Par ailleurs, elle est secrétaire générale de la Fondation Pierre Teilhard de Chardin. Elle a également publié La légende maudite du vingtième siècle (Editions La Nuée Bleue. Octobre 2000). Biographie

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Fier comme Artaban

Posté par Gabriel Cloutier le 19 mai 2008

… de constater que sans l’aide de personne, si ce n’est de celle de mon excellent professeur de philosophie, j’aie pu en arriver à des conclusions similaires à celles d’Anne Dambricourt (… Entendons bien que dans notre singularité à tendre vers la nécessité d’une signification de notre être, il demeure dans les origines de cette aptitude, un mystère. C’est une conscience réfléchie qui est concernée, elle émerge d’une logique interne… etc).
Sans passer par la case Teilhard et dans la rigueur d’une réflexion rationaliste et scientifique.
Comme quoi dans les années 70-80 on avait bien raison de garder le magasin nous-mêmes et pas laisser les boutiquiers penser à notre place.

Allez ! Un peu d’humilité : merci Bergson, et merci Cendrars !

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Blaise Cendrars.

Quelle gueule !

« Je voulais indiquer aux jeunes gens d’aujourd’hui qu’on les trompe, que la vie n’est pas un dilemme et qu’entre les deux idéologies contraires entre lesquels on les somme d’opter, il y a la vie, la vie, avec ses contradictions bouleversantes et miraculeuses, la vie et ses possibilités illimitées, ses absurdités beaucoup plus réjouissantes que les idioties et les platitudes de la « politique », et que c’est pour la vie qu’ils doivent opter, malgré l’attirance du suicide, individuel ou collectif, et de sa foudroyante logique scientifique. Il n’y a pas d’autres choix possibles. Vivre ! »

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Pensée du jour

Posté par Gabriel Cloutier le 28 mai 2008

« _ Je ne suis pas schizophrène,.. moi non plus. »
Gérard Morel
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Analyse d’un exemple d’obscurantisme scientifique

Posté par Gabriel Cloutier le 28 mai 2008

Anne Dambricourt-Malassé,
la découverte, la théorie et…la calomnie

Extrait du Jean Staune
http://www.staune.fr

Analyse d’un exemple d’obscurantisme scientifique dans le débat sur la nature de l’évolution
Les travaux d’Anne Dambricourt-Malassé (du CNRS et de l’Institut de Paléontologie Humaine du Laboratoire de Préhistoire du Muséum National d’Histoire Naturelle), ont déclenché, en France, un important débat sur la nature des processus qui surviennent au cours de l’évolution. Après les avoir brièvement résumés, nous analyserons un article, « Du Rififi dans l’Evolution » de Anna Alter et Philippe Testard-Vaillant (Science et Vie Janvier 97, p 56-60) qui constitue un élément de choix pour ceux qui, dans un cadre sociologique ou épistémologique, s’intéressent aux résistances aux nouvelles idées qui se produisent au sein de la communauté scientifique, alors que l’on imagine, en regard des siècles d’inquisition, que celle-ci se doit d’accueillir objectivement et (même avec joie !) tout progrès de nos connaissances.

Les travaux se décomposent en deux découvertes et une théorie.

La première découverte, c’est que la bascule de la partie postérieure du crâne est commandée par l’enroulement du tube neural (voir fig.1) et non par la locomotion bipède comme on l’a toujours cru. Plus ce tube s’enroule, dans les premiers stades embryonnaires, plus la bascule est importante. Le processus qui se répercute sur les tissus règle aussi les rapports entre la face et la base du crâne, c’est lui qui fait apparaître le petit vide symphysaire que nous avons tous au milieu du menton et qui n’existe chez aucun singe actuel ou passé.

Il s’agit d’un fait objectif que chacun peut vérifier, et qui est d’une grande importance pour notre compréhension de l’apparition des hominidés avec le cou basculé et le retrait du prognathisme (la contraction qui fait que nous sommes les seuls primates à avoir les dents sous le front). Si la première découverte concerne le développement de l’embryon, la deuxième concerne les fossiles. Si l’on prend certaines mesures en trois dimensions sur les crânes des ancêtres de l’homme, ceux-ci se répartissent automatiquement en 6 grandes catégories (cf figure 2), chacune correspondant à un « palier de contraction ».

A partir de ces deux découvertes, il est possible d’ébaucher une théorie concernant l’évolution qui a mené à l’homme. Celle-ci est non graduelle. On passe sans intermédiaire d’un palier de contraction embryonnaire à un autre, chaque palier étant défini par une embryogenèse fondamentale. Elle est fondamentale en ce qu’à partir d’une même embryogenèse, le « modèle » peut varier (telles des berlines qui peuvent devenir des coupés ou des breaks tout en gardant la même base) et cette évolution peut être graduelle, darwinienne et contingente. Par contre, entre un grand singe anthropoïde et un australopithèque apparaît une nouvelle embryogenèse, et la théorie avance que cela ne peut se faire que par une refonte du plan d’organisation qui intègre les fondements de l’ancien plan. Il n’y a là rien de subjectif, c’est l’interprétation la plus logique à partir du moment où les faits montrent que les fossiles rentrent d’eux-mêmes dans des « boîtes » correspondant aux « paliers » et qu’aucun ne se situe dans une position intermédiaire.

La théorie se fonde également sur le constat que la succession des plans d’organisation évolue toujours de la même façon, celle d’une « contraction cranio-faciale » avec un enroulement du tube neural plus important. C’est le signe de l’existence d’un phénomène qui ne doit rien au hasard des explications darwiniennes classiques. En effet, on peut observer (cf fig. 2) un processus, qui, pendant 60 millions d’années et quelles que soient les innombrables modifications de l’environnement que traversent les espèces qui le portent, se répète comme induit par un déterminisme interne. Il est également remarquable que ce processus aille en s’accélérant, l’arrivée d’un nouveau palier de contraction mettant toujours moins de temps pour apparaître que celui dont il est issu.

Comment ne pas penser, devant ce que nous montre cette étude des fossiles, que nous pouvons bien être en face d’un phénomène possédant une logique interne et échappant à la contingence dont on voudrait faire la maîtresse du champ de l’évolution biologique ? Comment ne pas voir la portée et l’importance potentielle de ce « nouveau regard » posé sur nos origines ?

Maintenant que nous savons en quoi consiste la découverte et l’approche conceptuelle d’Anne Dambricourt, nous allons pouvoir analyser les critiques qui lui sont faites dans l’article cité.

Elles émanent principalement de Pascal Picq, Maître de conférences au Collège de France, responsable de l’unité de Paléoanthropologie et d’Anatomie fonctionnelle. Il avance trois arguments qui, selon lui et les auteurs de l’article, suffisent largement à balayer la théorie. (Quant aux découvertes, aucun des protagonistes n’en parlent, on peut même se demander, aux vues de ce qui va suivre, s’ils les ont simplement comprises, ou s’ils se sont aperçus de leur existence).

- « Tout d’abord, « Homo sapiens sapiens » appartient à un groupe en voie d’extinction. En effet, il y a 20 millions d’années, d’après les fossiles, il existait au moins 20 primates supérieurs dépourvus de queue comme nous, et seulement 2 sortes de singes dotés d’un appendice caudal. Or, aujourd’hui, il ne reste que 5 hominoïdes
(chimpanzé, gorille, orang-outan, gibbon et homme) contre une centaine d’espèces de singes. Pas de quoi se vanter ! ». Ainsi, selon Pascal Picq et les auteurs de l’article qui légendent ainsi une figure : « Nous vivons l’âge d’or du singe ».

Mais cela ne peut infirmer en rien la théorie d’Anne Dambricourt puisqu’elle repose sur l’ordre d’apparition des plans d’organisation, et considère les plans d’organisation et non le nombre d’espèces par plan !

La théorie repose sur la nécessité d’expliquer la succession des plans, et non sur le nombre d’espèces qui naîtra de ces plans. Une fois que le processus a « quitté » un plan d’organisation, peu importe pour la théorie ce qui peut arriver à l’embryogenèse fondamentale que « porte » ce plan. Qu’elle disparaisse totalement comme celle des Australopithèques, ou connaisse un large succès comme celle des petit singes, ne peut ni confirmer ni infirmer la théorie. Pascal Picq n’a pas compris que la théorie évoque une macromutation (l’évolution des plans) et non une microévolution (l’évolution dans le plan).

Il est extraordinaire de constater que depuis 40 millions d’années les prosimiens ont donné les singes et depuis, rien d’autre que des prosimiens ; qu’il y a 20 millions d’années, les singes ont donné les grands singes et depuis rien d’autre que des singes ; qu’il y a 7 millions d’années, les grands singes ont donné les Australopithèques et depuis rien d’autre etc… !

Le passage du processus d’une embryogenèse fondamentale à une autre semble irréversible.
Certes, à l’intérieur d’une embryogenèse des variations strictement contingentes ou adaptatives se produisent, mais la sortie de cette embryogenèse vers une autre s’effectue toujours dans le même sens depuis 60 millions d’années et ne se répète qu’à partir de la dernière embryogenèse apparue.

- Deuxième critique de Picq : « Il y a 3 millions d’années coexistaient deux ou trois espèces d’Homo et deux ou trois espèces d’Australopithèques. Une floraison qui interdit d’affirmer que l’évolution de l’homme a été linéaire ». A la lumière de ce qui précède, le lecteur, même non spécialisé, aura compris que cet « argument-massue » (d’après les auteurs de l’article) est également d’une inconsistance absolue. L’existence de 2, de 3 voire de 10 espèces d’Australopithèques cohabitant avec le genre Homo il y a trois millions d’années, n’est pas plus de nature à infirmer la théorie concernant le passage du plan Australopithèque au plan Homo que notre propre cohabitation actuelle avec les singes ou les prosimiens ! La théorie affirme clairement qu’il peut se produire autant de fluctuations que l’on veut à l’intérieur d’une embryogenèse. Ce qui est nouveau c’est, comme nous l’avons vu, que la sortie d’une embryogenèse se fait de manière unique et toujours dans la même direction, et ce sont les fossiles qui l’indiquent.

C’est la raison pour laquelle on peut répondre de façon évidente à la question de Picq : « Où est le point de départ de la fameuse « ligne droite » qui mènerait à l’homme ? ». Ce point se situe chez les prosimiens il y a 60 millions d’années (comme le montre la fig. 2).

- Dernier argument de Picq : « l’homme n’est pas le seul sapiens qui existe, l’Homme de Néanderthal est aussi un sapiens et qu’il y ait eu deux espèces biologiquement différentes mais toutes deux complètement sapiens met son histoire par terre… »

Mais Picq, lui, met la charrue avant les boeufs. Car s’il y avait eu deux “sorties” parallèles mais indépendantes depuis le plan d’organisation de l’Homo Erectus, il est clair que le raisonnement précédent ne pourrait plus
s’appliquer en totalité, la ligne deviendrait une fourche à son extrémité. Mais tout le problème c’est justement de savoir si l’Homme de Néanderthal est ou non un sapiens. Anne Dambricourt prétend démontrer que ce n’est pas le
cas. L’Homme de Néanderthal a la base du crâne moins contractée que certains Homo Erectus plus âgés (que lui) d’1 million d’années ; sur la ligne de l’évolution, l’Homme de Néanderthal est reparti en sens inverse (malgré son gros cerveau) car son embryogenèse fondamentale, que trahit la « signature » que représente son niveau de contraction cranio-faciale, se situe ainsi dans celle des Homo erectus et non dans celle des Homo sapiens !

Picq, de son côté, se contente d’affirmer que l’Homme de Néanderthal est un sapiens comme si cela ne faisait pas le moindre doute, sans ébaucher l’ombre d’une démonstration en dehors des propos suivants : « Néanderthal était un vrai sage, doté d’un langage et d’un cerveau plus gros que le nôtre. Il était plus européen que nous, il a occupé le Vieux Continent durant environ 350.000 ans, alors que nous n’y sommes que depuis 40.000 ans. On ne peut décemment parler de chaos à son sujet. »

En quoi le fait d’être plus européen que nous peut-il donner droit au titre de sapiens ? Si l’on peut parler de « chaos » au sujet de l’Homme de Néanderthal, c’est qu’il s’agit d’une mutation aléatoire à l’intérieur du plan d’organisation de l’Homo Erectus, donc d’une évolution chaotique, alors que le passage de l’embryogenèse fondamentale « Erectus » à l’embryogenèse sapiens s’inscrit dans le processus dont nous avons parlé.

Les auteurs de l’article laissent entendre que « sauf pour quelques nostalgiques de l’Université française qui en bons héritiers de Lamarck, Bergson, Piveteau et consorts, placent l’homme au sommet de la création » le débat est tranché, Néanderthal est un sapiens. Or dans « La Recherche » parue le même mois (janvier 97), on trouve p. 66 un article du paléontologue Jean-Louis Heim, professeur au Muséum National d’Histoire Naturelle qui commence ainsi : « Le ler octobre 1996, les très prestigieux “Proceedings of the National Academy of Sciences” publiaient un article
intitulé : « Signification de quelques apomorphies jusque-là inconnues dans la région nasale de l’Homo
neandertalensis ». Le message du texte signé par Jeffrey Schwartz et Jan Tattersall est simple : les Néanderthaliens avaient une morphologie faciale très différente de la nôtre. Ils ne peuvent, de ce fait, être assimilés à Homo sapiens ».

Heim est en désaccord avec ces auteurs sur leur interprétation du nez du Néanderthalien. Mais sur le point qui nous préoccupe voici ce qu’il dit : « On doit ajouter que l’assimilation des Hommes de Néanderthal à Homo sapiens (au sens biologique du terme) a été établie sur la base de critères inappropriés, les uns étant de nature essentiellement culturelle (technique d’élaboration de l’outillage, pratique de l’inhumation intentionnelle des défunts), les autres n’offrant aucune valeur spécifique (volume important du cerveau, existence de certains traits anatomiques présents chez l’homme moderne), d’autres enfin étant purement hypothétiques, tels que la possibilité d’un métissage avec Homo sapiens » ; et plus loin « la prétendue appartenance des néanderthaliens à Homo sapiens apparaît par conséquent bien dépassée, ce que confirment d’ailleurs nos recherches récentes concernant l’ontogenèse (phases du développement individuel) ».

La thèse selon laquelle le néanderthalien serait un sapiens est purement spéculative, alors que la thèse inverse est induite de l’observation.

Cette thèse a été soutenue par Chris Stringer en Grande-Bretagne (sur la base de statistiques portant sur des milliers de mesures), par Saban (étude de la vascularisation méningée) et Hublin (comparaisons anatomiques), en France. On voit ainsi dans quelle mesure il est évident, au moment où paraît l’article, que l’Homme de Néanderthal est un sapiens et qu’il ne saurait y avoir de débat sur ce point !… Depuis, la situation a encore bien évolué.

Que des journalistes scientifiques ignorent que le caractère sapiens ou non sapiens de l’homme de Néanderthal est l’un des grands débats actuels de la paléontologie, et que les résultats récents penchent en faveur de l’hypothèse qu’il n’est pas un sapiens, est déjà grave ; mais Pascal Picq, lui, ne peut l’ignorer. Pourtant, d’après ses propos la question est tranchée. Vis-à-vis d’un public non spécialisé qui ne peut vérifier de tels propos, quel nom cela porte-t-il, sinon celui de désinformation ?

Pour en finir avec Pascal Picq, il faut noter qu’il met gravement en doute les compétences professionnelles d’Anne Dambricourt : « Mon amie Anne ne connaît pas du tout les fossiles, encore moins les fossiles de singes… »

C’est la pire calomnie que l’on puisse faire concernant une paléontologue et c’est une aberration lorsqu’on connaît sa passion pour les fossiles et le grand nombre d’entre eux qu’elle a étudiés pour ses travaux y compris de nombreux fossiles de singes ! Il est savoureux que cette calomnie vienne d’un homme qui expose publiquement sa totale incapacité à simplement comprendre les travaux en question, alors qu’il travaille dans la même discipline.

Il faut aussi mentionner que Pascal Picq accuse Anne Dambricourt de « paléoracisme » envers l’homme de
Néanderthal. Cela est d’autant plus insultant que la théorie d’Anne Dambricourt est celle qui a le plus d’implications antiracistes de toutes les théories paléontologiques sur l’origine de l’homme !

En effet, qu’est-ce qui, en paléontologie, peut aller dans le sens du racisme ? Le gradualisme. Si l’Homo sapiens a lentement émergé d’une humanité non-sapiens, les races les plus anciennes sont forcément plus proches de celle-ci et les plus récentes plus éloignées. Et comme on considère généralement que les « caucasiens » constituent la population la plus récente… Certes il existe de nombreux gradualistes qui sont des anti-racistes sincères, allant même jusqu’à dire que les races n’existent pas. Mais qu’on le veuille ou non le gradualisme est un puissant soutien direct ou indirect des conceptions racistes auprès des non-scientifiques, même cultivés, d’hier et d’aujourd’hui. Les propos suivants ont été tenus à la Chambre des Députés le 28 juillet 1885, publiés au J.O. au 29 juillet 1885 : « Et je vous défie – permettez-moi de vous porter ce défi, mon honorable collègue – de soutenir jusqu’au bout votre thèse qui repose sur l’égalité, la liberté, l’indépendance des races inférieures. (…) Messieurs, il faut parler plus haut et plus vrai ! Il faut dire ouvertement qu’en effet les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures.

- Oh ! Vous osez dire cela dans le pays où ont été proclamés les droits de l’homme !

- (…) Je répète qu’il y a pour les races supérieures un droit parce qu’il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures… » Quel est l’affreux raciste, précurseur de toutes les idéologies barbares qui vont déferler sur l’Europe quelques décennies plus tard, qui ose ainsi parler du « droit des races supérieures » au coeur de l’Assemblée Nationale de la République ?

Il s’agit de Jules Ferry. Jules Ferry, l’un des piliers de l’Éducation laïque et de la Gauche républicaine qui fut Président du Conseil, Ministre de l’Instruction Publique, Ministre des Affaires Etrangères !

Comment est-ce possible ? C’est que nous sommes en plein triomphe de la conception gradualiste darwinienne, 25 ans après « l’Origine des Espèces » (Darwin était plus gradualiste que la plupart des néo-darwiniens actuels). Ainsi, même pour un homme tel que lui, il ne faisait pas de doute, en fonction de ces conceptions gradualistes, qu’il existe une hiérarchie s’échelonnant graduellement des peuplades dites « primitives » jusqu’aux européens.

Or la théorie d’Anne Dambricourt est la moins gradualiste de toutes les théories concernant l’origine de l’homme moderne. Elle introduit une séparation embryonnaire nette entre le sapiens et le non-sapiens.

Ainsi aucun Homo sapiens n’est un peu « moins sapiens » qu’un autre. Ils ressortent tous, même les plus anciens, d’une même embryogenèse.

Il n’existe pas une population humaine embryologiquement plus proche des Homo erectus. Pour Anne Dambricourt, le gradualisme génétique ne se vérifie pas à l’échelle macroscopique des plans embryonnaires.

Le potentiel antiraciste d’une théorie n’est en aucun cas un critère de validité scientifique, mais c’est un fait qu’il paraît important de souligner par les temps qui courent. Surtout si son auteur se voit attribuer l’accusation
invraisemblable de « paléoraciste ».

Jean-Jacques Jaeger se « contente » d’affirmer, lui, « qu’Anne Dambricourt choisit les informations qui l’arrangent pour tracer une ligne droite » et que son modèle « s’appuie essentiellement sur des convictions intimes et non sur des données établies ».

Or, la figure 2, qui constitue le coeur de la théorie, découle directement de « données établies » et non d’intimes convictions.

Les propos les plus intéressants de Jaeger sont ceux-ci : « Il est en train de se produire une chose extraordinaire.
Rien de moins que la remise en cause de la Science ». Il s’agit en fait d’une remise en cause de sa vision de la science. Une science qui ne peut simplement pas imaginer les processus, situés bien au-delà du hasard des
mutations et de la nécessité de l’adaptation, que décrit Anne Dambricourt. Il s’agit d’une attitude typique d’un scientifique qui sent plus ou moins consciemment que les bases de sa vision du monde sont en train de s’écrouler,
comme le montre l’épistémologue Thomas Khun dans « La Structure des Révolutions Scientifiques », et n’a pas les concepts pour suivre le développement du formalisme qui, lui, reste strictement scientifique.

Le cas d’Yves Coppens est différent. Tout en insistant sur le fait qu’il se « démarque radicalement » des positions d’Anne Dambricourt, les auteurs soulignent sa « bienveillance » (cf. encadré “l’opinion d’Yves Coppens” p. 19). Cela est d’autant plus remarquable qu’Anne Dambricourt dit que :
1°) la bascule du cou n’est pas liée à la bipédie
2°) elle est d’origine embryonnaire
3°) elle n’est pas une réponse à une adaptation locomotrice
4°) le lien entre la déforestation et la répétition d’une telle logique interne est loin d’être évidente.

Si la bascule du cou est un phénomène qui a commencé 60 millions d’années auparavant et qui s’est poursuivi avec l’amplification de la rotation neurale, rien ne permet d’affirmer que, sans l’effondrement du Rift, l’homme ne serait jamais apparu. Certes l’environnement joue un rôle, mais ce n’est pas un rôle premier, c’est une canalisation des possibles. Le rôle premier est joué par le processus embryonnaire mis en lumière par les découvertes d’Anne Dambricourt.

En véritable scientifique, Yves Coppens engage le débat lorsque apparaît une théorie différente de la sienne. Ainsi le 14 mars 96, il offrit à Anne Dambricourt la tribune de son séminaire au collège de France pour y présenter ses travaux.

A la fin, Pascal Picq lui demanda ce qu’il en pensait. La réponse vaut d’être méditée : « C’est horrible ce que je vais dire, mais je crois être presque d’accord avec tout ! ». Selon les théories actuelles, si la forêt n’avait pas cédé la place à la savane, « notre crâne serait resté ce qu’il était il y a 10 millions d’années”. Mais récemment, on a trouvé la plus vieille base de crâne typiquement australopithèque, l’Australopithèque ramidus, en plein milieu forestier, vers 4,4 millions d’années.

Or, qui a prédit qu’on trouverait un jour un australopithèque dans une forêt tout en présentant une théorie pour étayer cette prédiction ? Anne Dambricourt est à ma connaissance la seule à avoir prédit cela.

Il est beaucoup plus rare de voir ses prédictions se réaliser en paléontologie que dans d’autres sciences comme la physique ou l’astronomie car il s’agit d’une science principalement descriptive. Va-t-on alors, devant ce résultat brillant (la prédiction réalisée a toujours été le signe même d’un progrès important des connaissances dans l’histoire des sciences) aider cette jeune chercheuse française ? Non, au mieux, c’est l’indifférence, au pire, le mépris.

Il faut vraiment être amoureux de la science pour continuer à travailler dans de telles conditions. Mais n’oublions pas que ce fut le lot quotidien de la majorité des grands découvreurs depuis plusieurs siècles. Autant tout le monde l’admet pour le passé, autant il est malséant de parler au présent de l’existence d’un « obscurantisme scientifique ».
C’est en cela que l’article en question nous paraît d’une extrême importance pour comprendre les blocages conceptuels qui freinent le progrès des connaissances.

En effet, il est écrit par des journalistes scientifiques connus qui ne sont en aucun cas des débutants ; les
scientifiques interviewés occupent des positions incontestables dans leur domaine. Pourtant, l’article contient un nombre record d’aberrations scientifiques, « d’oublis », voire de « désinformations ». Instruisant totalement à charge, les journalistes n’ont même pas pris la peine de vérifier – un coup de téléphone aurait suffit – les fausses informations qui leur ont été fournies (ils n’ont également jamais cherché à joindre Anne Dambricourt et ont même appelé ses collègues de laboratoire pour essayer – en vain – d’avoir des critiques sur elle dans son dos).

Ils affirment ainsi qu’Anne Dambricourt n’a pas publié dans des revues de références, alors que ses découvertes ont toutes deux été publiées dans une grande revue internationale à comité de lecture “Quaternary International” et que des grands paléontologues comme R.V. Tobias et Jean Chaline ont souligné sur leur importance.

L’article affirme que la théorie ne résiste pas à un examen rigoureux, mais rien n’est moins rigoureux que l’examen en question. Seuls des motifs idéologiques d’autant plus forts qu’ils sont sans doute en partie inconscients, peuvent expliquer une telle situation. Que la communauté scientifique prenne collectivement conscience de l’existence de tels mécanismes serait un acquis d’une grande importance pour la science et la liberté du chercheur.

En attendant on peut toujours se consoler en pensant que, même s’il est rageant de perdre parfois autant de temps, la vérité, comme l’eau sous le glacier, finit toujours par se frayer son chemin. Ceux qui s’aventurent hors de leur « forêt idéologique » dans une « savane conceptuelle » à laquelle ils ne sont pas adaptés, n’ont, dans le long terme, aucune chance d’y survivre.

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Un bouquin

Posté par Gabriel Cloutier le 29 mai 2008

Notre existence a-t-elle un sens ? : Une enquête scientifique et philosophique

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Présentation
Jean Staune nous fait voyager à travers l’infiniment petit et l’infiniment grand, les sciences de la vie et les sciences de la conscience. Un parcours fascinant qui nous amène à une incroyable conclusion : la vision classique que nous avons aujourd’hui de l’homme et du monde est aussi inexacte que pouvait l’être au Moyen Âge celle d’un Univers de petite dimension dont la Terre occupait le centre ! La vision nouvelle issue de cette synthèse nous décrit un monde ouvert sur d’autres niveaux de réalité, où notre conscience ne se résumerait pas à l’activité de nos neurones, où la vie serait inscrite dans les lois de l’Univers. De telles découvertes, qui selon de nombreux scientifiques permettent un  » réenchantement du monde « , ont de très grandes implications philosophiques et sociétales. Parmi celles-ci, la possibilité d’un rapprochement, après des siècles de séparation, de nos connaissances rationnelles et des intuitions des grandes traditions religieuses, pour contribuer à donner aux hommes du XXIe siècle une vision unifiée et cohérente du monde.

Biographie de l’auteur
Jean Staune est diplômé en paléontologie, mathématiques, informatique, gestion, sciences politiques et économiques. Fondateur et secrétaire général de l’Université interdisciplinaire de Paris, il enseigne la philosophie des sciences dans le MBA du groupe HEC. Cet ouvrage est le résultat de près de vingt années de recherches et de rencontres dans de nombreux pays avec des dizaines de personnalités représentant tous les grands domaines scientifiques. il a dirigé l’ouvrage collectif Science et quête de sens (Presses de la Renaissance, 2005) qui rassemble 15 co-auteurs dont 4 prix Nobel.

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Marion Cotillard doute de la réalité du 11-septembre et qu’un homme ait marché sur la Lune

Posté par Gabriel Cloutier le 5 juin 2008

Trouvé sur le Blog du Grincheux

Cette actrice planétaire est d’une médiocre générosité, nous l’avons souligné ici la semaine dernière. Dans le film La Môme, Marion Cotillard fait semblant de chanter, tout en s’exclamant dans les interviews qu’elle a toujours aimé chanter. Mais pour dire des conneries, elle ne s’embarasse pas de faire semblant, et tant qu’à y aller, elle met le paquet, comme dans cette interview télévisée sur Paris Première en 2007. Résumons : la Cotillard n’a pas de voix, elle n’a pas de coeur, et en plus elle n’a pas de cervelle ? L’erreur à la base, c’est cette habitude stupide des journalistes, de faire parler les comédiens devant des caméras sur tout et rien, la vie du monde, la recherche sur le cancer, les tensions au proche-orient, l’effondrement des Tours Jumelles… On voit les résultats. Tout le monde n’est pas Fabrice Lucchini. Il ne me semble pas me rappeler que les acteurs de cinéma des générations précédentes acceptaient de se livrer à ces bavardages : Jean Gabin interrogé sur la guerre d’Algérie ? Fernandel consulté sur la validité des revendications de mai 68 ? Louis de Funes sollicité sur les effets de la limitation de vitesse sur autoroute (et pourtant, en tant que gendarme !) ? Lino Ventura étalant son point de vue sur le prix exhorbitant du paquet de nouilles à Monoprix (et pourtant, en Italien d’origine …)… et même certains acteurs vivants : Catherine Deneuve gagnerait-elle en mystère à aller se répandre en propos oiseux, dans le registre Cotillard, sur Paris Première ? La Môme est-il un bon film ? On le dit, je le crois. Marion Cotillard y est-elle une bonne actrice ? On le dit, je le crois. Marion Cotillard est-elle une gourdasse ? Je le vois, je le crois.

Marion Cotillard : J’ai tendance à être plutôt souvent de l’avis de la théorie du complot.

Xavier de Moulins : Un peu parano ?

M. C. : Pas parano, non c’est pas parano parce que je pense qu’on nous ment sur énormément de choses : Coluche, le 11 septembre. On peut voir sur internet tous les films du 11 septembre sur la théorie du complot. C’est passionnant, c’est addictif, même.

X. de M. : Sur le 11 septembre par exemple, toi, qu’est-ce qui t’a le plus troublée, concrètement ?

M. C. : On te montre d’autres tours du même genre ayant pris des avions, ayant brûlé… il y a une tour, je crois que c’est en Espagne, qui a brûlé pendant 24 heures.

X. de M. : Avant de s’effondrer ?

M. C. : Elle ne s’est jamais effondrée ! Aucune de ces tours ne s’effondre. Et là, en quelques minutes, le truc s’effondre. Et puis après, on peut en parler longuement… Parce que c’était bourré d’or les tours du 11 septembre. Et puis c’était un gouffre à thunes parce qu’elles ont été terminées, il me semble, en 1973 et pour recâbler tout ça, pour le mettre à l’heure de toute la technologie et tout, c’était beaucoup plus cher de faire des travaux etc. que de les détruire… Est-ce que l’homme a vraiment marché sur la lune ? J’ai vu pas mal de documentaires là-dessus et ça, vraiment je m’interroge. Et en tout cas je ne crois pas tout ce qu’on me dit, ça c’est sûr.

SOURCES :
- article dans le Daily News de New York du 02.03.2008
- article dans Marianne du 29.02.2008
Sélection du meilleur commentaire reçu à ce jour sur ce billet :  » D’un autre côté, ce qu’en pense Marion, on s’en tamponne le cotillard …  » (Signé : Lenonce)

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Marion Cotillard, quelle grande actrice, quelle chanteuse…et quelle générosité

Posté par Gabriel Cloutier le 5 juin 2008

Trouvé sur le Blog du Grincheux itou

Ceux qui ont vu la prestation de remerciements à Hollywood de Marion Cotillard aux Oscars devraient douter de ses qualités de comédienne. Au contraire, ils s’extasient. Voilà une actrice qui sait depuis des mois qu’elle va aller aux Oscars, qui a eu tout le temps de se préparer, écrire (ou faire écrire) et apprendre son texte… et qui comme prestation n’a su que débiter une dizaine de fois « I thank you so much ». J’exagère, comme souvent, car en réalité, en prêtant attention, on l’entend plusieurs fois nuancer son propos en disant « I thank you so, so much ».

Marion Cotillard est une bonne chanteuse, et tellement généreuse : dans l’avalanche de louanges et de dollars qui lui tombent dessus, elle a totalement omis de citer une fois le nom de la chanteuse qui prête sa voix au rôle de Piaf dans le film La Môme. Cette chanteuse contemporaine est une inconnue intégrale, personne ne parle d’elle. On connaît le nom des maquilleurs, mais pas le nom de la chanteuse. C’est curieux, pour un film retraçant la vie d’une chanteuse, et non la vie d’une maquilleuse. La presse ne s’intéresse pas à elle, et pire, pense que c’est la vraie voix de Piaf qui a été reprise. D’autres comme la presse américaine demandent à Marion Cotillard de leur chanter une chanson de Piaf : j’ai vu ça à la télé… affligeant ! On dirait ma soeur quand elle nous oblige en fin de banquet certains dimanches d’hiver à reprendre avec elle nos anciens chants de colonie de vacances (son morceau de bravoure est « Dedans ma chaumière »… à pleurer, surtout quand c’est en canon, là c’est à se flinguer).

Voilà ce que donne la générosité de Martion Cotillard, dans le Figaro du lundi 25.02.08 : A la question stupide  » Vous chantiez déjà en 2001 dans le film Les jolies choses. Vous aimez ça ? « , l’actrice de classe internationale a le culot de répondre : « ‘ J’ai toujours aimé chanter…  » Une occasion unique lui était offerte de révéler qu’elle ne chante pas dans La Môme. Et (optionnellement, on peut rêver) de donner le nom de la vraie voix de chanteuse du film (qui n’est pas Edith Piaf). Zut, elle n’y a pas pensé, ele n’y pense jamais, jamais, dans aucune interview ! La journaliste auteure de l’interview, Emmanuèle Frois, ignore que ce n’est pas Cotillard (ni Piaf) qui chante. Elle l’ignore, pourtant elle est journaliste au Figaro. Moi qui ne suis rien qu’un autre pauvre con (le président m’a invité à l’Elysée pour me présenter ses excuses pour l’incident que vous savez du Salon de l’Agriculture), je le sais. Comment expliquer ça ? Est-il nécessaire d’être mal informé pour faire journaliste ? Et d’être un connard grincheux pour connaître certaines infos que les journalistes devraient savoir ?

Notez, tout plus malin qu’un autre que je suis, je reste à cet instant incapable de trouver sur le Net le nom de cette « fameuse » vraie chanteuse, y compris dans les sites de cinéma. C’est dire l’effort qui a été fait par la Production pour la passer sous silence. Je suis sûr que son nom et même sa photo vont sortir dans les médias tôt ou tard. Pour l’instant, c’est la Cotillard qui tire à elle toute la couverture… médiatique.

SUIVI — La voix de Piaf dans le film est celle de Jil Aigrot (merci au blogueur Largentula pour cette info). Vidéo de Jil Aigrot chantant « je ne regrette rien » sur Dailymotion . Au moment où je consulte Dailymotion mercredi 27.02 à 18h cette vidéo n’avait que 311 « vues », soit sensiblement moins que celle de 30 secondes de Sarko répondant « Alors casse-toi, pauvre con » à un malheureux électeur de gauche poli et bien propre sur lui (on parle de 3 millions de « vues » en 3 jours). Pour le Blog du Grincheux, c’est pareil : le contenu est de qualité, mais les gens préfèrent aller en masse donner leurs clics à des blogs comme celui de Loïc Le Meur. Jil Aigrot est aussi sur YouTube chantant « La foule ».

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A visiter

Posté par Gabriel Cloutier le 5 juin 2008

Voizon, une bourgade à visiter.
Pour se tordre urgemment.

Le Maire
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Le mot du Maire
Couchée entre la Dreune et la Viaine, toutes deux confluentes de l’Auron, érigée à moins de 80 km de Decize, Voizon, technopole médiévale tournée vers le futur, a su faire rimer gastéropode (son emblème) avec Ipod (pour une certaine idée de la modernité). Les 13.000 Vézigondins animistes, son Maire, Monsieur Pascal Bertin (UDF non aligné), et son conseil municipal sont fiers vous accueillir sur leur blog. Espace interactif de présentation, lieu d’expression et de partage, ce blog est également le vôtre grâce à l’intermédiaire de son forum de discussion où vézigondins et vézigondines mais également nos visiteurs pourront « chatter » en toute liberté.

Il y a aussi un forum.

… et des sites connexes :
http://fanchlemeur.blogspot.com/
http://zaleiryveitoon.blogspot.com/

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Trop cool

Posté par Gabriel Cloutier le 6 juin 2008

Trop cool dans Video/Music

Tokio Camping – Souffrance Douloureuse

 » Regarde-moi, j’ai la souffrance qui me fait souffrir de douleur
Beaucoup trop de peine, tellement j’ai mal
J’vois pas pourquoi j’aurai pas l’droit d’exhumer des cadavres la nuit
Steu’plait, est-ce que moi j’critique tes hobbies ? Non, ben ta gueule !
On a éventré ton cousin, on a épluché ta mère
Et grâce à nous ils se régalent, les vers de terre
On a crucifié ton p’tit frère sur une croix à l’envers,
Planté des clous rouillés en plein milieu de sa voûte plantaire
J’suis trop véner, ça m’saoule trop grave
De faire mes devoirs alors que de toute façon
Ça sert à rien vu qu’on va tous mourir … mourir
Si c’est comme ça, j’vais m’suicider au moins y’aura plus personne
Pour me dire maintenant range ta chambre, ah ah ah
On va déplumer ton caniche pour voir s’il est beau tout nu
Et s’il aboie on lui mettra un doigt dans l’ … nez
On va empaler ton grand-père sur un javelot de 4 mètres
Torturer ton père et lui arracher une par une les vertèbres
J’te signale que j’ai 15 presqu’et demi ! Toute manière tôt ou tard on va mourir noyés dans le vomi …… ou dans la pisse de pipi, alors c’est bon quoi !
On va t’arracher les gencives, les faire bouffer à ta sœur
Et lui couper les orteils des pieds et l’étrangler
On va lapider ta grand-mère, s’entraîner au lancer d’parpaings
Et la vider de ses entrailles pour l’empailler
On va t’extirper les viscères, sauter dessus à pieds joints
Et si y’en a partout sur les murs, tu les lécheras
On va empaler ton grand-père sur un javelot de 4 mètres
Torturer ton père et lui arracher une par une les vertèbres  »

Interview

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Lettre ouverte aux Bloggers “Influents”

Posté par Gabriel Cloutier le 6 juin 2008

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Trouvé sur Wow Effect

Par Cédric Rainotte

Chers bloggers,

Je tiens à vous écrire cette lettre car vous me fascinez.
Oui, vous êtes à mes yeux les nouveaux supers héros des temps modernes. Fini Spiderman, Superman, Batman,… et bonjour Bloggerman!…. Vous bloggez, vous tweettez, vous cherchez, vous lisez, vous commentez… et vous occupez, en plus, une position à responsabilité dans une société ou dans un grand groupe (pour certains en tout cas). C’est surtout à ces derniers que ma lettre s’adresse.

Si je prends en compte que vous tweettez une trentaine de fois par jour et que vous suivez un nombre astronomique de camarades totalement “tweettés”, vous devez, mis bout à bout, consacrer une bonne heure par jour à Twitter.

A côté de cela, vous écrivez +/- 3 posts de fond chaque jour (comptons 35 minutes par article; on parle ici d’une vraie littérature de minimum 30 lignes) et commentez environ une demi-douzaine de fois dans la blogosphère… Le poste “blog” vous ampute donc votre journée, lecture des posts de vos amis “bloggers” inclus, d’une moyenne de 2 heures et 45 minutes par jour.

Si là-dessus je rajoute les cafés (4 x 12 minutes en espérant qu’il n’y a pas de collègues à la machine), la gestion des emails perso (12 x 2 minutes (c’est une moyenne scientifique ;-) ), les besoins naturels (4 petits de 5 minutes et un gros d’un bon quart d’heure ;-) ), il ne vous reste plus, sur une journée de travail de 8 heures, que 2 heures et 12 minutes à consacrer à votre employeur (et pour nos amis français, c’est encore plus la cata avec vos RTT ;-) ). Bien entendu, je n’ai pas intégrer ici Flickr, Facebook et les éventuelles 20 cigarettes vous obligeant à visiter l’entrée de votre entreprise (si tu es bloggers influents, français et fumeur,… Dure! ;-) ).

Alors, comment faites-vous? Oui, comment faites-vous pour fournir un travail de qualité à votre employeur, à vos collègues et mener de front cette vie de débauche numérique?
Décidément, vous me fascinez car si j’étais responsable d’un département HR, je me poserais sérieusement la question si le fait d’être un blogger “influent” (fumeur en plus ;-) ) ne devrait pas être un facteur négatif dans ma sélection de candidat pour un poste.

Le côté obscur de cette débauche est malheureusement bien sombre.
Certains (pas tous heureusement) ne se contentent pas de la journée mais mettent également au service de leurs supports de promotion une bonne partie de leurs soirées et du week-end sacrifiant en même temps la vrai vie sociale (life 2.0, vous connaissez?). Encore une fois, je ne veux pas faire de généralité mais certains bloggers que j’ai rencontrer ne remarquent même pas qu’ils ne vivent qu’au travers de leurs post et de leur tweets. Ils ne sont pas apprécié pour leurs valeurs humaines et sont malheureusement souvent seuls hors du cadre numérique.

Quoi qu’il en soit, je pense que la vie vaut le coup d’être vécue pleinement et qu’il est nécessaire de ne pas se laisser “manger” par la blogosphère. Cette lettre ouverte a pour vocation de suciter une réflexion chez l’ensemble des personnes passant énormément (parfois trop) de temps sur Internet.

Le pire dans cette histoire, c’est que si vous n’étiez pas là pour écrire, je vous regretterais… ;-)

Cédric.

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Zeitgeist, toujours et encore

Posté par Gabriel Cloutier le 7 juin 2008

J’ai tenté de dire précisement ce que je pensais du film et voici ce qu’on me répond.
Réflexes standard.

http://kinoks.org/spip.php?article266#forum170

Comment expliquer qu’un sous-film aussi intéressant que le spectacle d’un accident de la route puisse déclencher de telles réactions ?
Comment font-ils pour s’ennuyer autant ?

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Ego de nos campagnes

Posté par Gabriel Cloutier le 7 juin 2008

M’as-tu-vu

Ego de nos campagnes dans Introx m

Depuis j’ai rajeuni un peu.

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Thank You Mister Joplin !

Posté par Gabriel Cloutier le 9 juin 2008

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Adam Fulara sur YouTube

Magnifique.

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Les Pâques à New York

Posté par Gabriel Cloutier le 9 juin 2008

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Les Pâques à New York
Blaise Cendrars
1912

Seigneur, c’est aujourd’hui le jour de votre Nom,
J’ai lu dans un vieux livre la geste de votre Passion

Et votre angoisse et vos efforts et vos bonnes paroles
Qui pleurent dans un livre, doucement monotones.

Un moine d’un vieux temps me parle de votre mort.
Il traçait votre histoire avec des lettres d’or

Dans un missel, posé sur ses genoux,
Il travaillait pieusement en s’inspirant de Vous.

À l’abri de l’autel, assis dans sa robe blanche,
Il travaillait lentement du lundi au dimanche.

Les heures s’arrêtaient au seuil de son retrait.
Lui, s’oubliait, penché sur votre portrait.

À vêpres, quand les cloches psalmodiaient dans la tour,
Le bon frère ne savait si c’était son amour

Ou si c’était le Vôtre, Seigneur, ou votre Père
Qui battait à grands coups les portes du monastère.

Je suis comme ce bon moine, ce soir, je suis inquiet.
Dans la chambre à côté, un être triste et muet

Attend derrière la porte, attend que je l’appelle !
C’est Vous, c’est Dieu, c’est moi, – c’est l’Éternel.

Je ne Vous ai pas connu alors, – ni maintenant.
Je n’ai jamais prié quand j’étais un petit enfant.

Ce soir pourtant je pense à Vous avec effroi.
Mon âme est une veuve en deuil au pied de votre Croix ;

Mon âme est une veuve en noir, – c’est votre Mère
Sans larme et sans espoir, comme l’a peinte Carrière.

Je connais tous les Christs qui pensent dans les musées ;
Mais Vous marchez, Seigneur, ce soir à mes côtés.

Je descends à grands pas vers le bas de la ville,
Le dos voûté, le coeur ridé, l’esprit fébrile.

Votre flanc grand-ouvert est comme un grand soleil
Et vos mains tout autour palpitent d’étincelles.

Les vitres des maisons sont toutes pleines de sang
Et les femmes, derrière, sont comme des fleurs de sang,

D’étranges mauvaises fleurs flétries, des orchidées,
Calices renversés ouverts sous vos trois plaies.

Votre sang recueilli, elles ne l’ont jamais bu.
Elles ont du rouge aux lèvres et des dentelles au cul.

Les fleurs de la Passion sont blanches comme des cierges,
Ce sont les plus douces fleurs au Jardin de la Bonne Vierge.

C’est à cette heure-ci, c’est vers la neuvième heure,
Que votre tête, Seigneur, tomba sur votre Coeur.

Je suis assis au bord de l’océan
Et je me remémore un cantique allemand,

Où il est dit, avec des mots très doux, très simples, très purs,
La beauté de votre Face dans la torture.

Dans une église, à Sienne, dans un caveau,
J’ai vu la même Face, au mur, sous un rideau.

Et dans un ermitage, à Bourrié-Wladislasz,
Elle est bossuée d’or dans une châsse.

De troubles cabochons sont à la place des yeux
Et des paysans baisent à genoux Vos yeux.

Sur le mouchoir de Véronique Elle est empreinte
Et c’est pourquoi Sainte Véronique est votre sainte.

C’est la meilleure relique promenée par les champs,
Elle guérit tous les malades, tous les méchants.

Elle fait encore mille et mille autres miracles,
Mais je n’ai jamais assisté à ce spectacle.

Peut-être que la foi me manque, Seigneur, et la bonté
Pour voir ce rayonnement de votre Beauté.

Pourtant, Seigneur, j’ai fait un périlleux voyage
Pour contempler dans un béryl l’intaille de votre image.

Faites, Seigneur, que mon visage appuyé dans les mains
Y laisse tomber le masque d’angoisse qui m’étreint.

Faites, Seigneur, que mes deux mains appuyées sur ma bouche
N’y lèchent pas l’écume d’un désespoir farouche.

Je suis triste et malade. Peut-être à cause de Vous,
Peut-être à cause d’un autre. Peut-être à cause de Vous.

Seigneur, la foule des pauvres pour qui vous fîtes le Sacrifice
Est ici, parquée tassée, comme du bétail, dans les hospices.

D’immenses bateaux noirs viennent des horizons
Et les débarquent, pêle-mêle, sur les pontons.

Il y a des Italiens, des Grecs, des Espagnols,
Des Russes, des Bulgares, des Persans, des Mongols.

Ce sont des bêtes de cirque qui sautent les méridiens.
On leur jette un morceau de viande noire, comme à des chiens.

C’est leur bonheur à eux que cette sale pitance.
Seigneur, ayez pitié des peuples en souffrance.

Seigneur dans les ghettos grouille la tourbe des Juifs
Ils viennent de Pologne et sont tous fugitifs.

Je le sais bien, ils ont fait ton Procès ;
Mais je t’assure, ils ne sont pas tout à fait mauvais.

Ils sont dans des boutiques sous des lampes de cuivre,
Vendent des vieux habits, des armes et des livres.

Rembrandt aimait beaucoup les peindre dans leurs défroques.
Moi, j’ai, ce soir, marchandé un microscope.

Hélas! Seigneur, Vous ne serez plus là, après Pâques !
Seigneur, ayez pitié des Juifs dans les baraques.

Seigneur, les humbles femmes qui vous accompagnèrent à Golgotha
Se cachent. Au fond des bouges, sur d’immondes sophas,

Elles sont polluées de la misère des hommes.
Des chiens leur ont rongé les os, et dans le rhum

Elles cachent leur vice endurci qui s’écaille.
Seigneur, quand une de ces femmes me parle, je défaille.

Je voudrais être Vous pour aimer les prostituées.
Seigneur, ayez pitié des prostituées.

Seigneur, je suis dans le quartier des bons voleurs,
Des vagabonds, des va-nu-pieds, des recéleurs.

Je pense aux deux larrons qui étaient avec vous à la Potence,
Je sais que vous daignez sourire à leur malchance.

Seigneur, l’un voudrait une corde avec un noeud au bout,
Mais ça n’est pas gratis, la corde, ça coûte vingt sous.

Il raisonnait comme un philosophe, ce vieux bandit.
Je lui ai donné de l’opium pour qu’il aille plus vite en paradis.

Je pense aussi aux musiciens des rues,
Au violoniste aveugle, au manchot qui tourne l’orgue de Barbarie,

A la chanteuse au chapeau de paille avec des roses de papier ;
Je sais que ce sont eux qui chantent durant l’éternité.

Seigneur, faites-leur l’aumône, autre que de la lueur des becs de gaz,
Seigneur, faites-leur l’aumône de gros sus ici-bas.

Seigneur, quand vous mourûtes, le rideau se fendit,
Ce qu’on vit derrière, personne ne l’a dit.

La rue est dans la nuit comme une déchirure
Pleine d’or et de sang, de feu et d’épluchures.

Ceux que vous avez chassé du temple avec votre fouet,
Flagellent les passants d’une poignée de méfaits.

L’Étoile qui disparut alors du tabernacle,
Brûle sur les murs dans la lumière crue des spectacles.

Seigneur, la Banque illuminée est comme un coffre-fort,
Où s’est coagulé le Sang de votre mort.

Les rues se font désertes et deviennent plus noires.
Je chancelle comme un homme ivre sur les trottoirs.

J’ai peur des grands pans d’ombre que les maisons projettent.
J’ai peur. Quelqu’un me suit. Je n’ose tourner la tête.

Un pas clopin-clopant saute de plus en plus près.
J’ai peur. J’ai le vertige. Et je m’arrête exprès.

Un effroyable drôle m’a jeté un regard
Aigu, puis a passé, mauvais, comme un poignard.

Seigneur, rien n’a changé depuis que vous n’êtes plus Roi.
Le Mal s’est fait une béquille de votre Croix.

Je descends les mauvaises marches d’un café
Et me voici, assis, devant un verre de thé.

Je suis chez des Chinois, qui comme avec le dos
Sourient, se penchent et sont polis comme des magots.

La boutique est petite, badigeonnée de rouge
Et de curieux chromos sont encadrés dans du bambou.

Hokusai a peint les cent aspects d’une montagne.
Que serait votre Face peinte par un Chinois ?…

Cette dernière idée, Seigneur, m’a d’abord fait sourire.
Je vous voyais en raccourci dans votre martyre.

Mais le peintre, pourtant, aurait peint votre tourment
Avec plus de cruauté que nos peintres d’Occident.

Des lames contournées auraient scié vos chairs,
Des pinces et des peignes auraient strié vos nerfs,

On vous aurait passé le col dans un carcan,
On vous aurait arraché les ongles et les dents,

D’immenses dragons noirs se seraient jetés sur Vous,
Et vous auraient soufflé des flammes dans le cou,

On vous aurait arraché la langue et et les yeux,
On vous aurait empalé sur un pieu.

Ainsi, Seigneur, vous auriez souffert toute l’infamie,
Car il n’y a pas plus cruelle posture.

Ensuite, on vous aurait forjeté aux pourceaux
Qui vous auraient rongé le ventre et les boyaux.

Je suis seul à présent, les autres sont sortis,
Je suis étendu sur un banc contre le mur.

J’aurais voulu entrer, Seigneur, dans une église ;
Mais il n’y a pas de cloches, Seigneur, dans cette ville.

Je pense aux cloches tues : – où sont les cloches anciennes ?
Où sont les litanies et les douces antiennes ?

Où sont les longs offices et où les beaux cantiques ?
Où sont les liturgies et les musiques ?

Où sont les fiers prélats, Seigneur, où tes nonnains ?
Où l’aube blanche, l’amict des Saintes et des Saints ?

La joie du Paradis se noie dans la poussière,
Les feux mystiques ne rutilent plus dans les verrières.

L’aube tarde à venir, et dans le bouge étroit
Des ombres crucifiées agonisent aux parois.

C’est comme un Golgotha de nuit dans un miroir
Que l’on voit trembloter en rouge sur du noir.

La fumée, sous la lampe, est comme un linge déteint
Qui tourne, entortillé, tout autour de vos reins.

Par au-dessus, la lampe pâle est suspendue,
Comme votre Tête, triste et morte et exsangue.

Des reflets insolites palpitent sur les vitres …
J’ai peur, – et je suis triste, Seigneur, d’être si triste.

« Dic nobis, Maria, quid vidisti in via ? »
- La lumière frissonner, humble dans le matin.
« Dic nobis, Maria, quid vidisti in via ? »
- Des blancheurs éperdues palpiter comme des mains.

« Dic nobis, Maria, quid vidisti in via ? »
- L’augure du printemps tressaillir dans mon sein.

Seigneur, l’aube a glissé froide comme un suaire
Et a mis tout à nu les gratte-ciel dans les airs.

Déjà un bruit immense retenti sur la ville.
Déjà les trains bondissent, grondent et défilent.

Les métropolitains roulent et tonnent sous terre.
Les ponts sont secoués par les chemins de fer.

La cité tremble. Des cris, du feu et des fumées,
Des sirènes à vapeur rauquent comme des huées.

Une foule enfiévrée par les sueurs de l’or
Se bouscule et s’engouffre dans de longs corridors.

Trouble, dans le fouillis empanaché de toits,
Le soleil, c’est votre Face souillée par les crachats.

Seigneur, je rentre fatigué, seul et très morne …
Ma chambre est nue comme un tombeau …

Seigneur, je suis tout seul et j’ai la fièvre …
Mon lit est froid comme un cercueil …

Seigneur, je ferme les yeux et je claque des dents …
Je suis trop seul. J’ai froid. Je vous appelle …

Cent mille toupies tournoient devant mes yeux …
Non, cent mille femmes … Non, cent mille violoncelles …

Je pense, Seigneur, à mes heures malheureuses …
Je pense, Seigneur, à mes heures en allées …

Je ne pense plus à Vous. Je ne pense plus à Vous.

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Cinéma (Cheek-to-cheek)

Posté par Gabriel Cloutier le 9 juin 2008

Cinéma (Cheek-to-cheek) dans Introx tphaud

Je me suis souvent demandé pourquoi j’aimais autant le cinéma.
Grave questionnement…

Marqué du sceau de la contestation post-soixante-huitarde tous azimuts et jusqu’en 80, date limite de péremption, j’étais farouchement anti à peu près tout ce qui pouvait bien venir d’en haut.

Les années 80 arrivent, ennui profond et vague désabusement, et voici que le journal Actuel se met à sortir avec une approche résolument moderne. Le monde commence à s’ouvrir. J’envisage même de passer mon permis de conduire, ce que je ne pouvais faire auparavant, étant particulièrement désargenté et peu aidé (doux euphémisme) par ma famille. C’est là et seulement là, à 25 ans, que je me laisse finalement aller à ce qui était jusqu’alors apparenté à de la soumission à l’état et au monde du spectacle (qu’on peut quasiment assimiler à la Maya des hindoux sans le système métaphysique qui va avec ni les profondes considérations sur la réalité) décrié par Debord dans sa vaine Internationale Situationniste. Les lectures se font moins politiques et moins “utilitaires” se font les gouts en général. Tout s’assouplit et je peux –enfin- m’autoriser à me laisser aller devant l’écran !

Eddy Mitchell
C’est l’époque de ”La dernière séance” pésentée par Eddy Mitchell. Je découvre stupéfait “La Blonde et moi”, “King Créole”, le cinéma en 3D avec les lunettes façon Pif Gadget qu’on trouve dans tous les bureaux de tabac, la veille de la diffusion de la ”Créature des Marais” ou du “lagon” -je ne sais plus-, bien calé dans un fauteuil. Sans bière et sans chips. Mais des films dont l’intérêt est quasiment historique et poétique au bout du compte. De ce style de poésie nostalgique ou rétrospective que l’oeil fabrique seul, admiratif devant les progrès narratifs du cinéma, devant le jeu d’’acteurs (mais comment font-ils pour ne pas éclater de rire ?) devant la désinvolture et l’insouciance des petits films aux budgets squelettiques des années 50. Toutes ces pantalonnades avec Darry Cowl, Francis Blanche (à découvrir ou redécouvrir… l’auteur méconnu de la version française de “Vive le vent”, …), Poiret-Serrault (Serrault l’ancien séminariste qui se tord de rire quand on lui dit que Dieu n’existe pas !), Louis de Funès (ancien Branquignol, pianiste, danseur), devant les films dits sérieux qui sont aussi partie du grand tout cinématographique (souvent de qualité moindre, car revoir les films politiques de Costa-Gavras n’est pas forcément une partie de plaisir visuel et la tonalité générale de l’image est parfois assez proche de celle des feuilletons allemands du genre Derrick, Le Renard, que sais-je ?…

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Cendrars

Posté par Gabriel Cloutier le 24 juin 2008

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Saint-Joseph de Copertino, patrons des aviateurs et des étudiants.
Saint-Joseph de Copertino a donné son nom à Cupertino, une ville américaine de Californie dans le comté de Santa Clara au sein de la Silicon Valley. La ville ou est né Steve Jobs, fondateur d’Apple.

Chanteur, enchanteur et réenchanteur de l’Univers.
J’ai été consumé par l’Or et le reste. Aujourd’hui la plus petite phrase, le plus petit extrait, la plus petite parole de Cendrars rallume le feu qui couve…
Cendrars, une gueule terrible, une voix épouvantable, une écriture incandescente…

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The Glory of Love

Posté par Gabriel Cloutier le 10 juin 2008

bigbillbroonzy.jpg

écrit par Billy Hill – 1936
interprété entre autres par Big Bill Broonzy

You’ve got to give a little, take a little,
And let your poor heart break a little.
That’s the story of,
That’s the glory of love.

You’ve got to laugh a little, cry a little,
Until the clouds roll by a little.
That’s the story of,
That’s the glory of love.

As long as there’s the two of us,
We’ve got the world and all it’s charms.
And when the world is through with us,
We’ve got each other’s arms.

You’ve got to win a little, lose a little,
Yes, and always have the blues a little.
That’s the story of,
That’s the glory of love.

That’s the story of,
That’s the glory of love.

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La Bouche pleine de terre

Posté par Gabriel Cloutier le 11 juin 2008

Commenté par Alina Reyes

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La Bouche pleine de terre
de Branimir Scepanovic
Il est un moment de ce texte où l’auteur désigne le ciel comme un miroir. Le tout est de parvenir à lui faire face. Tel est le désir sous-jacent du protagoniste de l’histoire, celui qui tend sa course, tandis que le désir de ses poursuivants est de l’empêcher de parvenir à sa fin en lui emplissant la bouche de terre.

Extraordinaire petit roman de cet auteur serbo-croate, à lire comme une parabole, une parole dense qui n’en finit pas de jeter des échos de lumière secrète. Un homme qui, dès l’enfance, a toujours craint les hommes plus que les loups, apprenant sa maladie et se figurant la prochaine décomposition de sa chair, décide de retourner au lieu de sa naissance, montagne enneigée, pour se pendre à un hêtre. Deux chasseurs, que sa singularité offense et obsède, commencent à le poursuivre à travers bois, bientôt accompagnés dans leur entreprise par d’autres hommes, et bientôt une foule d’anonymes et de veuves. L’homme vient de traverser la nuit, sa traque va durer autant que la course du soleil dans le ciel.

Plus ses poursuivants s’acharnent, plus ils s’aveuglent, focalisés sur cet être que leur désir morbide leur rend de moins en moins visible. Leur champ de vision s’amenuise d’autant plus que la mort désirée par l’homme se change en désir de la vie, que sa progression éperdue dans la forêt puis le désert montagneux le rend à la conscience, vibrante de joie échevelée, de la beauté du monde et de la vie, l’amène à la conscience du sens de sa vie et de sa course. Par quoi les autres deviennent de plus en plus irrités, de plus en plus mécanisés par la haine.

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Les yeux dans les yeux

Posté par Gabriel Cloutier le 12 juin 2008

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Toujours pas de réponse à cette question posée en 1975 à mon Professeur de Philosophie :
« Pourquoi les animaux et les enfants nouveaux-nés (à l’exception des insectes) regardent-ils les hommes dans les yeux ? »

Nous savons que l’autre est un autre soi-même et que par conséquent ses yeux remplissent la même fonction que les nôtres. L’accès à la consience de soi passant par la conscience de l’autre, on suppose donc que ce phénomène est purement humain.
Dans ces conditions il n’y a pas de raison particulière pour que les animaux nous regardent dans les yeux.
Pas plus qu’il n’y en a pour justifier qu’ils se regardent entre eux et entre espèces différentes.
Ce phénomène n’étonne personne et il n’y a aucune réponse à ce jour.

Ci-dessus : cette chienne rousse est issu d’un croisement labrador-boxer. Je l’ai trouvée, agée de 6 mois, déambulant, en aoùt 96 dans les rues de la ville où nous habitions. Une chienne d’une rare douceur, aux façons polies, à la propreté irréprochable et au regard profond. Elle aime les enfants.
Son regard est direct et ne baisse jamais. Signe que ses éducateurs précédents ne l’ont pas prise pour quantité négligeable en lui inculquant les réflexes ineptes de la soumission.
Elle est silencieuse, n’aboie jamais, ne jappe pas. Elle aime les chats et n’a jamais attaqué un humain, ni un animal, à l’exception d’un jour où elle a jugé nécessaire de défendre sa maitresse (mot fort mal choisi…).
Il s’agit en réalité d’une personne.
Dire que nous l’aimons est idiot, elle ne nous laisse pas le choix.

L’infini à la portée de tous
Chacun connait le phénomène du jeu de miroir qui renvoie son image à l’infini. Chacun a donc pu sentir monter en lui le vertige de se sentir incapable de concevoir ce qu’il avait là sous les yeux.
Un effet Vache-qui-rit.

Or que se passe t’il lorsque nous croisons le regard d’un autre, humain ou animal ?
Notre image se reflète dans ses yeux, et dans ses yeux nous nous voyons en train de le regarder,…
et ainsi de suite…
L’infini se manifeste à chaque croisement de regard.

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Coup de tristesse…

Posté par Gabriel Cloutier le 13 juin 2008

Fin 76, j’ai croisé Jean Desailly, un soir, à l’heure de la sortie des artistes de je-ne-sais plus quel théatre parisien devant lequel nous attendions une amie qui jouait dans la pièce un petit rôle, du genre soubrette.
Manteau beige, large sourire, geste ample, et poignée de main de Jean Desailly !
Personne ne l’obligeait à saluer les amis d’une petite comédienne…
Un homme à la hauteur de ce que j’imaginais dans les années 60, petit spectateur sage devant la télé parfois autorisée…

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On oublie de dire que Jean Desailly était également chanteur.
La Vie Parisienne, créée en compagnie de Madeleine Renaud, Simone Valère, Suzy Delair, Jean-Louis Barrault, l’inénarrable Pierre Bertin et Jean Parédes, donne un étonnant aperçu de ce talent.
Sa biographie, comme celle de Jean Piat -84 ans, sur les planches en ce moment avec Danielle Darieux dans La Maison du lac (également chanteur : écoutez Scar dans le Roi Lion…) – me donne un bon coup de tristesse…

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Libérationisation… et puis ?

Posté par Gabriel Cloutier le 14 juin 2008

Libération des moeurs, liberationisme, libérationisation, et bientôt libérationisationnement…
Esprits Libres. Vendredi 13 juin 2008.
Emission télé sur France 2, chaîne nationale dont je m’étais volontairement privé en sectionnant le cable d’antenne au grenier mais qui m’est revenue en boomerang par le satellite…
Présentateur Durand, accompagné de Tesson et quelques autres…
Un des thèmes abordés : « Les français sont-ils sexuellement libérés »…
Stats et autres niaiseries habituelles… quelques mots déclenchant invariablement les sourires égrillards (et masculins) habituels, franco-francés bien de chez nous…
Tout en regardant je me demande quelles femmes peuvent avoir envie de coucher avec ces hommes…

Franchement, la libération on s’en fout. C’est fait.
« On est libérés, ok ? comme dirait Dantec, alors faites-nous plus chier et passons à autre chose ! »

Autre chose mais quoi ?
La blondinette de service à particule (mais avec tatouage…) nous livre, enceinte, ses doûtes sur les hommes, genre métaphysique de l’amour au comptoir du Café des Sports (est-ce le bon specimen, est-ce mon prochain ex, est-ce le futur antépénultième,… ? tranchant philosophiquement : la vie est un patchwork de bonshommes et pis walà…, pour le moment j’ai trouvé le bon, y’m'fait un gosse et demain est un autre jour)… sans entâmer -vu son état- le moindre échange avec Alina Reyes qui pourtant traite en douceur de la force de l’Amour -avec un grand A cette fois- à travers le viol, l’enfantement, dans les pires conditions qui se puissent cauchemarder (et sans employer une seule fois le vilain mot de résilience…) et dont il est manifeste qu’elle se situe sur un autre plan que sur celui de la statistique… (ou de la reconnaissance bégayante d’une réelle évolution des moeurs sexuelles… ou encore de l’état de la sexualité orale fortement influencée par la démocratisation du X, contre laquelle je n’ai d’ailleurs rigoureusement rien… mais dont l’intérêt est tout-de-même épiphénoménal…).

Je n’ai pas lu « La Dameuse » d’Alina Reyes, je ne peux donc rien en dire, mais je devine ce livre et j’ai envie de le lire. Je ne serai pas le seul.

Mais je ne lirais effectivement pas « La cinquantaine bien tapée » (son auteure n’ayant pu s’empêcher de nous livrer une citation personnelle qui relègue Bergson au rang d’idiot congénital : « Bergson nous hisse au-delà de la condition humaine, mais pas de réponse au cul ! » Ahhhh ! Enfin de la philo qu’on comprend et de la belle syntaxe en prime !), ni le bouquin de la Speci-girl enceinte « Specimen à disposition des jeunes filles faciles ».

A souligner un terme que je ne connaissais pas et dont Guillaume Durand est peut-être l’auteur : « gonzo-littérature »… Pas mal du tout.

A lire

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Jean Piat

Posté par Gabriel Cloutier le 14 juin 2008

Quelques citations de Jean Piat
« J’ai toujours eu le goût de faire rire, d’apporter un peu de bonheur. »
« L’art dramatique est au service de la santé et du bonheur des gens. »
« Je crois vraiment que si on me disait de cracher sur la Croix, je ne le ferais pas, même s’il y avait une balle dans la tête qui s’ensuive. »
« La Vierge Marie, c’est ma mère… Il m’arrive souvent de lui parler. »

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Besancenot le calottin

Posté par Gabriel Cloutier le 14 juin 2008

On ne saurait trop conseiller au trés catholique Olivier Besancenot de réviser ses classiques. Il existe pour cela une méthode qu’il pourra se procurer (de Camaret) facilement sur Amazon ou à la Fnac, s’il la fréquente encore.

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Il devra ensuite relre attentivement le « Capital », et je suis bien certain qu’en historien avisé il a du laisser trainer une intégrale de Marx dans sa garçonnière.

On lui rafraichira enfin la mémoire avec ça.

En effet, les raisons du non irlandais sont les suivantes.
1/ Les conservateurs catholiques ont peur de voir autoriser l’avortement en Irlande.
2/ Les milieux d’affaires ont peur que leur pays ne devienne un eldorado fiscal.
3/ Les irlandais ont peur de l’immigration.
4/ Les irlandais, comme nous, aiment bien, quand ils en ont l’occasion, dire merde à celui qui le lira.
5/ Ils ont peut-être un Etienne Chouard à eux (kicéçuilà ?), mais je ne sais pas s’ils sont parapentistes.

Sur Libé

Peut-on se réjouir du « non » irlandais ?
Depuis que les résultats sont officiels, les communiqués triomphants des tenants du « non » français de 2005 pleuvent comme à Gravelotte. Autant il est logique que les souverainistes de droite se réjouissent d’un « non » qui plonge ses racines dans les mêmes sources idéologiques qu’eux (nation, famille, religion, libéralisme économique), autant on a quelques difficultés à comprendre l’enthousiasme du « non » de gauche qui se veut pro-européen. Sinon, au nom du principe que les ennemis de mes ennemis sont mes amis, ce qui est un rien primitif, on l’avouera.

Car le non irlandais est motivé par une série de raisons qui devraient faire réfléchir la gauche du « non » française. Laissons de côté le bon tiers qui a refusé un traité qu’il ne comprenait pas. Intéressons-nous plutôt aux autres arguments de campagne, ceux qui ont sans doute emporté la décision (en attendant des études plus approfondies). L’organisation Libertas, fondée par un milliardaire irlandais, s’est ainsi opposée à toute harmonisation fiscale et sociale au nom de la sauvegarde du modèle local, faisant valoir que l’Union c’était le dirigisme économique. Le Sinn Fein, parti de gauche minoritaire, expliquait, lui, que la neutralité irlandaise était menacée et s’opposait donc à la mise en place d’une Europe de la défense. Des groupes religieux ont fait valoir que l’interdiction de l’avortement et du mariage gay ou encore les limites au divorce étaient menacées par le libéralisme sociétal de Bruxelles. Enfin, la presse Murdoch, dont l’atlantisme et l’europhobie ne sont un secret pour personne, a soutenu tout ce beau monde.

Sans même réfuter ces arguments sur le fond, on peut simplement constater qu’ils sont à l’exact opposé des valeurs défendues par le « non » de gauche : le « non » irlandais est un « non » libéral, réactionnaire et/ou isolationniste. Les mines réjouis des anciens tenants du « non » sont donc pour le moins hors de propos. Ceux qui appellent de leurs vœux une Europe des peuples devraient expliquer comment y parvenir dans de telles conditions ? L’Europe a pu se bâtir jusqu’à présent grâce à l’art du compromis des autorités publiques des États membres. Ce qui plaira en France déplaira forcément en Irlande et réciproquement. Faire l’Europe seul, c’est facile. La difficulté commence dès lors qu’on est deux : dans un compromis, forcément complexe lorsqu’il s’agit de ménager les intérêts contradictoires de 27 pays souverains, personne ne s’y retrouve totalement. C’est peut-être ce qui explique les trois « non » que vient d’essuyer la Constitution et le traité de Lisbonne. Quoiqu’il en soit, se réjouir du « non » irlandais en espérant que de l’obscurantisme surgira la lumière, c’est prendre des vessies pour des lanternes. Certains ont tort de croire que les moyens n’influenceront pas la fin. L’histoire prouve exactement le contraire.

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La gauche oecuménique

Posté par Gabriel Cloutier le 24 octobre 2008

J’avais jadis coutûme de mettre un terme aux discussions religieuses du Café du Commerce en me déclarant catholique, apostolique et romain, espérant par cette soumission au dogme affirmer ex abrupto ce dont on allait fatalement m’accuser ensuite… à savoir d’être un indécrottable curotin (pas facile à dire vite, non ?!), mais je dois reconnaître que là je suis battu à plate-couture par un rassemblement oecuménique de la plus belle facture : Jean-Pierre Chevènement, Marie-George Buffet, Olivier Besancenot (mais ça on le savait), Jean-Luc Mélenchon, Ségolène Royal et François Bayrou.
Leur conversion fait chaud au coeur.
Je ne peux que leur transmettre en retour ces conseils para-évangéliques : « Si ta main droite est pour toi une occasion de péché coupe-la ». Ou encore : « Pour toi, quand tu fais l’aumône, que ta main gauche ignore ce que fait ta main droite et les cochons seront bien gardés ».

C’est Libé qui m’en informe.

«Les pieds dans le tapis»
Ouistes qui pleurent, nonistes qui rient après l’annonce du non irlandais au Traité de Lisbonne. Le président d’honneur du MRC Jean-Pierre Chevènement y voit «un service rendu à l’Europe tout entière». Les adversaires du traité savourent leur revanche après sa ratification parlementaire, en février en France, comme la secrétaire nationale du PCF Marie-George Buffet qui estime que Nicolas Sarkozy «s’est pris les pieds dans le tapis». Signe, ajoute le porte-parole de la LCR Olivier Besancenot, d’«un décalage démentiel» entre les peuples et «la jet-set politique» . Mais le camp du non craint déjà un acte III ressuscitant le texte. Le sénateur (PS) Jean-Luc Mélenchon appelle à «faire respecter» ce vote : «J’ai peur que les dirigeants européens tentent de passer en force.» (lire sur Libération.fr). Le porte-parole de l’UMP Frédéric Lefebvre a d’ailleurs souhaité la poursuite de «la procédure de ratification» du traité et espère que «les dirigeants irlandais auront les moyens de convaincre leur population de changer d’avis». Selon la socialiste Ségolène Royal, le non irlandais «traduit une inquiétude des peuples et un déficit démocratique dont il faut tirer les leçons». Et «révèle», pour le leader du Modem François Bayrou, le «fossé qui s’est creusé entre les peuples européens et leurs institutions»

A lire aussi chez Hugues Serraf

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La Prière

Posté par Gabriel Cloutier le 16 juin 2008

Le cul sur la chaise… le sexe, la consommation, la grande immobilité, l’attente fainéante et bourgeoise…

L’amour est bien loin de n’être que le sexe… car si les blessures ne devaient être que sexuelles ou narcissiques, le bonheur, de ses larges fesses de Vénus hottentote, se serait déjà confortablement installé… ou serait en passe de l’être, désolé M. Reich.
Car il y a l’Amour. Celui de ses proches, de ses parents, de ses enfants, de sa famille ou de ses amis…
Cet Amour-là est réellement dévastateur.
C’est celui qui meurtrit, refuse, boude, calcule, donne au compte-goutte, rejète… celui qui fait mal, qui fait douter, qui anéantit des années d’efforts et de recherches…
Le contraire de l’Amour n’est pas la haine.
C’est l’Amour lui-même bardé de solitude et d’impuissance…
L’Amour qu’on porte à son enfant autiste, schizophrène ou trisomique.
L’Amour à la portée de toutes les tristesses…

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La prière
Par le petit garçon qui meurt près de sa mère
Tandis que des enfants s’amusent au parterre
Et par l’oiseau blessé qui ne sait pas comment
Son aile tout à coup s’ensanglante et descend
Par la soif et la faim et le délire ardent
Je vous salue, Marie.

Par les gosses battus, par l’ivrogne qui rentre
Par l’âne qui reçoit des coups de pied au ventre
Et par l’humiliation de l’innocent châtié
Par la vierge vendue qu’on a déshabillée
Par le fils dont la mère a été insultée
Je vous salue, Marie.

Par la vieille qui, trébuchant sous trop de poids
S’écrie :  » Mon Dieu !  » par le malheureux dont les bras
Ne purent s’appuyer sur une amour humaine
Comme la Croix du Fils sur Simon de Cyrène
Par le cheval tombé sous le chariot qu’il traîne
Je vous salue, Marie.

Par les quatre horizons qui crucifient le monde
Par tous ceux dont la chair se déchire ou succombe
Par ceux qui sont sans pieds, par ceux qui sont sans mains
Par le malade que l’on opère et qui geint
Et par le juste mis au rang des assassins
Je vous salue, Marie.

Par la mère apprenant que son fils est guéri
Par l’oiseau rappelant l’oiseau tombé du nid
Par l’herbe qui a soif et recueille l’ondée
Par le baiser perdu par l’amour redonné
Et par le mendiant retrouvant sa monnaie
Je vous salue, Marie.

Je sais que c’est pratiquement indécent, mais comment faire ?

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Le cerveau nous fait croire que nous le dirigeons

Posté par Gabriel Cloutier le 16 juillet 2008

- Pourquoi, lorsqu’on lui coupe les pattes, la grenouille devient-elle sourde ?
- Parce qu’ensuite lorsqu’on lui dit de sauter, elle n’entend plus.

Le cerveau nous fait croire que nous le dirigeons
Michael Gazzaniga dirige le «Sage Center for the Study of the Mind» de l’Université de Californie. Il était à Genève pour donner une conférence à l’occasion de l’inauguration du Centre interfacultaire de neuroscience.

Campus : Dans vos travaux, vous questionnez le libre-arbitre de l’homme. Suis-je libre de prendre des décisions, comme d’aller au cinéma, ou suis-je programmé à les prendre?
Michael Gazzaniga : Votre choix d’aller voir un film se base sur toutes les expériences que vous avez eues au cours de votre vie. Votre système de prise de décision évalue toutes les informations dont il dispose, à propos de l’oeuvre et de vos goûts notamment, puis détermine le comportement à adopter. Votre liberté réside dans la quantité de cette expérience passée que vous avez choisi de conserver. Cela dit, dans le contexte des neurosciences, la liberté est une notion mal nommée. Suis-je libre? Mais libre de quelle contrainte au fond? Je n’en sais rien.
Ce que je sais, c’est que le cerveau est une machine à prendre des décisions, des millions de décisions. Et nous avons tous l’impression que ces choix, nous les faisons nous-mêmes.

N’est-ce pas vrai?
MG De nombreuses expériences – basées sur des tests simples – ont montré au cours de ces dernières
années que le cerveau réagit à des stimuli et prépare une action plusieurs centaines de millisecondes avant que l’on en ait conscience. Et ce, dans une gamme très large de comportements.
Certaines études parviennent même à prévoir l’intention d’une personne grâce à l’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf).
Différentes manipulations peuvent aussi influencer les décisions qui sont prises ensuite par un sujet. Ces observations militent évidemment en faveur d’une vision déterministe du cerveau. Du coup, certains prétendent que le système nerveux central est une machine qui fonctionne de façon automatique.
Son produit, l’esprit, le serait donc aussi.
Par conséquent, le libre-arbitre serait une illusion, la responsabilité personnelle n’existerait pas, et il faudrait pardonner à certains criminels plutôt que de les punir.

Qu’en pensez-vous?
MG Je vais répondre par une image. Prenez une voiture en bon état. Son fonctionnement est parfaitement
déterminé et vous avez les moyens de savoir exactement comment elle – mais aussi tous ses composants – va se comporter lorsque vous allez la conduire. En revanche, il vous est impossible de prévoir l’évolution du trafic dans son ensemble. C’est un peu la même chose avec le cerveau. La machinerie moléculaire (les gènes, les protéines et tout le reste) est parfaitement automatique. Heureusement d’ailleurs, car dans le cas contraire, le cerveau ne serait pas fiable. Le cerveau entier obéit peut-être lui aussi à un fonctionnement déterministe. Même si cette dernière proposition était vraie, personne ne croira qu’il est allé au cinéma seulement parce qu’il y a été poussé par son cerveau. Nous sommes faits de telle manière que nous croyons toujours que notre esprit est l’auteur des décisions du cerveau, et non le contraire.

Comment cela?
MG Au cours de mes recherches sur des patients dont les hémisphères du cerveau ont été déconnectés
l’un de l’autre, j’ai découvert une fonction cérébrale que j’ai baptisée l’interpréteur.
Elle semble gérée uniquement par la partie gauche du cerveau. Un des tests pour la mettre en évidence consiste à afficher deux images différentes sur un écran (par exemple à gauche une maison sous la neige et à droite une patte de poule). Les patients doivent ensuite choisir dans une série de cartes étalées devant eux lesquelles correspondent le plus aux deux images projetées (en l’occurrence le choix correct serait une pelle à neige dans le premier cas et une poule dans le second).
Premier point: les personnes dont les hémisphères cérébraux sont déconnectés sont incapables
de percevoir la partie gauche du champ de vision. Quand on leur demande ce qu’elles voient, elles ne signalent que la présence de la patte de poule située à droite et négligent la maison sous la neige. Ce qui est troublant, en revanche, c’est que les patients pointent malgré tout avec leur main gauche la pelle à neige et donnent ainsi la réponse correcte du côté où ils sont censés être «aveugles». Le trouble
augmente encore quand on les interroge sur le choix de cette image. «La pelle sert à nettoyer les déjections des poules», s’entend-on répondre.

Et ça, c’est l’oeuvre de l’interpréteur…
MG Oui. Au fond, le patient ne sait pas pourquoi il pointe la pelle à neige. Quand on le confronte à son geste inconscient, son interpréteur élabore rapidement une théorie que le patient présente ensuite aux examinateurs, tout en étant persuadé de la cohérence de son action.
De manière générale, l’interpréteur est la région qui trouve des explications à nos comportements ou à nos émotions. Une fonction vitale s’il en est.

Vous affirmez donc que le cerveau agit comme un automate, mais qu’il fait tout pour que l’on croie le contraire. Nous n’avons donc pas de libre arbitre…
MG Non. Je pense que nous agissons de manière libre et que nous sommes responsables de
nos actes. Les neurosciences cognitives fournissent des informations, certes troublantes, mais qui sont pertinentes à leur niveau d’investigation, c’est-à-dire celui d’un cerveau isolé. Toutefois, un cerveau ne fonctionne jamais tout seul. Il a évolué et vit toujours en société avec d’autres cerveaux qui conditionnent
son comportement. A quoi pense notre système nerveux central l’écrasante majorité du temps? Aux autres. Au conjoint, aux enfants ou petits-enfants, etc. Sans cesse, le cerveau tente de percer les intentions des autres pour pouvoir agir en conséquence. C’est dans les règles sociales, dans le fonctionnement d’un cerveau en interaction avec les autres que l’on trouve la responsabilité personnelle.
A l’heure actuelle, il faut admettre qu’il règne une certaine confusion dans les tentatives de
compréhension des différents niveaux d’organisation du cerveau (moléculaire, cellulaire, individuel, social). On utilise des mots identiques qui signifient parfois des choses différentes.
Et, surtout, il faut rester conscient du fait que l’on ne sait pas encore faire le lien entre
ces différents niveaux. Pour les neurosciences, c’est le défi du siècle que d’y parvenir

Qu’est-ce qui caractérise une société de cerveaux humains?
MG Certainement le fait que plus de 6 milliards d’entre eux parviennent à vivre ensemble sans trop de mal. Bien sûr, les titres des journaux sont emplis de drames. Mais la vérité est que la vaste majorité d’entre nous vit sa vie et se débrouille assez bien. En réalité, je prétends que nous partageons une éthique commune, universelle, qui fait partie de notre espèce comme un des caractères indispensables à sa
survie. On peut en avoir un aperçu grâce à des tests moraux que l’on fait passer à des gens de
toutes origines sociale, religieuse, culturelle, géographique, etc. Quand on les confronte à une situation imaginaire (un train fou, des passants sur les voies et un aiguillage) dans laquelle ils doivent choisir entre ne rien faire et causer la mort de cinq personnes et une action qui sauverait ces dernières, mais qui tuerait indirectement une sixième personne, 95% d’entre eux choisissent la seconde solution.
Le score descend un peu (89%) si la solution pour sauver les cinq malheureux consiste à pousser
la sixième personne et de causer ainsi directement sa mort. Chaque participant expliquera son geste à sa manière – c’est l’interpréteur qui travaille. Mais l’important est que presque tout le monde prend la même décision.

Les neurosciences peuvent-elles être utiles aux tribunaux pour établir les responsabilités?
MG Je ne sais pas, mais ce qui est sûr, c’est qu’elles seront de plus en plus sollicitées par la justice.
Il faudra cependant être prudent. Entre autres exemples, il y a eu des cas récents aux Etats-
Unis dans lesquels des jugements ont été influencés par le fait que le coupable souffrait
d’une lésion au cerveau, diminuant ainsi, au regard de la loi, sa responsabilité personnelle.
Il faut savoir toutefois que de très nombreuses personnes vivent avec des lésions cérébrales sans être plus violentes pour autant. Il n’y a pas forcément un lien direct entre les deux.

Propos recueillis par Anton Vos

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Les racines du sacré

Posté par Gabriel Cloutier le 17 juin 2008

Les racines du sacré
entretien avec Henri de Lumley

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Le Mont Canigou / Février 2008

Merci

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Frère humains qui après nous vivez,

Posté par Gabriel Cloutier le 17 juin 2008

Il y a une petite chapelle romane à Champagne sur la nationale 86, entre Lyon et Tournon.
Elle se trouve sur le trajet que j’empruntais lorsque nous habitions à Lyon il y a une vingtaine d’années et que je me rendais chaque semaine à mes répétitions musicales en Ardèche. Je m’y arrêtais souvent pour m’en imprégner et faire une pause.
Cherchant des informations sur cette chapelle je me suis rendu compte qu’elle n’était alors pas répertoriée dans les ouvrages sur l’art roman.
Mais elle l’est aujourd’hui.

Le hasard a voulu qu’un jour je prenne des auto-stoppeurs sur mon chemin. C’était un couple de hongrois qui étudiait l’art roman (…à peu près aussi improbable que Salvador Dali rencontrant un Evêque sur une plage…) Avant la chute du rideau de fer.
Sans les prévenir j’ai fait halte devant la chapelle.
Ils n’en revenaient pas et en s’extasiant sur l’édifice ont décrypté pour moi le langage sculpté des pierres érodées, le seul vrai langage de la période romane, sans doute une des plus belles de notre histoire.

D’autres coincidences se sont surajoutées… dont la dernière est celle qui me remet ça en mémoire.

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La Diablerie

Posté par Gabriel Cloutier le 17 juin 2008

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Il n’est pas rare, il est même fréquent d’entendre dire alentour que la période que nous vivons est la pire des pires de l’histoire de l’humanité. Je l’ai entendu des dizaines de fois et l’entends toujours ébahi, de la bouche de personnes qui ne vivent pourtant pas dans un cul de basse-fosse,… car ces gens là travaillent, gagnent bien leur vie, font des placements bancaires de pères et mères de famille, prennent l’avion pour adopter des enfants, sont artistes, mangent bien, boivent bien, disposent de tous les moyens de communication et de transport, ont un home-cinéma, partent en vacances à Môrice, ont leurs oeuvres au Bénin, bref, tout ce que vous voulez.
Sauf que non, à les écouter, ici c’est le bazar, on aurait du élire quelqu’un d’autre et vivement la dictature du prolétariat. Car tout leur semble donc préférable à l’enfer contemporain.

Cela étant posé, comment une chose pareille est-elle possible ?
Car il s’agit bien d’une « chose », je n’ai pas d’autre mot, d’une entité néfaste, d’une « Diablerie » à la Audiard ?!!!

Pas de répit, on est foutu de chez cuit.

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Tous Ensemble On Peut le Faire !

Posté par Gabriel Cloutier le 18 juin 2008

Le message d’origine que nous avons tous reçu (revu et corrigé par Jesrad)
« Il paraît que l’essence va grimper à 1,70 euro le litre cet été. Il faut réagir ! Non aux mégaprofits des compagnies pétrolières, seules responsables de cette envolée des prix du carburant ! D’ailleurs le pétrole il y en a plus aujourd’hui qu’il y a 35 ans (en pleine crise pétrolière, souvenez-vous). Pour faire baisser les prix de l’essance à la pompe, boycottons ! Mais pas n’importe comment, il suffit de l’acheter à d’autres qu’aux plus grandes compagnies pétrolières, comme ça elles vendront plus d’essence et ce sera bien fait pour eux et les prix baisseront forcément. Si j’envoie ce courrier à 300 personnes, et que chaque destinataire l’envoie à 100 personnes, eh ben, au bout de dix fois comme ça il y aura 3000 trillions de gens qui seront au courant et le boycott sera vachement efficace ! »

Commentaires
Lu sur Jesrad

On peut aussi lire ça.

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Le Fluffy massacreur

Posté par Gabriel Cloutier le 18 juin 2008

Sur le Blog d’H16
Pas mal, même.

C’est effectivement l’histoire de la Révolution Verte

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Saint Exupery

Posté par Gabriel Cloutier le 17 novembre 2008

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Monologue

Je suis la source de toute vie. Je suis la marée qui entre en vous et vous anime et se retire. Je suis le mal qui entre en vous et vous déchire et se retire. Je suis l’amour qui entre en vous et dure pour l’éternité.

Et vous venez m’opposer Marcion et le quatrième évangile. Et vous venez me parler d’interprétations. Et vous venez dresser contre moi votre misérable logique humaine, quand je suis celui qui est au-delà, quand c’est d’elle que je vous délivre !

O prisonniers, comprenez-moi ! Je vous délivre de votre science, de vos formules, de vos lois, de cette esclavage de l’esprit, de ce déterminisme plus dur que la fatalité. Je suis le défaut dans l’armure. Je suis la lucarne dans la prison. Je suis l’erreur dans le calcul : je suis la vie.

Vous avez intégré la marche de l’étoile, ô génération des laboratoires, et vous ne la connaissez plus. C’est un signe dans votre livre, mais ce n’est plus de la lumière : vous en savez moins qu’un petit enfant ! Vous avez découvert jusqu’aux lois qui gouvernent l’amour humain, mais cet amour même échappe à vos signes : vous en savez moins qu’une jeune fille ! Eh bien, venez à moi. Cette douceur de la lumière, cette lumière de l’amour, je vous les rends. Je vous asservis pas : je vous sauve. De l’homme qui le premier calcula la chute d’un fruit et vous enferma dans cette esclavage, je vous libère. Ma demeure est la seule issue, que deviendrez-vous hors de ma demeure ?

Que deviendrez-vous hors de ma demeure, hors de ce navire où l’écoulement des heures prend son plein sens, comme sur l’étrave luisante, l’écoulement de la mer. L’écoulement de la mer qui ne fait pas de bruit mais qui porte les iles. L’écoulement de la mer…

Venez à moi, vous à qui l’action, qui ne mène à rien, fut amère.

Venez à moi, vous à qui la pensée, qui ne mène qu’aux lois, fut amère.

Car je suis celui qui accueille. Je portais les péchés du monde. J’ai porté son Mal. J’ai porté vos détresses de bêtes qui perdent leurs petits et vos maladies incurables, et vous en étiez soulagés.

Mais ton mal, ô mon peuple d’aujourd’hui, est une misère plus haute et plus irréparable, et pourtant je le porterai comme les autres. Je porterai les chaines plus lourdes de l’esprit.

Je suis celui qui porte les fardeaux du monde.

Vous serez des enfants qui jouent.

Vos efforts vains de chaque jour, qui vous épuisent, venez à moi, je leur donnerai un sens, ils bâtiront dans votre coeur, j’en ferai une chose humaine… J’en ferai une chose humaine.

De vos amours, sèches, cruelles et désespérées, amants d’aujourd’hui, venez à moi, j’en ferai une chose humaine.

De votre hâte vers la chair, de votre retour triste, venez à moi, j’en ferai une chose humaine…

Je suis le seul qui puisse rendre l’homme à lui même … car je suis celui qui s’est émerveillé de l’homme.

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Through the Wall

Posté par Gabriel Cloutier le 19 juin 2008

Je ne suis pas poète, écrivain, philosophe, artiste ou mathématicien.
En gros je ne suis rien. Je ne suis rien, n’ai rien à dire et je suis heureux, joyeux, de vivre, de lire, de travailler ou d’écrire. Je suis un petit garçon appliqué.
Je ne suis pas vieux, ni jeune. Je ne suis pas un légume, on ne me consommera sous aucune forme. et je ne nourrirai personne. Je ne suis pas non plus un arbre, car les arbres ont des rejets. Je suis une espèce animale en voie de disparition avec l’orgueil et la fatuité de se prétendre le dernier pour rire. Mais je n’inviterai pas l’enfance à s’attarder le temps qu’il faut pour empocher des images pour les longues heures de l’adulte…

Je suis sans doute éternel, comme vous. L’éternité ne me pèse pas : j’y ai des parents, des amis et beaucoup de connaissances. Je sais qu’une jolie tournure ou une belle équation valent mieux qu’un long discours, sans le moindre doute. Les jolies phrases restent et s’incrustent comme les belles idées, envers et contre tout. Ce sont elles qui nous font.

Je ne suis pas certain de parler de ma propre voix, et la première idée qui m’est venue tout-à-l’heure pour l’exprimer -seule, comme ça, miraculeusement, sans y réflechir- c’est l’introduction au Passe-Murailles : « Il y avait à Montmartre, au troisième étage du 75bis de la rue d’Orchampt, un excellent homme nommé Dutilleul qui possédait le don singulier de passer à travers les murs sans en être incommodé. »

Pourquoi cette irruption involontaire ?

La réponse, je l’ai trouvée là : le passe-muraille
Ce que j’y ai appris en cette circonstance c’est que Jean Marais avait réalisé une statue du passe-muraille place Marcel Aymé. Jean Marais dont Alina Reyes dit : « … De la fenêtre de notre atelier on voyait la maison de Jean Marais, un jour je me suis trouvée avec lui chez l’épicier arabe, rue Caulaincourt. Oh, que je l’ai aimé, en cet instant ! »…

Dieu que je la comprends.
Et cela suffit à combler, monsieur Juldé, la noble inutilité de mon existence.

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Il y a un petit ballon au pied du passe-muraille.

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?

Posté par Gabriel Cloutier le 20 juin 2008

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Les NDE.
Des milliers d’expérienceurs, des témoignages à foison, des chercheurs sérieux, enfin tout ce qu’il faut. Mais une esthétique à se flinguer. On dirait du Sylvain Timsit et ses KPT Filtres pourris.
Qui peut m’expliquer ça ?

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Tathâgatagarbha (toi-même).

Posté par Gabriel Cloutier le 16 juillet 2008

Il y a des sujets qui ne prêtent pas à rire et dont je déconseille vivement la lecture aux âmes faibles. Car SSDL nous explique le pourquoi du comment ci-dessous.

Explication du mantra Om Mani Padmé Hûm
par SS le Dalaï-Lama

C’est fort bien de réciter le mantra OM MANI PÉMÉ HOUNG mais tandis qu’on le récite, encore faut-il penser à sa signification, car la portée de ces paroles est vaste et profonde. La première, OM, est composée de trois lettres – A, U et M. Elles symbolisent le corps, la parole et l’esprit du pratiquant; mais dans le même temps, elles symbolisent le corps, la parole et l’esprit purs et glorieux d’un Bouddha.

Le corps, la parole et l’esprit impurs peuvent-ils être transformés en un corps, une parole et un esprit purs, ou sont-ils entièrement séparés? Tous les Bouddhas sont au départ des êtres comme nous qui, en suivant la voie, sont devenus des Éveillés. Le bouddhisme ne prétend pas qu’il y ait quelqu’un qui, dès l’origine, soit sans défaut et possède toutes les bonnes qualités. Le développement d’un corps, d’une parole et d’un esprit purs vient graduellement de l’abandon des états impurs, qui sont ainsi transmués en états purs.

Comment cela se fait-il? La voie est indiquée par les quatre syllabes suivantes. MANI, signifiant joyau, symbolise les moyens de la méthode – l’intention altruiste d’être illuminé, la compassion et l’amour. Tout comme le joyau est capable d’éloigner la pauvreté, de même l’esprit altruiste d’éveil est capable d’écarter l’indigence, ou les difficultés, de l’existence cyclique et de la paix solitaire. Pareillement, tout comme le Joyau exauce les désirs des êtres sensibles, l’intention altruiste de devenir illuminé accomplit les souhaits des êtres sensibles.

Les deux syllabes, PÉMÉ ou PADMÉ, signifiant lotus, symbolisent la sagesse. Tout comme un lotus sort du limon sans être souillé par la boue, de même la sagesse peut vous placer dans une situation de non contradiction, alors qu’il y aurait contradiction sans posséder la sagesse. Il y a la sagesse qui réalise l’impermanence; la sagesse qui réalise que les personnes sont vides d’existence substantielle ou d’existence se suffisant à elle-même; celle qui réalise le vide de la dualité, c’est-à-dire de la différence d’entité entre sujet et objet; et la sagesse qui réalise la vacuité de l’existence inhérente. Bien qu’il y ait différentes sortes de sagesse, la principale d’entre elles est celle qui réalise la vacuité.

La pureté doit être acquise par l’unité indivisible de la méthode et de la sagesse, symbolisée par la syllabe finale HOUNG, OU HÛM, qui traduit l’indivisibilité. Selon le système des sûtras cette indivisibilité de la méthode et de la sagesse se réfère à la sagesse affectée par la méthode, et à la méthode affectée par la sagesse.

Dans le véhicule Mantrique, ou Tantrique, la référence porte sur la propre conscience dans laquelle la forme globale, à la fois de la sagesse et de la méthode, constitue une identité sans différenciation. En termes de syllabes-germes des cinq Bouddhas conquérants, HOUNG est la syllabe germe d’Akshobya – l’Immuable, le non-fluctuant, qui ne peut être en rien perturbée.

Ainsi, les six syllabes OM MANI PÉMÉ HOUNG signifient qu’en fonction de la pratique d’une voie, qui est l’union indivisible d’une méthode et d’une sagesse, vous pouvez transformer votre corps, votre parole et votre esprit impurs en corps, parole et esprit purs et glorieux d’un Bouddha. II est dit qu’il ne faut pas chercher la bouddhéité hors de soi; les matériaux pour y parvenir se trouvent à l’intérieur. Maitreya l’a dit dans son « Sublime continuum du Grand Véhicule » (Uttaratantra), tous les êtres ont naturellement la nature de Bouddha dans leur propre continuum. Nous avons en nous-mêmes le germe de la pureté, l’essence de Celui Qui S’en Est Ainsi Allé (Tathâgatagarbha), qui doit être transformé et pleinement développé en bouddhéité. »

Si on s’applique, on a donc toutes les chances de retrouver le tathâgatagarbha qui sommeille en nous, en moins de temps qu’il ne faut pour mantrer (ou tantrer) un milliard de fois Om Mani Padmé Hûm avec l’accent, et se retrouver ensuite dans l’existence suivante sans le moindre souvenir de la précédente. Ca fait froid dans le dos.

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Le Père François Brune

Posté par Gabriel Cloutier le 21 juin 2008

Le dernier bouquin du Père François Brune.

Hélas ! : Qu’avons-nous fait de Son Amour ?
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L’Église catholique est en voie de disparition rapide tant en France que dans les pays développés. Ce n’est pas, comme on le dit souvent, une question d’adaptation à un monde qui change trop vite. Le problème est beaucoup plus profond et plus grave. L’Église est incapable de transmettre le message d’Amour du Christ. Elle n’a pas compris à quel point Dieu nous aimait, ni la valeur de l’amour humain comme chemin vers Dieu.

Elle n’a jamais compris jusqu’où allait le mystère de l’Incarnation. Elle n’a jamais admis une véritable union de Dieu et de l’homme jusqu’à la divinisation de ce dernier, malgré le témoignage de tous les mystiques et de ceux qui ont frôlé la mort. Elle a inventé, pour régenter la vie des hommes jusque dans leurs relations les plus intimes, des règles qui n’ont rien à voir avec les exigences des évangiles. Elle a bloqué le sacerdoce avec l’idéal monastique du célibat, contre la volonté évidente du Christ qui avait choisi pour chef de son église un homme marié et père de famille.

Cette insuffisance radicale ne pourra être corrigée dans sa pratique que si elle est corrigée aussi dans sa théologie.

Heureusement, une autre tradition théologique, beaucoup plus mystique, existe dès les origines du christianisme. C’est à cette tradition qu’il faut revenir.

À travers ce livre, comme à travers ses autres ouvrages, c’est cette démonstration que poursuit le père François Brune depuis maintenant cinquante ans.

A lire également, un très bon article Les apparitions de la Vierge et l’hypothèse extraterrestre.

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Le Petit Prince

Posté par Gabriel Cloutier le 25 octobre 2008

Le Petit Prince est un bouquin indécent.

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Jouez haubois, résonnez musettes !
« Suicide, mode d’emploi », indisponible pendant un temps, est à nouveau disponible urbi et orbi et je n’hésite pas à en faire la promo.
Notre bonne France fasciste autorise enfin la réédition de cette bouse dilettante que le pied gauche révolutionnaire de notre exception culturelle pourra fouler tous les matins pour justifier son ennui et sa déconvenue de vivre encor’ : « …et meeeeeeeerde !!! » En plein dedans !

Le droit au suicide : l’aventure sous garantie que … eh oh si ça fait mal, je joue plus, hein !
Vivre oui. Vivre bordel ! Prendre les risques de la vie ! Souffrance comprise ! Ca n’a pas l’air de vous plaire, messieurs les penseurs en quête de sujets ?! Vous voulez vraiment qu’on vous autorise à échapper à tout ça ? Qu’à cela ne tienne je vous autorise personnellement à cette soustraction.

Mais pour moi, non. Très, très peu pour moi. Ma vie est jonchée de cadavres et d’absences, comprenez-vous, et si je décide de mourir je mourrai, oui. Tout seul, librement et sans l’autorisation de papa, sans ses conseils mais en demandant pardon pour ma faiblesse. Noblesse de l’inutilité oblige…

« Ah je voudrais vous y voir ! » Eh bien justement non, mon cher, vous ne m’y verrez pas, car je refuse de me donner en spectacle pour le bon plaisir de votre idéologie de bistrot. Il en va de ma dignité. Celle qui m’autorise à écrire, là, en pleine vie, à la seconde où je vous parle et celle de rejoindre le fosse commune du temps en toute discrétion, en toute pudeur, et si vous le voulez même, à m’y étendre sans rien dire pour ne pas déranger les gens…

La subtilité de vos affects politico-pathologiques-post-modernes-neo-fascistes, s’articule pourtant autour d’une réthorique sans faille : c’est pô juste. Ripoliné de Montherlant et rafraichi de Chantal Sébire.
Eh non, ben pour mô, c’est pô juste de donner le droit au suicide au vulgum pecus qui n’en demande pas tant. C’est pô juste, alors que les deux tiers de l’humanité réclament le droit de vivre et continuent à espérer pour certains, celui de dépasser les 40 ans, de réclamer le droit de mourir drapé dans votre dignité merdique. C’est pô juste, enfin, à l’heure où les hôpitaux français et leurs personnels soignants font TOUT pour accompagner dignement les mourants dans une mort digne, à l’aide de ces mots d’amour qui vous écorchent tant la bouche et leur donner des nouvelles de la Vie et du Bon Dieu au fond même d’un coma prolongé. C’est indécent et dégueulasse. C’est de la provocation gratuite, de la désinformation démagogique, c’est du crachat en l’air. C’est la mécanique de l’extase franco-française (Thanks God, the French exist, s’exclame Woody Allen à le fin de Hollywood Ending, soulagé de trouver public à son film raté…), pire : c’est du sous-Baffie.

Avignon 2006. Thanks God aussi. Le clou d’Honneur. Il aura suffi que les uns et les autres se pissent dessus, que ça en dégoûte certains, fasse doûter de l’Art Contemporain, et qu’on s’en indigne dans la presse,… pour qu’aussitôt vous hurliez au chef d’oeuvre ! Traduction : on ne savait plus comment transgresser, choquer le bourgeois (mais lequel ?), retrouver ses vingt ans, et paf on a trouvé ! CQFD. Chapeau l’artiste. (Dans cet ordre d’idée je tiens en réserve deux ou trois manières -intelligentes- de me rendre définitivement célèbre dont je garantis sur billet d’entrée collector qu’elles sont aptes à barbouiller les estomacs les mieux accrochés…) (avec le meilleur mauvais goût de la terre, bien sûr et une mauvaise foi du même tonneau… sans haine, ni violence, etc, et mieux que notre Mesrine national que vous admirez tant : sans tuer personne, ni attenter à la mienne).

Hélas, Pauvre Cendrars…
« Je voulais indiquer aux jeunes gens d’aujourd’hui qu’on les trompe, que la vie n’est pas un dilemme et qu’entre les deux idéologies contraires entre lesquels on les somme d’opter, il y a la vie, la vie, avec ses contradictions bouleversantes et miraculeuses, la vie et ses possibilités illimitées, ses absurdités beaucoup plus réjouissantes que les idioties et les platitudes de la « politique », et que c’est pour la vie qu’ils doivent opter, malgré l’attirance du suicide, individuel ou collectif, et de sa foudroyante logique scientifique. Il n’y a pas d’autres choix possibles. Vivre ! »

La Vie est la Vie, Nom de Dieu ! Bouleversante et miraculeuse !

Pauvre Blaise ! Avec leur Sémantique Générale, Ils vont l’avoir leur Monde des Ā.
Ils s’y préparent et l’appellent de leurs gémissements !

Saint-Gilbert Gosseyn et Saint-Van Vogt, priez pour nous !
Saint-Saint Exupéry, pardonnez-leur, ils ne savent pas ce qu’ils disent !

A suivre.

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Frère Roger

Posté par Gabriel Cloutier le 21 juin 2008

16 août 2005
Je me souviens du jour et de l’heure de la mort de Frère Roger. J’étais en train de peindre la plafond de la salle de séjour et me demandais qui aujourd’hui, en France, pouvait bien être représentatif d’une authenticité religieuse… Le nom de Frère Roger m’est venu à l’esprit. Son nom, son visage, sa vie…
A quelques secondes de là, ma femme m’appelle : « … tu as entendu ?!! Frère Roger vient d’être assassiné !! »
Eh non je ne pouvais pas l’entendre… je ne pouvais pas imaginer sur mon escabeau qu’un type comme lui, dont l’évocation venait de s’imposer de façon aussi nette se fasse poignarder à 90 ans par une malade mentale…
Ceux qui se sont déjà rendus à Taizé le comprennent. Il y a des morts dont l’absurdité frôle le miracle, et dont l’annonce invisible se répand plus rapidement que les ondes radio ne le permettent, comme une large bénédiction, un souffle quantique…

La mort de frère Roger : pourquoi ?

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Trackbacks

Posté par Gabriel Cloutier le 21 juin 2008

Et Dieu dans tout ça ? I

Voici un extrait de la brillante synthèse que fait Pierre Cormary du livre de Rémy Brague : « Du Dieu de Chrétiens et d’un ou deux autres ».
A cette lecture on se prend à rêver d’une véritable exégèse du bouddhisme… (pour ne citer que lui) qui ressemblerait à autre chose qu’au tissu d’imprécisions qui entoure sa fondation. On se consolera en précisant que le Christianisme, malgré les charges incessantes et les procès diffamatoires dont il est victime depuis deux siècles, a fait par contre l’objet d’études qui posent définitivement, à quelques années près (et sans Carbone 14), ses bases historiques.
On a la mémoire qu’on mérite.

… A ce propos, cessons de croire que ceux qui ont élaboré les canons de l’église catholique l’aient fait selon leurs « intérêts » et selon un esprit calculateur et pervers. Cessons de penser que les premiers théologiens de l’histoire furent de vulgaires manipulateurs d’opinions qui se débarrassaient des textes qui n’allaient pas dans leur sens. Non, c’était des sages, des intellectuels, qui construisaient une civilisation, et se souciaient avant tout d’être justes et bons, c’est-à-dire orthodoxes. Mais nous, pauvres post-modernes atteints de sida mental, sommes persuadés que l’orthodoxie est une mauvaise chose et que l’hérésie est une chose géniale. Si nous avions un minimum de probité intellectuelle, nous reconnaîtrions sans problème qu’à Nicée-Constantinople, le canon catholique fut établi selon une rigueur scientifique et morale que devraient leur envier la plupart de nos animateurs de la pensée. « Ils ont pris ce qui les arrangeaient !!! » hurlent-ils avec la rage de leur bêtise anti-philosophique. Autant dire que Mozart a pris les notes qui « l’arrangeaient » pour composer le Requiem, ou que Michel-Ange a pris les couleurs « qui allaient dans son intérêt » quand il peignit le plafond de la chapelle Sixtine ! Quel mépris pour les pères de l’Eglise, j’allais dire : pour les pères de l’humanité, que de soutenir que ces gens-là étaient des marchands d’opinion ! Et quelle ignorance des choses de l’esprit que de croire que celui-ci ne peut être que toujours corrompu ! Evidemment, cette accusation de corruption de la pensée va toujours dans le même sens. On ne croit pas une minute à la probité intellectuelle des philosophes qui ont fait le canon apostolique et romain, mais l’on a un respect tout apostolique et romain pour les philosophes qui ont fait le canon du rationalisme morderne. Quels hauts cris ne pousserait-on pas s’il était dit de Descartes ou de Kant ce que l’on dit des des pères de l’Eglise ! Comment ? Que dites-vous ? « Ce n’est pas la même chose » ? C’est là que vous vous trompez… Si l’on a un minimum de respect pour la pensée, on sait que celle-ci a eu besoin de la Somme théologique comme du Discours de la méthode.

Non, il faut se rendre à la raison. Si saint Irénée de Lyon décida, en 170, de choisir les quatre évangiles de Matthieu, Marc, Luc et Jean, plutôt que ceux de Barnabé, Judas and co, c’est qu’il pensa tout simplement que les premiers étaient en adéquation avec la vérité et que les seconds sombraient dans le mythe et la superstition. Croire, comme le font tant de nos contemporains, que les apocryphes valent autant, sinon plus, que les canoniques, c’est comme croire que le Da Vinci Code vaut un livre d’histoire. Ce que l’époque ne supporte pas, en fait, c’est que que le choix de ce qui était en train de devenir l’Eglise catholique s’avérait parfait, sublime, infaillible ! Et l’infaillibilité spirituelle, c’est ce qui scandalise le mauvaise esprit actuel ! « Pourquoi un seul serait-il infaillible et pas nous ? » Oui, pourquoi tout le troupeau ne serait-il pas un troupeau de bergers ? Et pourquoi ne serions-nous pas tous des dieux, après tout ? Des dieux de nous ?

Et Dieu dans tout ça ? II

Et Dieu dans tout ça ? III

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Les nouveaux réactionnaires

Posté par Gabriel Cloutier le 24 juin 2008

Une mine.
Comme beaucoup d’entre nous, au fil des années je me suis mis à pressentir de gros soucis avec un Islam dont l’islamisme est une partie émergée. Je ne peux pas faire une impasse consensuelle sur ces inquiétudes. Je ne souhaite évidemment pas exposer ou même évoquer les solutions radicales (et néanmoins républicaines…) que préconisent certains. Nous pouvons râler, pester, nous étriper les uns et les autres du poing ou du verbe pour des raisons toutes plus légitimes et antagonistes les unes que les autres, nous ne pourrons pas faire l’économie d’un vrai débat et d’une vraie réflexion. Politiques pour les religieux et religieux pour les politiques.

Certains évènements récents nous ont donné l’occasion de constater que démocratie ou république ne riment pas forcément avec égalité des sexes – la question ne s’étant jamais vraiment posée de cette manière – et que la législation est impuissante à traiter ce genre de problème. Je vis à la campagne et j’atteste qu’aucun mirador ne défend les champs cultivés qui regorgent pourtant de légumes prêt-à-consommer… pour la simple raison qu’il n’est encore venu à l’idée de personne de les ravager. Tout repose donc sur la confiance et mieux sur le consensus. Il suffirait pourtant que l’absence de dissuasion musclée, la liberté du renard libre dans le champ de légumes libre, en inspire certains pour que la question se pose ensuite , devant l’ampleur des vols, de savoir si oui ou non on enclot ces champs. Notre démocratie est ainsi faite qu’elle n’évolue qu’à la mesure des problèmes qu »elle rencontre et qu’elle résoud.

Que la Ministre ait soutenu dans un premier temps que le contournement de la loi pouvait dans certains cas être salutaire, ne fait que souligner un vide juridique confirmé par la spontanéite d’un propos qu’elle aurait du s’interdire. La solution étant ailleurs (et non pas « tailleur » comme certains le disent).

A présent que le Front National disparait du paysage politique, je ne doute pas une seconde que nos sociétés soient dans l’obligatrion objective et législative de traiter les problèmes tels qu’ils sont et nos démocraties dans celle de s’introspecter et de s’approfondir. Beaucoup de jurisprudence en perspective…
Une chance pour la France… de sortir de sa torpeur manichéenne ?
Je ne sais pas mais je conseille ce lien aux millions de lecteurs qui fréquentent ce blog : www.nouveau-reac.org/

Voici son intro
Qui sont les véritables réactionnaires ?
Nombre d’esprits faibles, se complaisant dans les illusions doucereuses de la jeunesse, ne trouvent réconfort qu’auprès du giron vaste et protecteur du manichéisme. Car de seuls schémas de compréhension binaires sont loin de sustenter l’élan d’absolu et de vérité qui les anime. En effet, qui prendrait jouissance à analyser deux mondes binaires sans qu’aucune dimension morale sublimée vienne actionner les rouages de la passion ?
Cette volonté de penser le monde en représentant du bien et de la vérité, outre son air de déjà-vu plus que ridicule, rend le débat revêche, voire impossible. Quand l’adversaire proclamé débusque un paradoxe, souligne un sophisme ou moque une aberration, on préfère lui rappeler sa condition d’ennemi de l’humanité en marche et jeter ses arguments à bas.

Pour contrebalancer ce retour flagrant du simplisme idéologique, Le Nouveau Réactionnaire met à votre disposition certains écrits d’auteurs attaqués pour délit d’idée, censurés à des degrés divers – comme Ibn Warraq -, ou dont les noms sont traînés dans la boue au moyen de mensonges, manipulations et de rhétorique de bas étage. Les documents proposés traitent de divers sujets philosophiques et polémiques.

Citation
- [...] On a beaucoup parlé alors de l’étrange plaidoirie de l’avocat qui a déclaré que, le meurtrier se trouvant dans la misère, l’idée de tuer ces six personnes avait dû lui venir naturellement à l’esprit. [...] Je pense que le défenseur, en émettant une idée aussi singulière, croyait sincèrement s’inspirer des plus hautes conceptions de notre siècle en fait de libéralisme, d’humanitarisme et de progrès. Eh bien, qu’en pensez-vous? Faut-il voir un cas particulier ou un phénomène général dans une pareille dépravation de l’intelligence et de la conscience, dans une perversion aussi caractérisée du jugement?
Tout le monde s’esclaffa.
- C’est un cas particulier, cela va de soi, firent Alexandra et Adélaïda en riant.

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Lieux bibliques

Posté par Gabriel Cloutier le 23 juin 2008

Lieux bibliques

La Crique du Semeur en Galilee

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Située à mi-chemin de Capernaüm et Tabgha, centres majeurs du ministère de Jésus, cette crique fut remarquée pour ses propriétés acoustiques.
Marc 4 décrit un moment où Jésus, en train d’enseigner une grande foule, fut poussé dans un bateau pour pouvoir continuer. Certains pensent que cette crique est l’emplacement idéal pour enseigner les foules.

Vue de la Mer

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Une étude acoustique de la crête fut faite par B. Cobbey Crisler et est publiée sous le nom de « The Acoustics and Crowd Capacity of Natural Theaters in Palestine » (Les Acoustiques et Capacités en Foules de Théâtres Naturels en Palestine) dans Biblical Archaeologist Déc. 1976, pp. 128-41. Il conclut qu’entre 5000 et 7000 personnes pouvaient être mises dans l’aire en dessous de la route. Plus du double peuvent remplir l’aire de la pente de la colline.

En Haut de la Pente

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Depuis ce point de vue, une personne au bord de l’eau n’est qu’un petit point. J’ai personnellement fait cette expérience une douzaine de fois, et chaque fois l’idée que le son pourrait être porté du rivage jusqu’au sommet de la colline est difficilement acceptée. Comment pouvoir entendre quand on peut à peine voir?

On trouve sur le site un fichier audio qui donne une idée de ce phénomène

Depuis le Rivage

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Est-ce que ça marche? Est-ce quelqu’un se tenant au sommet de la colline peut vraiment entendre une personne parlant au bord de l’eau? Dans une journée sans vent et sans bruit de voitures la réponse est oui. Bien des fois des groupes se sont éparpillés le long de la pente de cette colline pour entendre la voix d’une personne, et sans problème tout le monde pouvait comprendre chaque mot. Des conversation à distance se font aussi assez facilement dans cette crique.

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Be kind rewind

Posté par Gabriel Cloutier le 24 juin 2008

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Soyez sympas, rembobinez

Soyez sympas, rembobinez (Be Kind Rewind) est un film américain réalisé par Michel Gondry et sorti en 2008, mettant en scène deux employés de vidéo club qui, après avoir accidentellement effacé les cassettes qu’ils louent, choisissent de réaliser artisanalement des remakes des films pour les remplacer.

À Passaic dans le New Jersey, Mike (Mos Def) est l’employé de Be Kind, Rewind, le vidéo-club de Mr. Fletcher (Danny Glover), son père adoptif. Alors que Mr. Fletcher est parti quelques jours étudier les méthodes de la concurrence, la totalité des cassettes VHS de la boutique est effacée par Jerry (Jack Black), un ami de Mike, qui a été magnétisé en tentant de saboter une centrale électrique. Pour sauver le vidéo-club de la faillite et satisfaire la demande des plus fidèles clients, les deux hommes décident de réaliser eux-même les remakes des films effacés.

Après le succès inattendu de leurs versions de S.O.S. Fantômes et Rush Hour 2, ils tournent film sur film avec l’aide d’Alma et de Wilson, l’employé de Jerry. Parmi leurs reprises, on compte Robocop, 2001 : l’odyssée de l’espace, Boyz N the Hood, Miss Daisy et son chauffeur et Le Roi Lion. Bientôt ils vont devenir de véritables stars dans leur quartier on leur réclamera toujours plus de films « suédés » (en anglais, « sweded »).

Michel Gondry

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Religio

Posté par Gabriel Cloutier le 25 juin 2008

Je suis toujours étonné qu’on déteste Céline… s’abaisse-t’on à détester Hitler ?

Peut-être une solution « …la langue est le rapport entre le fils et la mère, et, par extension, entre l’homme et tout. C’est ce rapport qui est en réalité malade. »

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Sa journée faite et sa saison achevée, ma mère est morte sans laisser d’adresse.

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Mauvais sang

Posté par Gabriel Cloutier le 25 juin 2008

Mauvais sang
J’ai de mes ancêtres gaulois l’œil bleu blanc, la cervelle étroite, et la maladresse dans la lutte. Je trouve mon habillement aussi barbare que le leur. Mais je ne beurre pas ma chevelure.
Les Gaulois étaient les écorcheurs de bêtes, les brûleurs d’herbes les plus ineptes de leur temps.
D’eux, j’ai: l’idolâtrie et l’amour du sacrilège; – oh! tous les vices, colère, luxure, – magnifique, la luxure; – surtout mensonge et paresse.
J’ai horreur de tous les métiers. Maîtres et ouvriers, tous paysans, ignobles. La main à plume vaut la main à charrue. – Quel siècle à mains! – Je n’aurai jamais ma main. Après, la domesticité même trop loin. L’honnêteté de la mendicité me navre. Les criminels dégoûtent comme des châtrés: moi, je suis intact, et ça m’est égal.
Mais! qui a fait ma langue perfide tellement, qu’elle ait guidé et sauvegardé jusqu’ici ma paresse? Sans me servir pour vivre même de mon corps, et plus oisif que le crapaud, j’ai vécu partout. Pas une famille d’Europe que je ne connaisse. – J’entends des familles comme la mienne, qui tiennent tout de la déclaration des Droits de l’Homme. – J’ai connu chaque fils de famille!

Si j’avais des antécédents à un point quelconque de l’histoire de France!
Mais non, rien.
Il m’est bien évident que j’ai toujours été race inférieure. Je ne puis comprendre la révolte. Ma race ne se souleva jamais que pour piller: tels les loups à la bête qu’ils n’ont pas tuée.
Je me rappelle l’histoire de la France fille aînée de l’Église. J’aurais fait, manant, le voyage de terre sainte; j’ai dans la tête des routes dans les plaines souabes, des vues de Byzance, des remparts de Solyme; le culte de Marie, l’attendrissement sur le crucifié s’éveillent en moi parmi mille féeries profanes. – Je suis assis, lépreux, sur les pots cassés et les orties, au pied d’un mur rongé par le soleil. – Plus tard, reître, j’aurais bivaqué sous les nuits d’Allemagne.
Ah! encore: je danse le sabbat dans une rouge clairière, avec des vieilles et des enfants.
Je ne me souviens pas plus loin que cette terre-ci et le christianisme. Je n’en finirais pas de me revoir dans ce passé. Mais toujours seul; sans famille; même, quelle langue parlais-je? Je ne me vois jamais dans les conseils du Christ; ni dans les conseils des Seigneurs, – représentants du Christ.
Qu’étais-je au siècle dernier: je ne me retrouve qu’aujourd’hui. Plus de vagabonds, plus de guerres vagues. La race inférieure a tout couvert – le peuple, comme on dit, la raison; la nation et la science.
Oh! la science! On a tout repris. Pour le corps et pour l’âme, – le viatique, – on a la médecine et la philosophie, – les remèdes de bonnes femmes et les chansons populaires arrangés. Et les divertissements des princes et les jeux qu’ils interdisaient! Géographie, cosmographie, mécanique, chimie!. . .
La science, la nouvelle noblesse! Le progrès. Le monde marche! Pourquoi ne tournerait-il pas?
C’est la vision des nombres. Nous allons à l’Esprit. C’est très-certain, c’est oracle, ce que je dis. Je comprends, et ne sachant m’expliquer sans paroles païennes, je voudrais me taire.

Le sang païen revient! L’Esprit est proche, pourquoi Christ ne m’aide-t-il pas, en donnant à mon âme noblesse et liberté. Hélas! l’Évangile a passé! l’Évangile! l’Évangile.
J’attends Dieu avec gourmandise. Je suis de race inférieure de toute éternité.
Me voici sur la plage armoricaine. Que les villes s’allument dans le soir. Ma journée est faite; je quitte l’Europe. L’air marin brûlera mes poumons; les climats perdus me tanneront. Nager, broyer l’herbe, chasser, fumer surtout; boire des liqueurs fortes comme du métal bouillant, – comme faisaient ces chers ancêtres autour des feux.
Je reviendrai, avec des membres de fer, la peau sombre, l’œil furieux: sur mon masque, on me jugera d’une race forte. J’aurai de l’or: je serai oisif et brutal. Les femmes soignent ces féroces infirmes retour des pays chauds. Je serai mêlé aux affaires politiques. Sauvé.
Maintenant je suis maudit, j’ai horreur de la patrie. Le meilleur, c’est un sommeil bien ivre, sur la grève.

On ne part pas. – Reprenons les chemins d’ici, chargé de mon vice, le vice qui a poussé ses racines de souffrance à mon côté, dès l’âge de raison – qui monte au ciel, me bat, me renverse, me traîne.
La dernière innocence et la dernière timidité. C’est dit. Ne pas porter au monde mes dégoûts et mes trahisons.
Allons! La marche, le fardeau, le désert, l’ennui et la colère.
A qui me louer? Quelle bête faut-il adorer? Quelle sainte image attaque-t-on? Quels cœurs briserai-je? Quel mensonge dois-je tenir? – Dans quel sang marcher?
Plutôt, se garder de la justice. – La vie dure, l’abrutissement simple, – soulever, le poing desséché, le couvercle du cercueil, s’asseoir, s’étouffer. Ainsi point de vieillesse, ni de dangers: la terreur n’est pas française.
- Ah! je suis tellement délaissé que j’offre à n’importe quelle divine image des élans vers la perfection.
O mon abnégation, ô ma charité merveilleuse! ici-bas, pourtant!
De profundis Domine, suis-je bête!

Encore tout enfant, j’admirais le forçat intraitable sur qui se referme toujours le bagne; je visitais les auberges et les garnis qu’il aurait sacrés par son séjour; je voyais avec son idée le ciel bleu et le travail fleuri de la campagne; je flairais sa fatalité dans les villes. Il avait plus de force qu’un saint, plus de bon sens qu’un voyageur – et lui, lui seul! pour témoin de sa gloire et de sa raison.

Sur les routes, par des nuits d’hiver, sans gîte, sans habits, sans pain, une voix étreignait mon cœur gelé: «Faiblesse ou force: te voilà, c’est la force. Tu ne sais ni où tu vas ni pourquoi tu vas, entre partout, réponds à tout. On ne te tuera pas plus que si tu étais cadavre.» Au matin j’avais le regard si perdu et la contenance si morte, que ceux que j’ai rencontrés ne m’ont peut-être pas vu.
Dans les villes la boue m’apparaissait soudainement rouge et noire, comme une glace quand la lampe circule dans la chambre voisine, comme un trésor dans la forêt! Bonne chance, criais-je, et je voyais une mer de flammes et de fumée au ciel; et, à gauche, à droite, toutes les richesses flambant comme un milliard de tonnerres.
Mais l’orgie et la camaraderie des femmes m’étaient interdites. Pas même un compagnon. Je me voyais devant une foule exaspérée, en face du peloton d’exécution, pleurant du malheur qu’ils n’aient pu comprendre, et pardonnant! – Comme Jeanne d’Arc! – «Prêtres, professeurs, maîtres, vous vous trompez en me livrant à la justice. Je n’ai jamais été de ce peuple-ci; je n’ai jamais été chrétien; je suis de la race qui chantait dans le supplice; je ne comprends pas les lois; je n’ai pas le sens moral, je suis une brute: vous vous trompez. . .»
Oui, j’ai les yeux fermés à votre lumière. Je suis une bête, un nègre. Mais je puis être sauvé. Vous êtes de faux nègres, vous maniaques, féroces, avares. Marchand, tu es nègre; magistrat, tu es nègre; général, tu es nègre; empereur, vieille démangeaison, tu es nègre: tu as bu d’une liqueur non taxée, de la fabrique de Satan. – Ce peuple est inspiré par la fièvre et le cancer. Infirmes et vieillards sont tellement respectables qu’ils demandent à être bouillis. – Le plus malin est de quitter ce continent, où la folie rôde pour pourvoir d’otages ces misérables. J’entre au vrai royaume des enfants de Cham.
Connais-je encore la nature? me connais-je? – Plus de mots. J’ensevelis les morts dans mon ventre. Cris, tambour, danse, danse, danse, danse! Je ne vois même pas l’heure où, les blancs débarquant, je tomberai au néant.
Faim, soif, cris, danse, danse, danse, danse!

Les blancs débarquent. Le canon! Il faut se soumettre au baptême, s’habiller, travailler.
J’ai reçu au cœur le coup de la grâce. Ah! je ne l’avais pas prévu!
Je n’ai point fait le mal. Les jours vont m’être légers, le repentir me sera épargné. Je n’aurai pas eu les tourments de l’âme presque morte au bien, où remonte la lumière sévère comme les cierges funéraires. Le sort du fils de famille, cercueil prématuré couvert de limpides larmes. Sans doute la débauche est bête, le vice est bête; il faut jeter la pourriture à l’écart. Mais l’horloge ne sera pas arrivée à ne plus sonner que l’heure de la pure douleur! Vais-je être enlevé comme un enfant, pour jouer au paradis dans l’oubli de tout le malheur!
Vite! est-il d’autres vies? – Le sommeil dans la richesse est impossible. La richesse a toujours été bien public. L’amour divin seul octroie les clefs de la science. Je vois que la nature n’est qu’un spectacle de bonté. Adieu chimères, idéals, erreurs.
Le chant raisonnable des anges s’élève du navire sauveur: c’est l’amour divin. – Deux amours! je puis mourir de l’amour terrestre, mourir de dévouement. J’ai laissé des âmes dont la peine s’accroîtra de mon départ! Vous me choisissez parmi les naufragés, ceux qui restent sont-ils pas mes amis?
Sauvez-les!
La raison m’est née. Le monde est bon. Je bénirai la vie. J’aimerai mes frères. Ce ne sont plus des promesses d’enfance. Ni l’espoir d’échapper à la vieillesse et à la mort. Dieu fait ma force, et je loue Dieu.

L’ennui n’est plus mon amour. Les rages, les débauches, la folie, dont je sais tous les élans et les désastres, – tout mon fardeau est déposé. Apprécions sans vertige l’étendue de mon innocence.
Je ne serais plus capable de demander le réconfort d’une bastonnade. Je ne me crois pas embarqué pour une noce avec Jésus-Christ pour beau-père.
Je ne suis pas prisonnier de ma raison. J’ai dit: Dieu. Je veux la liberté dans le salut: comment la poursuivre? Les goûts frivoles m’ont quitté. Plus besoin de dévouement ni d’amour divin. Je ne regrette pas le siècle des cœurs sensibles. Chacun a sa raison, mépris et charité: je retiens ma place au sommet de cette angélique échelle de bon sens.
Quant au bonheur établi, domestique ou non. . . non, je ne peux pas. Je suis trop dissipé, trop faible. La vie fleurit par le travail, vieille vérité: moi, ma vie n’est pas assez pesante, elle s’envole et flotte loin au-dessus de l’action, ce cher point du monde.
Comme je deviens vieille fille, à manquer du courage d’aimer la mort!
Si Dieu m’accordait le calme céleste, aérien, la prière, – comme les anciens saints. – Les saints! des forts! les anachorètes, des artistes comme il n’en faut plus!
Farce continuelle! Mon innocence me ferait pleurer. La vie est la farce à mener par tous.

Assez! voici la punition. – En marche!
Ah! les poumons brûlent, les tempes grondent! la nuit roule dans mes yeux, par ce soleil! le cœur. . . les membres. . .
Où va-t-on? au combat? Je suis faible! les autres avancent. Les outils, les armes. . . le temps!. . .
Feu! feu sur moi! Là! ou je me rends. – Lâches! – Je me tue! Je me jette aux pieds des chevaux! Ah!. . .
- Je m’y habituerai.
Ce serait la vie française, le sentier de l’honneur!

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Thérèse de Lisieux

Posté par Gabriel Cloutier le 15 novembre 2008

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Je me souviens avoir suggéré au prêtre chargé des obsèques l’emploi de la formule : … « à la mesure de nos possibilités ». Dans le contexte de cet enterrement ça voulait dire que chacun, chaque être humain de bonne volonté, faisait ce qu’il pouvait… et que nous étions égaux, le mort compris, devant l’Amour de Dieu. J’avais ainsi l’impression de venger secrètement toutes ces mornes années où la mode catholique était au militantisme et à un anticonformisme démago dont nous n’avions pas besoin. Je dépoussiérais aussi l’image de Thérèse de Lisieux, dont on sait qu’elle a été truquée, maquillée par sa propre soeur photographe avec le soutien d’un ecclésiastique, de manière à la faire correspondre aux canons sulpiciens de l’esthétique catholique, apostolique et romaine de l’époque, et à celle des canons tout court puisque de nombreux Poilus de 14 la portaient sur eux. (Il va sans dire que ce trafic s’est avéré d’autant plus inutile que le vrai visage de Thérèse est cent fois plus beau, plus humble et plus rayonnant que celui que les Poilus ont connu)… et je dépoussierais aussi la mémoire de la personne que nous enterrions.

Ca a été un bel enterrement.

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Parabole

Posté par Gabriel Cloutier le 27 juin 2008

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… si on ne fait pas fructifier ses talents eh bien quelque part on est coupable… je ne sais pas comment l’expliquer… et donc je ne suis pas sûr d’avoir fait fructifier mes talents, ou pas autant que j’aurais pu le faire. J’ai donc le sentiment d’une culpabilité, d’une certaine manière et je voudrais que le Seigneur quand…, s’il m’accueille !, me dise : tu es pardonné. »

Pierre Schoenderffer dans « Portraits de cinéaste : l’aventure Schoenderffer »
Film entretien réalisé par Jean-Jacques Bernard

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Augustin Roi du Kung-Fu

Posté par Gabriel Cloutier le 17 novembre 2008

On m’a dit un jour que Bové José était une sorte de Don Quichotte… Oui, et c’est bien ce qui me gêne.
Dans ce registre le fameux et hilarant « Réseau Voltaire »… me gêne tout autant (et c’est un euphémisme de dimension galactique), moi qui serais plutôt de tendance « Réseau Rousseau »…
Pourquoi Voltaire, sinon pour son hideux sourire ?

« Les enfants de Don Quichotte » me gênent, hélas aussi.
Pourquoi vouloir faire rentrer des ronds dans des carrés ?
Don Quichotte se bat contre les fabrications de son propre esprit… contre lui-même, à l’intérieur de lui-même. Sans s’en rendre compte, il évolue dans une weltanschauung à laquelle Cervantès nous permet d’accéder dans une émouvante allégorie…
Don Quichotte poursuit son rêve et nous donne à contempler l’errance de son esprit perdu… et puis il rentre à la maison, retrouve la raison et meurt entouré des siens…
Taxer un SDF d’Enfant de Don Quichotte me parait donc déplacé, sinon insultant. Pour les SDF, pour Cervantès et pour Don Quichotte. Mais il fallait frapper les imaginations.

En matière de discours sur la folie, je préfère Augustin Roi du Kung-Fu…

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Besancenot conservateur ?

Posté par Gabriel Cloutier le 1 juillet 2008

Notre déjà-très-catholique-fils-cadet-de-la-gôche va t’il sauter sur l’occasion d’afficher le conservatisme qui l’a rendu précédemment célèbre ?
Sans doute.
Car voici que le président conservateur polonais Lech Kaczynski a annoncé qu’il ne ratifierait pas le traité européen de Lisbonne. Na.
D’autant plus na d’ailleurs que « le parlement polonais a pourtant, dès avril, approuvé la ratification du traité destiné à réformer le fonctionnement des institutions européennes. Mais, selon la Constitution polonaise, c’est le président qui ratifie en dernier ressort les traités, sans aucune obligation« .

Et ça n’est rien !
Car « le refus polonais s’ajoute au problème tchèque, où la ratification est loin d’être acquise, en raison de l’euroscepticisme d’une partie de la droite libérale au pouvoir à Prague, à commencer par le président Vaclav Klaus ».
Il a de beaux jours devant lui notre Olivier !

Si tous les ringards du monde voulaient se donner la main…

Source

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Travailleuses

Posté par Gabriel Cloutier le 3 juillet 2008

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Un Munich de l’esprit

Posté par Gabriel Cloutier le 8 juillet 2008

Paru dans le NouvelObs

Un Munich de l’esprit
La passivité de l’Occident devant la persécution des chrétiens d’Orient, une de ses plus grandes lâchetés

Parmi les catastrophes engendrées par l’invasion américaine de l’Irak en 2003 figurera en bonne place aux yeux de l’Histoire la quasi-éradication des Eglises chrétiennes du pays. Et parmi les grandes lâchetés dont l’Occident, notamment européen, se sera rendu coupable à notre époque, figurera sans aucun doute sa passivité devant l’événement.

Les communautés chrétiennes d’Orient sont sur place depuis deux mille ans. Elles étaient là avant l’Islam; cette terre n’est pas une «terre d’Islam» comme disent les fanatiques. C’est la terre du pluralisme religieux. Les communautés chrétiennes minoritaires ont survécu à toutes les invasions, à tous les changements de régime dans l’une des régions les plus troublées du monde. Longtemps, elles ont vécu en bonne intelligence avec les musulmans. Si détestable que fût le régime de Saddam Hussein, il respectait leur existence et, à l’occasion, les protégeait.

Mais partout où la foi musulmane s’est substituée au nationalisme comme élément fédérateur de la population, la place des chrétiens est contestée et une véritable persécution s’abat sur eux. Si nous acceptons comme allant de soi «l’antithèse Orient musulman) Occident chrétien», alors «les chrétiens d’Orient sont l’angle mort de notre vision du monde», déclarait Régis Debray à «la Croix» (16 novembre 2007) à l’occasion d’un colloque qu’il avait organisé à Paris sur «L’avenir des chrétiens d’Orient». Depuis il a proposé aux autorités françaises la création d’un observatoire du pluralisme en Orient. En vain. Jacques Chirac était sensible au problème; Nicolas Sarkozy l’est apparemment beaucoup moins, malgré ses déclarations sur l’importance du fait religieux.

Or la situation sur place ne cesse de s’aggraver : enlèvements, meurtres, incendies d’églises, tentatives d’imposition du voile et de la charia. Les différentes communautés chrétiennes, parmi lesquelles une majorité de catholiques chaldéens, fondent de jour en jour. Les chrétiens étaient environ un million en Irak dans les années 1980; il en reste à peine la moitié, le quart au dire des plus pessimistes. Dans la région de Mossoul, la moitié des chrétiens ont quitté les lieux. Certains se sont réfugiés en pays kurde, plus tolérant, ou en Jordanie. On a vu, en octobre 2006, un prêtre syriaque orthodoxe, père de quatre enfants, Paul Iskandar, décapité pour avoir refusé de se convertir à l’islam. Le 3 juin dernier, un prêtre de 31 ans a été mitraillé à sa sortie de l’église avec ses trois diacres («le Figaro magazine», 12 janvier 2008) . Alors que Pax Christi organise des «Pâques avec les chrétiens d’Orient» sur l’initiative de l’évêque de Troyes, Mgr Stenger, et que Jean d’Ormesson a lancé un appel : «N’abandonnons pas les chrétiens d’Irak», on apprend que l’évêque chaldéen de Mossoul, Mgr Paulos Faraj Rahho, qui avait été enlevé le 29 février dernier, a été retrouvé mort et enterré par ses ravisseurs. On ne saurait dire que la gravité de cet événement d’une barbarie extrême ait déchaîné l’indignation de la presse française.

Face à la terrible situation qui est aujourd’hui la leur, les chrétiens d’Irak se sentent abandonnés. Il faut donc affirmer d’abord que leur droit à vivre en Orient est égal à celui des musulmans à vivre en Occident; ensuite, que l’existence des communautés chrétiennes d’Orient est une cause aussi juste, une obligation aussi ardente que celle de l’existence d’Israël dans cette même partie du monde; enfin, que le consentement tacite des grandes puissances à la purification culturelle du Moyen-Orient au profit de l’Islam est un véritable Munich de l’esprit, dont elles supporteront demain l’opprobre et le dommage. Avons-nous à ce point honte de nos origines que la persécution dont sont victimes les chrétiens dans une bonne trentaine de pays, dans le monde musulman, dans le monde hindouiste, dans le monde communiste nous laisse indifférents ? Que nous soyons sans réaction quand les coptes d’Egypte sont discriminés et parfois massacrés ? Ou quand un prêtre catholique est condamné en Algérie à deux ans de prison pour avoir fait sa prière en dehors des lieux de culte ? Si demain la défense de la liberté des chrétiens devait être le fait des seuls chrétiens, celle des Israéliens le fait des seuls juifs, celle des musulmans le fait des seuls fidèles, ce serait à désespérer de la laïcité, ce serait à désespérer des droits de l’homme.

Jacques Julliard
Le Nouvel Observateur

Liens :
Aide à l’Eglise en Détresse

La charia au Nigeria

Musulmans et Chrétiens en Afrique

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Edvige fait peur ?

Posté par Gabriel Cloutier le 8 juillet 2008

Edvige fait peur ?
par Philippe Bilger

Edvige, non, ce n’est pas un prénom mal orthographié mais un nouveau fichier qui a fait beaucoup jaser ces derniers jours et suscité l’indignation de la gauche, d’associations et de syndicats (selon l’AFP et le Parisien).

Edvige, c’est : « Exploitation documentaire et valorisation de l’information générale ». Ce fichier pourra recenser les mineurs, dès l’âge de 13 ans, « susceptibles de porter atteinte à l’ordre public », notamment pour les violences urbaines.

Même si je comprends l’inquiétude de la défenseure des enfants, Dominique Versini, qui attire l’attention sur la nécessité d’objectiver le plus précisément possible ce critère de trouble à l’ordre public, je trouve beaucoup des autres réactions négatives plus inspirées à nouveau par une opposition systématiquement politique que par un souci de vérité. Elles présument le pire, par principe, et visent à faire peur aux citoyens.

A y regarder de près, cet émoi est très excessif.

Lire la suite

Philippe Bilger
Avocat Général près la cour d’appel de Paris, Philippe Bilger exerce depuis plus de dix ans, de manière régulière, la fonction d’avocat général à la cour d’assises de Paris. Il a été amené à requérir dans un certain nombre d’affaires dont quelques-unes ont eu un fort retentissement médiatique : Christian Didier -l’assassin de Bousquet -, Philippe Naigeon, Bob Denard, Emile Louis, Maxime Brunerie, Michaël Freminet (victime : Brahim Bouarram), François Besse, Hélène Castel…
Il a écrit également quelques livres, seul ou en collaboration:
- un « Que Sais-je » sur « Le droit de la presse »
- « Plaidoyer pour une presse décriée » aux Editions Filipacchi
- un roman : « Arrêt de mort », aux Editions du Félin
- avec Stéphane Durand Souffland, « Un avocat général s’est échappé » au Seuil
- Avec Bruno Gaccio, « Le guignol et le magistrat » chez Flammarion
- « L’Honneur de la justice » chez Flammarion
- »J’ai le droit de tout dire » ed.du Rocher

Site : www.philippebilger.com

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L’ambigu

Posté par Gabriel Cloutier le 12 juillet 2008

Mademoiselle, ce ne sont pas
Simplement vos appats
Qui me poussent à vous aborder…
Le nudisme intégral
Sur une plage c’est normal
Mais oserais-je vous proposer,
Ce soir…

Un ambigu en tête-à-tête,
Devant un bouquet de crevettes
Tous deux nous ferons la dînette
Dans une auberge, un petit bouchon bien bourgeois

Le nez dans notre assiette anglaise
Nous rapprocherons nos deux chaises
De l’âtre où pétille la braise
Et les flammes rosiront votre minois

Vous ne répondez pas…
C’est dur le premier pas
Quand on est nu sur une plage
Au fond, la nudité
Nuit à l’intimité
Fuyons la mode sauvage,
Ce soir…

Un ambigu en tête-à-tête
Comme dans les vieilles opérettes,
Dans une atmosphère de guinguette,
Vous en tailleur et moi en veston croisé…

Allongés sur un lit de mousse,
Nous écouterons bruire les sources,
Je vous montrerai la Grande Ourse,
Et peut-être échangerons-nous un baiser ?

Oh ! Mademoiselle ! Allez vous rhabiller !
Aujourd’hui, vous avez assez bronzé !
Vous souriez ?
Est-ce un assentiment ?
Venez !
L’ambigu nous attend !

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Erratum

Posté par Gabriel Cloutier le 15 juillet 2008

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Il doit être bien agréable de se sentir détenteur d’une intelligence supérieure à la normale. Soit de manière fortuite en découvrant un jour, entre 16 et 17 ans, que c’est tous des cons, soit plus tard, par le travail qui persuade que dix années et plus de concentration, de méthode, d’emmerdements divers, de fréquentations flatteuses, d’exercice plus ou moins réussi du pouvoir de dominer sa soupe et celle de ses proches vous ont placé là où vous deviez être, c’est-à-dire au-dessus, et vous ont convaincu définitivement que l’univers ne pouvait passer que par vous. J’aurais aimé que ça m’arrive mais ça n’est pas le cas et depuis hier je pense avoir enfin trouvé une des clés de ce dysfonctionnement.

Bien câlé dans le cyber-espace, j’observe souvent nuitamment l’intelligence des autres et de temps en temps quelque brillant esprit vient attirer mon attention, attiser ma curiosité. La superbe avec laquelle il assène ses vérités, la finesse de son expression, documentée, vive, abrupte, indignée, indigeste ou npurricière me paraissent en être la signature et m’enchantent, me font sourire et m’intriguent à la fois. J’en ai croisé une, et une belle, récemment, au détour d’un de ces forums où l’inéluctable est en marche.

Désireux d’en savoir plus sur l’âme qui avait conçu un aussi joli pamphlet, je me suis donc appliqué à entamer le dialogue sur le mode du badinage mondain, à la façon du hobereau qui assume son anachronisme.
Mal m’en prit car à peine le message était-il envoyé que je recevais en retour et pour toute réponse un ensemble de récriminations vindicatives de la plus belle eau consensuelle dont puisse rêver Juan Asensio (et qui-plus-est dans ma gentilhommière ou j’avais cru bon de préserver par e-mail l’intimité du débat).
La tête couverte d’une génération spontanée de poux, je me mis en devoir de rassurer la dame sur mes intentions politiques, écologiques, et nucléaires, arguant qu’il fallait raison garder, que tout n’était pas forcément foutu, suggérant même que certains journaux pouvaient sous ce désespérant couvert, vouloir vendre leur soupe neo-post-maoïsante et nourrir ainsi leurs actionnaires, enfin tout ce que l’honnêteté intellectuelle suggère, et lui présentant mes hommages vespéraux, lui transmettait l’espoir malicieux que ceux-ci ne déclencheraient pas son ire prochaine, dont l’argument aurait pû être par exemple que « si certains trouvent élégant – ou naturel – de se coucher tôt, c’est à la rudesse du baton dont on martèle le dos du peuple qu’ils le doivent ».

Rien n’y fit.

Une nuit d’insomnie et quelques allers-et-retours plus tard, j’étais épuisé et le mot de Cambronne – en lieu et place d’un « Brisons là, madame ! »convenu, dont je pressentais l’impuissance – s’est lumineusement imposé à mon intelligence comme l’ultime courtoisie possible, celle qui consiste à passer pour le grossier qui se camoufle sous la ruse de l’amabilité feinte et convainc enfin l’interlocuteur de sa supériorité.
Ebloui par son évidence dialectique je lui ai donc obéi.
Sans plus de succès.

Quelqu’un a dit un jour que « Le cerveau secrètait la pensée comme le foie la bile »…
Erratum donc, car il fallait lire : « Le cerveau secrète la bile comme le foie secrète la pensée et le rein secrète l’urine » .
Ainsi va le monde : une misérable coquille et deux siècles de Lumières basculent dans l’obscurité.

* Ci-dessus un exemple de Cirrhose du cerveau

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Définition de la pègre

Posté par Gabriel Cloutier le 17 juillet 2008

par Jean-Claude MICHEA, L’Enseignement de l’ignorance, Editions Climats, 1999

« La Caillera est infiniment mieux intégrée au système capitaliste que ne le sont les populations, indigènes et immigrées, dont elle assure le contrôle et l’exploitation à l’intérieur de ces quartiers expérimentaux que l’Etat lui a laissé en gérance. En assignant à toute activité humaine un objectif unique (la thune), un modèle unique (la transaction violente ou bizness) et un modèle anthropologique unique (être un vrai chacal), la Caillera se contente, en effet de recycler, à l’usage des périphéries du système, la pratique et l’imaginaire qui en définissent le centre et le sommet. L’ambition de ses membres n’a certes jamais été d’être la négation en acte de l’Economie régnante. Ils n’aspirent tout au contraire qu’à devenir les golden boys des bas-fonds. (…)

Si la Caillera est visiblement très peu disposée à s’intégrer à la société, c’est dans la mesure exacte où elle est déjà parfaitement intégrée au système qui détruit cette société. C’est évidemment à ce titre qu’elle ne manque pas de fasciner les intellectuels et les cinéastes de la classe dominante, dont la mauvaise conscience constitutive les dispose toujours à espérer qu’il existe une façon romantique d’extorquer la plus-value. Une telle fascination intellectuelle pour « la fièvre généreuse du délinquant » (Foucault) serait cependant difficile à légitimer sans le concours bienveillant de la sociologie d’Etat. Cette étrange sociologie, en effet, afin de conférer aux pratiques, légales et illégales, du système qui l’emploie, cette couleur rebelle qui les rend à la fois politiquement correctes et économiquement rentables, recourt à deux procédés principaux qui, quand on y réfléchit, sont assez peu compatibles.

Tout d’abord, elle s’efforce d’inscrire ce qu’Orwell nommait « le crime moderne » dans la continuité des délits et des crimes d’autrefois. Or ce sont là deux univers très différents. Le bandit d’honneur des sociétés traditionnelles puisait sa force et sa légitimité historique dans son appartenance à une communauté locale déterminée; et, en général, il s’en prenait d’abord à l’Etat et aux divers possédants. Le délinquant moderne, au contraire, revendique avec cohérence la froide logique de l’économie pour « dépouiller » et achever de détruire les communautés et les quartiers dont il est issu. Définir sa pratique comme « rebelle », ou encore comme une révolte morale » (Harlem Désir), revient par conséquent, à parer du prestige de Robin des Bois les exactions commises par les hommes du Sheriff de Nottingham. Cette activité peu honorable définit, en somme, assez bien le champ d’opérations de la sociologie politiquement correcte.

Quant au second procédé, il consiste à présenter l’apparition du paradigme délinquant moderne comme l’effet mécanique de la misère et du chômage et donc, à ce titre, comme une réponse légitime des exclus à leur situation. Or s’il est évident que la misère et le chômage ne peuvent qu’accélérer en retour la généralisation du modèle délinquant moderne, aucun observateur sérieux – ou simplement honnête – ne peut ignorer que ce modèle a d’abord été célébré dans l’ordre culturel, en même temps qu’il trouvait ses bases pratiques dans la prospérité économique des « Trente Glorieuses ». En France, par exemple, toutes les statistiques établissent que le décollage des pratiques délinquantes modernes a lieu vers 1970, tandis qu’en Allemagne, au Pays-Bas ou au Danemark, il est perceptible dès 1964-1965. Expliquer le développement de la délinquance moderne comme un effet conjoncturel du chômage est évidement une procédure gagnante pour le système capitaliste. D’une part, elle conduit à présenter la « reprise économique »comme la clé principale du problème ; de l’autre, elle dispense d’interroger ce qui, dans la logique même du capitalisme de consommation, et la culture libérale-libertaire qui lui correspond, détermine les conditions symboliques et imaginaire d’un nouveau rapport des sujets à la loi. »

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Ma ratatouille

Posté par Gabriel Cloutier le 17 juillet 2008

Une recette de ratatouille très facile à réaliser où tous les légumes cuisent séparément et sont rassemblés ensuite par strates dans un faitout, ce qui leur permet de conserver leurs goûts respectifs ou presque. Tout est fait doucement afin de ne pas trop choquer les légumes.

Pour 6 personnes environ, il faut :
3 petites ou 2 grosses aubergines
4 petites courgettes
1 poivron
4 ou 5 tomates
1 gros oignon ou 2 moyens
5 gousses d’ail
Thym, Romarin
Huile d’olive
Sel, poivre évidemment

La ratatouille est réalisée en plusieurs temps et dans plusieurs récipients.
Il faut disposer d’un faitout de taille raisonnable, d’une grande poêle, d’une cocotte-minute et d’une grande casserole.

Dans le faitout faire revenir très doucement les oignons émincés dans de l’huile d’olive. Ajouter le poivron coupé en petits dés d’un centimètre de côté et confire le tout à cuisson très lente. Ajouter ensuite les tomates coupées en 4 et les laisser fondre doucement en remuant de temps en temps avec une cuillère en bois. Ajouter un peu de thym. Arrêter le feu lorsque les tomates sont cuites.

Pendant ce temps faire bouillir de l’eau dans une cocotte-minute, la saler et y plonger les aubergines non pelées coupées en tranches pas trop épaisses. Ca n’a d’ailleurs aucune importance. Fermer la cocotte et laisser monter la pression jusqu’à la mise en rotation de la soupape et laisser cuire ensuite une dizaine de minutes à feu doux. Les égouter en les pressant dans une passoire afin d’expulser une grande partie de leur eau et leur faire perdre un volume inutile.

Couper simultanément les courgettes en rondelles, sans les éplucher mais en les vidant de leurs pépins, en tranches épaisses, puis couper ces rondelles en 4.
Mettre les morceaux à revenir lentement dans une grande casserole avec de l’huile d’olive. A feu vif au début et en les remuant pour éviter qu’elles n’attrapent. Puis laisser à feu doux. Saler à mi-cuisson et ajouter quelques brins de romarin. En fin de cuisson elles auront perdus une grande partie de leur volume et il ne sera pas utile de les égouter. On peut aussi les laisser griller très légèrement.

Dans le faitou qui contient oignons tomates et poivrons, à présent refroidis, disposer ensuite deux gousses d’ail coupées en deux ou en quatre, un peu de thym, poivre et sel, la couche d’aubergines, ail, poivre, sel, comme précédemment, un peu d’huile d’olive, puis la couche de courgettes salée et poivrée et accompagnée au sommet d’un petit filet d’huile.
Monter le faitou en température jusqu’aux premiers gloubs de cuisson puis baisser le feu, couvrir et laisser mijoter autant qu’on veut en prenant garde que ça n’attrape pas et en enlevant le couvercle de temps en temps.

Même raté, c’est pas mauvais du tout.

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La France honorée

Posté par Gabriel Cloutier le 24 septembre 2008

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« C’est la France que nous honorons à travers son Président »

Elie Wiesel

http://www.dailymotion.com/StrasTv/video/x6o9q4_interview-avec-elie-wiesel_news

Et Marianne continue de vendre sa soupe consensuelle.

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Toujours rien

Posté par Gabriel Cloutier le 21 octobre 2008

Trouvé sur le blog de Manuel Valls

Retour de la Rochelle

Dans mon dernier post, j’évoquai les Universités d’été et la nécessité pour les socialistes de ne pas se contenter d’y faire du « off ». J’ai, pour ma part, participé à un atelier très intéressant sur la culture. Sur cette question, il est essentiel qu’une impulsion politique forte soit de nouveau portée au niveau national comme ce fut le cas dans les années 60 avec André Malraux et dans les années 80 avec Jack Lang.

Les années 2000, de ce point de vue, sont bien tristes. Il nous appartiendra de mettre la culture au coeur de notre projet dans la préparation de l’alternance car nous pouvons y puiser des ressources exceptionnelles pour construire un vivre ensemble qui redonne du sens à la République. Dans nos collectivités locales, nous multiplions les initiatives culturelles mais il est évident qu’une grande ambition nationale sur le sujet est plus que jamais nécessaire. De nombreux autres ateliers sur les collectivités locales, la politique de la ville, l’Europe, les perspectives du progressisme, la laïcité, la protection sociale ont passionné les 4000 militants présents à la Rochelle.

Pour autant, il n’est pas anormal à quelques mois d’un Congrès que le « on » soit accompagné d’un « off ».

Les socialistes vont bientôt voter et après la phase des contributions, les tendances qui composent la famille socialiste doivent naturellement examiner les conditions de leur rassemblement. De ce point de vue, le spectacle donné à La Rochelle ne fut pas d’une grande qualité. Le retour des petites trahisons et des alliances factices, fondées uniquement sur des opportunités d’appareil et déconnectées des enjeux de ligne politique ne présage rien de bon.

La ligne claire, la contribution à laquelle j’appartiens a, de manière transparente et sur une base politique, noué une alliance avec Pierre Moscovici pour construire un pacte de direction fondé sur une ligne réformiste ambitieuse pour les Français.

Car, au bout du compte, l’enjeu est bien là : créer les conditions pour que le Parti Socialiste prépare l’alternance et soit de nouveau pleinement utile aux Français en leur présentant un projet et une vision qui changent la donne dans notre pays et le remette sur la voie du progrès.

Difficile de faire plus vide.

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Comment le Christ ésotérique devint le Christ des universitaires

Posté par Gabriel Cloutier le 12 novembre 2008

« Le Jésus des sectes » : Comment le Christ ésotérique devint le Christ des universitaires

par Philip Jenkins (Colloque CESNUR 2000 – Riga, Lettonie – version préliminaire)

Depuis le milieu du 19e siècle, de nouveaux mouvements religieux marginaux se sont souvent trouvés à l’origine de conceptions spécifiques de Jésus – sage, philosophe, et instructeur occulte – dont les visions ont beaucoup en commun avec celles des enseignements asiatiques. L’Evangile d’Aquarius de Jésus le Christ et les œuvres de Mme Blavatsky, de Rudolf Steiner et d’Elisabeth Clare Prophet en sont des exemples. Ces images ont curieusement de nombreux points communs avec celles qui dominent aujourd’hui la plupart des recherches universitaires critiques sur le Nouveau Testament, plus particulièrement à la suite de la redécouverte des Evangiles Gnostiques de Nag Hammadi en Egypte (1945). Les textes universitaires modernes voient en Jésus un gnostique, un cynique, ou même un crypto-bouddhiste, plutôt que le maître juif réformiste traditionnellement reconnu. Cette publication illustrera la convergence croissante entre les idées autrefois marginales des religions minoritaires et les conceptions des confessions dominantes. Il me semble que dans les deux cas, l’intérêt que suscitent ces visions de Jésus reflète les nécessités et prédilections idéologiques du public auquel elles sont présentées.

 

La plus frappante des découvertes dont les étudiants des Nouvelles religions doivent faire part à leurs collègues consiste peut-être en ceci : il n’y a pas de division claire et marquée entre les « religions » – bonnes, stables, et de valeur sociale reconnue – et les « sectes » – mauvaises, pernicieuses, et destructrices. Les religions marginales deviennent des églises reconnues, et les idées considérées à l’origine comme dépassant la limite de l’excentricité peuvent facilement devenir orthodoxes. Dans cet article, j’aimerais repérer comment des théories religieuses apparemment bizarres se sont décidément introduites dans la pensée dominante, et ceci dans l’espace contemporain. Ce que je veux plus particulièrement montrer, c’est comment l’image hétérodoxe de Jésus qui a joué un rôle si vivant dans d’innombrables mouvements ésotériques marginaux est presque devenue, au cours de ces années, un paradigme dominant dans le monde universitaire. Bien que les chercheurs dans le domaine biblique n’aient pas vécu de conversion de masse de quelque sorte que ce soit au christianisme gnostique, des idées autrefois stigmatisées sont maintenant acceptées, et même orthodoxes : pour reprendre une citation, la pierre qui fut autrefois rejetée est devenue la pierre d’angle. Je crois que mon histoire personnelle constitue une étude de cas classique des frontières très « perméables » qui séparent les idées des sectes de celles des religions.

 

L’impact de Nag Hammadi

 

Mon histoire commence avec la découverte, en 1945, de la bibliothèque gnostique déterrée à Nag Hammadi, en Egypte. Cet évènement eut un effet absolument bouleversant sur la recherche universitaire moderne en matière de christianisme. Ces documents avaient été enfouis vers la fin du quatrième siècle, probablement par quelqu’un qui percevait (à juste titre) que s’ils ne l’étaient pas, ils risquaient d’être détruits par les chasseurs d’hérésies. Le texte le plus célèbre du trésor de Nag Hammadi est l’Evangile de Thomas. Au cours des deux dernières décennies, même si cela a donné lieu à des controverses, il en est venu à être largement reconnu comme un texte d’autorité à peine moins important que celui des quatre évangiles – et peut-être bien plus encore. D’autres éléments de cette collection ont apporté des visions alternatives du christianisme quasi innombrables ; bien que seulement quatre d’entre eux portent le titre explicite d’ « Evangile », des douzaines prétendent rapporter les paroles ou les actes de Jésus. Marvin Meyer, chercheur dans le domaine du « Nouveau Testament », décrit la collection de Nag Hammadi de la façon suivante : il s’agit d’une collection « tout aussi précieuse, et même peut-être plus » que les textes du Nouveau Testament. A l’encontre des manuscrits de la Mer Morte, découverts en Palestine deux ans auparavant, la collection de Nag Hammadi a rapidement été rendue disponible pour le grand public. Thomas fut traduit en anglais en 1959, et au cours des années suivantes cette œuvre a capté l’attention passionnée des média. Une nouvelle vague d’intérêt suivit dans la fin des années soixante-dix. En effet les textes de Nag Hammadi furent rendus disponibles en traduction dès 1977 : « The Nag Hammadi Library in English », et Elaine Pagels publia son commentaire des évangiles gnostiques, qui eut une grande influence. Depuis les années 70, les chercheurs qui travaillaient sur Jésus et les origines du christianisme ont beaucoup utilisé la collection de Nag Hammadi, de même que d’autres textes analogues tels que l’Evangile de Marie, déjà connu, mais qui venait seulement d’être disponible. A partir de ces textes perdus depuis longtemps, d’innombrables livres de vulgarisation et reportages dans les média brossèrent une image des origines du christianisme bien différente de la vision classique, et présentèrent les évangiles cachés comme les précieux vestiges d’un pan complètement disparu du christianisme ancien. Les Evangiles supprimés indiquent la présence de courants marginaux oubliés au sein du mouvement étonnamment divers autour de Jésus. Pour Elaine Pagels, c’est peut-être le Gnosticisme, constitué des disciples de la gnose ou connaissance spirituelle qui fut la plus importante de ces premières traditions enfouies. Actives principalement au cours des deuxième et troisième siècles, leurs idées imprégnèrent les écrits de Nag Hammadi. D’après son compte-rendu plein de talent, le gnosticisme , à la fois pertinent et moderne, aurait pu, sans les circonstances historiques, occuper une place plus glorieuse. Ce fut un mouvement oublié de mystiques libres de tout dogme, qui suivirent Jésus dans son rejet des institutions et de la hiérarchie. Les gnostiques pratiquaient  » l’égalité d’accès, de participation et d’ouverture à la connaissance », au point qu’ils distribuaient les fonctions cléricales à beaucoup au cours de leurs cérémonies. Comme d’autres soi-disant hérésies, le gnosticisme accorda aux femmes un statut bien plus élevé que l’orthodoxie en place. La spiritualité gnostique rejoint aisément les vues de la psychothérapie moderne. Les « hérétiques » croyaient que les conflits et actions dramatiques décrits dans la vision du monde liée au christianisme avaient lieu dans l’esprit du candidat. Les auteurs gnostiques étaient subjectifs et intuitifs. Ils « considéraient l’invention et la créativité originales comme la marque distinctive de quiconque devenait spirituellement vivant ». Implicitement, on comprend que le Jésus historique se serait senti beaucoup plus à l’aise dans ces cercles que dans l’ église lourde et autoritaire qui prétendait parler en son nom. La datation très ancienne de ces écrits perdus donne aux gnostiques et assimilés la possibilité de se situer comme une forme authentique de christianisme des origines, et qui sait, peut-être même bien sa seule vraie voix; A part l’évident attrait pour les femmes, le nouveau portrait du gnosticisme est profondément séduisant pour les chercheurs modernes, cette vaste mouvance intéressée par la spiritualité mais qui refuse les pièges de la religion et du dogme organisés. Pour un tel public, des textes comme celui de Thomas sont d’un attrait particulier. On y trouve un ton individualiste, un portrait de Jésus plutôt maître de sagesse que Rédempteur ou Sauveur céleste. Les lecteurs modernes sont intéressés par la présentation de l’œuvre, quête mystique, en tant que retour à l’innocence primitive, idée qui rappelle la quête psychologique de l’enfance intérieure. En dehors de la valeur historique de l’œuvre, la lecture de Thomas peut sans aucun doute sous-tendre la méditation et la vision intérieure, et justifier tout autant diverses formes de spiritualité contemporaine. Tout aussi captivant pour les croyants modernes, le Jésus des évangiles cachés a bien des points communs avec les traditions spirituelles de l’Asie. Ce concept facilite beaucoup le dialogue avec les autres grandes religions mondiales, et affaiblit toute prétention chrétienne à la détention exclusive de la Révélation divine. Elaine Pagels écrit : « il suffit d’écouter les paroles de l’Evangile de Thomas pour percevoir à quel point il entre en résonance avec la tradition bouddhiste …ces anciens évangiles tendent à montrer un chemin au-delà de la foi vers une recherche solitaire de la compréhension, ou gnose. » Elle pose la question : « Un tel enseignement – l’identité de l’humain -divin, l’intérêt porté à l’illusion et à l’illumination, le fondateur présenté non comme Seigneur mais comme guide spirituel – tout cela ne rend-il pas un son plus oriental qu’occidental? » Elle suggère que nous pourrions voir une influence explicitement indienne chez Thomas, peut-être par l’intermédiaire des communautés chrétiennes en Inde du Sud, appelés les  » Chrétiens de Thomas « . Les déclarations de Jésus ont même quelque chose qui évoque les koans du Zen. Qu’il s’agisse d’une coïncidence ou non, le mouvement autour de Jésus se fit initialement connaître comme la Voie, terme descriptif identique à celui utilisé par les autres grandes religions et systèmes philosophiques, y compris le Bouddhisme et le Taoïsme. Jésus devient ainsi bien plus sympathique aux sensibilités modernes aussi bien sur le plan du multiculturalisme que de l’ouverture aux deux sexes.

 

Soutenus par les explications et commentaires enthousiastes de Pagels et de Meyer des textes mystiques très denses écrits il y a 1800 ans par d’obscurs hérétiques Syriens et Egyptiens ont manifestement démontré leur attrait pour un public de masse moderne.
Les évangiles alternatifs jouent un rôle central dans les « livres sur Jésus » publiés par des maisons d’éditions commerciales importantes comme Harper. Ceux-ci donnent l’impression que Thomas, Pierre, et les autres, représentent en fait la vérité des évangiles, qu’ils bousculent même les quatre évangiles célèbres. L’images des communautés chrétiennes de l’origine ici décrites a été vulgarisée non seulement par les livres et articles universitaires mais par bien des présentations populaires, dans des documentaires à la télévision comme les séries de PBS « De Jésus à Christ », diffusées en 1998. Des textes comme ceux de Thomas se sont ainsi imposés comme une présence familière dans la conscience et le débat religieux.

 

Et encore du « Déjà vu »

 

Bien que l’évaluation des textes de Nag Hammadi soit bien loin de mes intentions présentes, je dois dire que l’image que présentent Pagels et les autres me semble profondément erronée (j’expose ces problèmes de façon plus approfondie dans mon livre « Les Evangiles Cachés », à paraître aux éditions Oxford University Press au printemps prochain). En résumé les textes comme celui de Thomas sont loin d’être les premiers comme on le prétend parfois, et leur valeur en tant que sources pour le christianisme des origines est bien limitée. De plus, bien peu de ce qui fut découvert à Nag Hammadi est en vérité vraiment nouveau pour les chercheurs universitaires. A quelques exceptions près , les universitaires modernes se montrent peu concernés par le débat très intense sur les christianismes alternatifs , qui florissait dans les décennies passées et qui donne l’impression trompeuse que toute la recherche universitaire de valeur a été produite dans les trente dernières années. Bien au contraire, la plus grande partie des preuves nécessaires à la mise en place d’une révision radicale des origines du christianisme est disponible depuis bien des années avant les années soixante-dix , et même 1870.

 

Au cours du 19e siècle, l’idée que les gnostiques pourraient bien avoir gardé vivantes les vérités originelles répandues par Jésus était familière à ceux qui réfléchissaient de façon critique aux problèmes de religion, certains assez marginaux, d’autres moins; Même la théorie selon laquelle Jésus était un mystique Essénien, un membre du groupe qui écrivit probablement les manuscrits de la Mer Morte, était courante un siècle avant que l’on découvrit les documents eux-mêmes, et qu’ils ne déchaînent tant de spéculations populaires.

 

Les spéculations à propos des Esséniens se mêlèrent aux visions que l’on avait des gnostiques, et tous deux furent considérées comme proches des origines du christianisme : il y a cent ans déjà, les gens rêvaient de découvrir des documents authentiques pour vérifier leurs théories. Et quand ils ne purent en trouver, ils les inventèrent. Plus particulièrement entre les années1880et 1920, une cascade de nouvelles découvertes transforma les conceptions du christianisme des origines, à la fois du côté  » de l’orthodoxie  » et du côté  » de l’hérésie  » La trouvaille la plus intéressante mis au jour des parties de l’évangile de Thomas, situé en Egypte, alors tout simplement appelé « Paroles de Jésus ».

 

Bien que ceci n’ait pas eu tout à fait l’impact révolutionnaire qu’il eut sur les chercheurs modernes, des citations de Thomas apparurent dans des œuvres de piété populaire bien avant les découvertes de Nag Hammadi. Et tout comme les auteurs modernes revendiquent pour Thomas la place de « cinquième évangile », bien des experts , cent ans auparavant, attribuèrent la même importance à l’évangile de Pierre alors récemment découvert. Bien des conceptions et observations qui se sont basées sur les textes gnostiques nouvellement mis au jour étaient déjà très connues avant 1900. Même le rôle particulier des disciples féminines, qui provoqua tant de commentaires ces dernières années , faisait déjà l’objet de discussion à cette époque. Cette notion apparaissait dans les écrits New Age et féministes du début du vingtième siècle – et bien que cela tende à être oublié dans les écrits modernes , aussi bien les féministes que les adeptes du New Age écrivirent beaucoup sur les origines du christianisme, durant cette période. Les perspectives radicales en matière de religion ne furent pas une innovation des années 60. Ces nouvelles spéculations atteignirent le public à travers magazines, journaux et romans et devinrent tout à fait courantes pour tout honnête homme raisonnablement bien informé.

 

La plus troublante des nouvelles découvertes de la fin du 19e siècle fut la « Pistis Sophia » (Foi-Sagesse, ou Foi de la Sagesse), un compte rendu allégorique de la conception du monde des gnostiques, que certains attribuèrent à tort à Valentin lui-même. Acheté dans les années 1760, ce texte Copte, demeura pratiquement dans l’ombre au British Museum jusqu’à ce qu’ en 1851, on put le traduire en latin et en grec. Dès 1896, les lecteurs britanniques eurent accès à une traduction de G.R.S. Mead, auteur prolifique qui devint le grand vulgarisateur contemporain des hérésies oubliées, un peu comme Elaine Pagels un siècle plus tard. Les publications de Mead comprennent les onze volumes « Echos de la Gnose »(1906-1908), une édition extensive de tous les écrits gnostiques alors connus, tandis que  » The Gnostic John the Baptiser (Jean-Baptiste le gnostique) », était la traduction des psaumes de la secte Mandéenne. Mead faisait consciemment connaître ces textes comme des évangiles cachés : il décrivait la Pistis Sophia comme un évangile gnostique, et le texte fut couramment reconnu comme « une sorte d’évangile issu de quelque secte gnostique des origines ».

 

La Pistis Sophia fut le commencement de la redécouverte moderne des évangiles gnostiques. Du fait de son élaboration si précise (on compte trois cent pages en traduction), l’œuvre présente une introduction complète au gnosticisme, y compris bien des aspects qui ont constitué les plus grands pôles d’intérêts dans les évangiles de Nag Hammadi. La Pistis Sophia prétend faire un compte rendu des échanges entre Jésus et ses disciples après la Résurrection, mais elle diffère radicalement des textes canoniques par sa relation des puissances spirituelles qui dirigent l’univers, sa croyance à la réincarnation, et son utilisation fréquente de formules magiques et d’invocations. Le Jésus ici décrit est un maître mystique, et les échanges rapportés sont ceux qu’il eut avec des disciples féminines de haut niveau comme Marie-Madeleine. De nombreux livre y traitent des étapes au cours desquelles Jésus libère la figure surnaturelle (et féminine) de Sophia, la Sagesse céleste, de ses liens avec l’erreur et le monde matériel; elle est progressivement réintégrée au ciel dans son statut divin d’antan. Les évènements ici décrits se déroulent symboliquement et psychologiquement, ce qui est typique de ces évangiles, en nette opposition avec l’attachement de l’orthodoxie chrétienne à la réalité historique.

 

D’une façon très similaire aux textes de Nag Hammadi un siècle plus tard, la Pistis Sophia déclencha une vague d’intérêt général chez les féministes, les ésotéristes, et ceux qui aspiraient à une réforme radicale du christianisme.

 

Le Jésus des Sectes

 

Tout cela m’amène au point-clé de ce travail. Il y a cent ans, pratiquement toutes les idées présentées aujourd’hui comme le dernier cri chez les universitaires travaillant sur le sujet de Jésus étaient déjà largement connues, bien qu’elles le fussent moins des chercheurs en matière biblique que des membres de nouvelles religions, écoles marginales occultes et ésotériques et des mouvements qui étaient déjà connus en tant que « sectes ». Les excentricités sectaire des années 1900 sont devenues les références orthodoxes universitaires des années 2000.

 

Si nous revenons à peu près un siècle en arrière, nous découvrons que non seulement les hérésies des origines étaient déjà connues et étudiées, mais qu’elles l’étaient d’un vaste public. Ceci dans une large mesure était dû à leurs références aux mouvements occultes et ésotériques, qui considéraient les anciens gnostiques comme leurs ancêtres spirituels. Ironie du sort, Les gnostiques sont devenus les héros du jour précisément du fait que leurs ennemis jurés, les pères de l’église, avaient poussé le scrupule jusqu’à rapporter leurs croyances et doctrines : Origène cita la liturgie complète de la secte gnostique des Ophites, avec ses noms de pouvoir secrets . Il aurait été horrifié de savoir que de tels extraits allaient susciter l’enthousiasme d’occultistes futurs comme Aleister Crowley, qui dirigea toute une renaissance néo-gnostique à la fin du dix-neuvième siècle. L’église catholique gnostique de Crowley pratiquait une messe ou liturgie dans laquelle le canon des saints commémorés incluait Basilide, Valentin, Bardesane, et ceux « qui nous ont transmis la lumière de la Gnose, leurs successeurs, et leurs héritiers ». Crowley recommandait la Pistis Sophia à ses disciples en tant  » qu’admirable introduction ».

 

Un autre véhicule important de la renaissance gnostique fut le mouvement théosophique, co-fondée par Mme Blavastky dans les années 1870, qui influença la plupart des sectes occultes du vingtième siècle. Alors que la Théosophie était issue de racines ésotériques plus anciennes, une grande partie de son attrait provenait de son apparente harmonie avec la science du jour, plus particulièrement avec les notions d’évolution. Les Théosophes parlaient de la grandeur et de la décadence des races successives au cours de millions d’années, et dépeignaient aussi les progrès de l’âme humaine à travers les vies successives. Au sommet de l’évolution spirituelle se trouvaient les rédempteurs, avatars, ou Christs. Le Christ théosophique avait donc de nombreuses choses en commun avec le Jésus des gnostiques, le rédempteur envoyé des cieux pour libérer les forces de la lumière de leur prison de matière. En présentant sa vision, Blavatsky s’appuya sur les recherches concernant les hérésies gnostiques et les chrétiens primitifs disponibles de son temps, et son Opus Magnum, Isis dévoilée (1877) fait de larges emprunts à l’ouvrage « Les gnostiques et ce qu’il en reste » de King; Son hypothèse tout au long de l’œuvre est que les gnostiques présentent les doctrines les plus anciennes et les plus authentiques en matière de christianisme, qui furent plus tard détournées par les soi-disant orthodoxes. S’inspirant des gnostiques anciens avec une remarquable fidélité, Blavatsky et ses contemporains interprétèrent la mort du Christ et sa résurrection comme une réalité symbolique et psychologique, qui reflétait les transformations ayant lieu à l’intérieur de l’âme du croyant . Sous cet angle, « Christ » n’était pas un personnage historique, mais un titre donné à tout véritable initié. Comme la théosophe Anna Kingsford le déclarait dans les années 1880, « La religion n’a rien d’historique et ne dépend en aucune façon d’évènements passés…. Les écritures s’adressent à l’âme, et ne font pas appel aux sens extérieurs ».

 

Pour les occultistes victoriens comme Kingsford et Annie Besant, la Théosophie représentait une tradition complète de christianisme ésotérique, qui avait été enseignée aux anciens initiés. Ces enseignements intérieurs se sont transmis de bouche à oreille et réapparaissent dans les enseignements de mouvements condamnés par l’église classique; Le christianisme ésotérique qu’était supposé enseigner ce Jésus du Nouvel Age a prospéré depuis qu’il fut inventé dans les années 1870, et n’est en aucune façon éteint de nos jours. Certains penseurs occultes ont publié de sérieuses éditions universitaires de textes des origines, et les éditions théosophiques ont présenté les œuvres occultes et gnostiques au grand public . G.R.S. Mead lui-même fut secrétaire de la Société Théosophique; sa Pistis Sophia et ses Echos de la Gnose furent tout d’abord publiés aux éditions théosophiques.

 

Le Jésus Gnostique a particulièrement touché ceux qui percevaient là des échos des religions asiatiques, tellement en vogue à la fin du 19e siècle. Blavatsky intégra ses visions gnostiques dans un cadre plus large tiré des religions d’Asie : elle déclara que Jésus était un avatar du divin, un messager d’en haut comparable à Bouddha ou Krishna. Comme bien des auteurs ésotériques, elle fit valoir que les titres de Christ et de Krishna étaient identiques en essence. Son Jésus enseignait la loi du Karma, et révélait à l’humanité les principes du progrès spirituel et de la perfectibilité, réalisé au cours de bien des vies. La théorie selon laquelle le christianisme des origines était inspiré de la pensée asiatique et plus particulièrement bouddhiste était courante pour les penseurs allemands du 19e siècle, et ces idées imprégnèrent le monde anglophone dès les années 1880. On faisait valoir que l’unification du monde connu sous Alexandre le Grand avait créé un environnement idéal pour la diffusion des idées des missionnaires bouddhistes vers l’ouest. Des liaisons probables est-ouest se révélèrent tout à fait intéressantes pour la communauté ésotérique : dans la littérature théosophique, Jésus était supposé avoir beaucoup voyagé aux Indes, au Tibet, en Perse, en Egypte, et ailleurs, où il se familiarisa avec l’enseignement des mystères des diverses traditions. L’idée d’une pollinisation interculturelle devint de plus en plus populaire. Les contacts à travers l’empire britannique donnèrent aux universitaires victoriens une perspective de plus en plus globale, et leur permirent de tirer les leçons des religions comparées. Les mouvements asiatiques comme l’hindouisme et le bouddhisme attirèrent un public occidental croissant qui s’élargit à la suite de la tenue du Parlement des Religions du Monde, qui se tint à Chicago en 1893.

 

Les théories concernant une influence asiatique possible sur le mouvement autour de Jésus tournaient généralement autour des Esséniens. Même des universitaires orthodoxes comme Dean Mansel défendaient l’idée que des moines et des missionnaires bouddhistes avaient été à l’origine les moines et ascètes dont il est question au Moyen-orient avant la venue de Jésus, comme les Esséniens et les thérapeutes, secte égyptienne qui leur est liée.

 

Certains auteurs approfondirent la piste suivante : Jésus lui-même pourrait être issu de ces traditions ésotériques, comme le suggère le titre de l’ouvrage d’Arthur Lille (1887) « Le Bouddhisme dans le Christianisme, ou, Jésus l’Essénien ». En 1880, Ernest von Bunsen défendit l’idée que les concepts messianiques du christianisme dérivaient d’un fond traditionnel commun aux Bouddhistes et Esséniens. On pensait que les Esséniens constituaient un lien crucial entre le mysticisme oriental et l’hérésie occidentale, Jésus représentant le pivot entre les deux tendances. Si Jésus avait accès aux idées bouddhistes, et que les sectes gnostiques elles-mêmes prêchaient la réincarnation et d’autres thèmes asiatiques, alors une fois de plus c’était la preuve que les enseignements originels de Jésus étaient parfaitement conservés au sein des soi-disant hérésies.

 

L’idée d’un lien entre Jésus et les Esséniens a une résonance remarquablement moderne, du fait qu’un lien possible entre Jésus et cette secte a souvent été mis en avant depuis la découverte des manuscrits de la Mer morte. (L’idée que les gnostiques auraient pu s’inspirer des Esséniens a été très discutée depuis la découverte des Manuscrits, bien qu’elle soit toujours un sujet de controverse). Cependant, les Esséniens ont fasciné les universitaires et les amateurs depuis le siècle des Lumières.

 

Frédéric le Grand affirmait que « Jésus était en réalité un Essénien; il était pénétré de l’éthique des Esséniens ». Ernest Renan, auteur de la si célèbre Vie de Jésus, au 19e siècle, proclamait que le christianisme était tout simplement une version de l’Essénisme qui avait survécu. Blavastky tomba d’accord sur le fait que « les gnostiques, ou les premiers chrétiens, n’étaient, sous un autre nom, que les continuateurs des anciens Esséniens. » Ledge, en 1915, parle des Esséniens comme des « gnostiques pré-chrétiens », et cite l’ argument, alors très courant, que « Saint Jean Baptiste était un Essénien et que Jésus lui-même appartenait à la secte ». Déjà au début du 20e siècle, G.K. Chesterton pouvait se moquer de l’idée démodée selon laquelle Jésus était  » un instructeur éthique à la façon des Esséniens qui n’avait apparemment pas grand chose de plus à dire que Hillel ou une centaine d’autres Juifs n’auraient pu le faire; comme par exemple que c’était une chose douce que d’être doux et que cela aidait à la purification d’être pur ». Les Esséniens étaient déjà vieux-jeu bien avant les premières découvertes à Qumran.

 

Il est aussi significatif que ce furent les auteurs ésotériques qui eurent les premiers la compréhension des implications des documents découverts en ce qui concerne le rôle des femmes dans le christianisme des origines. Bien entendu, on trouvait là matière à une révision féministe de l’histoire des débuts du christianisme. Le livre important de Frances Swiney « Les enseignements ésotériques des gnostiques » (1909), à peu près oublié de nos jours, rend compte du caractère profondément révolutionnaire d’une telle tentative. Bien quelle écrive d’un point de vue occulte ou théosophique, Swiney, avec des universitaires modernes comme Elaine Pagels ou Elisabeth Schüssler Fiorenza, tente de faire revivre les voix perdues des femmes du christianisme des origines. Pour Swiney, les gnostiques trouvèrent leur principal soutien chez les femmes émancipées de l’Empire Romain, « des pionnières qui ouvrirent le chemin pour le mouvement de libération de leur sexe, des sœurs mûres pour les controverses concernant la vérité et l’autorité des opinions reçues, de véritables intellectuelles « . Elle considérait les gnostiques comme les prédécesseurs directs des suffragettes de son temps.

 

Sans l’apport des textes de Nag Hammadi, Swiney utilise la Pistis Sophia pour fournir un portrait remarquablement complet de la vision du monde gnostique. (Elle semble aussi avoir connu des œuvres contemporaines allemandes, en particulier sur le concept du gnosticisme comme mouvement pré-chrétien). Elle considérait la foi gnostique comme une doctrine bien plus spirituelle et égalitaire que les croyances brutes de l’église en place. Les gnostiques enseignaient la réincarnation; ils croyaient « que l’homme vrai est masculin-féminin », libre de sexualité différenciée, la dualité de manifestation actuelle étant une phase transitoire de l’existence » tandis que la notion du sacrifice propitiatoire du Christ pour nos péchés était une « monstrueuse doctrine », inventée par l’église en place. « Bien que le gnosticisme se soit longtemps nourri du christianisme, les gnostiques étaient les premiers chrétiens; ils acceptaient Christ au plein sens du terme; sa vie, non sa mort, était la dominante de leur doctrine et de leur pratique « . Leurs croyances étaient exprimées dans des évangiles qui, croyait-elle, étaient acceptés et considérés comme canoniques des décennies avant qu’une vénération similaire ne s’étende aux textes classiques comme les lettres de Paul. Les fragments gnostiques qui nous restent; » les quelques reliques mutilées qui demeurent de leurs écrits, sont la preuve la plus précieuse de ce que représentait vraiment le christianisme primitif et de ce qu’était l’opinion de ce temps là sur le Christ et son enseignement « .

 

Ces nobles penseurs gnostiques, « les gardiens des vérités les plus sacrées de l’existence, » firent l’objet de la part les églises en place de persécutions qui représentent dans leur ensemble « les pages les plus noires et les plus sanguinaires que l’histoire puisse nous montrer ». Ces traitements furent infligés par « les pères mal informés et étroits d’esprit de l’église primitive. » Pire que simplement obscurantiste, la réaction de l’église chrétienne fut spécifiquement à l’image de la persécution masculine des femmes : « Les gnostiques restaient fidèles à la foi pure originelle de la Féminité de l’Esprit Saint. Vérité qui fut universellement supprimée au quatrième siècle par la prêtrise masculine de l’Eglise Chrétienne ». Les prêtres masculins avaient systématiquement remanié les textes restants :  » On subodore un mobile sinistre quand on voit que dans la plupart des suppressions et là où les pages manquent dans ces écrits gnostiques, le sujet traité tourne autour d’un mystère caché, dont l’interprétation était inacceptable pour l’esprit masculin et l’orthodoxie bigote. » L’injuste exclusion des femmes de la foi et des écritures fut la cause directe de « la persécution, la dégradation et la maltraitance de la femme » au cours de siècles suivants.

 

D’étranges Nouveaux Evangiles

 

Pendant plus d’un siècle, chrétiens et non-chrétiens furent fascinés par le rêve que quelque part, enfouis dans une grotte ou perdus dans une ancienne bibliothèque, pourrait se trouver un document qui prouverait une fois pour toutes la vérité sur Jésus, son enseignement et sa mission. De quelle nature serait cette vérité, cela variait selon l’ attitude de l’individu à l’origine de cette spéculation : Jésus aurait pu se révéler le fils de Dieu ou un imposteur, un rebelle politique ou une victime d’espoirs mal orientés, mais quelque part, cette vérité finale devrait être trouvée. Et si intenses étaient ces espoirs qu’au cours du siècle dernier, très fréquemment, les gens ont essayé soit de concocter de nouveaux évangiles qui fournissaient ces renseignements, ou bien d’imaginer (que cela soit plausible ou non) que ces secrets étaient contenus dans des documents authentiques.

 

Comme si les anciens textes qui nous étaient parvenus n’avaient pas soulevés suffisamment de questions sulfureuses, bien des auteurs, depuis le début du 19e siècle, prétendirent avoir découvert de toutes nouvelles sources, de nouveaux « évangiles cachés », afin de justifier leurs propres croyances : le Livre de Mormon en est un exemple typique. Comment ce travail fut-il précisément mené à bien, cela reste un sujet de débat. La plupart des non-Mormons le rejettent cependant comme un faux pur et simple. Le processus de création continua régulièrement au cours du 19e siècle, inspiré par les nouvelles de découvertes authentiques en Egypte et ailleurs : les découvertes de Tischendorf à la bibliothèque Ste Catherine inspirèrent toute une génération de faussaires. Dans les années 1890, le Volume Archko prétendait divulguer les minutes du procès et de la mort de Jésus, avec des lettres attribuées à Pilate, Caïphe, et autres. Cette trouvaille imaginaire et providentielle fut sous-titrée « Les écrits archéologiques du Sanhédrin et du Talmud des Juifs … à partir de manuscrits de Constantinople et des archives du registre sénatorial issus du Vatican à Rome. » Ce qui est typique de tels travaux, ce volume se présentait avec un pedigree universitaire parfaitement plausible : un Evangile de Paix tardif de Jésus-Christ par le disciple Jean prétendument basé sur des manuscrits secrets du Vatican et de la bibliothèque impériale des Habsbourgs. Des documents pseudo-Esséniens furent publiés régulièrement, généralement validés par l’affirmation suivante : ils avaient été découverts dans une ancienne bibliothèque. Le Vatican était une caution facile, du fait que l’église catholique romaine était à la fois susceptible de connaître, et d’avoir voulu receler, la vérité vraie.

 

Les auteurs occultes et ésotériques étaient particulièrement fertiles en inventions de ce type, et nombreux étaient ceux qui se sentaient obligés de remplir les blancs de la vie de Jésus, pendant la période d’adolescence et le début de l’âge adulte qui précédèrent le début de son ministère public. Certaines de ces tentatives eurent une influence énorme. Au tournant du siècle, Nicolas Notovich publia « la Vie Inconnue de Jésus, issue d’archives Bouddhistes », qui rapportait la prétendue visite de l’auteur à la cité tibétaine de Lhassa. Notovich prétendait y avoir trouvé d’abondants documents concernant la vie de Jésus, qui aurait prêché ses premiers sermons aux Indes pendant son adolescence. Le livre comprend un évangile complet, publié sous le titre « La Vie de Saint Issa (Jésus), le meilleur des fils de l’ homme « . Des informations sur la soi-disant découverte de Notovich refirent surface de façon sporadique dans les décennies suivantes, et provoquèrent un petit scandale dans la presse américaine jusque dans les années 1920.

 

A une époque que fascinait spiritisme et médiumnité, il semblait naturel que de telles révélations soient obtenues par l’intermédiaire de ce que nous appellerions aujourd’hui le channeling. De nouveaux détails sur la vie et la pensée de Jésus furent divulgués par l’intermédiaire de livres tels que l’Evangile d’Aquarius de Jésus le Christ, connu depuis longtemps, de Levi Dowling, le Cinquième Evangile de Rudolf Steiner, et les histoires de Jésus « canalisées » par Edgar Cayce, qui s’inspiraient tous de Notovich. Tous furent très populaires : entre 1908 et 1995, l’Evangile d’Aquarius put connaître 52 éditions reliées toile, et treize en reliure papier. L’influence véritable de ces livres ne peut être mesurée avec précision du fait qu’ils furent tellement plagiés et imités : avec quelques modifications mineures, l’Evangile d’Aquarius devint le texte sacré du « Moorish Science Temple », le premier mouvement musulman américain. Récemment, les exemples les mieux connus de cette tradition ésotérique sont les œuvres d’Elisabeth Clare Prophet, qui s’inspire de Notovich pour décrire la carrière occulte de Jésus au Tibet et ailleurs.

 

La prolifération de pseudo-évangiles souleva des problèmes pour le public non-spécialiste, qui ne possédait pas de méthode fiable pour déterminer si les nouvelles présentations constituaient d’authentiques découvertes archéologiques consciencieusement éditées par de scrupuleux universitaires, ou des fictions fantaisistes. Une fois publiés, la plupart de ces livres furent édités à de nombreuses reprises, de sorte que les évangiles apocryphes furent probablement plus nombreux et plus lus en 1920 qu’ils ne l’avaient été depuis le temps de l’Empereur Constantin. Vers 1930, Edgar Goodspeed écrivit son enquête exaspérée sur le genre des tentatives d’évangiles nouveaux et étranges , dans lequel il mit en lumière le Volume de Archko, la « Vie Inconnue » de Notovich, l’Evangile d’Aquarius, de même qu’une « Confession de Ponce Pilate », la « Lettre de Benan » et un 29ème chapitre des Actes, qui décrivait la visite de Saint Paul en Bretagne. Goodspeed essaya de fournir au lecteur potentiel des critères pratiques pour pouvoir distinguer l’authentique de l’inventé.

 

Bien que ces divers pseudo-évangiles n’ait aucun droit à l’authenticité historique, ils popularisèrent bien des idées devenues courantes dans le dernier quart de siècle, à savoir que Jésus prêcha ses enseignements mystiques en liaison avec ceux de divers ordres et traditions clandestins, et que la doctrine chrétienne des débuts comportait des éléments bouddhistes tels que la réincarnation et la méditation. De plus, ces œuvres présentent Jésus sur le mode gnostique traditionnel en tant que révélateur de mystères dont les actes sont à comprendre sur le plan symbolique plus qu’historique. Pour un non-spécialiste, il y a des ressemblances très fortes entre les enseignements mystiques d’authentiques textes des origines comme l’Evangile de Vérité découvert à Nag Hammadi et l’Evangile fictif d’Aquarius de Dowling. Le degré apparent de plausibilité de tels faux n’a pas à nous surprendre puisque les faussaires s’inspirèrent en général de textes gnostiques authentiques des débuts, devenus des lieux communs de notre culture de masse. Alors qu’elles eurent peu d’impact sur les églises en place, ces interprétations radicales ont atteint un vaste public par l’intermédiaire de divers mouvements ésotériques qui ont attiré des millions d’Américains et d’Européens dans la première moitié du siècle. Bien avant les découvertes de Nag Hammadi, un public remarquablement étendu fut sensibilisé à accepter les portrait si fortement différents de Jésus que l’on retrouve dans les nouveaux évangiles. En vérité, l’homme de la rue qui s’intéressait au New Age pourrait bien avoir été plus disposé que les universitaires à accepter l’image radicale de Jésus qui s’y trouvait décrite.

 

Une ligne de succession évidente relie ces pseudo-évangiles des débuts , le New-Age contemporain et les écrits ésotériques. Maintenant comme alors, le Jésus de ce mouvement fut compris en termes syncrétiques, comme quelqu’un qui pouvait aussi bien parler au nom du bouddhisme et de l’hindouisme que de n’importe quelle forme de christianisme. Largement ignoré de la plupart de ceux qui écrivirent sur les tendances chrétiennes, le Jésus du New Age continue à être florissant et à stimuler d’innombrables livres issus aussi bien d’éditions marginales que d’importantes. Un des plus connus fut l’étude de Jacob Needleman, qui portait le titre évocateur du  » Christianisme perdu ». Les adeptes ésotériques ont accès à des commentaire ligne à ligne de l’Evangile de Thomas, complet, avec des « affirmations » et médiations mystiques adéquates, tandis que les implications des découvertes gnostiques étaient discutées de long en large dans les magazines des années 90 comme Gnosis et d’autres périodiques du New Age. Le livre  » Un Cours en matière de Miracles « , eut aussi énormément de succès de même que la très nombreuse littérature qui en résulta depuis sa première parution en 1975 : le Cours prétend être une série de révélations dictées par Jésus lui-même par un procédé de « channeling ». Le livre partage le principe gnostique fondamental que le monde matériel est le produit d’une fausse perception, de l’erreur et de l’illusion, desquels seule une relation avec Jésus en tant que  » frère aîné », plutôt qu’unique rédempteur, peut nous tirer.

 

Le rejet de la valeur de la crucifixion, de même que l’accent absolu mis sur la résurrection, constituent aussi des aspects gnostiques. Bien des éléments narratifs familiers que nous avons noté plus haut se retrouvent dans le tract du nouvel âge que l’on connaît sous le nom de la Prophétie Célestine, bien que celle-ci n’adopte pas le format de  » l’évangile caché ». Néanmoins, on suppose qu’il s’agit d’un ancien tract péruvien écrit dans le langage de Jésus, l’araméen, et de plus, que le manuscrit est dévoilé malgré les machinations et intrigues de l’église catholique.

 

Dans la tendance dominante

 

Mais comme nous l’avons vu, le « Jésus gnostique » est maintenant enseigné sur les bancs de l’Université au moins autant que dans les écoles des mystères. Comment en est-on arrivé là?

 

Une des raisons de l’importance renouvelée des idées gnostiques est que l’ensemble des textes gnostiques disponibles a considérablement augmenté depuis les découvertes de Nag Hammadi, ce qui a énormément encouragé les auteurs à s’étendre sur le sujet, alors que l’expansion des universités et des études religieuses depuis les années soixante a fait s’élargir les rangs des professeurs et des étudiants, eux-mêmes en quête de sujets.

 

Le cursus académique consacré à l’étude de la Bible s’est transformé, par dessus tout grâce à l’influx d’un grand nombre de chercheuses femmes, mais aussi à l’impact des théories féministes et post-modernes. Ces changements ont eu une influence révolutionnaire sur les attitudes vis-à-vis de ce qui est historique ou non et en vertu de quelles règles et à propos de mouvements jusque-là considérés comme hérétiques et périphériques.

 

Les recherches sur le gnosticisme et les christianismes alternatifs refirent surface quelques décennies après alors qu’elles étaient tombées auparavant en désuétude probablement du fait que le sujet avait été sur-traité les années précédentes. A partir des année soixante, les mouvements minoritaires revinrent soudain en première ligne, en tant qu’essentiels pour la compréhension des origines chrétiennes. Quand la transformation eut été opérée, des matériaux nouveaux et existants purent être ré-interprétés selon elle, et des chercheurs universitaires ré-examinèrent des textes et des idées sur lesquels l’opinion générale était jusqu’alors consensuelle. La découverte des écritures non-canoniques a marqué un changement de la perception et de l’idéologie, plutôt qu’une réponse équilibrée ou objective à un nouveau corpus de preuves. Comme le dicton cynique le dit bien, « Si je ne l’avait pas cru, je ne l’aurais pas vu de mes propres yeux ». Si nous pouvons emprunter le langage des romans policiers, les découvertes de nouveaux évangiles ont fourni les moyens de nouvelles directions de recherches, alors que l’expansion du monde académique en a fourni l’occasion; même dans ce cas, il fallait un mobile, et il vint des nouveaux courants et théories intellectuels qui portaient leur attention sur des sujets autrefois relégués en marge du courant dominant.

 

Les idées radicales peuvent être suggérées et discutées sans causer beaucoup de problèmes en dehors des rangs universitaires, mais ce qui est remarquable à propos des récentes études sur le gnosticisme, et ses évangiles, c’est la rapidité et l’ampleur qui a caractérisé l’accueil de ces sujets par un public étendu. A la fin du vingtième siècle, de même qu’en son début, un large public manifeste un intérêt intense pour les évangiles nouveaux et les leçons qui peuvent soi-disant en être tirées. Les raisons de cet engouement ne sont pas difficile déterminer : les universitaires et les écrivains qui ont présenté le « Vrai Jésus » et ses disciples faisaient en sorte qu’ils collent absolument aux débats modernes, qu’ils aient l’air vraiment proches des préoccupations strictement contemporaines. Ce que peu de consommateurs des nouvelles théories académiques réalisèrent était ceci : ils absorbaient en fait les lieux communs des sectes du siècle précédent. Au fur et à mesure qu’une orthodoxie s’installe, d’autres idées sont remises au goût du jour en tant que déviantes et marginales : en termes de compréhension du christianisme des débuts, l’hérétique est virtuellement devenu orthodoxe et vice-versa.

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Badaboum

Posté par Gabriel Cloutier le 14 novembre 2008

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LA DYNAMITE

Il est un produit merveilleux,
Experimenté par la science
Et pour nous les miséreux,
Fera naître l’indépendance.

Tant mieux s’il éclate
Parfois en faisant beaucoup de victimes
Chez nos ennemis les bourgeois,
Cela nous venge de leurs crimes.

Placez une marmite
Bourrée de dynamite
Quelle que soit la maison
En faisant explosion

Ah, comme elle ira vite

Pour inspirer la terreur,
Il n’y a rien d’meilleur
Qu’la dynamite

On guillotine Ravachol,
Un copain qu’avait d’l'envergure
Aujourd’hui c’est un Espagnol
Qu’on fusille pour son allure

Palace sut montrer à son tour
Qu’il était un homme invincible
En plus il promettait qu’un jour
La vengeance serait terrible

Vive la dynamite, puisque l’on nous irrite
A chaque exécution,
Nous mettrons en action
Notre arme favorite

Car pour semer la terreur
Il n’y a rien d’meilleur
Qu’la dynamite

Vous pouvez dresser l’échafaud,
La potence et la guillotine
Nous, nous avons ce qu’il nous faut
Pour vous faire sauter en soupline

Si vous croyez qu’ça finira,
Vous êtes loin de votre affaire
Pour un homme qu’on nous tuera,
Nous en foutrons cinq cent par terre.

Avec la dynamite
Nous répondrons de suite
Casernes et prisons, sans flûtes
Sans violons, danseront au plus vite

Car pour semer la terreur
Il n’y a rien d’meilleur
Qu’la dynamite

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Sur Nietzsche 1, 2 et 3

Posté par Gabriel Cloutier le 17 novembre 2008

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Sur Nietzsche 1

Sur Nietzsche 2

Sur Nietzsche 3

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We’ll Meet Again

Posté par Gabriel Cloutier le 17 novembre 2008

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We’ll Meet Again

Let’s say goodbye with a smile, dear,
Just for a while, dear, we must part.
Don’t let the parting upset you,
I’ll not forget you, sweetheart.

We’ll meet again, don’t know where, don’t know when,
But I know we’ll meet again, some sunny day.
Keep smiling through, just like you always do,
‘Til the blue skies drive the dark clouds far away.

So will you please say hello to the folks that I know,
Tell them I won’t be long.
They’ll be happy to know that as you saw me go,
I was singing this song.

After the rain comes the rainbow,
You’ll see the rain go, never fear,
We two can wait for tomorrow,
Goodbye to sorrow, my dear.

A écouter et surtout

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Franck Bilal Yusuf Mohammed Ribéry

Posté par Gabriel Cloutier le 20 novembre 2008

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Photo coseinfila

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Creedence Clearwater Revival (CCR)

Posté par Gabriel Cloutier le 21 novembre 2008

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Creedence Clearwater Revival

Creedence Clearwater Revival — souvent appelé simplement Creedence ou désigné par ses initiales CCR — est un groupe de rock aux influences blues, rock’n'roll et country, formé en 1967 à l’initiative de l’auteur, compositeur, chanteur et guitariste John Fogerty.
Originaire de Berkeley, dans la région de San Francisco, mais très influencé par la Louisiane, le groupe sera actif jusqu’en 1972. Au cours de sa brève existence,
Creedence Clearwater Revival a accumulé des succès planétaires comme Proud Mary, Travelin’ Band, Green River ou Fortunate Son.

Membres du groupe
Doug Clifford — batterie
Stu Cook — basse
Tom Fogerty — guitare, chant
John Fogerty — guitare, chant, harmonica, piano, orgue

Le groupe s’appelait auparavant The Blue Velvets et n’était composé que de trois membres. Tom Fogerty, le frère aîné de John Fogerty, les rejoindra par la suite. Ils se forment à El Cerrito en Californie en 1959. Ils signent avec la maison de disques Fantasy Records basée à San Francisco en 1964. Celle-ci leur impose le nom The Visions sous lequel ils sortent un premier album. Le groupe devra ensuite s’appeler The Golliwogs, nom que ses membres détestent. Ils enregistrent plusieurs singles pour Fantasy Records en 1965 qui sortent seulement à San Francisco, sans attirer l’attention dans le reste du pays. Seul le titre Brown Eyed Girl a connu un petit succès local.

Creedence Clearwater Revival
À la fin de l’année 1967, Saul Zaentz rachète Fantasy à Max Weiss. Il offre la chance aux Golliwogs de produire un album entier, mais seulement s’ils changent de nom. Ils prennent alors le nom de Creedence Clearwater Revival, et leur premier LP, l’année suivante, sera composé en partie de chansons écrites par John Fogerty et de reprises de chansons de rock. Deux singles seront extraits de l’album : Suzie Q de Dale Hawkins et I Put A Spell On You de Screamin’ Jay Hawkins. Convaincus du succès, les quatre membres démissionnent alors de leurs emplois respectifs pour se consacrer pleinement à leur musique.
L’album Bayou Country est une succession de titres indépendants les uns des autres, comme souvent chez Creedence, groupe peu enclin aux concept albums. Proud Mary (Rollin’ On The River), extrait de Bayou Country, devient un classique du rock, repris entre autres par Ike et Tina Turner. Tous les singles du groupe sont composés par John Fogerty et portent la marque de son génie d’auteur compositeur.
Avec le disque Green River, le groupe obtient trois nouveaux succès, Bad Moon Rising, Green River et Lodi.
Il commence alors une tournée, avec notamment un passage à Woodstock, tout en préparant son quatrième album Willy and the Poor Boys qui sortira à peine trois mois après le précédent. De cet album, deux titres vont être sortis en single : Down on the Corner et Fortunate Son.
En janvier 1970, Creedence sort un double avec les titres Travelin’ Band (face A) et Who’ll Stop the Rain (face B). Ce dernier a été inspiré par leur prestation a Woodstock. De retour dans les studios au printemps, ils enregistrent Cosmo’s Factory qui va rapidement se classer en première position des ventes, grâce à des titres comme le très rock’n'roll Up Around The Bend et le très country Lookin’ Out My Back Door.
En 1970, CCR devient le groupe américain de rock ayant eu le plus de succès en termes de chiffres de vente et de résultats au box-office[réf. nécessaire].

La fin du groupe
Pourtant, une crise semble atteindre le groupe. Le disque Pendulum ne sauve pas Creedence Clearwater Revival de la séparation : Tom Fogerty s’en va et le groupe continue en trio. CCR entreprend une tournée mondiale dont un disque live sortira.
Il semble évident à l’époque pour Stu Cook et Doug Clifford que le groupe ne sert qu’à mettre en avant les aspirations de John Fogerty. Le dernier album sera Mardi Gras, dans lequel John décide de donner sa chance aux deux autres membres du groupe. Il en résultera sans doute le moins bon disque du groupe.
CCR se sépare en octobre 1972, alors que le public s’en désintéresse.

L’après CCR
John Fogerty continuera en solo.
Tom Fogerty (décédé) a sorti depuis trois disques ainsi qu’un single, Joyful Resurrection, avec Doug Clifford et Stu Cook, qui raconterait l’histoire de CCR. Stu Cook et Doug Clifford ont depuis travaillé ensemble comme base rythmique pour le Don Harrison Band.
Stu Cook et Doug Clifford ont formé en 1995 un nouveau groupe nommé Creedence Clearwater Revisited (revisited signifiant en anglais non pas « revisité » mais « revu et corrigé », ou encore « retour à… ») .

Discographie
1968 : Creedence Clearwater Revival
1969 : Bayou Country
1969 : Green River
1969 : Willy and the Poor Boys
1970 : Cosmo’s Factory
1970 : Pendulum
1972 : Mardi Gras
1973 : Live in Europe
1980 : The Concert
1993 : The Best of CCR

Adaptations
Le titre Fortunate Son de l’album Willy and the Poor Boys est utilisé dans les films : Forrest Gump et Die Hard 4: Retour en Enfer ainsi que dans la bande originale du jeu Battlefield Vietnam.
Il fut aussi interprété en français par Johnny Hallyday, ce qui donna, adapté par Philippe Labro, le titre Fils de Personne sur l’album Flagrant délit sorti en 1971. Ainsi qie  » Born on the bayou ( Dans le bayou ) et ‘ Proud Mary ( Rouler sur la rivière ) adaptées par Jean Fauque sur l’album ‘ Destination Vegas  » 1996
Le titre Lookin’ out my back door, grand succès de Creedence, a notamment été utilisé dans le film The Big Lebowski, ainsi que Run through jungle.
On retrouve aussi Born on the Bayou dans le film Waterboy.
Ce dernier titre a également été adapté en français par Francis Cabrel sur son album Des roses et des orties (2008).
La chanson Have you ever seen the rain est utilisée dans le dernier épisode de la série de science-fiction Stargate SG-1, intitulé « Le temps d’une vie » (Unending). Elle a également été reprise par les Spin Doctors pour la bande original du film Philadelphia.
Green River a été repris dans le jeu Grand Theft Auto: San Andreas produit par Rockstar North. Ce titre est diffusé par la station de radio « K – DST ».

Ecouter :
Fortunate Son
Have you ever seen the Rain
Down on the Corner
Proud Mary
Travellin’ Band
Etc.

John Fogerty est un mythe vivant. Il continue sa carrière en solo, il emmerde tout le monde et continue d’aimer sa femme. Son dernier concert en France a eu lieu le 8 Juin à Paris au Grand Rex.

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Vient de paraître.

Posté par Gabriel Cloutier le 24 novembre 2008

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Un chemin de promesses, Paris-Jérusalem à pied.

Un voyage de noces Paris-Jérusalem, un bouquin à le clé, des vidéos, des télés, des interviews radiophoniques et des articles de presse.
Chez Drucker Mathilde parle d’une voix chrétienne, féminine et Edouard complète d’une voix pré-pubère C’est un peu la concrétisation de tout ce qui me hérisse…
Dois-je lire le bouquin ? Je ne sais pas. Je n’en ai pas envie. Mais une question me tarabuste : comment sont-ils revenus ? En avion sûrement. « Pfou, c’est fini, allo, papa ?… »
J’ai effectué un périple de 6000 km sans autre argument que de les franchir avec l’aide du grand inconnu de l’histoire humaine. Seul et sans que personne n’en sache rien.
Là c’est différent : ce couple qui se connaissait depuis neuf ans décide de partir à pied sans un sou ou presque en voyage de noces de Paris à Jérusalem. Huit mois de voyage à pied. 750 bornes par mois. 25 km par jour.

J’ai paniqué un jour et j’ai téléphoné en PCV. Pour rien. Et pour beaucoup. Pour faire du sur-place sans un sou à Bamako et retomber dans la solitude que j’avais voulu quitter un instant et qui m’avait terrorisée. Vite remis à ma place, homme de peu de foi, par le grand inconnu.
Ces deux-là m’ennuient profondément sans que je parvienne à m’expliquer pourquoi. Pourquoi ont-ils cru bon d’en parler aussitôt ? Ne pouvaient-ils garder ça pour eux ? Ne pouvaient-ils pas éviter de médiatiser tout ça ? Et pourquoi ont-ils attendu le retour pour concevoir l’enfant qui va leur naître ? Qu’est-ce qui me gêne ? Ont-ils oui ou non risqué quelque chose et quoi ?

Je savais bien au fond que je ne risquais rien…

Tout ça est bien amer et mon propos bien décousu.

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Nous sommes tous des Français Lituaniens

Posté par Gabriel Cloutier le 2 décembre 2008

Lituanie: symboles soviétiques et nazis interdits

Ce 17 Juin 2008, le Parlement lituanien a adopté un amendement à la loi « sur les rassemblements », interdisant les symboles soviétiques au même titre que les symboles nazis lors des meetings, manifestations et autres événements publics. Tombent sous le coup de la loi les drapeaux, armoiries, insignes et uniformes portant la croix gammée, la faucille et le marteau ou l’étoile rouge, ainsi que les portraits des « guides » et les hymnes.

Bien évidemment, les autorités russes se sont indignées. Le porte-parole du Ministère russe des Affaires Etrangères a ainsi déclaré : « Tirer un trait d’égalité entre les symboles de l’Etat ayant apporté une contribution décisive à la victoire sur le fascisme lors de la Seconde Guerre mondiale et les symboles nazis ne peut être interprété autrement que comme une profanation de la mémoire de ceux qui, au prix des pertes les plus cruelles, ont sauvé le monde de la peste brune ».

Il aurait sans doute été utile de rafraîchir la mémoire du dit porte parole en lui rappelant que les mêmes avaient été alliés de la dite peste brune de 1939 à 1941, s’étaient rendus coupables d’exactions comme – entre autres – l’assassinat des Officiers polonais à Katyn (1940) et avaient occupé la moitié est de l’Europe pendant 45 ans (avec exécutions et déportations).

Le 23 Juin, les Présidents Medvedev (Russie) et Loukachenko (Belarus), réunis à Brest (ex Brest-Litovsk), dans une dialectique typiquement marxiste, ont dénoncé le fait que certains pays européens (étaient visés les Etats Baltes et l’Ukraine) mettaient en doute les résultats de la Seconde Guerre mondiale, faisaient l’éloge du nazisme (sic) et considéraient les nationalistes ayant collaboré avec l’Allemagne nazie comme des vétérans de guerre.

Deux questions :

Quelle sera l’attitude de la Lituanie quand, lors d’une rencontre sportive, devra être joué l’hymne national russe ? Car il n’est pas inutile de rappeler qu’en 2000 Vladimir Poutine a remis à l’ordre du jour l’hymne soviétique de 1944.

Quel va être le devenir de la statue de soldats soviétiques, régulièrement taguée, qui « orne » le Pont Vert à Vilnius ? Verra-t-on, comme à Tallinn, des troubles instrumentalisés par Moscou si son démantèlement est décidé ?

En tout état de cause, force est de constater que, si le procès des crimes nazis a eu lieu, celui des crimes soviétiques reste à faire. Quand on sait qu’une majorité des Russes d’aujourd’hui considèrent que Staline a fait de grandes choses pour la Russie , on mesure la longueur du chemin à parcourir. Mais merci à la Lituanie de montrer le chemin.

Source http://gillesenlituanie.hautetfort.com

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Université de Dakar

Posté par Gabriel Cloutier le 4 décembre 2008

Allocution prononcée à l’Université de Dakar.

Dakar, Sénégal, le 26 juillet 2007

Mesdames et Messieurs,
Permettez-moi de remercier d’abord le gouvernement et le peuple sénégalais de leur accueil si chaleureux. Permettez-moi de remercier l’université de Dakar qui me permet pour la première fois de m’adresser à l’élite de la jeunesse africaine en tant que Président de la République française.

Je suis venu vous parler avec la franchise et la sincérité que l’on doit à des amis que l’on aime et que l’on respecte. J’aime l’Afrique, je respecte et j’aime les Africains.

Entre le Sénégal et la France, l’histoire a tissé les liens d’une amitié que nul ne peut défaire. Cette amitié est forte et sincère. C’est pour cela que j’ai souhaité adresser, de Dakar, le salut fraternel de la France à l’Afrique toute entière.
Je veux, ce soir, m’adresser à tous les Africains qui sont si différents les uns des autres, qui n’ont pas la même langue, qui n’ont pas la même religion, qui n’ont pas les mêmes coutumes, qui n’ont pas la même culture, qui n’ont pas la même histoire et qui pourtant se reconnaissent les uns les autres comme des Africains. Là réside le premier mystère de l’Afrique.

Oui, je veux m’adresser à tous les habitants de ce continent meurtri, et, en particulier, aux jeunes, à vous qui vous êtes tant battus les uns contre les autres et souvent tant haïs, qui parfois vous combattez et vous haïssez encore mais qui pourtant vous reconnaissez comme frères, frères dans la souffrance, frères dans l’humiliation, frères dans la révolte, frères dans l’espérance, frères dans le sentiment que vous éprouvez d’une destinée commune, frères à travers cette foi mystérieuse qui vous rattache à la terre africaine, foi qui se transmet de génération en génération et que l’exil lui-même ne peut effacer.

Je ne suis pas venu, jeunes d’Afrique, pour pleurer avec vous sur les malheurs de l’Afrique. Car l’Afrique n’a pas besoin de mes pleurs.

Je ne suis pas venu, jeunes d’Afrique, pour m’apitoyer sur votre sort parce que votre sort est d’abord entre vos mains. Que feriez-vous, fière jeunesse africaine de ma pitié ?

Je ne suis pas venu effacer le passé car le passé ne s’efface pas.

Je ne suis pas venu nier les fautes ni les crimes car il y a eu des fautes et il y a eu des crimes.

Il y a eu la traite négrière, il y a eu l’esclavage, les hommes, les femmes, les enfants achetés et vendus comme des marchandises. Et ce crime ne fut pas seulement un crime contre les Africains, ce fut un crime contre l’homme, ce fut un crime contre l’humanité toute entière.

Et l’homme noir qui éternellement « entend de la cale monter les malédictions enchaînées, les hoquettements des mourants, le bruit de l’un d’entre eux qu’on jette à la mer ». Cet homme noir qui ne peut s’empêcher de se répéter sans fin « Et ce pays cria pendant des siècles que nous sommes des bêtes brutes ». Cet homme noir, je veux le dire ici à Dakar, a le visage de tous les hommes du monde.

Cette souffrance de l’homme noir, je ne parle pas de l’homme au sens du sexe, je parle de l’homme au sens de l’être humain et bien sûr de la femme et de l’homme dans son acceptation générale. Cette souffrance de l’homme noir, c’est la souffrance de tous les hommes. Cette blessure ouverte dans l’âme de l’homme noir est une blessure ouverte dans l’âme de tous les hommes.
Mais nul ne peut demander aux générations d’aujourd’hui d’expier ce crime perpétré par les générations passées. Nul ne peut demander aux fils de se repentir des fautes de leurs pères.

Jeunes d’Afrique, je ne suis pas venu vous parler de repentance. Je suis venu vous dire que je ressens la traite et l’esclavage comme des crimes envers l’humanité. Je suis venu vous dire que votre déchirure et votre souffrance sont les nôtres et sont donc les miennes.

Je suis venu vous proposer de regarder ensemble, Africains et Français, au-delà de cette déchirure et au-delà de cette souffrance.

Je suis venu vous proposer, jeunes d’Afrique, non d’oublier cette déchirure et cette souffrance qui ne peuvent pas être oubliées, mais de les dépasser.

Je suis venu vous proposer, jeunes d’Afrique, non de ressasser ensemble le passé mais d’en tirer ensemble les leçons afin de regarder ensemble l’avenir.

Je suis venu, jeunes d’Afrique, regarder en face avec vous notre histoire commune.

L’Afrique a sa part de responsabilité dans son propre malheur. On s’est entretué en Afrique au moins autant qu’en Europe. Mais il est vrai que jadis, les Européens sont venus en Afrique en conquérants. Ils ont pris la terre de vos ancêtres. Ils ont banni les dieux, les langues, les croyances, les coutumes de vos pères. Ils ont dit à vos pères ce qu’ils devaient penser, ce qu’ils devaient croire, ce qu’ils devaient faire. Ils ont coupé vos pères de leur passé, ils leur ont arraché leur âme et leurs racines. Ils ont désenchanté l’Afrique.

Ils ont eu tort.

Ils n’ont pas vu la profondeur et la richesse de l’âme africaine. Ils ont cru qu’ils étaient supérieurs, qu’ils étaient plus avancés, qu’ils étaient le progrès, qu’ils étaient la civilisation.

Ils ont eu tort.

Ils ont voulu convertir l’homme africain, ils ont voulu le façonner à leur image, ils ont cru qu’ils avaient tous les droits, ils ont cru qu’ils étaient tout puissants, plus puissants que les dieux de l’Afrique, plus puissants que l’âme africaine, plus puissants que les liens sacrés que les hommes avaient tissés patiemment pendant des millénaires avec le ciel et la terre d’Afrique, plus puissants que les mystères qui venaient du fond des âges.

Ils ont eu tort.

Ils ont abîmé un art de vivre. Ils ont abîmé un imaginaire merveilleux. Ils ont abîmé une sagesse ancestrale.
Ils ont eu tort.

Ils ont créé une angoisse, un mal de vivre. Ils ont nourri la haine. Ils ont rendu plus difficile l’ouverture aux autres, l’échange, le partage parce que pour s’ouvrir, pour échanger, pour partager, il faut être assuré de son identité, de ses valeurs, de ses convictions. Face au colonisateur, le colonisé avait fini par ne plus avoir confiance en lui, par ne plus savoir qui il était, par se laisser gagner par la peur de l’autre, par la crainte de l’avenir.

Le colonisateur est venu, il a pris, il s’est servi, il a exploité, il a pillé des ressources, des richesses qui ne lui appartenaient pas. Il a dépouillé le colonisé de sa personnalité, de sa liberté, de sa terre, du fruit de son travail.

Il a pris mais je veux dire avec respect qu’il a aussi donné. Il a construit des ponts, des routes, des hôpitaux, des dispensaires, des écoles. Il a rendu fécondes des terres vierges, il a donné sa peine, son travail, son savoir. Je veux le dire ici, tous les colons n’étaient pas des voleurs, tous les colons n’étaient pas des exploiteurs.

Il y avait parmi eux des hommes mauvais mais il y avait aussi des hommes de bonne volonté, des hommes qui croyaient remplir une mission civilisatrice, des hommes qui croyaient faire le bien. Ils se trompaient mais certains étaient sincères. Ils croyaient donner la liberté, ils créaient l’aliénation. Ils croyaient briser les chaînes de l’obscurantisme, de la superstition, de la servitude. Ils forgeaient des chaînes bien plus lourdes, ils imposaient une servitude plus pesante, car c’étaient les esprits, c’étaient les âmes qui étaient asservis. Ils croyaient donner l’amour sans voir qu’ils semaient la révolte et la haine.

La colonisation n’est pas responsable de toutes les difficultés actuelles de l’Afrique. Elle n’est pas responsable des guerres sanglantes que se font les Africains entre eux. Elle n’est pas responsable des génocides. Elle n’est pas responsable des dictateurs. Elle n’est pas responsable du fanatisme. Elle n’est pas responsable de la corruption, de la prévarication. Elle n’est pas responsable des gaspillages et de la pollution.

Mais la colonisation fut une grande faute qui fut payée par l’amertume et la souffrance de ceux qui avaient cru tout donner et qui ne comprenaient pas pourquoi on leur en voulait autant.

La colonisation fut une grande faute qui détruisit chez le colonisé l’estime de soi et fit naître dans son cœur cette haine de soi qui débouche toujours sur la haine des autres.

La colonisation fut une grande faute mais de cette grande faute est né l’embryon d’une destinée commune. Et cette idée me tient particulièrement à cœur.

La colonisation fut une faute qui a changé le destin de l’Europe et le destin de l’Afrique et qui les a mêlés. Et ce destin commun a été scellé par le sang des Africains qui sont venus mourir dans les guerres européennes.

Et la France n’oublie pas ce sang africain versé pour sa liberté.

Nul ne peut faire comme si rien n’était arrivé.

Nul ne peut faire comme si cette faute n’avait pas été commise.

Nul ne peut faire comme si cette histoire n’avait pas eu lieu.

Pour le meilleur comme pour le pire, la colonisation a transformé l’homme africain et l’homme européen.

Jeunes d’Afrique, vous êtes les héritiers des plus vieilles traditions africaines et vous êtes les héritiers de tout ce que l’Occident a déposé dans le cœur et dans l’âme de l’Afrique.

Jeunes d’Afrique, la civilisation européenne a eu tort de se croire supérieure à celle de vos ancêtres, mais désormais la civilisation européenne vous appartient aussi.

Jeunes d’Afrique, ne cédez pas à la tentation de la pureté parce qu’elle est une maladie, une maladie de l’intelligence, et qui est ce qu’il y a de plus dangereux au monde.

Jeunes d’Afrique, ne vous coupez pas de ce qui vous enrichit, ne vous amputez pas d’une part de vous-même. La pureté est un enfermement, la pureté est une intolérance. La pureté est un fantasme qui conduit au fanatisme.

Je veux vous dire, jeunes d’Afrique, que le drame de l’Afrique n’est pas dans une prétendue infériorité de son art, sa pensée, de sa culture. Car, pour ce qui est de l’art, de la pensée et de la culture, c’est l’Occident qui s’est mis à l’école de l’Afrique.

L’art moderne doit presque tout à l’Afrique. L’influence de l’Afrique a contribué à changer non seulement l’idée de la beauté, non seulement le sens du rythme, de la musique, de la danse, mais même dit Senghor, la manière de marcher ou de rire du monde du XXème siècle.

Je veux donc dire, à la jeunesse d’Afrique, que le drame de l’Afrique ne vient pas de ce que l’âme africaine serait imperméable à la logique et à la raison. Car l’homme africain est aussi logique et raisonnable que l’homme européen.

C’est en puisant dans l’imaginaire africain que vous ont légué vos ancêtres, c’est en puisant dans les contes, dans les proverbes, dans les mythologies, dans les rites, dans ces formes qui, depuis l’aube des temps, se transmettent et s’enrichissent de génération en génération que vous trouverez l’imagination et la force de vous inventer un avenir qui vous soit propre, un avenir singulier qui ne ressemblera à aucun autre, où vous vous sentirez enfin libres, libres, jeunes d’Afrique d’être vous-mêmes, libres de décider par vous-mêmes.

Je suis venu vous dire que vous n’avez pas à avoir honte des valeurs de la civilisation africaine, qu’elles ne vous tirent pas vers le bas mais vers le haut, qu’elles sont un antidote au matérialisme et à l’individualisme qui asservissent l’homme moderne, qu’elles sont le plus précieux des héritages face à la déshumanisation et à l’aplatissement du monde.

Je suis venu vous dire que l’homme moderne qui éprouve le besoin de se réconcilier avec la nature a beaucoup à apprendre de l’homme africain qui vit en symbiose avec la nature depuis des millénaires.

Je suis venu vous dire que cette déchirure entre ces deux parts de vous-mêmes est votre plus grande force, et votre plus grande faiblesse selon que vous vous efforcerez ou non d’en faire la synthèse.

Mais je suis aussi venu vous dire qu’il y a en vous, jeunes d’Afrique, deux héritages, deux sagesses, deux traditions qui se sont longtemps combattues : celle de l’Afrique et celle de l’Europe.

Je suis venu vous dire que cette part africaine et cette part européenne de vous-mêmes forment votre identité déchirée.

Je ne suis pas venu, jeunes d’Afrique, vous donner des leçons.

Je ne suis pas venu vous faire la morale.

Mais je suis venu vous dire que la part d’Europe qui est en vous est le fruit d’un grand péché d’orgueil de l’Occident mais que cette part d’Europe en vous n’est pas indigne.

Car elle est l’appel de la liberté, de l’émancipation et de la justice et de l’égalité entre les femmes et les hommes.
Car elle est l’appel à la raison et à la conscience universelles.

Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire. Le paysan africain, qui depuis des millénaires, vit avec les saisons, dont l’idéal de vie est d’être en harmonie avec la nature, ne connaît que l’éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles.

Dans cet imaginaire où tout recommence toujours, il n’y a de place ni pour l’aventure humaine, ni pour l’idée de progrès.

Dans cet univers où la nature commande tout, l’homme échappe à l’angoisse de l’histoire qui tenaille l’homme moderne mais l’homme reste immobile au milieu d’un ordre immuable où tout semble être écrit d’avance.

Jamais l’homme ne s’élance vers l’avenir. Jamais il ne lui vient à l’idée de sortir de la répétition pour s’inventer un destin.

Le problème de l’Afrique et permettez à un ami de l’Afrique de le dire, il est là. Le défi de l’Afrique, c’est d’entrer davantage dans l’histoire. C’est de puiser en elle l’énergie, la force, l’envie, la volonté d’écouter et d’épouser sa propre histoire.

Le problème de l’Afrique, c’est de cesser de toujours répéter, de toujours ressasser, de se libérer du mythe de l’éternel retour, c’est de prendre conscience que l’âge d’or qu’elle ne cesse de regretter, ne reviendra pas pour la raison qu’il n’a jamais existé.

Le problème de l’Afrique, c’est qu’elle vit trop le présent dans la nostalgie du paradis perdu de l’enfance.

Le problème de l’Afrique, c’est que trop souvent elle juge le présent par rapport à une pureté des origines totalement imaginaire et que personne ne peut espérer ressusciter.

Le problème de l’Afrique, ce n’est pas de s’inventer un passé plus ou moins mythique pour s’aider à supporter le présent mais de s’inventer un avenir avec des moyens qui lui soient propres.

Le problème de l’Afrique, ce n’est pas de se préparer au retour du malheur, comme si celui-ci devait indéfiniment se répéter, mais de vouloir se donner les moyens de conjurer le malheur, car l’Afrique a le droit au bonheur comme tous les autres continents du monde.

Le problème de l’Afrique, c’est de rester fidèle à elle-même sans rester immobile.

Le défi de l’Afrique, c’est d’apprendre à regarder son accession à l’universel non comme un reniement de ce qu’elle est mais comme un accomplissement.

Le défi de l’Afrique, c’est d’apprendre à se sentir l’héritière de tout ce qu’il y a d’universel dans toutes les civilisations humaines.

C’est de s’approprier les droits de l’homme, la démocratie, la liberté, l’égalité, la justice comme l’héritage commun de toutes les civilisations et de tous les hommes.

C’est de s’approprier la science et la technique modernes comme le produit de toute l’intelligence humaine.

Le défi de l’Afrique est celui de toutes les civilisations, de toutes les cultures, de tous les peuples qui veulent garder leur identité sans s’enfermer parce qu’ils savent que l’enfermement est mortel.

Les civilisations sont grandes à la mesure de leur participation au grand métissage de l’esprit humain.

La faiblesse de l’Afrique qui a connu sur son sol tant de civilisations brillantes, ce fut longtemps de ne pas participer assez à ce grand métissage. Elle a payé cher, l’Afrique, ce désengagement du monde qui l’a rendue si vulnérable. Mais, de ses malheurs, l’Afrique a tiré une force nouvelle en se métissant à son tour. Ce métissage, quelles que fussent les conditions douloureuses de son avènement, est la vraie force et la vraie chance de l’Afrique au moment où émerge la première civilisation mondiale.

La civilisation musulmane, la chrétienté, la colonisation, au-delà des crimes et des fautes qui furent commises en leur nom et qui ne sont pas excusables, ont ouvert les cœurs et les mentalités africaines à l’universel et à l’histoire.

Ne vous laissez pas, jeunes d’Afrique, voler votre avenir par ceux qui ne savent opposer à l’intolérance que l’intolérance, au racisme que le racisme.

Ne vous laissez pas, jeunes d’Afrique, voler votre avenir par ceux qui veulent vous exproprier d’une histoire qui vous appartient aussi parce qu’elle fut l’histoire douloureuse de vos parents, de vos grands-parents et de vos aïeux.

N’écoutez pas, jeunes d’Afrique, ceux qui veulent faire sortir l’Afrique de l’histoire au nom de la tradition parce qu’une Afrique ou plus rien ne changerait serait de nouveau condamnée à la servitude.

N’écoutez pas, jeunes d’Afrique, ceux qui veulent vous empêcher de prendre votre part dans l’aventure humaine, parce que sans vous, jeunes d’Afrique qui êtes la jeunesse du monde, l’aventure humaine sera moins belle.

N’écoutez pas jeunes d’Afrique, ceux qui veulent vous déraciner, vous priver de votre identité, faire table rase de tout ce qui est africain, de toute la mystique, la religiosité, la sensibilité, la mentalité africaine, parce que pour échanger il faut avoir quelque chose à donner, parce que pour parler aux autres, il faut avoir quelque chose à leur dire.

Ecoutez plutôt, jeunes d’Afrique, la grande voix du Président Senghor qui chercha toute sa vie à réconcilier les héritages et les cultures au croisement desquels les hasards et les tragédies de l’histoire avaient placé l’Afrique.

Il disait, lui l’enfant de Joal, qui avait été bercé par les rhapsodies des griots, il disait : « nous sommes des métis culturels, et si nous sentons en nègres, nous nous exprimons en français, parce que le français est une langue à vocation universelle, que notre message s’adresse aussi aux Français et aux autres hommes ».

Il disait aussi : « le français nous a fait don de ses mots abstraits -si rares dans nos langues maternelles. Chez nous les mots sont naturellement nimbés d’un halo de sève et de sang ; les mots du français eux rayonnent de mille feux, comme des diamants. Des fusées qui éclairent notre nuit ».

Ainsi parlait Léopold Senghor qui fait honneur à tout ce que l’humanité comprend d’intelligence. Ce grand poète et ce grand Africain voulait que l’Afrique se mit à parler à toute l’humanité et lui écrivait en français des poèmes pour tous les hommes.

Ces poèmes étaient des chants qui parlaient, à tous les hommes, d’êtres fabuleux qui gardent des fontaines, chantent dans les rivières et qui se cachent dans les arbres.

Des poèmes qui leur faisaient entendre les voix des morts du village et des ancêtres.

Des poèmes qui faisaient traverser des forêts de symboles et remonter jusqu’aux sources de la mémoire ancestrale que chaque peuple garde au fond de sa conscience comme l’adulte garde au fond de la sienne le souvenir du bonheur de l’enfance.
Car chaque peuple a connu ce temps de l’éternel présent, où il cherchait non à dominer l’univers mais à vivre en harmonie avec l’univers. Temps de la sensation, de l’instinct, de l’intuition. Temps du mystère et de l’initiation. Temps mystique où le sacré était partout, où tout était signes et correspondances. C’est le temps des magiciens, des sorciers et des chamanes. Le temps de la parole qui était grande, parce qu’elle se respecte et se répète de génération en génération, et transmet, de siècle en siècle, des légendes aussi anciennes que les dieux.

L’Afrique a fait se ressouvenir à tous les peuples de la terre qu’ils avaient partagé la même enfance. L’Afrique en a réveillé les joies simples, les bonheurs éphémères et ce besoin, ce besoin auquel je crois moi-même tant, ce besoin de croire plutôt que de comprendre, ce besoin de ressentir plutôt que de raisonner, ce besoin d’être en harmonie plutôt que d’être en conquête.

Ceux qui jugent la culture africaine arriérée, ceux qui tiennent les Africains pour de grands enfants, tous ceux-là ont oublié que la Grèce antique qui nous a tant appris sur l’usage de la raison avait aussi ses sorciers, ses devins, ses cultes à mystères, ses sociétés secrètes, ses bois sacrés et sa mythologie qui venait du fond des âges et dans laquelle nous puisons encore, aujourd’hui, un inestimable trésor de sagesse humaine.

L’Afrique qui a aussi ses grands poèmes dramatiques et ses légendes tragiques, en écoutant Sophocle, a entendu une voix plus familière qu’elle ne l’aurait crû et l’Occident a reconnu dans l’art africain des formes de beauté qui avaient jadis été les siennes et qu’il éprouvait le besoin de ressusciter.

Alors entendez, jeunes d’Afrique, combien Rimbaud est africain quand il met des couleurs sur les voyelles comme tes ancêtres en mettaient sur leurs masques, « masque noir, masque rouge, masque blanc–et-noir ».

Ouvrez les yeux, jeunes d’Afrique, et ne regardez plus, comme l’ont fait trop souvent vos aînés, la civilisation mondiale comme une menace pour votre identité mais la civilisation mondiale comme quelque chose qui vous appartient aussi.
Dès lors que vous reconnaîtrez dans la sagesse universelle une part de la sagesse que vous tenez de vos pères et que vous aurez la volonté de la faire fructifier, alors commencera ce que j’appelle de mes vœux, la Renaissance africaine.

Dès lors que vous proclamerez que l’homme africain n’est pas voué à un destin qui serait fatalement tragique et que, partout en Afrique, il ne saurait y avoir d’autre but que le bonheur, alors commencera la Renaissance africaine.

Dès lors que vous, jeunes d’Afrique, vous déclarerez qu’il ne saurait y avoir d’autres finalités pour une politique africaine que l’unité de l’Afrique et l’unité du genre humain, alors commencera la Renaissance africaine.

Dès lors que vous regarderez bien en face la réalité de l’Afrique et que vous la prendrez à bras le corps, alors commencera la Renaissance africaine. Car le problème de l’Afrique, c’est qu’elle est devenue un mythe que chacun reconstruit pour les besoins de sa cause.

Et ce mythe empêche de regarder en face la réalité de l’Afrique.

La réalité de l’Afrique, c’est une démographie trop forte pour une croissance économique trop faible.
La réalité de l’Afrique, c’est encore trop de famine, trop de misère.

La réalité de l’Afrique, c’est la rareté qui suscite la violence.

La réalité de l’Afrique, c’est le développement qui ne va pas assez vite, c’est l’agriculture qui ne produit pas assez, c’est le manque de routes, c’est le manque d’écoles, c’est le manque d’hôpitaux.

La réalité de l’Afrique, c’est un grand gaspillage d’énergie, de courage, de talents, d’intelligence.

La réalité de l’Afrique, c’est celle d’un grand continent qui a tout pour réussir et qui ne réussit pas parce qu’il n’arrive pas à se libérer de ses mythes.

La Renaissance dont l’Afrique a besoin, vous seuls, Jeunes d’Afrique, vous pouvez l’accomplir parce que vous seuls en aurez la force.

Cette Renaissance, je suis venu vous la proposer. Je suis venu vous la proposer pour que nous l’accomplissions ensemble parce que de la Renaissance de l’Afrique dépend pour une large part la Renaissance de l’Europe et la Renaissance du monde.

Je sais l’envie de partir qu’éprouvent un si grand nombre d’entre vous confrontés aux difficultés de l’Afrique.

Je sais la tentation de l’exil qui pousse tant de jeunes Africains à aller chercher ailleurs ce qu’ils ne trouvent pas ici pour faire vivre leur famille.

Je sais ce qu’il faut de volonté, ce qu’il faut de courage pour tenter cette aventure, pour quitter sa patrie, la terre où l’on est né, où l’on a grandi, pour laisser derrière soi les lieux familiers où l’on a été heureux, l’amour d’une mère, d’un père ou d’un frère et cette solidarité, cette chaleur, cet esprit communautaire qui sont si forts en Afrique.

Je sais ce qu’il faut de force d’âme pour affronter le dépaysement, l’éloignement, la solitude.

Je sais ce que la plupart d’entre eux doivent affronter comme épreuves, comme difficultés, comme risques.
Je sais qu’ils iront parfois jusqu’à risquer leur vie pour aller jusqu’au bout de ce qu’ils croient être leur rêve.

Mais je sais que rien ne les retiendra.

Car rien ne retient jamais la jeunesse quand elle se croit portée par ses rêves.

Je ne crois pas que la jeunesse africaine ne soit poussée à partir que pour fuir la misère.

Je crois que la jeunesse africaine s’en va parce que, comme toutes les jeunesses, elle veut conquérir le monde.

Comme toutes les jeunesses, elle a le goût de l’aventure et du grand large.

Elle veut aller voir comment on vit, comment on pense, comment on travaille, comment on étudie ailleurs.

L’Afrique n’accomplira pas sa Renaissance en coupant les ailes de sa jeunesse. Mais l’Afrique a besoin de sa jeunesse.

La Renaissance de l’Afrique commencera en apprenant à la jeunesse africaine à vivre avec le monde, non à le refuser.

La jeunesse africaine doit avoir le sentiment que le monde lui appartient comme à toutes les jeunesses de la terre.

La jeunesse africaine doit avoir le sentiment que tout deviendra possible comme tout semblait possible aux hommes de la Renaissance.

Alors, je sais bien que la jeunesse africaine, ne doit pas être la seule jeunesse du monde assignée à résidence. Elle ne peut pas être la seule jeunesse du monde qui n’a le choix qu’entre la clandestinité et le repliement sur soi.

Elle doit pouvoir acquérir, hors d’Afrique la compétence et le savoir qu’elle ne trouverait pas chez elle.
Mais elle doit aussi à la terre africaine de mettre à son service les talents qu’elle aura développés. Il faut revenir bâtir l’Afrique ; il faut lui apporter le savoir, la compétence le dynamisme de ses cadres. Il faut mettre un terme au pillage des élites africaines dont l’Afrique a besoin pour se développer.

Ce que veut la jeunesse africaine c’est de ne pas être à la merci des passeurs sans scrupules qui jouent avec votre vie.

Ce que veut la jeunesse d’Afrique, c’est que sa dignité soit préservée.

C’est pouvoir faire des études, c’est pouvoir travailler, c’est pouvoir vivre décemment. C’est au fond, ce que veut toute l’Afrique. L’Afrique ne veut pas de la charité. L’Afrique ne veut pas d’aide. L’Afrique ne veut pas de passe-droit.

Ce que veut l’Afrique et ce qu’il faut lui donner, c’est la solidarité, la compréhension et le respect.

Ce que veut l’Afrique, ce n’est pas que l’on prenne son avenir en main, ce n’est pas que l’on pense à sa place, ce n’est pas que l’on décide à sa place.

Ce que veut l’Afrique est ce que veut la France, c’est la coopération, c’est l’association, c’est le partenariat entre des nations égales en droits et en devoirs.
Jeunesse africaine, vous voulez la démocratie, vous voulez la liberté, vous voulez la justice, vous voulez le Droit ? C’est à vous d’en décider. La France ne décidera pas à votre place. Mais si vous choisissez la démocratie, la liberté, la justice et le Droit, alors la France s’associera à vous pour les construire.

Jeunes d’Afrique, la mondialisation telle qu’elle se fait ne vous plaît pas. L’Afrique a payé trop cher le mirage du collectivisme et du progressisme pour céder à celui du laisser-faire.

Jeunes d’Afrique vous croyez que le libre échange est bénéfique mais que ce n’est pas une religion. Vous croyez que la concurrence est un moyen mais que ce n’est pas une fin en soi. Vous ne croyez pas au laisser-faire. Vous savez qu’à être trop naïve, l’Afrique serait condamnée à devenir la proie des prédateurs du monde entier. Et cela vous ne le voulez pas. Vous voulez une autre mondialisation, avec plus d’humanité, avec plus de justice, avec plus de règles.
Je suis venu vous dire que la France la veut aussi. Elle veut se battre avec l’Europe, elle veut se battre avec l’Afrique, elle veut se battre avec tous ceux, qui dans le monde, veulent changer la mondialisation. Si l’Afrique, la France et l’Europe le veulent ensemble, alors nous réussirons. Mais nous ne pouvons pas exprimer une volonté à votre place.

Jeunes d’Afrique, vous voulez le développement, vous voulez la croissance, vous voulez la hausse du niveau de vie.

Mais le voulez-vous vraiment ? Voulez-vous que cessent l’arbitraire, la corruption, la violence ? Voulez-vous que la propriété soit respectée, que l’argent soit investi au lieu d’être détourné ? Voulez-vous que l’État se remette à faire son métier, qu’il soit allégé des bureaucraties qui l’étouffent, qu’il soit libéré du parasitisme, du clientélisme, que son autorité soit restaurée, qu’il domine les féodalités, qu’il domine les corporatismes ? Voulez-vous que partout règne l’État de droit qui permet à chacun de savoir raisonnablement ce qu’il peut attendre des autres ?

Si vous le voulez, alors la France sera à vos côtés pour l’exiger, mais personne ne le voudra à votre place.
Voulez-vous qu’il n’y ait plus de famine sur la terre africaine ? Voulez-vous que, sur la terre africaine, il n’y ait plus jamais un seul enfant qui meure de faim ? Alors cherchez l’autosuffisance alimentaire. Alors développez les cultures vivrières. L’Afrique a d’abord besoin de produire pour se nourrir. Si c’est ce que vous voulez, jeunes d’Afrique, vous tenez entre vos mains l’avenir de l’Afrique, et la France travaillera avec vous pour bâtir cet avenir.

Vous voulez lutter contre la pollution ? Vous voulez que le développement soit durable ? Vous voulez que les générations actuelles ne vivent plus au détriment des générations futures ? Vous voulez que chacun paye le véritable coût de ce qu’il consomme ? Vous voulez développer les technologies propres ? C’est à vous de le décider. Mais si vous le décidez, la France sera à vos côtés.

Vous voulez la paix sur le continent africain ? Vous voulez la sécurité collective ? Vous voulez le règlement pacifique des conflits ? Vous voulez mettre fin au cycle infernal de la vengeance et de la haine ? C’est à vous, mes amis africains, de le décider . Et si vous le décidez, la France sera à vos côtés, comme une amie indéfectible, mais la France ne peut pas vouloir à la place de la jeunesse d’Afrique.
Vous voulez l’unité africaine ? La France le souhaite aussi.

Parce que la France souhaite l’unité de l’Afrique, car l’unité de l’Afrique rendra l’Afrique aux Africains.

Ce que veut faire la France avec l’Afrique, c’est regarder en face les réalités. C’est faire la politique des réalités et non plus la politique des mythes.

Ce que la France veut faire avec l’Afrique, c’est le co-développement, c’est-à-dire le développement partagé.

La France veut avec l’Afrique des projets communs, des pôles de compétitivité communs, des universités communes, des laboratoires communs.

Ce que la France veut faire avec l’Afrique, c’est élaborer une stratégie commune dans la mondialisation.

Ce que la France veut faire avec l’Afrique, c’est une politique d’immigration négociée ensemble, décidée ensemble pour que la jeunesse africaine puisse être accueillie en France et dans toute l’Europe avec dignité et avec respect.

Ce que la France veut faire avec l’Afrique, c’est une alliance de la jeunesse française et de la jeunesse africaine pour que le monde de demain soit un monde meilleur.

Ce que veut faire la France avec l’Afrique, c’est préparer l’avènement de l’Eurafrique, ce grand destin commun qui attend l’Europe et l’Afrique.

A ceux qui, en Afrique, regardent avec méfiance ce grand projet de l’Union Méditerranéenne que la France a proposé à tous les pays riverains de la Méditerranée, je veux dire que, dans l’esprit de la France, il ne s’agit nullement de mettre à l’écart l’Afrique, qui s’étend au sud du Sahara mais, qu’au contraire, il s’agit de faire de cette Union le pivot de l’Eurafrique, la première étape du plus grand rêve de paix et de prospérité qu’Européens et Africains sont capables de concevoir ensemble.

Alors, mes chers Amis, alors seulement, l’enfant noir de Camara Laye, à genoux dans le silence de la nuit africaine, saura et comprendra qu’il peut lever la tête et regarder avec confiance l’avenir. Et cet enfant noir de Camara Laye, il sentira réconciliées en lui les deux parts de lui-même. Et il se sentira enfin un homme comme tous les autres hommes de l’humanité.

Je vous remercie.

Nicolas S.

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Ukraine : commémoration de l’Holodomor

Posté par Gabriel Cloutier le 4 décembre 2008

A méditer cet article du 23 novembre 2008 que Gilles m’autorise à insérer ici.
Je l’en remercie vivement !
http://gillesenlituanie.hautetfort.com/index-2.html

Ukraine : commémoration de l’Holodomor

L’Holodomor (en ukrainien Голодомор) est le nom donné à la famine qui a eu lieu dans l’Ukraine soviétique du début Janvier 1933 à début Juillet 1933. Cette famine a été causée par les réquisitions de nourriture effectuées par les autorités soviétiques. L’Holodomor est considérée comme une des plus grandes catastrophes en temps de paix de l’époque moderne. En effet, l’estimation du nombre de morts de faim en Ukraine pendant cette période varie de 2,2 a 3,5 millions, certains historiens évoquant même 14 millions.
Il n’y a pas de consensus international entre experts et politiciens pour déterminer si cette famine fut un dégât collatéral des changements économiques radicaux mis en application lors de la période d’industrialisation ou si c’était une attaque délibérée contre la nationalisme ukrainien. Dans ce deuxième cas, elle entrerait dans le cadre légal d’un génocide.
L’Union soviétique a même longtemps nié que cette famine ait jamais existé, et encore aujourd’hui les archives du NKVD, responsable de la répression politique à l’époque stalinienne, s’ouvrent lentement. Le nombre exact de victimes reste inconnu et restera sans doute même impossible à déterminer, compte tenu d’autres répressions en parallèle.
Si la réalité de la famine n’est plus guère contestée, le principal débat concerne donc la qualification de génocide. La pénurie alimentaire est née de réquisitions massives, virant au pillage, organisées à partir de l’été 1932. Elle a surtout touché les régions les plus hostiles à la collectivisation des terres et les foyers du nationalisme ukrainien. Les victimes avaient interdiction de sortir du périmètre dans lequel les vivres avaient été confisqués. Elles y étaient renvoyées quand elles tentaient de s’en échapper. Tandis que des hommes mouraient de faim, l’URSS exportait des céréales (1,7 million de tonnes en 1932, puis en 1933). Le secrétaire général du parti communiste ukrainien avait déclaré à l’époque : « 1933 a été l’année de la défaite de la contre-révolution nationaliste ukrainienne ».

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Le 15 Mai 2003, le Parlement ukrainien (la Verkhovna Rada) a voté une résolution déclarant que la famine de 1932-1933 avait été un acte de génocide, délibérément organisé par le gouvernement soviétique contre la nation ukrainienne. Par la suite, d’autres gouvernements et Parlements ont reconnu l’Holodomor comme un génocide (La France, qui aime tant légiférer sur l’Histoire, ne fait pas partie de la liste). Une déclaration commune des Nations Unies en 2003 a qualifié la famine de « résultat d’actions cruelles du régime totalitaire qui a causé la mort de millions d’Ukrainiens, Russes, Kazakhs et autres nationalités de l’U.R.S.S. ». En 2008, le Parlement européen a reconnu l’Holodomor comme crime contre l’humanité.
Hier 22 Novembre, l’Ukraine a commémoré les victimes de l’Holodomor. Le Président Iouchtchenko a appelé « tous les peuples du monde à s’unir pour condamner unanimement le régime totalitaire communiste {et} toute tentative de réhabiliter ou justifier les crimes de Staline et de ses sbires ». Les Présidents géorgien, letton, lituanien et polonais étaient présents. Le Président russe avait refusé de participer à ce sommet, le thème de l’Holodomor étant, selon lui, instrumentalisé par Kiev afin de « semer la discorde entre les peuples ».
« Être historien reste un métier difficile en Russie« , constate Pavel Chinsky, normalien franco-russe enseignant à Moscou.

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La méthode paranoïa-critique

Posté par Gabriel Cloutier le 5 décembre 2008

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Le bouquin de mes vingt ans. La méthode absolue, infaillible, expérimentale, intuitive, une des rares qui fonctionne.
A la façon du miracle, l’impossible et l’exception deviennent les règles du dérèglement, le A devient noir, le E blanc… les voyelles évolutionnistes s’harmonisent et s’attirent, la plus petite existence devient aussi riche et précieuse qu’une nuit étoilée du désert de Mauritanie…
La méthode paranoïaque-critique est d’après son créateur, Salvador Dali, « une méthode spontanée de connaissance irrationnelle, basée sur l’objectivation critique et systématique des associations et interprétations délirantes ».
Longuement décrite par Dali, la composition de la Dentelière de Vermeer obéit aux mêmes lois que celles du trou du cul du rhinocéros, ou celles de la structure hélicoïdale de l’escargot des dunes.
Sans verser dans une symbolique divinatoire de bas-étage, est-il utile de le préciser…

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Violence

Posté par Gabriel Cloutier le 9 décembre 2008

Ce texte a été écrit par Koffi Cadjehoun

A la question : que fait-on de la violence?, l’homme moderne n’a toujours pas répondu. Il serait pourtant temps qu’il s’en saisisse et y cherche un début de solution. Car la formidable déflagration de violence qu’a souffert le vingtième siècle n’est pas inexplicable ou anecdotique. N’oublions pas que le vingtième fut le siècle des idéologies et que ces idéologies se révélèrent toutes criminelles. C’est ainsi avec la perfection : elle accouche immanquablement de l’imperfection.

Que le siècle qui se voulut le siècle de la liberté et de la paix se soit révélé le plus meurtrier (selon la constatation étonnée de Revel et, aussi je crois, de Furet) n’est pas un mince paradoxe. Ce n’est pas pour autant une surprise. Car le grand mouvement lancé contre la violence atavique, le système politique classique, a autant consisté à s’attaquer aux phénomènes de boucs émissaires et à l’équilibre de l’institution sociale qu’à instaurer la prédominance de la rationalité. Ce mouvement possède des racines amples, qui plongent dans la Renaissance, et surtout dans le siècle des Lumières. Sans doute cette foi dans la raison cache quelque aveuglement quant à la puissance réelle de cette faculté si limitée. La raison est loin de gouverner l’homme, même si ses pouvoirs demeurent réels. René Girard a montré avec pertinence que le mouvement rationaliste devait ses racines au christianisme, soit à la religion qu’il a combattue comme un fils son père. Non pas le christianisme du coeur ou de l’intériorité spirituelle, mais ce christianisme dogmatique, de la cité des hommes, devenu si fou qu’il engendra le mythe impressionnant de la Légende du Grand Inquisiteur chez l’incomparable Dostoievski.
Justement, le grand reproche qui est adressé au christianisme porte sur le devenir de cette violence mise à jour. Défendre les victimes, le parti-pris est un bouleversement humain insigne, mais que fait-on de cette violence, dont il ne faut pas oublier qu’elle participe du désir et qu’elle est source d’une grande force et d’une grande énergie? Je me souviens d’un théologien et philosophe musulman algérien (fort valeureux, celui-là, à l’inverse des énergumènes énervés qui sévissent sur certaines chaînes du câble), qui, si je me souviens, expliquait que l’Islam refusait de condamner la violence en tant que telle. La vengeance et la défense trouvaient ainsi une légitimité, faute de quoi le commandement conduisait à l’hypocrisie.
Il est vrai que, dans le Nouveau Testament, Jésus appelle à tendre la joue gauche quand on vous frappe la droite. Je me montrerais sceptique sur cette non-violence si extrême qu’elle en devient extrémiste. Car Jésus est ce même qui renverse les marchands du Temple et leurs colifichets avec une vigueur (heureusement) peu bêlante, tant il est vrai que l’amour du voisin n’est pas la soumission aveugle à ses moindres desiderata.
L’Occident a tant et si bien rationalisé ses lois et ses moeurs que, bon an mal an, il parvient à diminuer la violence institutionnelle. La disparition de l’esclavage et l’avènement de la démocratie constituent les deux pierres d’angle de cette mutation profonde. Il est certain que, pour n’avoir pas posé le devenir de cette mutation, la violence a investi d’autres formes. D’institutionnalisée et d’encadrée, elle s’est adaptée à la condamnation officielle et à sa mise en lumière. Ce n’est pas un hasard si le féminisme est intervenu comme l’émancipation emblématique du vingtième siècle. Le décryptage de la violence ne pouvait que sonner le glas du machisme et l’affirmation du féminisme. La violence s’est transformée : de soumise à des normes cruelles et horribles, elle est devenue diffuse et incontrôlable. Voilà pourquoi des théories toutes faites ont prétendu à son éradication.
La règne de la perfection est bien l’émanation de la raison. Il faut suivre aveuglément la raison pour penser que le réel peut accoucher d’une perfection dont on remarquera qu’elle descend toujours des formes du raisonnement et non de l’expérience. La perfection idéale n’est pas tant la promesse d’une réalisation à venir que la mirage de lumières aveuglées par leurs productions. La raison en théorisant simplifie toujours le réel, a fortiori quand elle croit en exprimer et en saisir sa quintessence.
Le communisme, le nazisme ont été les monstres du rationalisme triomphant et les contreparties de la démocratie et de l’abolition de l’esclavage. Au siècle où les femmes ont le droit de voter, jamais il n’y eut tant de guerres et de massacres en tous genres! La raison, bien qu’effarante, en est simple : la raison a cru se substituer à l’empire de la violence par l’exercice de ses simples (quoique tortueuses et complexes) théories.
En réalité, elle n’a fait que déplacer le problème. La formidable soif de mort et de destruction qui, dans une réduplication ontologique, assaille l’homme, ne saurait être contentée par l’hypothèque de beaux mots découlant de belles âmes transies. Dionysos contre le Crucifié? En réalité, il se pourrait que cet affrontement soit étranger à la réelle bataille qui attend l’homme et que cette mise en bouche préalable annonce le véritable défi si l’homme ne veut pas disparaître sous les coups de buttoir de la formidable violence qui habite le réel dont il fait partie (qu’il le veuille ou non).
Car le seul moyen pour l’homme d’affronter efficacement la violence n’est pas dans l’exhumation de telle ou telle faculté qui l’habite. L’homme est impuissant face au flot de violence qui parcourt le monde et lui permet de subsister. Sans la violence, le réel aurait disparu depuis belle lurette. L’homme aimerait sans doute être le roi d’un royaume qui n’est pas de ce monde. S’il veut encore appartenir à l’ordre des formes réelles, et non pas aux ombres du passé consumé, il lui faudra respecter la loi de son désir. Plus simple qu’un impératif catégorique, celle-ci énonce que le désir suit les linéaments tortueux du devenir. Soit : le désir n’est pas incomplet, il permet l’avènement de la répétition et de l’originalité.
Sans cette nouveauté, l’homme devrait affronter la répétition de la rengaine démocratique, selon laquelle la violence s’est abolie en un tour de mains. En réalité, la démocratie n’est compatible qu’avec l’annonce d’un but en mesure d’absorber les formidables réserves d’énergie qui animent l’homme et augurent d’horizons plus optimistes que ceux que réservent les puits de pétroles à l’ombre des dunes du désert. Cette manne prophétique n’est pas le nouvel or vert censé succéder au précédent. Il est vrai que les problèmes environnementaux qu’il rencontre actuellement ne sont que la conséquence de cette violence qu’il s’est imaginé retourner contre le monde, alors qu’il se l’infligeait avec une vigueur sans aménité.
La véritable solution qui attend l’homme réside dans le repoussement des frontières de son monde vers cet extérieur inconnu, qui le fascine autant qu’il le terrifie. L’univers est infini. Voilà qui plante le décor de la nouvelle conquête humaine. La colonisation de l’espace est le seul moyen qui permettra à l’homme d’échapper à ses démons et d’utiliser à bon escient la violence qui l’habite. Sans sens, l’homme est condamné à se dévorer lui-même. Héraclite a dit quelque chose comme : « Mieux vaudrait pour les hommes que n’arrivât point ce qu’ils désirent ». Loin d’être l’erreur de fabrication qui le condamna à la disparition, la violence est le ressort qui le sauve. C’est elle qui lui a permis de triompher de ses rivaux hominidés, dont la douceur et la mollesse rappellent étrangement ces pauvres Vaudois massacrés que Voltaire évoque dans le Traité sur la tolérance. C’est elle qui lui autorisera à poursuivre sa route vers cet extérieur dont il ne cesse de repousser les limites. Souvenons-nous : Asimov était le Verne du vingtième. L’espace était son Dieu.

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Clément Rosset

Posté par Gabriel Cloutier le 10 décembre 2008

(ci-dessous un aperçu du résumé de la philosophie de Nietzsche par Clément Rosset)
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Nietzsche

Posté par Gabriel Cloutier le 10 décembre 2008

(ci-dessous un résumé de la philosophie de Nietzsche)

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Posté par Gabriel Cloutier le 10 décembre 2008

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Posté par Gabriel Cloutier le 10 décembre 2008

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Les chrétiens, nouveaux martyrs d’Orient

Posté par Gabriel Cloutier le 15 décembre 2008

Les chrétiens, nouveaux martyrs d’Orient

Eglise. Les persécutions antireligieuses ne cessent de s’aggraver dans l’indifférence générale.
AnnieLaurent, le 06-11-2008

L’Irak et l’Inde avaient reçu l’Évangile par saint Thomas. Leurs communautés chrétiennes communient aujourd’hui dans le martyre.
La liberté religieuse dans le monde est menacée et les chrétiens sont parmi les premières victimes. La situation empire même d’année en année.C’est le constant alarmant dressé dans le dernier “Rapport 2008 sur la liberté religieuse dans le monde”établi par l’Aide à l’Église en détresse (AED), dirigée, en France, par Marc Fromager.Effectuée selon une approche non confessionnelle,cette enquête réalisée dans 191 pays par une équipe internationale démontre que les chrétiens sont les principales victimes du déni de droits ou des persécutions, des injustices qui les visent directement en raison de leur foi.

 

Qu’elles soient d’ordre religieux ou idéologique, les menaces contre leur existence s’accroissent. L’Irak et l’Inde sont les pays les plus préoccupants. Ils ont été cités le 26 octobre par Benoît XVI, à la fin du synode des évêques catholiques réuni à Rome. Le pape s’est associé à l’appel solennel des patriarches et des évêques d’Orient en faveur du respect de la liberté religieuse pour les membres de leurs Églises.
En Irak, la vie quotidienne des chrétiens est devenue si intenable depuis la chute du régime de Saddam Hussein, en 2003, que leur nombre a diminué de moitié,passant en cinq ans de 800 000à 400 000 âmes. Mossoul, la deuxième ville du pays (deux millions d’habitants) est l’épicentre des persécutions. C’est là que les baptisés souffrent le plus.Une dizaine d’entre eux ont été assassinés en septembre, pendant le mois du ramadan. Douze autres ont subi le même sort depuis le début d’octobre.
Les tueurs n’hésitent pas à agir à visage découvert et en plein jour. En même temps, des voitures munies de hautparleurs sillonnent la ville pour enjoindre les chrétiens de « quitter la terre de l’Islam ».Des “ordres” semblables leur sont adressés par courrier accompagné de cartouches.La panique a été telle que quelque 2 000 familles chrétiennes,sur les 4 500 résidant à Mossoul, se sont enfuies vers les localités chrétiennes de la plaine de Ninive,dans l’arrière-pays.
« Les derniers événements de Mossoul nous ont vraiment ébranlés », confie Mgr Georges Casmoussa,l’archevêque syrien-catholique de ce diocèse, invité à Paris par l’AED. Les chrétiens de sa ville ont déjà été durement éprouvés.Il y a trois ans,Mgr Casmoussa fut capturé et libéré contre le paiement d’une rançon.En mars dernier,son homologue chaldéen, Mgr Paul Rahho, a été retrouvé mort deux semaines après son enlèvement.

 

Quatre évêchés, vingt-six églises, dix couvents…
À ces deux dignitaires ecclésiastiques s’ajoutent bien d’autres victimes anonymes, sans oublier les pressions qui s’exercent sur les chrétiens pour qu’ils adoptent des moeurs islamiques (port obligatoire du voile pour les femmes, interdiction de la vente d’alcool, etc.). Dans le monde entier,le cycle des persécutions commence toujours de la même façon : une sourde pression sociale, des petites vexations administratives, suivies de menaces verbales, puis d’agressions physiques jusqu’aux attentats meurtriers. Le “nettoyage religieux” qui s’opère à Mossoul est drama dramatique pour les chrétiens d’Irak, parce que cette ville du Nord est un symbole fort. Voisine du site de l’antique Ninive biblique, Mossoul est, avec toute sa région, l’un des principaux points d’ancrage du christianisme mésopotamien. Selon la Tradition, l’apôtre saint Thomas y a instauré les prémisses de l’Église avant de partir pour l’Inde.
Siège de quatre évêchés (deux catholiques et deux orthodoxes), la cité compte aussi en son sein vingt-six églises, dix couvents et plusieurs centres de catéchèse, ainsi que des écoles tenues par des religieuses. Il y a encore peu de temps, on faisait ici des projets d’avenir. À l’automne 2000, dans le cadre du grand jubilé de la naissance du Christ, les catholiques de Mossoul commémoraient l’arrivée des premiers dominicains venus d’Europe, deux cent cinquante ans auparavant.
Dans son couvent Notre-Dame-de-l’Heure, magnifiquement restauré, le prieur, Nagib Mikhaël, un Irakien, annonçait alors l’ouverture d’un noviciat sur place.De nombreux amis musulmans et yézidis participèrent aux journées festives organisées pour l’occasion. Je fus témoin de l’hommage qu’ils adressaient tous aux fils de saint Dominique et à l’Église en général pour les progrès apportés à la population locale. Aujourd’hui, il ne reste qu’un gardien dans le bâtiment déserté par les religieux, contraints de se replier dans les villages des alentours.
Mgr Casmoussa ne regrette pas le régime de Saddam Hussein. « Mais, observe-t-il,la malheureuse arrivée des Américains a entraîné une détérioration générale de l’État et de la société : on a prétendu nous apporter la démocratie, nous avons le désordre. » L’archevêque fonde malgré tout son espérance sur les gestes d’humanité de certains musulmans envers leurs voisins assiégés, même si tout semble indiquer l’existence d’un « plan pour vider l’Irak et tout le Proche-Orient de ses chrétiens ». Les autorités irakiennes, malgré leurs promesses, ne s’opposent que mollement à cette entreprise. Il a fallu dix jours avant que des renforts militaires arrivent à Mossoul, explique Mgr Casmoussa, qui dénonce « l’irresponsabilité » de l’État face au fondamentalisme islamique.
À qui imputer cette vague de violences antichrétiennes ? Le 14 octobre, le cardinal Emmanuel III Delly, patriarche des Chaldéens siégeant à Bagdad, y voyait l’action de « forces obscures venues de l’extérieur qui veulent briser l’unité nationale ».On pense à Al-Qaïda qui a fait de Mossoul, ville à majorité arabe sunnite, une sorte de camp retranché après avoir été chassée d’autres régions, sous les coups des forces irako-américaines.
Le facteur kurde doit aussi être pris en considération. Des rescapés racontent que des Kurdes seraient impliqués dans les récentes tueries. Dans cette plaine de Ninive majoritairement chrétienne où se réfugient les familles menacées, le Kurdistan voisin suscite la création de “comités de défense chrétiens”. Les Kurdes chercheraient à regrouper les chrétiens pour les agréger à leur territoire autonome, en vue de l’agrandir. Cette aide intéressée s’inscrirait dans le cadre d’un projet tendant à la partition du pays.
Le 29 octobre,l’assemblée des évêques catholiques d’Irak a vivement protesté contre un tel plan. Dénonçant le déplacement forcé des chrétiens de Mossoul comme « un acte programmé et très dangereux »,susceptible de pousser à la division et à la partition, les prélats ont exigé de l’État qu’il assure le retour des déplacés, les indemnise du préjudice subi et assure leur sécurité. Ils ont aussi affirmé l’allégeance des chrétiens à l’Irak, refusant catégoriquement d’être séparés de leurs compatriotes, « sous quelque forme que ce soit ».
En Inde, assure Marc Fromager, « la tension, très forte, se répand tellement que l’on craint un embrasement général contre les chrétiens ». Ils ne représentent que 2,4 % de la population mais sont périodiquement la cible de violences inouïes. Lors de la fête de Noël 2007,des extrémistes hindous ont attaqué des maisons de chrétiens dans l’État de l’Orissa (nord-est de l’Inde). Bilan : 9 tués,des dizaines de blessés,70 églises et institutions chrétiennes dévastées. « Certaines zones ont été réduites en tapis de cendre », note le rapport de l’AED.
Un nouveau déchaînement antichrétien s’est produit le 23août dans le même État. Prenant prétexte de l’assassinat d’un responsable local du Conseil mondial hindou, Laxmanananda Saraswati, connu pour son opposition à la conversion d’hindous au christianisme – meurtre revendiqué par des rebelles maoïstes, ce que la police a confirmé –, ses partisans ont déclenché une offensive contre les chrétiens. Plus de 4 500 maisons chrétiennes ont été incendiées, au moins 80 baptisés ont été tués, des milliers d’autres ont dû fuir dans la forêt.
Toujours dans l’Orissa, les 7 et 8 octobre, des groupes armés ont attaqué trois villages et brûlé 30 maisons de chrétiens. La majorité des dernières agressions ont été commises à l’instigation du Bajrang Dal, la branche jeunesse du Rashtriya Swayamsevak Sangh, une mouvance extrémiste du Bharatiya Janata Party (BJP) qui gouverne sept des vingt-huit États de l’Union indienne. Le 22 octobre encore,une église catholique dédiée à sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus a été incendiée dans le Madhya Pradesh,régi par le BJP.
Selon le père Anand Muttungal, porte-parole de l’Église catholique de cet État, plus de 171 attaques d’églises et institutions chrétiennes se sont produites depuis l’arrivée du BJP au pouvoir, il y a cinq ans.Ici comme ailleurs,les autorités fédérales et locales restent passives, ce qui encourage les agresseurs. Les fondations des missionnaires de la Charité, la congrégation de mère Teresa, ne sont même pas épargnées, comme cela s’est vu en 2006 dans l’Andhra Pradesh et à Noël 2007 dans l’Orissa.
« L’Église ne menace pas l’hindouisme, mais elle dérange par son rayonnement, à travers ses 25 000 établissements d’enseignement,et par son action en faveur du respect de la dignité des personnes », explique Marc Fromager. Il s’agit notamment de l’insertion des intouchables qui remet en question le système injuste des castes et amène parfois les victimes au christianisme. Pour ceux qui considèrent l’hindouisme comme la religion obligatoire des habitants de l’Inde,cette émancipation est insupportable.
Bien que se définissant officiellement comme une démocratie laïque et doté d’une Constitution qui garantit le droit de professer la religion de son choix et celui d’en changer, l’État fédéral laisse l’hindouisme s’affirmer avec de plus en plus de force,au détriment de tout autre culte. De nombreux États ont adopté des lois anticonversion qui interdisent aux hindouistes, sanctions pénales à l’appui, de choisir une autre religion. Par ailleurs,des programmes de “reconversion” visant les chrétiens intouchables sont mis en oeuvre à l’aide de menaces et d’intimidations.
Dans un tel climat d’intolérance, on comprend le réconfort qu’a constitué pour les Indiens catholiques la canonisation, le 12 octobre,de la première sainte indienne,Anna Muttathupadathu (1910-1946), entrée chez les clarisses sous le nom de soeur Alphonsa de l’Immaculée Conception.
Rapport 2008 sur la liberté religieuse dans le monde, AED, 29, rue du Louvre, 78750 Mareil-Marly, 528 pages, 20 €.

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